XIII. — L'Incnniation (£5 mars
2124. C'est en ce jour que s'est accompli le mystère qui est le fondement de toute la religion, le principe du salut de tous les hommes, la cause de nos immortelles espérances. Le Verbe s'est fait chair. Le Fils de Dieu s'est incarné, il s'est fait Fils de l'homme. Il a pris dans l'unité de sa Personne divine la nature humaine qu'il s'est unie. En sorte que lui qui était Dieu de jp,., . ■..^. .„;(.. . ..,. osser d'être Dieu, s'est fait hon)me comme nous, homme C(. rps comme le nôtre, ime Ame humaine, avec ses facul-
Ip. ...j,cnce, la volonté : c'est ce qu'on appelle le mvstère de
l'ii n. Or :
1 I. r.^ t'sf possible. Dieu peut faire tout ce qui ne répugne pas A
1r rais. -iance est sans limites: or, loin de répugnera la raison,
dont il , .int la portée, ce mystère doit faire le sujet» de notre
.■ plus utile^à la gloire de Dieu que l'Incarnation, il y a - dans là création seule une gloire immense pour son
iteur. \'('\ la beauté, les splendeurs de cet univers ont une langue
nmette mais sabliuic, qui célèbre dans l'harmonieux ensemble de tant d'ouvré <.''>*! «icbii par qui tout a été fait et qui s'est applaudi lui-même en H. ic tout était bien. Mais la création n'a pas conscience de ses
h. elle n'entend f»as ce (lu'clic dit, clic ne sent pas ce qu'elle doit :
c'est ua urgano immense ." ! mt d'une extré-
mité du monde A l'autre. 1 1er.
■ ■ ■ ■ ' '"' 'larmo-
• lue et ,, ; I, .-Mii.i.i-^- ,,1. .. 11. ...- ■..,.,. ^.. ,■..,-.. seul il
ei! son auteur. M 'Uime a un esprit pour connaître
'• ;i,,,i.. MDiir 1. et l'aimer sans partage. Inni.-s
it>le n'ont aucune proportion a ver l'rtre de ilf\.iiil lui oo"iiM .ilciriii' l'I iiii néiiiil. fl r ^
i'> pou-
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::iit un
l'être
eu d'aboyer conire loi? C'fsi c^ loe n^o* '«i>oi)» ; »■ lifo rt« d^lrn{r« !• ^ché, noat
la recevons dans notre cœur, ■ ' u»
oou» Bervons de la tnnrl d> ' '
Jésus est inorJ pour nous, il nt ... .^ ,■•■■ - r ''*
(ensions. (La Jauni).
ftS4 1 KTIi» Dli NOTUK-StKiNKUn
et qui de l'autre se mit en état de prière et d'ofTrande. 11 fallait être Dieu pour honorer Uiou ; mais en mrme temps, il fallait que le Dieu qui honore se lit inirrieiir jiour rendre cet hoinmnge.
« Mais se laisant chair, comme Ta dit saint Jean, avec une admirahlc crudité d'expressions, il a ramassé en lui la création tout entière, la prenant par siin fond, pour la consacrer dans son tout et la rendre absolument fiijinc <lc' la gloire de son auteur.
(• La nature humaine participe en effet et du monde sensible, dont elle réunit tous les éléments dans son corps, et du monde spirituel, dont elle représente toutes les facultés dans son Ame.
« Rappelez-vous maintenant ce qu'était cette nature avant l'Incarnation? une nature dégradée, couverte de souillures, remplie de péchés; un esprit où régnaientdes ténèbres visibles, un co'ur ouvert à tous les penchants mauvais, une mémoire accablée sous le poids de souvenirs honteux, un jugement perverti par l'erreur, un goût corrompu par le vice, une imagination flétrie par de sales images, un corps enfin où la volupté avait gravé ses stigmates, là dressé par orgueil contre le ciel nième, ici coiu'bé vers la terre par res<;lavage. L'homme était corrompu dans ses tendances, blessé dans ses facultés, bouleversé dans son être.
« Kh bien ! cette adoration, que l'humanité faible, malade, coupable, ne pouvait offrir à Dieu d'une manière digne de lui, le Verbe de Dieu va la rendre à son Père, en prenant une chair qui, sans être entachée par le péché, a toute la ressemblance extérieuj-e <iu péché lui-même.
« \Jais sous ce voile, le Verbe éternel a conservé la sainteté, les mérites, les droits, la dignité de Fils de Dieu. Véritablement homme.il pourra i)rier, adorer, souffi'ir, mourir comme tout autre homme ; véritablement Dieu, il donnera à ses adorations, à ses souffrances, à sa mort, la valeur, le mérite des actions de Dieu même. C'est ainsi que sur l'abime creusé par la nature entre le fini et l'infini, agrandi par le péché entre Dieu irrité et l'homme coupable, Dieu et l'homme se rencontrent en Jésus-Christ, se donnant un mutuel baiser et se réunissant enfin. Dieu, grûce à l'Incarnation, n'est plus le Dieu inconnu à l'homme ; sa gloire est saluée par une voix digne de lui. L'Homme-Dieu se fait le porte-voix de l'humanité et de la création tout entière dont les hommages ont en lui un prix infini cjuand il meurt sur la crcix. L'autel, 1? sacrifice, la victime, tout est digne de Dieu, la gloire de Dieu est satislaite (4). » .
(1) Sa puissance éclate dans un chef-d'œuvre. In quo mihi btne cotnplacvi. i/abbé Rupert a rt'niarqué fort judicif usen<eiil Qu'il ne dit pas complaceo, Diaii» c >',
parce qu'il ne conimence pas sf uleme m d'éire agréable au l'ère el l'objet de fanre, hirsqu'il se dispot^e par celle humiliation du baptême à lui gagner Oc^ ....... .:l
à racheter les h< œmes, mais qu'il lui a éié toujours très agréable des le comnienceoienl, dès le premier moment de l'Incarnation et l'accomplissement de ce très grand mysièie ; et le même Ruperi ajoute qu'il ne dit pas : Qui mihi placet, qui me platt, mais tn quo mihi beue complacui, auquel je me plais grandement. Quand vous voyez l'ouvrage de quelqu'un ou le vAtie qui est assez bien fait, il vous plali, vous le trouvez beau, vous l'approuvez et le louez ; mais quand vous avez fait un chef-d'œuvre, une pièce rare par voire industrie, un ouvrage paifait au dernier point, il ne vous plaît pas seulement, maix vous vous plaisez en lui ; ce n'est pas seulement l'ouvrage quiest l'objet de votre complaisance; mais c'est vous-même et votre industrie ; vous vous plaisez, vous vous réjouissez et vous vous glorifiez en tous- même d'être l'auteur et le principe d'un si excellent ouvrage.
