ALLOCUTIONS DTVERSKS ET SERMONS DB CIRCONSTANCE
<( Uiiand le Fils de Dieu s'est fait homme, quand il s'est revêtu de nos faiblesses, ot qu'il a passé, comme dit l'Apotre, par toutes sortes d'épreuves, à l'exception du pécné », il est entré avec nous dans des liaisons si étroites, et il .-1 pris pour tous les mortels dos sentiments si tendres et si paternels, <|ue nos maux sont ses maux, nos infirmités ses infirmités, nos douleurs enlin ses douleurs propres, (lest ce que l'Apôtre saint Paul a exprimé en ces paroles dar>s la <livine Kpilre aux Hébreux.
« Nous n'avons pas im pontife qui soit insensible à nos maux, ayant luimême passé par toutes sortes d'épreuves, à l'exception du péché, à cause de sa ressemblance avec nous. Et ailleurs dans la même épitre : Il a voulu, dit l'Apôtre, être en tout semblable à ses frères, pour être pontife compatissant.
» Il a eu faim sur la terre ; et il nous proteste dans l'Evangile, qu'il a faim
gf'néreux, les parents ne songent, le pins souvent, qa'à leur rendre quelques derniers devoirs et à se partager leurs dépouilles; mais les prières des pauvres montent vers Dieu, et Dieu, touché des prières des pauvres et des aumônes accomplies, leur donne la vie éternelle.
(b) Henri IV s'égara dans une forêt obscure. Pressé par la soif, il frappe à la porte d'une chaumière et demande à se désaltérer. Le matlre de la maison qui ne le connaît pas, déiache le reul fruit qui pendait à son arbre pour le lui donner; peu après, le roi revient à la chaumière avec ses habits royaux et oimble de largesses celui qui lui a rendu ce service.
C'est JésuH-Christ caché sous les haillons du pauvre que nous obligeons en faisant l'aumône. Au jour du jugement, en se montrant à nous dans sa gloire, il nous récompensera loyalement ou plutôt divinement.
(c) Saint Jean l'Aumônier raconte que la charité lui apparut sous la forme d'une femme comnnée de lauriers et plus brillante que le soleil. Elle s'approcha de lui et lui dit : « Je suis la fille aînée du Grand Roi : et si vous méritez mes faveurs, je vous introduirai près de lui, car personne n'approche de lui avec plus de confiance que moi.» Saint Jean consacra donc sa vie à la pratique de la charité. Il s^e dépouillait de tout pour les pauvres. Un homme riche, remarquant qu'il n'avait qu'une mauvaise couverture à son lit, lui en apporta une de grand prix. Saint Jean s'en servit une nuit pour lui faire plaisir; mais il ne put dormr en pensant que tant de pauvres étaient moins bien que lui, et le lendemain il la vendit pour en donner le prix aux pauvres. Le riche la racheta et la lui rapporta; mais le saint archevêque la vendit une seconde et une troisième fois, en disant agréablement A son bienfaiteur : c Nous verrons bien qui se lassera le premier. »
(d) Martin, jeune soldat d'une légion romaine, rencontre un jour près d'Amiens, un pauvre qui avait demandé en vain l'aumône aux passants et qui lui lend la main. Le jeune soldat n'avait que ses armes et ses vêtements. Il s'arrête attendri et examine comment il pourra assister ce malheureux. li se décide à couper son manteau parle milieu avec son épée, il en donne la moitié au pauvre et se couvre lui-même, comme il peut, avec l'autre moitié. On se moque de lui: mais la nuit suivante Noire-Seigneur lui apparaît couvert de la moitié du manteau donné au pauvre, et disant: « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a recouvert de ce manteau. » Martin se fait baptiser et devient on grand .saint, un grand «'vé'iue et le thaumaturge des Gaules.
