V. — Panégyrique d'un Apùirc
23()8. Elegit duodecim ex ipsis yuos apostolos nominavit. (Li:c., vi, 43).
Quel nom ! Le plus grand de tous dans l'Kglisc, nom qui a la même signification que celui des anges, mais qui est réservé aux hommes (jue ^'olre- Seigneur a envoyés au monde pour prêcher son évangile, et qu'il a revêtus de sa puissance pour faire des miracles, pour enseigner, pour gouverner l'Iî^lise et jiour nourrir les brebis de Jésus par la grâce des sacrements. Aussi N. S. choisit-il ses Apôtres. Il tend ses filets sur cet océan du monde; et bien (jue les eaux en soient troublées, il n'y pèche pas à l'aveugle : il choisit, mais qui choisil-il, quelques princes de lasynagogue.quelquesPonlifes illustres, quelques hommes fameux pas leur science, leur noblesse, leur fortune? Non. Les grands viendront jilus tard en foule. Les empereurs et les rois abaisseront leur tête sous le joug de l'Kvangile. Les orateurs et les philosophes viendront aussi ; on les verra renoncer à la pompe de l'éloquence et à la sagesse profane pour embrasser la simplicité de l'Evangile et la folie de la croix. Jésus ne les rebute pas ; mais il les diffère. Les grands veulent que lem* puissance donne le branle aux alTaires ; les sages, que leurs raisonnements
PANÉGYRIQUE d'UN APOTRR 1 109
pjignonl les esprits. Dieu veut déraciner leur orgueil, ils vicmiront en leur lOHips quand l'iinivors aura vu que la conversion du monde atu"i «}lé accom- {)lie sans eux, quand ils sauront convenir que l'Kglise n'a pas besoin d'eux ; mais fju'ils ont im grand besoin d'elle, eux que leur grandeur éloigne le plus du ciel, et que les périls et les tentations approchent le plus de l'abirne. II faut que Dieu les humilie pour les sauver, piusqiie tout contribue à les élever, à les perdre. Aussi N. S. choisit des pauvres des pécheurs, afin que toute langue confesse que c'est lui seul qtii a fait ce grand ouvrage. Gédéon fit cacher dans lies vases de terre les liunit'res (jui devaient épouvanter les ennemis ilii peu|)lo de Dieu, et N. S. pour vaincre la puissance des ténèbres dans l'tmivers confie la lumière do son évangile a des hommes sans crédit, sans fortune, etc. .afin qu'on reconnaisse bien (jue ce n'est pas par leur iniluence, mais par la seule puissance de Pieu qu'ils réussiront. Jamais concfuérant, jamais prince, jamais république n'a cont;u un semblable dessein. Sans ^ !iumain, ces pécheurs se partagent le monde pour le conquérir ; ils
iuent de changer toutes les religions de l'humanité, la seule vérita- Inv ' ■ lui est celle <les juifs et toutes les fausses, (D'après Bossuet).
Dan- ■ divin eu sa place saint N. cjue nous honorons en ce jour, et
qui .i.> . .V . autres Apôtres a été de ceux qui vivenfes in carne, I plantaveriint ecclesiam sanguine suo, II calicem domini biberunt et III amici Dei fartisunt.
2309. l.Plantaverunt Ecclesiam, {l) ils ont établi l'ICglise. Quelle œuvre divine ! i"^' iJiffîrultès. Il s'agit : 1) de persuadera l'esprit humain les choses les jtlus difficiles à croire et il faire, 2) de le persuader à des gens de toutes conditions, et dans tout l'univers, et 3) sans instruments ni ressources luimaines, et pourtant i'^ ils ont réussi.
1) O'if'ls m vstères que ceux de notre foi pour les esprits qui n'y sont pas I II s'agit de croire que la Mère de ce Jésus qui a été attaché <à im (u'à lui infAme, est la plus pm*e des vierges, et que son Fils est le vrai l)icu, qu'il s'est ressuscité lui-même, iiu'il ressuscitera un jour tous les houïmes, qu'il est contenu tout entier dans l'hostie du tabernacle ; et quels devoirs celte foi ne nous impose-l-elle pas ? aux vindicatifs elle prescrit le pardon des injures, aux voluptueux elle commande île renoncer même aux [ictisées coupables, elle ordonne l'abstinence et le jcilne ; aux avares elle il' l'nd toute injustice ; elle veut que plutôt ipie de renoncer à sa religion, et de transgresser ses lois, l'homme quitte |»ére, mère, frères, époux.