L'bcnlure, parlant des autres saints, dit qu'ils ont été agréables à Dieu, et au commencement de la Genèse, inf)l que Dieu avait produit une créature, elle lui plaisait, il l'approuvait, il la trouvait bonne et il la louait : Vidit Deus quod essel bonum ; mais il ne dit jamais d'aucune pure créature : In hac mihi bene complacui : Je me plais en moi-même à la vue de cet ouvrage, parce que tout ce qu'il a fait est fort peu ne chose et presque rien en comparaison de ce qu'il peut faire; il n'y a rien au ciel ni en terre, parmi les hommes et les anges, qui corret-ponde au pouvoir de Dieu, qui égale ou qui approche tant soit peu de la puissance et de la perfection du Créateur. Mais le chefd'œuvre de l'Incarnation, cet ouvrage qui est appelé l'ouvrage de Dieu par excellence, c'est un ouvrage digne Je Dieu, un ouvrage qui correspond à la puissance de l'ouvrier, c'est-à-dire l'Homme-Oieu qui est de la même nature que son Père, assis sur son trône et associé à sa gloire : Iliius gloriœ socialur in throno, cuju$ naturœ copulatur in
l'incarnation 985
3» En assurant la ^'loire r!p Dieu, l'Incarnation assure aussi le salut rie /'horunie; cur, dans I' ' " ■ unilo du monde, tes deux buts ne se séparent |HiJnf. Pieu avpi- - ' rimmine avec son salut sont renfermés on Jfsi. il les deux extrêmes.» (.Mgr Bksso.v). |. won, t) pour nous porter au bien; (d) i'ir iir , i, mitin i<rnnm mulfin/ue modis olim lof/uens fnitnhu!-. iinr!>.^i:n>' .^ '"/S istis locutus est nobis in Filio. (lest Dieu lui-
niruH' ijui Vil III': -l'r, tanquum itotestatem /i abêtis, en '
xs jturoles |)ur - miracles. Qui peut récuser son téi
(/>] I' 'liuici . >jiérance. M"cst-il pas plus facile à IImii,
lie le l'ieu et héritier de sa gloire, qu'à Dieu de devenir le ] <
1 11 i< < iiiv 1 [n, :i.ir.ti,,n , I lioii considéré d'iinc manière 111. .i..
dit nient inimaginable pourl'homme...
Vil ... .1. iinant, accessible, visible, sen'^il'1-v
lui. fait I un de nous. -Il prend notre langage articulé, notre
no n, notre sang, nos besoins, nos misères, nos souffrances, i
moriaiiie, tout, sauf le mal, pour le changer en lui. >> (Mgr Hessonj. (Joui de plus capable de nous inspirer la conGance ? (c) pour embraser notre charité. Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum l'nigenitum daret. Circonstances tie cet amour: \) c'est Dieu qui aime l'homme |i.'r|i'''ir .11! pi'int d€ s'anéantir. L'immense devient petit enfant, l'éternel n.ii' ii.iii> Il trmps, et cela malgré la prévision de l'ingratitude des hommes, du cnicilioinerit. de la mort, i) Le prix du bienfait. yj/w/n sit potentissimus plus dnre non /lofuif. sapienfissimus plus dure uescivit ; di/issirnus plus du le tin"! ut habeant vifam œternnm. Nos ergo dili-
f/'i iilet.un amour damitié suppose la ressemblance,
et ' condition. Dieu se fait petit pour ravir notre
••(I fo pro me rilior. 2) Pour nous écarter du
Mi;u '/ I i: . I iiuiiiriie apprend sa dignité et il n'est pas pr-'^
c<ins»'i|uriit. iner en se mettant sous le joug du péché et de ^
(/'■ ^ nous a perdus, trouve un remède dans l'humiiiu- ut-
,\ les exemples nous apprennent d'ailleure toutes les
Ni , ... s sont réparées. Dieu aurait pu sans doute relever par
il . le genre humain déchu : mais supposé qu'il e\ige;\t une
r. !• iiniii- riiiim-f nue lui fait le iti'-ibé. rincarn.iiinii ri.iit
II' I une injii que ni \<
Il , ■ irer. La ili pouvait s^
l^ >; les hommes, par toutes les soullrances, n^ s
lirn .1 la juslitc: il fallait que Dieu se lit homme. I : ;•h me, et étant Dieu, ses expiations auront un prix
in -Tnifc, et l'homme sauvé. L'incarnation, par I;'>,
II' inte que la création elle-même.
i;. lie. Dieu sait trouver le secret df
i: ■ lui.tut, cl de tirer le plus grand W'
]> ')iis Ips maux, dt) .Nos soulTran^iv
i). ' ' ■ ' 'i nous. v\ ■
Il lui avec
'an'ivn- .'iiii:> !«• I II:» Uf I iiiMiiiii'
ym " ' -o. urn. <i« Ateeoi.) Posr cela, le Père ne mi pas seuicnimt que cei
H lui platt, naU qu'il m plaît, se réjouit et »e glonlle •oi-méme en cet
■ jojp, quel conienieneni el qaelle >- tex en
TOC* .ivft f^i! «rr h<>nnp /rtivtf. d' ■ relevé
(i'iio' I i.iii > Mr c.-< ii< ' ir
fait une tel ' donné soi cs
trésor» <te »• . - d'aaoar a .in-
gère i (LcJiCita.i
086 FÊTES Dli NOTKE-SBlGNEUR
l'atelier. Celui de la souffrance ? Mais le Fils de l'homme nous y précède, le dos courbé sous la croix du (-alvaire. Celui de l'insulte? Mais qui de nous a été aussi insulté rjiie le Fils de l'iiomuic sur la (Iroix ? Pleurons-nous un ôtre bicn-aiuié ijuc la mort nous a ravi ? Au pied de celle loml»e, c'est le Fils de Ihomuie que nous trouvons encore ; et du haut <le ce bois adorable où elle expire, la N'iclime sainte semble nous «lire : .l'ai pleuré coujme toi. Arrivons-nous au sombre passage du trépas? Le Fils de l'homme nous y attend et sa Croix a une voix pour nous dire : Regarde (^elui qui connut aussi la solitude, le délaissement et l'angoisse. Faut-il mourir 1 Allons, pauvre moribond, preniis courage: accepte de tes mains défaillantes liuiage de ce Fils de l'homuie qui t'olTre le spectacle le plus attendrissant, avec le liel. l'insulte, le déchirement des épines, le dernier rAle et le dernier sou[)ir de l'humanité agonisante. Oh ! c'est donc un Trère de fatigues, de misères, de combats et de douleur, que nous trouvons sur .cette croix ! Et A la vue de cet homme, né, éprouvé, tenté, insulté, oublié, renié, trahi, persécuté, expirant comme nous, nous nous sentons consolés de sa tendre sympathie » (Mgr Besso.v). Nous acceptons avec résignation des peines qui, sans son souvenir, seraient l'occasion de murmures et de désespoir peut-être.
