‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 272 sur 416 · XVII. — Fête-Dieu · texte numérisé non relu

XVII. — Fête-Dieu

2152. C'est une «les plus belles fêles de l'Eglise ; car elle nous rappelle et nous fait adorer un des plus grands mystères. Disons !<> l'histoire de son institution ; II" le but de l'Kglise en l'instituant ; lll» les sentiments qui doivent nous animer en la célébrant.

I. //isforit/ue. C'est la Bienheureuse Julienne, religieuse hospitalière de Monl-tiornillon près de Liège, en Belgique, qui eut l'inspiralion de demander rolablissomcnt de cette fête. Elle en flt part à Jean de Lausanne, chanoine dp Liège, qui en parla à Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège, lequel <lcpiiis devint J'ape sous le nom ilTrbain IV. Uoberlde Torote, évèqiie de Liège, orrlonna le [ircmier do célébrer cette Fêle dans son diocèse, et la Ot précéder d'un jciine. Ce fut une consolation pour la lUenheureuse Julienne; mais elle mourut en 12.^, avant que se réalisât son désir de voir celte solennité célébrée dans toute l'Eglise, l'ne amie de la Bienheureuse, Eve la recluse, poursuivit l'œuvre entrofirise : elle pria l'Evèque de Liège de s'employer auprès d'Urbain JV, qui en lit composer l'olïice par saint Bonaventure et par saint Thomas : mais pendant que ce dernier lisait devant le Pape le chef-d'œuvre qui siilllrait à l'immortaliser, saint Bonavenlure <pji était présent détruisait ce qu'il avait écrit lui-même. I^ mort du pape Urbain IV, survenue bientôt après, icl.inia lie quarante ans la célébration de la fête ; mais en 1311, Clément \ . lu ((incilc de Vienne, ordonna qu'elle fiit célébrée partout ; et luiniènu- présida dans celle ville la première procession du Saint Sacrement.

2V)^. II. Le but (le iEgline a été l» d'honorer le Saint Sacrement. On 1 honore, il est vrai, tous les jours par la célébration de la sainte Messe, etc., tous les ans, le Jeudi-Saint ; mais ce Jourest aussi rempli par d'autres cérémonies qui exposent à perdre de vue le Saint Sacrement. Le pape Urbain voulut donc qu'on lui consacrAt un jour spécial, oij on le célébrerait avec toute la solennité possible. 2<> Pour réparer les outrages que Notre-Seigneur rei.oit dans ce mystère. 3o Pour confondre les hérétiques. Jusque-là Béranger

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avf (.eux qui après lui ont embrassé ses erreurs, que IKiilise cnliére

a n loules les manifestations les plus pompeuses du cuJi*, le Dieu

du >, el a rendu ainsi éclatanto la foi des peuples.

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prvj , - .lui... [lieu est avec nous. Notis avons tout en lui. Joie aux

pauvres. Manducat Dominnm pauper, servus et humilis. Joie aux riches, joie aux justes, joie aux pécheurs, joie à l'aftligé. Venite ad me omne.< rf eqo reficinm vos. 2o Quid retribuam Domino pro omnibus quœ ref/ mihi ? Il demeure toujours avec nous, il se donne tout entier, à tous. le poids de la reconnaissance, invitons les saints du ciel, la Vierge Marie elle-même à remercier avec nous, 3'^ .\mour. Quis tam amantem non rednmaret ! Oserions-nous refuser notre cœur à celui qui nous donne tant de marques de sa tendresse. Ah ! que tous nos chants soient des aciesd'amour. Il fatjdrait que les pierres elles-mêmes se convertissent en conirs pour vous aimer, ô divine Eucharistie ; mais que du moins les cœurs qui jusqu'ici ont été durs comme le rocher s'amollissent ! Que tous vous louent, vous remercient, vous fassent oublier par leui-s hommages les blasphèmes df l'hérésie, la froideur des indifférents, les outrages des sacrilèges !