ie) Agrippa, vaincu par Tibère, fut enchaîné devant le palais de l'empereur. Là il mourait de faim et de soif; un esclave lui apporta un vase d'eau, qui lui sauva la vie. Agrippa, rentré dans ses Eiats, éleva à la plus haute dignité cet esclave. Que ne fera donc pas Noire-Seigneur f
if) La sœur de saint Louis tricotait un jour un vêtement de ses mains royales. Le saint roi venant à passer, lui dit: « .Ma soeur, vous me donnerez ce vêlement. — Beau Sire, je le destine à un prince plus grand que Votre Majesté. — Quel est donc ce mortel t — C'est un pauvre de Jésus-Christ, et par conséquent c'est Jésus Christ lui-même à qui je l'ai promis. »
(3) Siint Jean l'Aumônier, visitant un jour un hôpital accompagné de Trolle, qui était venu achètera Alexandrie un vase d'argent, lui dit:« C'est à vous aujourd'hui d'aimer et de secourir les frères de Jésus-Christ. » Troïle donna Jonc aux pauvres les trente deniers destinés à l'achat du vase ; mais il en fut tellement attristé qu'il en devint malade. Saint Jean l'alla consoler, et, devinant la cause de son mal, il lui offrit de lui rendre les trente deniers, à la condition qu'il lui céderait le mérite de cette aumône. Troïle accepta volontiers; mais, la nuit suivante, il eut un songe dans lequel il vit un palais magnifique sur lequel étaient écrits ces mots: « La demeure éternelle et le repos de Troïle. » Mais un homme véni^rabletlfaça cette inscription et y traça ces mots: « La demeure éternelle et le repos de Jean, patriarche d'Alexandrie, achetés trente deniers,» Pepuis lors, Troïle devint aussi généreux qu'il avait été avare.
ŒUVRES I>E CUARITK. AUMONF 1195
iif-cessitoiix; il a été lié cruellement, et il se sent encore
ifs ; il a soulTert et il a langui ; et vous vovez qu'il déclare
< I (jii II languit encore dans tous les infirmes.
'', dit Salvion, que chacun n'endure que ses propres maux. Il n'y
is-Chrisl seul qui, s'ôtant lait le père de tous, le Irère de tous,
1 re et cordial, et pour tout dire en un mot, le Sauveur de tous,
■ ' ms tous les allligés, et mendie généralement dans tous les
tantummodo Christus est, qui in omnium pauperum uni-
■ . ^..,..^ ,-... ,,.iret.
» Du reste l'Kglise est un corps, dont Jésus-Christ est la tête. Il y a donc 11.^ iininn intime entre lui et chacun de ses membres. Pourquoi Dieu dans ne parle-t-il que des œuvres de charité, condamnant ceux qui ne - faites, et donnant son royaume à ceux qui les ont pratiquées ? lue les cœurs durs à l'égard d'autrui ne s'imaginassent pas qu'il illpr au ciel de ne pas voler le bien d'autrui, et afin que les cœurs ni: trouvent tout naturel de soulager les autres quand on le lit pas qu'ime vertu qui coûte si peu fiît d'un prix médiocre il lejuh'e juge. Et puis il est juste que ceux qui n'ont pas fait misérin'obtiennent pas miséricorde, 7«atctu//î sine misericordia ei qui non misericordiam. Benti miséricordes quoniam ipsi misericordiam /uentur. » (Bossikt) (1).
iU."». 11. Comment témoif/ner cette charité ? N'aimes pas de houche seulement, mais en œuvre et en vérité. Si quelqu'un voit son frère dans la ■f s'il n'a pas pour lui des entrailles de miséricorde, comment de Dieu est-elle en lui ? Donc les œuvres, donc l'aumône en iiicr. {o Malhciirà celui qui ne la fait pas, quand il le peut el le doit. il le .sort du mauvais riche. <> Deux conditions opposées ont pour écueils
lut les mêmes extrémités; les premières fortunes et les dernières.
r présomption, les autres par désespoir, arrivent à la même fin de ler au vice. On aime l'oisiveté dans l'un et l'autre état ; car l'un est il qu'on n'y a pas besoin du travail, et l'autre si misérable qu'on
• le travail est inutile. Ce qui est le plus horrible dans l'un et il, on néglige son Aine: là, on y est poussé par le luxe et les
• Mionts; ici, par la misère et le mépris de tout le monde. En ces
iiblie Dieu, les uns par trop de repos, les autres par trop de
' qu'il n'v II Doint de Dieu pour eux. C'est pourquoi la loi de
l 'ieti veut queles ri irgent les pauvres du poids de leur désespoir,
ip 1rs pauvres <!■ ii les riches de leur excessive abondance. »
Car c'est leur rendre graml service.