L'effet naturel de l'Incarnation a été et devait ctre dans le cœur de l'homme le réveil subit et le relèvement sublime (hi sentiment de sa dignité. Désormais l'homme mesurera sa grandeur sur les abaissements d'vins; et quand le VWs de Dieu du pied toucha la terre, l'homme à son tour de la main toucha les cieux. .\ussi depuis l'incarnation a-t-on vu l'homme mieux éclairé sur la grandeur de Dieu, relevé de sa chute, sanctifié par les exemples et la doctrine de Notre-Seigneur, s'affranchir des hontes et des erreurs du paganisme. .\ la place d'une société avilie par l'ignorance, les infîïmes passions, la barbarie et l'esclavage, s'estformée une société civilisée et chrétienne, juste dans ses lois, sage dans ses institutions, proscrivant les folies païennes, rendant la liberté atix esclaves, se faisant l'ajipui des faibles.
« ;Vucun sage, dit Voltaire, n'a eu lamoinclrc intluence sur les mœurs de la rue ipi'il habitait, elJésus-Christa influé sur tout le monde entier. » Tout s'est reforuié à son image, tout est devenu chrétien ou tend à le devenir. Cette inllucnce, semblable à une sève qui circule dans le monde, croit, s'étend, se proi)age, monte depuis dix-huit siècles, comme d'une racine mystérieuse, dans tous les rameaux de la famille humaine ; et toujours active, féconde, puissante, elle ne cesse de relever l'individu, la lamille, les nations, ou enfante dans leur sein des miracles d'obéissance, d'humilité, de zèle, de courage, de Justice, de dévouement et de sainteté: création continue, permanente, vraiment divine, dont il nous reste à vous tracer le tableau.
u Cette intluence envahit tout à la fois la terre, l'homme, le temps : la terre avec toutes les races (pii l'habitent, l'homme avec toutes les forces de sa nature, le temps avec toutes les vicissitudes et tous les changements dont il est l'inévitable auteur. N'est-ce pas là une création et celle création n'attestet-elle pas un Dieu ?
« Jetez un regard sur la face de la terre et comptez, si vous le pouvez,- les nations qui la peuplent. Quelle diversité de climat, de nourriture, de mœurs, de couleur, de langage, de figiuT et de lois ! Elle est si frafqiante que ceux gui s'en tiennent aux apparences, n'ont pas voulu reconnaître, sous celle ccorce si variée, le caractère intime et profond qui est commun à tous les peuples et qui n'en fait «piune seule race issue d'un seul auteur. Eh bien! ces distinctions qui ont fourni des argmnents pour combattre l'unité de la race humaine, disparaissent devanU'influence de Jésus-Christ. On ne pouvait
F as croire que le vieil .\dam pût avouer son sang et dans l'homme noir de Ethiopie, et dans l'homme rouge du Canada, et dans la pAle et noble beauté du Caucase. Or. voici le nouvel Adam qui, sans s arrêter à ces différences accidentelles, leur montre qu'ils sont les enfants du premier homme, en faisant d'eux les disciples du second. Il les appelle au même titre, il leur propose à tous de l'imiter, il éveille au fond de leur nature les sentiments religieux ; il leur dit : Je suis la voie, la vérité, la vie... Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. « On l'écoute, on le croit, on vient des deux bouts du monde se reconnaître
l'incarnation 987
cl se confondre dan« l'unité de la foi. de l'espérance el de l'amour aux pieds do Jf'sus ; o' ' ■ " .p a rêvée inulilemenl, que les divi-
si tm ('•, la . s. que les fleuves, les ruonlagnes,
les Mitr- ii'iH jns'iu a la un ut-s icuips en pulilique, celle unité se
réalise i.
' ■■ '\ toute variée quelle est, apparaît maintenant o^- n
tit M' tous les fils d'Adam se relient autour du même
eii ... .... .... école, écoutent le même maître, se reforment s,.. ,.
III' le. entendent, comprennent, s'applitpiont, sans distinction de
c<i'. .'irme.de figure ou ''** iii'''iiiL'i''s. celle parole qui crée «les disciples
dans tous les mon'ics. Estote / ' /// et Pater venter perffifui! est :
Soi/ec parfaits romine votre !'• '-• est parfait. (]elle sainteté d'imi-
tation qui s'étend à toute la terre, embrasse l'homme tout entier.
« L'Iiomnïe, avant Jésus-Christ, était retombé de Dieu sur lui-môme, et une fois seul avec lui-même, il était tombé de l'esprit égaré dans la chair piTv.M-tie, passant des plaisirs purs aux plaisirs honteux et descendant peu à peu jus<]trà 1 "ivresse, jusqu'à la fanjte. C'est ainsi que l'homme s'est dégradé en voulant jouir. 11 est devenu, à Técole de la joie, impie, voluptueux, aboiiiinalile. .Mais voici une autre école. Si la joie descend, la souffrance monte. Le Christ a appris à l'iulellieence, au cœur, aux sens, h remonter vers lui. Et cette échelle par laquelle il fait remonter de la terreau ciel, c'est la croix. C'est vers la croix qu'il a tourné notre esprit, notre cœur, notre corps, pour les I niioblir, les purifier, les immortaliser. Voilà la loi de la vie chrétienne, il ■ 1 ti.^ loi a été annoncée dans ces paroles de Jésus-Christ : Je monte vers niuu pf-re et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ; et l'effet de cet exemple sur l'homme tout entier a été prédit haiitemenl el clairement dans cet autre texte : Quand je serai élevé de la terre, j'attirerai tout à moi !