215-i. Antre sujet. — On pourrait encore traiter en ce jour les sujets du no 1415, et suivants, ou prendre le plan de Bourdaloue :

Plan de Bourdaloae. Caromeavere est cibus. N.-S. voulant faire connaître aux Jaifâsin Corp) adorable, ne leur dit pas qu'il esl le sanctuaire de D^eu, le temple vivant du Sainl-£<prit, le chef-d'œuvre de la créalion, mais qu'il est une nourriture. C'est ce Corps que l'EglifC fêle en ce jour Festum corporis Chrisli. Or ce Corps ne pouvait être plus honoré qu'il l'est par le mystère de (Eucharistie. Notre S?igneur a un C< rps Datorel qui est celui dont il s'est revêtu dinj le sein i*e .Marie, et qu'il a sacrifié pour notre salut au Calvaire; el son corps mystique, c'est l'Eg ise, qu'il s'est unie et incorporée, selon la doctrine de saint Paul. Je dis donc que c'est aujourd hui la çranie fête de l'un et de l'autre: pourquoi? parce que c'est auj-yurd'hui tout ensemble le triomphe de la Chair de Jf'sus-Chrisl, et le triomphe de rE'.î!ise de JésusChrisl. Le Siuveur du inonde ne pouvait faire plus d'honneur à sa Clair, que lie l'établir, comme il a r<it, en Mcremeni el en sacrement le p'us augus'e de notre religion qui e»i l'Eucharistie. Et J'ajoute qae ce même Sauveur du monde ne pouvait faire plus d'honneur k $on Erlisp, (ju'en 'ai laissant ^% Chai' ('iib'ie .le h snrtn et comme éris:'^'' en sa^rmcnt.

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1014 FÈTKr- i>i. .>o IRE-SEIGNEUR

D'autant plut qu'il la réduisit dans sa passion aux dernières humiliations. Car c'est celle r.hair vénératile qui fui oomblée par nous d'ipnominies et d'opprobres, c'est-elle qui fut déchirée de fouets, c'est elle qui fut profanée par les mains des bourreaux; et pour tout dire en un mol. c'est elle, si j'ose user ici de cette manière de parler, qui fil tous les frais de noire rôdemplion. Ce fut elle qu'il immola sur l'autel de la croix; elle était sainte, et il en Hl un analhëme et un sujet de malédiction: elle était digne de tous les respects des hommes, et il permit qu'elle fût exposée à toutes leurs insalles. Il fallait donc qu'il la récompensât et qu'il l'honorât autant qu'el'e avait été humiliée. Or c'est jusuiii-ni ce que Jésus-Christ a fait dans la divine Eucharistie: voilà la fin qu'il s'est prup.isée dans l'Institution de ce mystère; «l voilà aussi pourquoi nous célébrons aujourd'hui la Fête de son Corps.

En effet. Chrétiens, l'Eucharistie seule fait pins d'honneur à la Chair de Jésus-Christ que tous les autres mystères glorieux de cet Homme-Dieu; el quand il sortit du tombeau, la gloire qu'il communiqua à son corps, ne fut point comparable à celle qu'il lui avait donnée el qu'il lui donne encore tous les jours, dans son Saint Sacrement. Celte proposition nous parait nouvelle; mais écoutez-moi, en voici la déraonsiralion. J'avoue, mes Frères, que Jésus-Christ sortant du tombeau, donna à sa Chair d'admirables qualités : impassibilité, subtilité, agilité, lumière et splendeur; mais après tout, ces qualités n'ont rien qui surpasse l'ordre de la créature, au lieu qu'ici, c'esl-à dire, dans l'adorable Eucharistie, la Chair du Sauveur est élevée à un ordre tout divin : elle y prend un être, elle y acquiert des propriétés, elle y fait ce que Dieu seul peul faire. El quoi I il faudrait un discours entier pour vous l'expliquer. Je m'arrête à ce qu'il y a de plus essentiel, el à ce qui doit le plus vous toucher. Je ne vous dis poinl que cette Chair bienheureuse possède une espèce d'immensité dans l'augusle Sacrement de l'autel, puisqu'il est certain qu'ellen'y est bornée par aucun espace,el qu'en vertudece mystère, elle peut être présente à la fois dans tous les lieux du monde. Je ne vous dis point qu'elle y devient toute spirituelle, mais bien autrement que dans sa résurrection, puisque la Chair de Jésus- Christ est dans l'hoslie à la manière des esprits, toute en tout, el toute en chaque partie, autre qualité merveilleuse. Je laisse ce qu'a remarqué l'abbé Rupert, qu'elle est comme éternelle et incorruptible dans ce Sacrement, parce qu'elle y sera jusqu'à la consommation des siècles. Tout cela, autant d'effets de la toute puissance divine, pour honorer le Corps du Sauveur.