(1) Elle montant an ciel et laissant son esprit de zèle à sSn disciple Elisée, n'élail que la figure de Jésus Christ, lequel après être monté à la droile de son Père, fit descendre *ur ses (iisiuples cet esprit de lèle et de feu qui devait élre le sceau du sacerdoce, et lent embraser, purifier tout l'univers, et porter à toutes les nations la salut et l'amour de la vérité et de la justice. Aussi à peine sont-ils remplis de eut b.sprtl-Saint, que ces hou. ivani si timides, si soigneux de se cacher,
et de se dérober à la fureur d(;s ni de leur retraite comme des lions gêné-
f"" "•■••■'"'■"• ' > ... ...v •"! .1".! t.. péril, portent sur le front, avec
toutes les puissances du siècle ; ! Prêtres assemblés, à la R<'8ur-
reciiuii kl< , et burleni Uu leur couseil, eu se réjouissant d'avoir été trouvés
dignes de opprobres pour son saint nom.
La Jud(^' .r. . ,.^, .. '"•- 'le de leur zèle : ils passent
de ville en : ils se répandent jusqoes
;iiiT I xtf.Mi , , iiciens et les plus autorisés:
m aux peuples li^s plus féroces, les luoies que leurs ancêtres avaient de tout i(!c8 : ils renversent les «o(els, ipie l'encens et les hommaj^es de tant de siècles avaient ren>i f : \ «ux nations les plun ' saj.p.„.. I „. .,1... 1^ gj
i)lua I ' ; ■ :>ire;
ei lU réptindenl qu'iU ne peuveat p^s ne pai> annoncer ce qu'ils ont «u ei eia<^i<du; et ils publient aur les toits ce qu'on leur défend même d<- ciinHer au secret des oreilMs : on les fait expirer Mius le fer de« tmurreaux ; on r ' nouveaux tourments pour
éteindre avec leur .•«ang la nouvelle ductrine qu'il a, et leur sang la prêche
encore après leur mort ; et plus la terre en est im. :,,, , -s elle «nfanie de nouveaux iisciplesà l'Evangile. (Masullo.i).
1110 FÊTES DKS SAINTS
2) S'il ne s'était agi de persuader ces vérités et ces devoirs qu'à des gens ignorants et grossiers qui croient tout ce qu'on leur dit, comme le lierre qui sallaclie à la preniière unu'aillc qu'il rencontre, ou à de pauvres femmes et Dlles rrédiilos, la chose eût clé peut-être luiinainement possible : mais non. Noire-Seigneur a <iil aux Apôtres : Pvœdirate nvmufeliiim omni creaturœ, et saint Paul : Sujiientihus et irusipienfiOus t/ehitor siim. 11 l'aut donc faire accei>terla foi el ses obligations: («) aux gran<ls du monde, et les amener, eux qui avaient à ro'in" de se faire passer pour dieux, à s'humilier devant celiii que leurs soldats ont crucifié.
{b) A des savants enllés de leur prétendue sagesse, toujours prêts à discuter el à «-onlredire, qui certes devaient n'avoir que peu de goût pour recevoir des leçons de la bouche de pauvres pécheurs de lîalilée.
(r) A des Ames corrompues que l'exemple même de leurs dieux retient dans le vice.