X C'est d'abord l'esprit que Jésus-Christ attire, pour le soumettre en l'humiliant. Il lui persuade de croire ce qui passe pour une impiété aux veux des Juifs, pour un'' folie aux yeux des gentils, ce qui sera le scanilale éi( riifl ilo l;i i:.isiin hum.'iine, le lov^tiii» lic sa iioiv, de sa passion et de sa murl. N là créer? Il I' i'-r. devant ce mystère les tro-
|)li iliiro. les fa i- ire, la majesté de la couronne,
et ( .SI (..m: lus hautes têtes s inclinent, les genoux les plus fermes
fléchissent. s les plus superbes s'anéantissent et s'effacent. .N'est-ce
pas là créer 1
!l lui pers'indc d'nhoir même niix tyrans, comme il a obéi lui-même aux
II 1'^ à Pilate, à Hérode, et c'est pourquoi ( --e, sa corruption, a vu avec tant d'étonmuii n; li, '.'h au combat aussi bien (pTaii martyre, cour.inl .nii\ ai donnant la mort et offrant leiu" vie. Cette loi. .-.ttc h pas dans l'homme un ■ nouveau :* Il le cuMir. Le cœur veut '
et ' 1.1 douleur. ,\u lieu de s cmci-
III i e sur autrui pour jouir. Jésus
Ir Cl,-, l'ir .1 ■• Ti un mol '■ ' ' ■' —
autres, il i>\- i jour. ]>
que heure, la -. ■ >*. le dcsii
1 orcision ; à l'Ii I qui ran
iinl^.iM.' 1(< iiiMii ;■ Iinill' Il
l'homme. < ■<
l'ai-ffll'' '•' '
lait daiib M gén-Tnlion ni' i qui celaient le jjcme, la vertu, le /eie el i eio-
qi: i-r? ^
•^•liaiia le cœur, i esprit, le corp« «ont ainsi sancUÛét, qtie troure-t-oo «u
1»«8 FÈTKS DK NOTHli-SKlGNBUR
fond de l'homme ? Ce n'est, pins comme dans l'esprit enorgueilli et le cœur corrompu, l'ivresse fougueuse du plaisir, non : c'est une nuire joie, une autre ivresse, c'est l'ivresse du dévouement et du sacrilice, c'est l'ivresse du Calvaire. Car il arrive un jour que l'homme, dompte, purifié, sanctifié, transfiguré, après sélre ininiolé en mortifiant son égoisme, en abaissant son orgueil, en donifilanl sa langueur, sent qu'il ne vil plus, mais que Jésus-Christ vit en lui. H a trouvé le bien dans le sacrifice du mal, le vrai dans le sacrifice du faux, nieu et ses frères dans le sacrifice de lui-même. Kl Jésus-Christ, h qui il s'est donné tout entier, le ren<l aussitôt A lui-même béni et glorifié. Cf n'est plus de la peine qu'il éprouve en se donnant, c'est de la joie ; ce n'est plus la contrainte qiù courbe son corps dans la prière, c'est l'extase qui Vy lient attaché. Pom* lui, la pauvreté est devenue la richesse; l'outrage, une marque d'honneur; loubli, un signe que Jésus-tlhrisl ne l'oublie pas ; le délaissement, une espérance d'avoir Jésus-Christ plus prés de lui ; l'agonie, un Irait nouveau de ressemblance avec Jésus-Christ ; la mort, un bien suprême qu'il gagne à force de fatigues, de sacrifices, d'héroïsme, à force de se rapprocher de la croix do Jésus-tihrisl. Voilà le mystère de la science dans les Ames qui prient et qui disent : Je ne trouve Dieu que dans mon néant. Voilà le mystère de la grandeur et de la noblesse dans les âmes qui grandissent
rar la lutte, la pauvreté, la souffrance, l'abnégation. Voilà le mystère de amour dans l'Ame qui s'écrie, quand elle est éprouvée : Encore plus! Seigneur, encore plus 1 cl «pii propose à Dieu celle magnifique alternative de soulTrir pour lui ressembler ou de mourir pour le voir ; ou souffrir ou mourir !
« La sainteté, qui pénètre ainsi tout l'homme et tout l'espace, pénètre aussi tous les leuips : c'est un ferment déposé au sein de l'humanité et qui, de siècle en siècle, d'heure en heure, soulève toute la masse. La parole, l'exemple, la vie de Jésus-Christ, sont devenus comme le levain du genre humain, et tant qu'il existera une âme, ce levain précieux ira s'y mêler |»our chercher, atteindre, solliciter son instinct religieux et on faire un saint, (lomptez, si vous le pouvez, les saints qui viennent attester la sainteté même qui les inspire, sans pouvoir l'atteindre, mais sans cesser de limiter. Mien loin de désespérer l'homme, elle continue à l'attirer, à l'entrainer, à obtenir de lui des merveilles; chaque jour elle peuple la terre de héros et le ciel de saints. Pourquoi ces prodiges de science dans saint Paul, dans saint Augustin, dans saint Thomas, dans saint Monavenlure. dans sainl Liguori ? C'est que les saintes veilles se perpétuent dans l'Hlglise au pied du crucifix, à la lueur de la lampe du sanctuaire, et qu'au milieu de leurs insomnies et de leurs travaux, ces grands hommes entendent du fond de leur Ame la voix de Jésus- Chrisl qui les encourage et qui leur crie : Benè scripsisti de me, Thoma. Pounpioi la Thébaïde de l'Egypte reneurit-elle sous un autre nom dans le silence de la Trappe et dans l'austérité du Carmel ? C'est que Jésus-Christ a jeiiné, a prié, s'est mortifié, et que rinfiuonce de cette sainte extase est toujours assez forte pour faire chercher encore aux âmes pures la tnice de ses pas. Pourquoi ces pontifes qui s'offrent et qui s'immolent pour leurs troupeaux 1 Les Borromée sont venus après les Léon et les (irégoire, les Helzunce après les IJorromée, les Alfre après les Helzunce, et tous ont vu Jésus sous l'image du bon Pasteur, tous ont eu dans la bouche les paroles de Jésus : Le bon J'asteur donne sa vie pour ses brebis. Pourquoi le service gratuit et populaire de toutes les douleurs comple-l-il tant de noms illustres, depuis les Puula, les Marcelle, les Euslalius, ces derniers rejetons des Paul-fTmile et des Soipion, jusqu'à sainte Mallhilde et aux deux Elizabeth, ces deux reines descendues du trône et prosternées aux pieds des pauvres i Pourquoi tant de mains el tant do bras enchaînés à l'autel par des vœux de miséricorde, depuis la main armée des chevaliers de .Malle ou du Temple qui maniaient l'épée avec tant de vaillance et la main non moins secourable des frères de la .Merci et des fjrères Pontifes, qui délivraient les captifs el guidaient les voyageurs, jusqu'à ces bras si puissants, ces mains si douces qui accueillent aujourd'hui l'enfance, la folie, la misère, également étendues vers le pauvre pour le nourrir, vers le soldat blessé pour le soutenir dans sa défaillance, vers le vieillard pour cueillir son dernier souffle et pour faire passer son
l'iscaûnatîon' 989
«Icrnier sou|nr avec plus de douceui*? Ah ! ces yeux, ces bras, ces mains, ne voient, ne ohen'lienl, ne trouvent que Jésus. Ces saints veulent, connue Jésus, non |>;is .'tre servis, mais servir; et lexeniple de Jésus suffit pour perétuer ■ ' v" on renouvelant sans cesse la dotation des pauvres, malgré es rév. li la conOscpient. en recrutant sans cesse la milice de la
charité. ..■...-■. les lois qui interdisent ce noble recrutement. Comptez les apotrcs qui n'ont comme Jésus qu'une tuni(]ue el (|ui passent d'une Ville dans une autre sans appeler le feu du ciel sur celle qui les dédaijjne. (Juelle est cette belle armée ipii ne s'éclaircit Jauiais malgré ses pertes, qui se reproduit par l'exemple avec ime fécondité si merveilleuse, et qui se lance, pèlemèle avec nos soldats, dans tous les ports ouverts à l'industrie, au commerce, à la guerre, pour aller comme Jésus disputer les âmes au démon, dans l'Inde, dans la Chine, le Japon, en Océanie î Jamais les rangs ont-ils été plus serrés ! jamais le drapeau de la croix a-t-il été arboré plus loin! A côté «relie, voici l'armée triomphante des martvrs, dont les palmes élincellent de splendeur et tlonl les cohortes innombrables embrassent tous les siècles, depuis saint Ktienne, qui est tombé à Jérusalem sous les [ùerres des Juifs, jusqu'à nos derniers missionnaires, les Marchand, les (îagelus, les (îuenot, n- I n\ qui peuvent être prononcés devant les autels parce qu'ils
s<': ir des noms de saints, vaillants f œurs que l'Kglise de Besançon
a • la foi et que l'Kglise de (^ochinchine vient d'enfanter au martvre
el ■'. Ongles de fer, chevalets, échafauds, bûchers, cangues cruelles,
gibt'i lai uiio. glaives meurtriers, vous n'avez rien perdu de votre puissance, mais les inart\ rs n'ont rien perdu de leur vigueur, parce que la sainteté de la croix n'a rien perdu de ses attraits. >i (Mgr Bksso.n). Depuis l'Incarnation on a vu la beauté de l'homme portant un rdlel de la beauté de Dieu. Le 8oiu*ire des cieux s'est épanoui sur les visages d'enfants, de jeunes lilles, de Confesseurs, de Pontifes aue l'Kglise catholique compte par milliers. Dieu s',-t;M,i i,lu< iMiMiid.li.' il.' 1 iiLitiim' riiiiiiime s'est plus rapproché de Dieu. 1*M i déchristianiser la société, et par
la iients du paganisme ? (V'.le trait de
Cl] iS, note i). Saint Louis, pour gagner l'afl'ection de ses
siij iironne et ses ornemenU, royaux et allait s'asseoir sous
un chêne pour t-nlcudre leurs plaintes et leu:* rendre justice. I-'t Kpaminondas, craignant (jue la gloire dont l'avaient couvert ses grandes victoires, ne lui tissent perdre l'amitié de ses proches, de retour dans sa famille, se livrait avec ses enfants aux jeux les plus humbles, .\insi Notre-Seigneur .«i'esl fait petit, alin de gagner nos cœurs à sa divine amitié (1).