Heureux relui qui la fait I Hépandre des bienfaits, c'est se ren-
I la divinité, a dit un païen fameux, Sénèque. Dieu qui ne
s du nécessaire même les animaux les plus vils, et qui par
.1 lant de moyens de faire vivre les pauvres a voulu que les ricnes
l'inneur de faire vivre leurs semblables, (l'est une gloire pour eux
R is s;ivcnl le comprendre ; et loin de mépriser les pauvres, ils doivent les
ifspcrier comme aes hommes que Dieu leur recommande. Du reste Dieu
(1) Esiher, quand son peuple était sur le point de périr, avait toutes les faveurs du
r ■ '- '■:'' qui en avait fait u>n f- - *^ - '- ^•--' '-i^e lui dit: r.ardcj-voos de
faille échapper seule n vous qui seule, parmi les
. • r (iitos le palais du r<> l>iiur nous sauver, les juifs
seroni «lélivré» par un autre moyen, et vuu» et la famille de votre p^re vous périret. Qui sait ni von« n'êtes pas parvenue au Irône afin de nous préparer le valut dans ces trinp^ malheureux ? iTnii iv, |:)). On peut en dire autant à ceux à qui Dieu a donné en pariacp le'< bien's di- la fnriune. Si peu qu'on connaisse la Providence, il est clair qu'elle a rn vue en ie^^^ r>^ rm.mt non de flatter en eus l'amour du bien-étrc, mais de los meure en mexure >< l<'s pauvres. Hélas i il en est qui sont riches pour les
plaisirs, les Jeus, la !>' , et pauvres pour faire l'aumône. Ils sont riches pour
le mal et pauvres pour le bien, lis ont assez pour se perdre, et ils n'ont pas aasai pour se sauver et acheter le ciel. Qui sait si ce n'est pas ce qui prépare la ruioa de letir fortune t
UUd ALLOCUTIONS DIVERSES HT SERMONS DE CIRCONSTANCE
rentl le centuple en ce monde (1), Donnât et on i^ous donnera. Voiilez-vou r|tio votre prit're vole vers Dieu, donnez-lui pour aile l'auinùne, dît saint Auuuslin. Dieu, du reste, exauce les prières (pie les pauvres font pour ceux qui les ont secourus. (2) Comme l'eau éteint le feu. ainsi l'aumône, le péché... Celui qui comprend la misère du pauvre est heureuœ : le Seigneur le délivrera aujc jours mauvais. Au jour de ses justices, il lui dira: Vene: les hr /lis démon Père. Saint Jérôme et saint Chrvsoslome disent n'avoir jamais a[ipris ni vu »ju'un homme charitable ait fait ime mauvaise mort. Aussi, quand on demandait à .Mphonse, roi d'Aragon, ce qu'il gardait pour lui. lui qui don nait tant aux autres, il répondait: Je garde ce que je donne (3). Kn effet, nous n'emportons dans l'autre vie que ce que nous donnons, nous laissons tout le reste. Nous emportons même beaucoup plus (pie nous n'avons donnt'. Kn donnant des biens p(?risables, nous recevons des biens inûnis, tHernels. Dans les marclu-s. persc/nne n'a de la peine à sacrilier la monnaie «ju'il a en mains afin de se procurer ce qui lui est nécessaire, «1 il est d'autant plu.s heureux qu'il a pu se procurer à de meilleures conditions les choses qu'il estime fort, pensant alors (pi'il a fait un bon marché. Kt vous auriez de la peine à sacrifier de l'or et de l'argent, c'est-à-dire de la poussière pour vous procurer la vie éternelle? (Saint Uasile.) Imitez la terre, (') hommes, ajoute-t-il, et portez comme elle des fruits, ne soyez pas pire qu'elle; car vous avez une Ame et elle n'en a [)oint. Klle porte des fruits non pour elle-même, mais pour votre utililé ; tandis (jiie vous, vous entassez pour vous-mêmes les fruits de votre libéralité. Le mérite des bonnes œuvres revient en effet à celui qui les
(1) Saint Jean de Dieu s'était chargé, à Grenade, seul et sans ressources, du soin de plus de quarante malades. Pour subvenir à leurs besoins, tous les jours il parcourait les rues avec une hotte sur le d(js et une martnile à chaque main, en criant ; « Mes frères, pour l'amour de Dieu, faites-vous du bien à vous-mêmes. » Celle nouvelle manière de demander raum()ne eut un effet prodigieux.