{</) VA il faut établir cette foi, avec la morale qu'elle impose, non siu* tme poignée de gens ; mais à Home la capitale du monde et dans toutes les provinces qui en dépendent. De quelles ressources prodigieuses n'aurait-il pas fallu disposer pour une telle entreprise! (1) et cependant
W) les Apôtres (a) n'ont rien de ce qui a une iniluence naturelle sur les hommes: 1) point de fortune ; ils ne peuvent donc acheter l'enipire romain dont les revenus grossis dos tributs de toutes les provincesétaientimmenses ; leur Maître leur a défendu d'avoir même un bûlon ; et un des plus illustres d'entr'eux en est réduit à travailler d'un métier vulgaire pour se sulllre à lui-même el à ceux (pii l'accompagnent ; (6) ils avaient été jusqu'à la mort de iNotre-Seigneur, sans courage ; dès qu'on se saisit de leur Mailre, ils prirent honteusement la fuite ; et le chef d'entr'eux le renia à la voix d'une servante ; (c) mais peut-être que leur nombre va suppléer à leur médiocre courage : Elegit fluodecim: ils ne sont que douze. ('/) Alors ils devront être éloquents conmie Cicéron et Démoslhènes. Ils font fi de l'éloquence humaine ; ils ne se glorifient «pie de |)rêcher Jésus crucifié; (e) au lieu de llatter les passions, ils leur fiéclaronl une guerre implacable. Si quis vult renire post me, abneget semetijtsum et tollut cnicem suam et sequatur me. i) Ils ont en partage le dénuement, l'humiliation, la patience â tout souffrir sans se plamdre ; et pourtant
2'> Ils ont réussi. Paul pouvait dire: Fides vestra annunfiaftirin universo muntlo. (lelte victoire a été si complète, 1) qu'une midtitiide innombrable a sacrifié sa vie pour celt* foi, et pour ses lois, 2) parmi ces martyre, il v avait des savants comme saint Denis, l'aréopagite, saint Justin, saint Cvprien; '^) tandis que la persécution ruine les o'uvres des hommes, elle a étendu l'Eglise. La vigne dont on coupe les rameaux devient plus féconde, et chacim de ses rameaux coupé peut faire un cep nouveau. Le sang des martyrs a été une semence de chrétiens ; -i) les empereurs eux-mêmes ont courbé sous la croix, leur front couronné du diadème. Ils ont regardé comme plus précieuse que
(1) « Sur ces simples observations, on peut juger de la bonne foi des écrivains qui ont prétendu que le Christianisme s'était établi nalurellemenl. En effet, il n'eut à surmonter que les intérêts, les passions et les opinions. Armé d'une croix de bois, on le vit tout à coup s'avancer au milieu des joies enivrantes et des religions dissolues d'un monde vieilli dans la corruption. Aux fêtes brillantes du paganisme, aux gracieuses images d'une mythologie enchantejrisse, à la commode licence de la morale philosophique, i toutes les séductions des arts et des plaisirs, il oppose les pompes de la douleur, de graves et lugubres cérémonies, les pleurs de la pénitence, des menaces terribles, de redoutables mystères, le faste effrayant de la pauvreté, le sac, la cendre, et tous les symboles d'un dépouillement absolu et d'une consternation profonde; car c'est là tout ce que l'univers païen aperçut d'abord dans le Christianisme. Aussitôt les passions s'élancent avec fureur contre l'ennemi qui se présente pour leur disputer l'empire. Les peuples à grands flots, se précipitent sous leurs bannières, l'avarice y conduit les prêtres des idoles, l'orgueil y amène les sages, el la politique, les empereurs.
Alors commence une guerre effroyable : ni l'âge, ni le sexe ne sont épargnés, les places pub'iques, les roules, les champs même, et jusqu'aux lieux les plus déserts, se couvrent d'instruments de torture, de chevalets, de btichers, d'échafauds; les jeux se mêlent aux carnages; de toutes parts on s'empresse pour jouir de l'agonie et de la mort des innocents qu'on ég..rge ; et ce cri barbare: Les Chrétiens aux lions, fait tressaillir de joie une multitude ivre de sang. » (de Lamennais.)
PANÉGYKHiUii d"uN ÉVANGKLISTE II II
Ions les diamants les parcelles de la croix du Sauveur ; et Constantin n'a pas rouKÎ de porter do la terre dans une hotte conime les manœuvres, en élevant un temple à saint Pierre le pôeheur de tlalilée.
