‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 380 sur 416 · XXIII. — LiCs pèlerinaj^e · texte numérisé non relu

XXIII. — LiCs pèlerinaj^e

2ir>i. Omnes peregrini et hospiles sunt super terraml (Heu., m, 13.) Tous sont sur la terre des pèlerins et des étrangers. La vie du clirctien,

dit Hossuet. n'est nu"un long et pénible voyaj^'e, pondant lequel de légers plaisirs nous attacliont, des compagnies nous arrêtent, des ennemis nous liarcclent, des fatigues nous accablent et, lorsque nous voulons nous arrêter,

une voix s'élève et nous crie : « .Marche! marche! » Heureux ceux qui comprennent qu'ils sont étrangers ici-bas, et ne se laissent pas entraîner par les mtéréts périssables du temps préseni ! C'est pour exciter ses enfants à mépriser la terre et à cheminer sans relâche vers le ciel, nue IKglisc bénit les pèlerinages, dont nous devons dire : I, la raison, et II, les avantages, sans ometlre d'indiquer, 111, la manière de les sanctifier.

2-4r»ri. I. liaison des pèlerinages. Notre Père est au ciel, avec la Vierge Marie, notre .Mère, et les saints nos frères aines. Nous sommes de la famille de Dieu. Ce Père si tendre, la Mère de nos âmes, les frères heureux que nous honorons, peuvent-ils nous délaisser ? Non assurément. Il y a, entre eux et nous, une commimication intime, permanenle, qu'ils ont rendue sensible en se manifestant, à travers les Ages, en certains lieux du monde. (Jui ne sait les grandes manifestations du Sinaï où Dieu donna sa loi à son peuple, de

(1) Défions-noQS, même des livres médiocres qui pnlinlent. « Autrefois, dil Lacordaire, lorsqu'on homme doD(^ des plus grands dons de l'intelligence, Pythagore, par exemple, croyait avoir reçu du ciel une pensée utile au bonheur des humains, il en était en quelque sorte effrayé : il la considérait longtemps en lui-même, puis, incerlain de son propre génie, il allait de sanctuaire en sanctuaire interroger les sacerdoces fameux par leur tradition, les sciences blanchies par l'âge, selon le mot de Platon, et après des années, nourri de ces divins entreliens, à peine se croyait-il le droit d'ouvrir ses lèvres pour enseignera son tour. Ce n'était pas à la foule qu'il osait livrer le fruit de ses longues méditations, mais à de rares disciples, en s'éprouvant avec eux dans des abstinences, des jeûnes, et toutes les austérités d'une vie retirée des hommes. Aussi la gloire, à tout le moins, récompensait ce respect pour la vérité; le nom de Pythagore vivait, si sa doctrine ne vivait pas. Il en est autrement de notre siècle. Messieurs, le plus jeune de nos contemporains ne craint pas, dès qu'il découvre une idée dans son esprit, de la livrer au vent de la publicité ; il parle, il écrit, il imprime, il est mécontent, si sa pensée ne fait pas en huit jours le tour de l'Europe. La publicité lui obéit; elle emporte, de l'Occident à l'Orient, la feuille légère qu'une conscience intrépide vient de lui confler, mais elle rapporte le lendemain, plus vite encore, le silence et l'oubli ; ce que le mystère eût protégé, la publicité le lue. Il est vrai que la publicité est ta grande route des intelligences ; mais il ne suffit pas de prendre une grande route, il faut la suivre jusqu'au bout et rien n'est plus difficile ni plus r^ re, à en juger par le spectacle dont nous sommes les témoins. Notre siècle est le siècle des grandes voies, mais des voies qui sont courtes.

c Un signe de l'afTaiblissement de la raison dans notre siècle , ajonte-l-il , c'est la dégradation des lectures. L'homme ne peut lire que ce qu'il goûte, et ce qu'il goûte est la mesure de sa raison. Or, parmi les symptômes dont nous sommes les témoins, il n'en est pas de plus visible, pas de plus triste non plus, que la pa.<;sion des livres chimériques, c'est-à-dire qui ne disent ritn h la raison et ne s'adressent qu'à l'imagination ou aux sens. La France est inondée, chaque jour, de pages médiocres par le style et nulles par le fond, qu'un homme ne peut lire sans mépris pour lui-même, parce que leur Ifctnre est un sacriflce fait au néant, et qui, néanmoins, trouvent un peuple d'adorateurs. Cette profanation de l'intelligence correspond à l'abaissement du caractère. Là oii la raison n'est plus soutenue par les Livres sacrés, expression directe de la pensée de Dieu, elle perd l'habitude des hauteurs de l'intelligence La foule n'est jamais grande par ellemême ; elle ne l'est que par une émanation d'en-haut. Quand elle se retire du ciel, elle ne rencontre sous ses pieds que la terre. Elle se jelte sur les plus viles pâtures, et le premier livre venu lui tienl lieu de B.ble, comme le premier charlatan lui tient lieu de Jésus Christ. » — Où sont, parmi tant de livres écrits de nos jours, ceux qu "" — -t à la postériléT Quelle absence de doctrine dans un trop grand nombre ! Qu'av i

gagner à les lireî La vie est même trop courte pour lire tous les bons 1 ■)

lisons que d'excellents, et nous y trouverons un aliment salutaire pour notre inleliigence et pour notre coeur.