(1) L'histoire ecclésiasliqoe nous ravit d'étonnement au récit de la bonté et de la chanté admirable de saint Charles. 11 donna en un jour vingt mille écus eo aumônes et
une autre fuis quarante mille écus d'une p ''■ qu'il avait vendue; il se réduisit
i une SI grande pauvreté par ses libéralit< ma à des tailleurs toutes ses lapii-
séries pour en faire des habits aux pauv conome, n'ayant autre cbù.se L>'>ijr
donner à un pauvre qui demandait l'aumâoe. lui duona la robe de chambre do ca elle était si usée que le pauvre s'en alla plaindre au cardinal, en lui disant : .M gneur, vuiià la belle aum tre maftre d'hdtel m'a faite! Lesaml ne put »'trin-
pécher de sourire, vuyan' -re se plaignait qu'un lui avait donné la robe d'un
cardinal. * i"' < <\r ia vi.i. .... ...u^i de peste, pour visiter et '•...wi.i.r i<.v fn^x^des, il
frappa > une maison mui était barrée, personne ne r appli»
qutr iir onire pnr h frnétre, il trouvr flirn !a rhnn ' • \ \x
ma- !•*, il le pri'
de remet à un
Di.- - " '
m.i lar.
311 . «ou» avea «ieà M:iiUiutiut5 ii«i ropecl, «Je l«niirr.-<»e, J ai
a!! 1-1 I qu'était ce en comparaison de ce que iôsixi a fj
BOUS .' t.f ^i> Jésus donne son sai
précieux que épouilla ses Mlles de
(ap,.«..r,»» J . ,,^ .. . lé réduit non irulen
re\ mais a la nudiié. Saint Chanen •« mettait en danv'cr le
Jéiii. l'ilement; le saint prit cet enr^iit et le fit nourrir, ai^i» il no
Iias t'n(4ni ; le Verbe divin s'eM fait enfant, il s'est soaais ft lira emnailiotl^, I cMre té eo un txrceau. (U Jiu^i.)
.i\ni il-.ii:s Di'; no i iti'>si.i(;M
0 merveille de la Sagesse divine dans ce mystère ! «i mes Ireres, remercions [)iea de s't^lre donné iï nous pour nous élever jusipi'à lui ; et devenus participants de la nature divine par la grAce «jui découle de l'Incarnation, ne retournons pas à notre ancienne honte. I^oin de nos esprits, l'erreur ; loin de nos ruMit-s. iauiour coupable des créatures ; loin de notre vie, les ténèbres, le ]!(■ -lié. Vivons ilii/ne Deo. Si nous sommes faibles, prenons courage, non huh.'inus Pontipcem qui non possit compati... sanrtuis, innocens, impollutus, semper vivens ad interpeUanduni pro nobis. Conjurons-le de
nous soutenir, il ^''ni Kim- imns; l]|i i<>s<f'iiil.li(iii^ • il iiijim :ii,].T.i ;i lo fitiro^
si nous le prions
2125. Autre plan, sur l'Incarnation, daprètBo$iuet.O admirabilecommercium Creator yeneris kumani corpus sumens de Virgine.
Dans l'urdre de la nature comme dans celui de la grâce, la terre ne peut s'enrichir que par le commerce avec le ciel. Elle ne porte jamais de riches moissons, si le ciel ne lui envoie ses pluies, ses rosées, sa chaleur. Dans l'ordre de la grâce, on n'y verra jamais fleurir les venus ni fiuciilier les bonnes œuvres, si elle ne rrçoit les dons du cinl. Quelle ne devait dune pas être notre pauvreté, quand le Fils de Dieu vint sur la terre, puisque le commerce avec le ciel avait été rompu depuis des siècles, et quelles ne seront pas désormais nos nches.'^es puisque le Filsde Dieu vient le réiablir*. oadmirabile commercium qui est tout à notre profit. Il y a deux séries de commerce parmi les hommes, celui du besoin que l'on entreprend pour se procurer ce qui manque et qui fait le lien social des divers peuples. Celui de l'amitié et de la bienveillance qui nous fait partager avec les autresce que nous avons. Dans l'un et l'aulre, oo trouve quelque avantage; dans le premier, on a le p'aisir d'acquérir ce que l'on a pas; et dans le second, celui de jouir de ce que l'on a, plaisir qui serait sans goût, si nul n'y avait part avec nous; mais il n'en est pas ainsi du commerce qui s'établit en ce jour avec le ciel.
2126. 1 Dieu se suffit à luinu'me. Il possède en lui-même tous les biens : donc s'il entre en commerce avec les hommes, ce n'est point pour recevoir d'eux, mais pour donner. El en efl'el, s'il vient dans le .«ein de Marie, c'est pour nous enrichir. Ibi nox ditU' t'it, dit saint Augustin. Il vient trafiquer avec une nation étrangère; dites-moi, qu'at-il pris de nous? lia pris les fruits malheureux que produit cette t*'rre ingrate : la faittlesse, la misère, l'humiliation. Et que nou» a-t-il donné en échange? Il nous a apponé les biens véritables qui croissent en son royaume: l'innocence, la paix, l'honneur d'éire adoptés pour enfants de Dieu, l'assurance de l'héritage éternel, la grâce, et la communication du Saint-Esprit. T^ut esi dune à notre avantage.