Mais le grand miracle, et celui qui comprend tous les autres, et celui que Jésus- Christ nous a maïqué plus expressément dans l'Evangile, et celui auquel les hommes font moins de réflexions, el celui qui devrait être plus médité, el celui que je trouve incontestablement le plus glorieux à la Chair du Fils de Dieu, je l'ai dil, et il faut le développer davantage, c'est que la Chair de Jésus-Chrisl dans l'Eucharistie est l'aliment de nos âmes. Quoiqu'elle ne soit qu'une substance terrestre et matérielle, elle a la vertu de vivifier nos esprits. Au lieu que nalurellemenl c'est l'espril qui doit vivifier la chair, ici c'est la chair qui, par un prodige bien surprenant, vivifie l'esprit el qui le soutient, et qui l'anime, et qui lui sert de nourriture pour le conserver, Car, prenez garde, je vous prie, c'est la réflexion de saint Ambroise, quand le Fils de Dieu parlait aux Juifs de ce Sacrement, il ne leur disait pas: Ego sum cibu$, je suis la nourriture, mais il leur disait: Caro mea verè est cibus, ma chair esl la nourriture dont il faut que vous soyez spirituellement nourris. Ce n'est poinl l'âme, ce n'est point la divinité de Jésus-Christ, qui fait noire aliment spirituel dans l'Eucbarislie. c'est sa chair, Caro mea. La divinité et l'âme s'y trouvent assurément, mais ce qui nous nourrit el ce qui nous est directement donné en qualité de nourriture, c'est la chair de cet Homme-Dieu, dont notre âme est sustenlée, fortifiée, el, pour me servir du mol de Tertullien, engraissée. Or, quel honneur pour une chair que ce soit elle qui nous rende tout spirituels, elle qui nous communique la grâce, el qui nous fasse vivre de la vie de Dieu même. Oui, Chrétiens, je le répète, ce miracle seul élève la chair du Sauveur du monde à un ordre surnaturel et divin. Car il n'y a que la chair d'un Dieu qui puisse opi^rer de telles merveilles; et Dieu prenant une chair ne pouvait plus l'honorer, qu'en lui donnant la force et la verlu de les produire. Or tout cela convient à la chair de Jésus-Chrisl dans l'Eucharistie, et c'est ce que l'Kn^î.co <.v,.r,me f„ un j^,^i lorsqu'elle nous la présente par les mains des Prêtres: ^'J' " »os/rt Jesu Christi custodiat animam tuam m vitam œternam.

l^*"'. ' ". nous dit-elle, reçois le corps de ton Seigneur et de ton Dieu, et pour-

quoi? aiiu qu'il conserve ton âme pour la vie éternelle. Voyez-vous, l'ineslimable prérogative du Corps de Jésus-Christ ? Dans l'ordre de la nature, c'est à l'âme de conserver le corps ; mais dans l'ordre de la grâce, c'est le Corps de Jésus-Christ qui conserve notre âme; et cet ordre qui esl un ordre de grâce pour nous, est pour le Corps de Jésus- Christ un ordre de gloire, mais de la gloire la plusiminente et la plus sublime.

Après cela, faul-il a^àionnerque Dieu, par une conduite pleine de sagesse el par une disposition de sa providence, nous ait proposé ce Corps à adorer dans nos temples î A qui rendrons-nous plus justement le colle de l'adoration, qu'à une chair qui est le principe de notre vie el de notre immortalité ? Et oii l'adorerons-nous avec plus de raison que dans son Sacrement, puisque c'est là que Dieu l'a rendue toute puissante, pour nous animer de la vie de la grâce, el nous vivifier selon l'esprit?

C'est pour cela. Chrétiens, que l'Eglise a institué celle fêle que nbus solennisons

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