N'y a-t-il pas lieu de raisonner avec saint Aucuslin : Ou la foi s'est établie sans miracles ou par des miracles. Mais dans le premier cas, le plus grand miracle «le tous c'est son établissement lui-mcme ; elle est donc divine. Si elle sost établie par des miracles, elle est donc aussi divine ; car il est impossible que Dieu mette, mémo par un seul miracle, sa puissance au service du mensonge. 0 Apôtres saints qui avez accompli cette grande œuvre, vous «'•tes les ambassadeurs de Dieu, ses envoyés, vous avez contpiis l'univers en son nom, vous méritez après Dieu et ajtrés Marie tous les honneurs, vous êtes dignes de toute notre reconnaissance et de notre amour.
Kt vous en particulier, saint N. à qui est échue dans la division du monde comme lot de votre apostolat... (Preiulre dans le bréviaire les noms des lieu.r évanf/élisès par r/ia«/iie apôtre), nous vous vénérons, nous vous bénissons, nous vous demandons de vivre et de njourir dans cette foi que vous avez prèchée.
2;{I0. II. Calicem Domini biberunf. Ce n'était pas assez pour les apôtres des fatigues de l'apostolat, des périls courus sur mer et sur terre dans leurs loniîues courses évangéliques, ce n'était pas assez des fouets, des prisons, des I . ,- 1-. ito sorte, il fallait qu'ils arrosassent de leur sang cet arbre
se (ju'ils avaient {)lanlé. (Test par la mort que Jésus a iiiniiiinii . ,iu « .maire, du déuiou, du monde et du péché. Le disciple n'est as au-<lessus du Maître; il devait triompher aux mêmes conditions. Aussi «otre-Scigaeur posait-il cette condition à ceux dos douze «pii lui demandaient une place ù pjirt dans son royaume. Avant de la promet ire, le Maître leur dit : Potestis bibcre calicem ifuem eyo bibiturus sitm ? — 11 fallait qu'ils <lonnassent à leur bon .Maître la marque d'amour la plus claire et la plus péremptoire de toutes, celle que le Sauveur leur avait donnée en mourant pour les hommes. Majorem charitatemnemo luibet. Ils n'ont pas reculé.
Tous ont scellé de leur sang les vérités qu'ils annonvaient et par là en ont prouvé une fois de plus la divinité. Saint N. en particulier a souffert : (prendre dans le bréviaire l'histoire de son supplice).
2:M1. III. (]'est en plantant l'Kglise, c'est en buvant le calice de la passion et du martyre «pi'ils sont devenus [es amis de Dieu, et amici I)ei fucti sunf, Dieu les a honorés : iu sur la terre : 1) par les miracles qu'ils ont opérés en son nom, et (pii ont été plus grands que ceux-mémes (jue Noire-Seigneur avait o[iérés lui-même ; 2; par le succès merveilleux de leurs prédications. Qtie sont, h coté d'eux, les conquéranlstant vantés de l'antiquité, qui ont tout souuiis à leiu* ambition en versant des Ilots de sang, en répandant partout sur leur passage le pillage, la terreur, la mort, en laissant les peuples i-on- ' lesclavage, la corruption el la barbarie, tandis «pie les .\pôtres en ii( le moniie n'ont <iéversé sur tous que des bienfaits ; partout ils -Il I ii'lu la lumière ipù a banni les ténèbres de l'ignorance et les horreurs .Il s . I iuptions [laiennes, et eela sans verser d'aulre sang que le leur; !{) pur 11: < uiu .|iie reçoivent dans l'Kglise jusqu'à leurs restes nnu'tels; (voir lleliipies). 2" Dans le eiel : \imis honorât i sunf amici fui l)eus, nimis confortât us est principatus eurum. Sedebitis super sedes, judicantes duodecim tribus Israël. '
tirand saint N..., qui avez planté la foi «ians lo lonnde; plantez-la bien avant dans nos ca-urs. Kailes que notre foi soit . car sans les «eu-
vres, elle ne peut nous sauver. Nous avez versé \' - pour la défendre,
ne pi'rmettez pas que nous, qui .sommes les pierres hiiper|»osées de l'édilice dont vous êtes b- fondement, nous céilions aux railleries îles impies. A la lâcheté du respeil humain; obtenez-nous le courage de mourir, s'il le fallait, pour rester lldèle à notre loi. l'ne telle mort est <ie toutes la plus glnrieusc, et elle prépare les gloires du ciel dont vous jouissez et après lesipielles nous soupirons.