2127. H. Dieu napax besoin pour jouir de ses biens de les partager avec nous. Il est en lui-même bienheureux, et la béatitude même. Du reste peut-on nier que sans sa bonté notre compagnie lui serait à charge? Si donc il épouse aujourd'hui, dans le sein de la Vierge sans tache, la naturt> humaine, puisqu'il n'a aucune apparence qu'il ait rien a y gagner,reconnaissons qu'il veut nous enriehir, non seulement en nous communiquant ses d"n*. mais encore en se donnant jui-mémp. El certes ce n'est pas douteux. Sic Dfus dilexit mundam ut Filium suum unigenilum daret. Il nous a donné un Plis qui lui est aussi cher que lui-même, son unique, son bien-aimé, .«on trésor; et après que sa libéralité noui a ouvert ainsi son cœur, ne faut-il pas que tout déeoule par cette ouverture? Quomodo noneliam cum illo omnia nobis dO'iavit? (Rom. viii. 32.) Seip' $um dabit, dit saint Augustin, quia seipsum dedil.L& libéralité des hommes est bientût à sec. En Dieu un bienfait est une promesse d'un nouveau don. Les bienfaits de Dieu s'attirent mutuellement, comme les anneaux d'une chaîne d'or. Celui qui s'est donné mortel aux mortels, se donnera immortel aux immortels. En Jésus-Christ mortel nous avons les dons de la grâce ; en J.-C. immortel, ceux de la gloire. Les peines endurées pour nous dans sa nature mortelle nous ont mérité toutes les grâces; la splendeur dont il est revêtu immortel, sera le principe de notre gloire. Il transfitrmera notre corps, tout abji"ci qu'il est, afin de le rendre conforme à son corps glorieux.
Lt tout cela nous vient par .Marie, que nous ne pouvons oublier dans ce mystère, qui nous révèle si clairement sa grandeur. Certes si nous recevons tout, quand Dieu nous t! ' vonsnouA penser de celle par qui il nous fait un tel don ? A nous
J' sauveur; à Marie il est donné comme Kils. Beatus venter gui
te ^ ....... .. .-.. . . .jonné h nous, Marie le possède la première; elle le possède comme
seule, pendant neuf mois, dans son sein. Jésusdonnera sa vie pourelle ; mais cette vie, il la reçoit d'elle; le sang de Jésus coulera pour la sanctifier; mais c'est en Marie que ce sang a pris sa source. Puisque nous recevons le même Jé'^us que Marie, apprenons d'elle les dispositions avec lesquelles nous devons le recevoir. Jésus se donne mortel tt immortel, mortel dans sa vie ici-bas, immortel dans l'Eucharistie qui nous rappelle pourtant le mystère de sa mort. C'est pour vous apprendre que tout ce qu'il a méiité par sa mort et tout ce qu'il possède dans l'immortalité, est à nous. Pour bien recevoir un Dieu qui se donne tout entier, il faut être résolu d'en bien profiter. Quomodo nos effugiemus, ii taritam neglexerimas salulem. Si nous en profitoni, quelle abondan^ de doosl
t/lNCARNATiaS' ^>ôl
Servons-nous de re qui est à nous à notre profit, de Salvatore salutem operemur, dit saint liernanl.
2138 Autre plan, de Bos$uet $ur ilncarnalion. On peut donner arec fruit ce $ermon le jour de Soel. Sic Deus dilexit, etc. (itky. ii. 10.; Les Juifs incrédule» demaiidaieni à N.-S. comment, étant homme, il ne craif^nail pas de se faire Dieu. Saint Alhanase dit à ce sujet, qu'en étant témoin de ses grands miracle.'», ils auraient dû plutôt lui demander comment, étant Dieu, il s'était fait homme ; et il eût répondu sans doute Sic Dfus d'iexit- L'amour de Dieu s'irriterait, si on cherchait ailleurs qu'en lui la raison de ce qu'il opère. Il a plu à Dieu de se faire aimer ; et, puisque la nature humaine était toute de glace pour lui, elle &vait besoin d'être prévenue et auirée par les bienfaits à l'amour de son Dieu. Il lui fallait de plus un grand modèle qui lui apprit la manière d'aimer Dieu; car les exemples la frappent plus que les préceptes; il lui fallait enfin un grand secours pour arriver à aimer le souverain bien dont elle était si éloignée. Jésust^hrist nous oITre tout, et nous fait trouver dans ce mystère l'attrait, le modèle, la voie pour arriver à l'amour de Dieu.
2129. I. L'attrait qui nous attire à l'amour de Dieu. Pourquoi ces abîmes d'humiliation t Exinanirit. Sic Deus dilexit. Est-ce donc digne d'un Dieu de se faire aimer ? Oui. 1» l'arce qu'il est mi. Kl un roi légitime doit régner sur le cœur de ses sujets La crainte, l'espérance, l'affection peuvent assujettir le cœur ; mais la crainte trop servile donne au cœur un tyran, l'espérance nous donne un maître, ou un patron, l'affection seule dunne un roi légitime. C'est pourquoiDavid chantait: Exallabo te, Deus meus rex, et benedieam nomini tuo. L'amour avait élevé dans son cœur un trône à son Dieu.
â* Mais le titre de roi n'exprime qu'imparfaitement la grandeur de Dieu. Il est le maître suprême de l'univers, et le Créateur de tout ce qui existe ; mais il n'est proprement notre Dieu à nous que par l'hommage du cœur. L'amour est en quelque sorte le dieu du cœur, car il fait remuer tous les ressorts; comme Dieu est le principe universel de tous les mouvements des créatures. L'amour serait l'antagoniste de Dieu, et une idole mise à sa place, s'il ne se soumettait à Dieu, et si ce grand Dieu n'était le Dieu de notre cœur, et s'il ne possédait notre amour. C'est pourquoi Dieu revendique ses droits en nous donnant ce commandement : Diliges Dominutîi. Il n'a besoin de rien et ne demande que d'êire aimé. C'est la preuve de la pauvreté de la créature de demander autre cho*e, c'est dur.c digne d'un Dieu de n'exiger que l'amour. L'amour est le véritable tribut dû à f>es perfections et à sa plénitude ; et douter qu'il soit digne de Dieu d'éire aimé, c'est douter qu'il soit digne de Dieu d'être D<eu, puis'jue le caractère de Dieu c'e»t d'être honoré par sa créature, et que, d'après saint Augustin, nec colilur ille nisi amando.