Les PKLi'iRiNAGiis 1213

.ii.MPn T.I„-.i>=i, 1,. OM II i-.-nJail SCS oracles, du TiiabOi* ou Notre-Seigneiir

il Psl mort?

lensi, Notre-Seigneur lui-même, la Vierge sur- ' s à la terre, et ont sanctiûé et consacré cer-

ris merveilleuses. C'est la pieuse croyance des

^. tt, de tout temps, les hommes ont senti le besoin d'aller véné-

ix saints. Les juifs devaient, tous les ans, se rendre au temple de

tleui ; et (juand une dure captivité leur rendait ce devoir impossible,

I, des pontr'-fs lointaines de son exil, trois fois le jour, ouvrait la

itiirtio 0' ' ■non du côté du letii[>le. Helenu à ("onstantinople

!''i!" «'^^ ' iques, saint Jean (ihrvsostome s'écriait : « Ah ! qui

uir me prosterner aux pieds du Bienheureux Apôti'e

V ses chaînes vénérables, de denjeurer attaché à son

Jue ne puis-je embrasser ses cendres et m'enflammer du feu de

on vit des multitiiiî lir aux tombeaux des

[idre les lointains [ ^ de Jérusalem. Et, de

' ' ' 'rge à la .s.iiriif. a Lourdes, à Pontmain,

ux vers les sanrtuaires (pii ont été élevés

•'■'"- •■- .■■IV ^ j'.vst-il là d'étonnant? C'est un besoin de

l'homme il».- sui\r.' - de Dieu, de sa sainte Mère et des saints; de

'••■'■""'"■ ' " lies li...... V ^.i lions de foi, aux manifestations de leur miséri-

r amour. .Vussi le démon, ce singe de Dieu, a-t-il voulu avoir

1.' tii,Miv,,ii ', < i„,m- .■niiPipnir les âmes dans l'erreur, comme

'S dans la vérité. Les païens

, les plus célèbres parmi eux ;

le Orand ron'; ■• son armée à travers les déserts au temple

\ 111 m- 1(1 : les i: ms vont à la Mecque.

me, le iiioude égaré et frivole, qui se rit des pèlerinages

sf?; piMorinages à lui. Un visite une grotte pittoresque,

M diin impie fameux, justifiant ainsi aux yeux

'S- polorini^es dont on se moque. Des railleries

■ ' l'Kglise d'une dévotion qu'elle

ir les indulgences dont elle dai-

trius rciiiplirunt ces basiliques où Dieu, où la

aux jours de la Dédicace du temple de Salo-

■ '.'K<i " sanrtuaire ; mes yeiuv et mon cœur y demeu-

"fant les su-rles, et ceiuc qui viendront m'y invoquer,

H^Ai, — IL Kn effet, de précieujc avantages sont attachés aux pèleri-

■ ' ' ' ' ' ■ •-- '- — ' = — inlquefois du milieu de Babylone, de

. de se connaître, de se compter,

■•' ' ..:.-.> ' '^spins. Quelle

saint Paul.

'"'il est

^ . . , . - une

îi.nni. sous la glace de rindifférencc, ou enclate en ardentes prières, en de

niaient. ;«■ ' s'afTor-

cl de la ; le Dieu

Uc 4>%i &iiiulc Mt'ce, Uaui» ce» :>>iu.:tuaii'c^ duul chaque pierre u'ie : .Miracle t

ssetu, qui Rioorolen I - Mil

« Jii vais soovent ■•■ .■«,

■ mire li ■!' na,

.'. de t'iJi, . - ^ ^ n de

I '• : ^ braves g«ot, et j'etpère que, gr4c« 4 tux, il doil

L'.é i .(K-.t'l.'... ^ •'-■■. : :■ ,■■ XTtS. I

1214 AI-I.UL uj iu>.ï5 DIVERSES ÎÎT SERMON^ ui-. t.iK* uNmaNi h

recouverte qu'elle est du témoignage de la reconnaissance pour des bieniaiis obtenus !

.> La chnritr s'enflamme au contact des cœuj's fervents, et le souvenir des bienfaits de Dieu embrase les Ames.

Sicut eniin ferrum ferruni acuit, ita efiam conventtis aufjet charitatem. Num si lapis, lajndi attritus ignem emitfif. quanto magis anima animœ admi.i'ta, dit suint Jean Clirysostome.

4" tjue de faveurs accompagnent la loi, Tespérance, la cbarilé. ranimées parles pèlerinages! Poiu" les act:omplir, on a du s'imposer des sacrifices de ce «jue à (juoi l'homme tient le plus: sacrifices du bien-être et de l'or. On subit des privations, des fatigues et on fait des dépenses. De plus, on prie avec ime ferveur plus grande, la prière et le sacrilice obtiennent tout de la clémence divine. Aussi qui comptera les conversions, les consolations, les miracles même obtenus dans un pèlerinage, pourvu que l'on s'applique à le sanctifier?

2457. — III. Manière de sanctifier un pèlerinage. 1» L'entreprendre en état de grftce, ou du moins pour des motifs de foi, avec le désir de se réconcilier avec Dieu ; 2" y faire une confession qui rassure la conscience, revenant au besoin sur les confessions passées, pour en réparer les défauts ; 'M prendre pour l'avenir des résolutions énergiques d'éviter le péché mortel au moins, et les occasions du péché mortel, et même de mener une vie vraiment et solidement pieuse ; 4o prier pendant le pèlerinage et au retour.

Quel bien ferait aux âmes un pèlerinage ainsi accompli, chaque année ! Ce serait conmie ime retraite pour tant de chrétiens qui ne peuvent facilement la faire autrement. Kt, après le pèlerinage d'imc vie sanctifiée narim pèlerinage annuel, ils se trouveraient réunis dans le temple éternel delà gloire de Dieu.

Page 1