("2) • On méprise les pauvres; comme impuissants à faire du bien et à faire du mal. Du bien : qui nous en procure autant qu'fux? Lorsque Tabiihe fut morte, qui la ressuscita, dit saint Jean Chrysost(5me ? fut-ce les serviteurs qui l'environnaient, ou bien les pauvres qu'elle avait assistés. Qunndo mortua est Tnbilha, quis eam suscilavit? servi circum$i$tenles, an menJici? >In Epist. ad Heb. Idem, xi, t. xii, p. 116.) Et quant au mal qu'ils peuvent faire, écoulez ce que dit l'Ecclésiastique : Mon fils, ne privez point le pauvre de son aumône et ne retournez point vos yeux de lui, de peur qu'il ne se fÂche ; et ne donnez point sujet à ceux qui vous demandent, de vous maudire derrière vous ; car celui qui vous maudit dans l'amertume de son âme, sera exaucé dans son imprécation; il sera exaucé par Celui qui l'a cri'é... Prêtez l'oreille au pauvre sans chagrin, acquittezvous de ce que vous devez, et répondez-lui favorablement et avec douceur. (Eccli., it, 4. 5, 6, 8.) Dieu écoute les malédictions des pauvies; il les écoule et les ch&tie; l'un par justice contre eux, et l'autre par justice contre nous. » Bossuet.
(3) La pieuse Marie Leckzinska se promenait dans le jardin du château de son père, quand elle entendit, de l'autre côté de ta palissade, une voix plaintive. Elle s'approche et voit une pauvre femme qui la suppliait de venir au secours de sa misère. Marie attendrie, lui donne une pièce d'or. Celait tout ce qu'elle avait. En remarquant dans sa main cette pièce d'or, la pauvre femme s'écrie: « 0 ma bonne princesse, Oieu vous bénira: vous serez reine de France. » An moment ou cette parole fut dite, le mariage de Louis XV était conclu avec l'infante d'Espagne ; et six mois plus tard, il épousait Marie Leckzinska.
Deveone reine de France, on la vit se refuser une robe qui lui plaisait, en disant; « C'est trop cher, j'ai assez de robes, et nos pauvres manquent de chemises. • Elle donnait tout ce qu'elle avait, et quand il ne lui restait plus rien, elle vendait ses bijoux. « Si je refuse l'aum(^ne à un pauvre, qui ne se croira pas dispensé de la lui faire ? » Aussi quels témoignages d'affection ne lui donnait-on pas? Elle n'arrivait jamais à Corapiègne qu'au milieu d'un peuple innombrable qui, dans l'ivresse de sa joie, se livrait à d'aimables folies. On l'obligeait à s'arrêter, on lui barrait le chemin, on écartait ses gardes, on caressait ses rhevaux. La reine se prêtait à tout comme une mère, elle se montrait avec un gracieux sourire, et les cris de joie redoublaient et les chapeaux volaient en l'air. Quand elle quittait le château, la population l'accompagnait en versant des larmes.
Le Dauphin son flis imita sa mère ; il disait: < Pour qa'un prince p6t goûter quelque joie dans un festin, il faudrait qu'il y pût inviter toute la nation, ou que du moins il pût se dire : Aucun de mes sujets n'ira ce soir se coucher sans souper. >
t'KUVRKS DE CHARITK. AIMOKR 1197
faites. Le Troment jeté en lerre prodiait du grain & celui qui Ta semé, ainsi
I' ' - -, - 1 .-inp2 au pauvre, plus tard, vous donnera une récolte
a: ivres sont plus [)Missants tpio les rois. Les rois par leurs
11 M^ue ijrix ans. monnaies ; les pauvres les rehaussent de prix
nr inlin'o, sitôt qu'ils \ apftiiquent leur nianpie. Faites-vous
> «pii ne périssent jamais ; Ihés^iurisez pour le siècle futur un
ti le ; mettez vos richesses à couvert dans le ciel, contre les
pi <'s r.inin.'s luntre toutes sortes d'événements; déposez-les