Donc, il ne faut pas s'étonner qu'il descende pour se faire aimer. Tous les anéantissem<>nts deviennent dignes de sa grandeur, dès qu'il tend à se faire aimer. Il vo t du haut du ciel tou'e la tfrre, devenue un temple d'idoles devant lesquelles les hommes, devenus idolâtres te tout ce qu'ils aiment, brûlent l'encens de l'amour qu'ils doivent à Dieu. Nos passions donnent aux créatures la place de Dieu ; nous leur rendons le culte que Dieu inènie seul, l'amour. Il faut dune que Dieu lente tcut pour détrôner tout ce qui lui di>p'ile l'em, 's cœurs, et reconquérir l'autel de notre âme, et y recevoir l'hommage ilù à 0 Dieu vivani, veiiei sur la terre ; afin qu'on
vous aime, aimaz ; afin qu luuve, cherche»; alln qu'on vous suive, prévener.
Mais est-il convenable que Dieu aille au devant de sa créature? Oui il faut qu'il commence, non seulement parce que notre faiblesse ne peut s'élever à lui sans être attirée, mais enc< I >'il est de la dignité du premier de tousles êtres d'être le premier
à aimer, ( i les affections par une libéralité surabondante. Voulez-vous savoir
quelle est .u,,,.,,,,. véritab'f * ' ■"••u Augustin? c'est celle qui descend et non celle qui remonte ; celle qui vient it le et non celle qui vient de misère, celle qui coule
de source et de plénitude < i ' qui sort d'elle-même pressée par son indigence.
Ainsi, la place naturelle de la tendresse, c'est le caor d'un souverain. Et comme Dieu est le souverain universel, il est toujours prêt à prévenir et plus pressé h donner par
'' '- -----. . . .. . , , ^ ^^ l'excès de leur ■■'' ' ■■■«
lire comme lui. / , , • qui s'anéantit p-
qui s'appauvrit pour nous enrichir, qui se fuit i un de di>U8, pour que nous l'approcbiuus tans effroi. Il se dépouille de ^e^ foudres et de ss grandeur pour faire la conquête de nos cœurs. Il n'est pas de i; ' de Dieu. Il avait tous
les droits sur nous par sa i lUX ; il ne met point
délimite à l'tmour qu'il , , ,.. ...s pointa notre amour
pour lui. Aimez autant que le mérite un Mornme-Dieu ; et pour cela, aimez selon toute l'élenilue que lliomme Oieu a mise à aimer non Père.
21 '0. Il /.«• modifie de l'amour de Dieu. Jasus «'est fait semblable à nounous devenions stjmfiiables à lui L'<tmour qu'on doit à Dieu n'aurait |la^ ( ■
digne ■' ■ ' " - - • • ' ' • ■ i|.»n«; '••- < ■■ ^'•'■"
aini.i
1 ■ I .•: qnœ placita
tunt ei facto iemprr. iHyreiliem mundum, il voit que aun Père n'a que dédain pour les sacritices des animaux et qu'il désire une victime digne de s* sainteté, de sa justtct|
99'^ iftriîS T>K NOTRE-SIÎICiXtîCR
capable de porler tous les crimes des hamains, que lui seul peul être cette victime, il Mit tout ce à quoi celle qualité de victime le devra conduire, il n'hésite pas : ecce venio ut facian Deus volanlatfm tuam. Imiioas ce Dieu, adorons les décrets du Père, soit qu'il frappe, soi) qu'il console.
â" Mais avec quel esprit? dans un esprit de complaisance. Noire-Seigneur met tout 80(1 plaisir à faire la volonté de son Père. Ità Pater, quoniam sic fait placitum aille te. Acquiescer avec joie à toute la volonté de Dieu, non seulement de bouche mais de plein cœur, c'est là l'amxar que Dieu mérite. Que faites-vous au ciel, esprits BienheureuxT L'Âpocaiypse vous représente disant sans cesse devant le trône de Dieu un amen soumis et respectueux, dicté par une sainte complaisance dans le bon plaisir divin. C'est ainsi qu'on aime Dieu dans le ciel ; ne le ferons-nous pis sur la terre ? E;;li$o, qui voyag<-z ici bas, ta sœur qui triomphe au ciel chante à Dieu ce oui, cet amen éternel, n'y répondras-tu pas, comme dans un ch'eur de musique animé par la voix de Jésus Christ ? lia Pater Nous sommes nés pour les joies célesies. Chanterionsnous îe cantique des p'aisirs mortels 1 Oh! c'est une langue barbare que celle de l'exil, parlons le langage de la patrie, (ci-bas, c'est le commencement de la création; au ciel, c'est sa consommaiioo. Commençons ce qui s'achèvera là-haut ; et cet amen que chantent les élus dans la plénitude d'un amour jouissant, chantors-le dès maintenant dans l'avidilé d'un saint désir. Chantons-le pour nous, chantons-le pour les autres, comme N. S. qui se réjouit d'avoir tout en main, afin de tout donner à son Père. Vous tous qui avez quelque influence, n'en usez que pour faire régner Dieu.
Mais Dieu semble nous délaisser: tous les malheurs fondent sur nous. Amen. D'eu n'est pas de ces amis infidèles qui tournent le dos dans l'affliction. Cette persécution, c'est une épreuve; ce délaissement apparent est une grAcc. Jésus l'a éprouvé, et il a su dire : /n manus tuas, Domine. Ainsi, obstine-toi saintement, chrétien, bien que délaissé et comme abandonné, à le répéter avec conllance entre les mains de ton Dieu, entre ces mains qui semblent te repousser et le frapper pour l'attirer davantage. Si ton cœur ne te suffit pas pour faire un tel sacrifice, prends le cœur du Verbe fait chair ; car il est.
an, III. Ton secours : il supplée à ce qui le manque. L'homme est un petit monde, il a en lui tout ce qui est dans les créatures qui lui sont inférieures ; et, comme ces créatures sont incapables de connaître et d'aimer Dieu, elles peuvent du moins se faire connaître de l'homme et lui révéler en elles la toute- puis.<ance et la sagesse de celui qui lésa faites, afin que l'homme connaissant Di»^u par ses œuvres, le loue et l'aime pour ces êtres privés de raison ; mais il n'y a qu'un Dieu qui puisse aimer D<eu d'une manière digne de lui. Ii fallait d'inc donner à l'homme un m«^diateur, aimant Dieu comme il est aimable, adorant Dieu autant qu'il est adorable, afin que par lui nous puissions lendre à Dieu un amour digne de sa majesté. C'est ce médiateur Dieu et homme qui nous est donné dans ce mystère. Réjouis-toi, û nature humaine, tu prêtes ton cœur aux créatures pour aimer le Créateur; Jésus-Christ vient le prêter le sien pour aimer dignement celui qui ne peut l'être que par un autre lui-même. Laissons-nous gagner par ce Dieu aimant, aimons comme ce Dieu aimant, aimons par ce Dieu aimant. C'est ce que fait Marie en ce jour. Elle ofTre sans cesse au Père celui qu'elle porte dans son sein, et dont la bonté la ravit ; elle aime, comme Jésus, dans toute l'étendue dont elle est capable, le Dieu qui le lui a donné; et, sentant l'impuissance des créatures, elle présente au Père l'amour du Fils auquel elle s'unit. Faisons ainsi. 0 créatures, idoles honteuses, retirezvous de mon cœur : je veux aimer Dieu si bon pour moi, je veux l'aimer comme Jésus- Christ, je veux l'aimer par Jésus-Christ. Plus de partage dans mon cœur. Dieu y régnera seul. Je romps ces chaînes d'iniquités, je sacrifie ces affections terrestres qui m'onl jusqu'à ce jour entravé, etc.
2132. Autre plan de bossuetsur l'Incarnation: Creavil Dominiu novum tuper terram, femina circumdabit rirum. (Jér. xxxi,2i.) Les grandes connaissances que Dieu avait données à l'homme avant sa chute, ont fait, par la désobéissance de notre premier père, un funeste naufrage; mais il nous en est resté des débns; ei parmi eux le désir de la vérité, et celui de connaître des choses nouvelles. L'amour de la nouveauté (ait tout tenter parmi les hommes: c'est chez un grand nombre une sorte de maladie que Dieu vient satisfaire et guérir tout à la fois par les merveilles qu'il opère luimême ; mais entre ces merveilles, il en est une que Jérémie nous a pré.iiie et qui s'accomplit eo ce jour ; Femina circumdabit virum; ^1) c'est une nouveauté déjà extraordinaire
lU pïtriuivbe aaint rtcnuit comme ua ocvon de lumière, comme • IIP et de clarté, et le monite au milieu commp un nlnme. Vous
' ' " :■•■'■'- ■-■-' ■ - -,-iitcn l'air, il. ' rjibre,
4UaiiU k-5 I urne en coin; it le
"'°n"'''; ''^"' |u est-ce don, .n-eu
comparaisou -J- . „„„ „,^^ g^ers li. i...., 1 nous le
dirions cent mille I l„ , i,,,.^ ^'^^ (^^^ ,„„^,;„^. ■ ji/ngnus
ment aimable, puisqu -uni m ^t.im.i .,u U ^-Un. ,i a .laK-n-.'. p.mr lamour de nou«. se faire si petit qu'il tst •. c «fcl-a-dire. peuple, t-coutez-moi bien, ri relenez-Te, el pcnsez-v souvent, c'est le fond du christi»-
L'mCAftNATIOK 'JU3
(|u*an bomnoe foule aux pieds les honneurs de ce monde que tant d'autres recherchent; mais qu'un Dieu s'anéantisse, cVsi une nouveauté pus rare, et vraiment divine. En efTel, il y a dans ce my>tere aeux choses ni''rveiilruses. Difu, mafire souv rain de luuics cho« •es, se fait sujet ; Diru^^ui n'a point d'égal à lui-même, se donne drs égaux, en s'assoeiaol noire nature. Venez admirer cette nouve-iuié; mais, en le laisani. n'oublions pas Hane par quiUieu nous e»l donné, et disons que le Dieu qui se failsuje', la choisit pour être le temple où il rend à son Père seâ premiers homii>ages, et que ce Dieu qui s'unit les hommes, l'a choisie comme le canal par li quel ii se donne à eux. Dieu honore Marie, puisqu'en elle il s'anéantit et devient soumis à son Père, et parce que par elle il entre en société av''- '-'■= ' •""■nés.
•l\Xl I, /' ..' iujet en Marie. Entre les moyens infinis qu'a Dieu d'établir sa
gloire, le piu .e tous, c'est de s'abaisser et de s'anéantir. Il est facile de con-
cevoir que t>>eu, dans toute l'éienJue de sa puissance, ne pouvait rien faire de plus relevé que de donner au monde un Dieu-H^mme. C'est là, en effet, le grand ouvrage de Dieu; et c'est par conséquent sa plus gi < ' : car Dieu trouve sa gloire dans la mer-
»eille de ses œuvre*. Or, Dieu ne ; e ce grand ouvrajfe qu'en s'abaissani jus-
qu'à l'humanné; donc l'ouvrage le p . . u\ d'un Dieu lout-pui.ssant ne pouvait éire fait que par l'bumiliié. Habiiarit in nobis et vidimus gloriam ejus, jamais il ne s'est vu plus de g'oire, parce que j«mais il ne s'est vu plus d'abaissements ; et c'est ce qui nous doit fciire comprendre le prix de Ihumiliié, et l'amour que nous devons avoir pour celte vertu fondamem.iie du christianisme. Dieu l'a aimée à tel point que, ne pouvant s'abaisser dans sa naiure divme, (car il doit toujours agir en Dieu, et par conséquent être toujours grand), il cherche à s'unir une nature étrangère qui lui prête ses abaissemeois, afin que son Père vote en sa personne un Dieu obéissant et soumis. Aussi, en entrant dans le monde, dit-il ■ Ecce ven>o ut /aciam Deus toluntatem tuam ; mais ce sacriAce admirable d'obéissance, le premier qui soit digne d'être agréé du Père, sur quel autel a-t-il été ofT'-ri d'abord? Dans le sein de Mnne. Et d'où vient, ô Sauveur, que vous choisisse! ce temple, pour rendre à voire Père vos premières adorations f (:'f>ii r.rn iir de l'humiiiié qui vous le fait faire. C'est parce que ce temple est bAii i> ■'■ et sanciilié par l'humilité. Dans l'admirable entretien de la Vierge avec
I ne dil que deuv paroles; et. dins l'une et dans l'autre, éelalerii deux ver>
II ic ravir 'e cœur de Dieu : (Juomodo pei istud. qui révèie un amour imni v'irffiniié ; mais à ceUe parole le mysiére de i'tni:arnat<on ne s'accomplit
pus r' — — - ft la terre l'envient a '- ■■ ■ '* " • ' " - lez-vous T
Ecce au li. Voilà le langage de as de la
faveur . le ; elle ne laisse voir ; ; et aus-
sitôt les cieu.\ Sont ouverls; tous les torrents de grâce louiUeul sur Marie; l'inondation da Saint-Esprit la pénètre, le Verbe revêt un corps formé du sang très pur qu'il lui rendra sur la cr-jix ; le l'en.' " la mère de - t mtes les créatures, «n < dans son eul
contenir !''",m..„mié. Cto. lé quia res...,. — ;:ise.
Par el nei, ô Vierge, un temple saint oU ait à habiier pen-
dant r 1 iut il est vrai que l'bumilité est la - lutr-s les gr&ces, et
(1 seule attirer Dieu en nous. Si Dieu relire de nous ses miséricordes, c'est q ■'' est bannie du monde. On poursuit le> honneurs du siècle : on ne sait pas Si .. - - . .. - i . É - . . — - ■. , — -, .. -Trions de
p e faut-il
p. ; 1 ne a ne
pas le laisM:r ébiuuir par les grandeurs dn cr monde. Son liumiliie iait tm g'oire puisque Dieu en e*i rivi, et vient itii-mérn» «'h'i'niii»"' dsns «on s^m VTgtnal et «1«« p'o«,
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