ALLOCUTIONS DIVERSES ET SERMONS DE CIRCONSTANCE
monastère ? J'enlends ce que répond voire cœur, il faut que je renaisse par la iji-Aco à une vie nouvelle qui n'ait rien de commun avccla nature. Et, en pITi'I. !\ noire première naissance nous apportons une liberté indocile nui alTettc rindcpcndance, une molle dclicatcssc ipii nous l'ail soupirer après les jdaisirs. cl un vain désir de paraître qui nous rôjjand on dehors, et nous fait nous oublier nous-mêmes. 11 faut renaître, ma souir, c'est ce que vous allez faire dans la vie religieuse qui oppose à ces trois désordres des remèdes infaillililes. Il est vrai (ju'elle vous contraint, mais en mémo temps elle vous règle. Klle vous mortifie, mais en môme touips elle vous purifie ; elle vous cache, mais en même temps elle vous recueille et vousimit à Jésus. 0 contrainte, ù pénitence, ù retraite, il n'est pas étonnant qu'on quitte pour vous toutes les espérances du monde.
2475. I. Pour réf/ler /'indépendance de notre liberté, il est nécessaire de la contraindre. 11 y a deux sortes de liberté: l'une qui franchit la loi ; et l'autre qui s'accorde tout ce que la loi ne défend pas ; et dans l'une et <lans l'autre, il y a un certain désir d'indépendance. C est ce qui n'est que trop manifeste dans la première qui est celle de Lucifer à sœciilo confrerjisti juf/tun meuin, rupisti rincula fnea, et dijcisti : non serviam. Augustin avait aimé autrefois celle liberté des pécheurs: mais il sentit bientùt qu'elle le jetait dans la servitude. Volens, dit-il, r/uo nollem pervenerain. Voilà le précipice où se perdent tous les pécheurs, en faisant ce qu'ils veulent, ils attirent incessamment ce qu'ils fuient : des habilufies qui les enlacent, et dont ils sont esclaves, la damnation éternelle. Keconnais donc, ô sujet rebelle, que tu te forges toi-même des fers par l'usage de ta liberté dissolue, cl que tu te jettes dans la servitude, pour avoir voulu étendre sans mesure ta chimérique indépendance.
Celui qui veut faire tout ce qui est permis, a raison de craindre d'en venir à ce qui est défendu. Celui qui prend sa course à travers les choses permises, doit redouter qu'étant sur le bord du mal, il ne soit emporté plus loin qu'il ne pense, soit par le penchanl du chemin, soit par l'impétuosité de son mouvement. Aussi ,Iob, dit-il : rerebar omnia opéra mea ; il marchait en tremblant, de peur de tomber cl pepir/i fœdus rum oculis : il se retranchait des regards innocents, afin d'éviter des pensées qui auraient pu devenir coupables.
Voilà pourquoi la vie religieuse multiplie les observances, afin de régler notre liberté. Nous sommes trop libres à nous porter au péché, à nous jeter dans la grande voie qui conduit à la perdition, qui nous donnera de perdre ce qui, dans notre liberté, peut faire que nous nous égarions ! 0 liberté malluMU'euse, que ne puis-je te retrancher tout à fait ! que ne puis-je m'imposer l'heureuse nécessité de ne plus pécher ! mais cette nécessité est le partage des élus : elle n'est pas possible en ce monde. Sur cette terre nous aurons toujours à combattre la liberté de pécher. Que fait la vie religieuse ? Ae jiouvant pas arracher la liberté de mal faire, elle la brifle du moins autant qu'il se peut: elle la serre de près par une discipline sévère ; afin qu'on n'aille pas jusqu'aux choses défendues, elle en retranche qui sont permises, et se itorne à celles qui sont nécessaires. (La clôture), ou la retraite, la séparation du monde écarte les occasions. La vie régulière est bien aise d'être observée de près, elle cherche des supérieurs qui aient les yeux ouverts sur elle, elle sait qu'on la mène par la main afin de lui laisser moins de liberté de sortir de la voie droite; elle ne craint pas que parla elle se retranche la liberté véritable. On n'empêche pas le cours d'un fieuve en le resserrant dans des digues qui l'empêchent de tout ravager, on lui donne le moyen de couler plus doucement dans son lit. Ceux-là détruisent son cours, qui entreprendraient d'élever des barrières pour lui fermer le passage. C'est ainsi que font ceux qui détournent leur liberté de son cours en l'empêchant d'aller à Dieu ; l'Ame religieuse au contraire la dirige vers son vrai but. La vie régulière n'est donc pas une prison où l'on opprime sa liberté, c'est im asile fortifié où elle se détend contre les dérèglements du péché. Sa discipline est donc une grâce.
2476. IL Son austérité également. Les sages instituteurs de la vie religieuse ont voulu corriger par une amertume salutaire l'amour des plaisirs, qui nous
POUR UNE PRISK d'hABIT lii23
iplivp par iIps iloiicpurs pprni«'ipiises. Ils n'ont fait en ceci que ce aiie fait 1>; î "■ ■ < est sujet à deux sorlos de maux ; les uns
(]■ lent. Les premiers sont nombreux : les
ppit>^>, i-s ma. luii's. ]t> piMsi . iiiiiius de toutes sortes; les maux qui nous flattent ne le sont pas moins : l'ambition, renlr.unpment des plaisirs, etc.
" ' •' lis surmontinns les uns et Ifs autres, o étran^'C misère «les
! Ce n'est donc pas assez d't>lre sujets à la douleur ? laut-il M I lux qui nous plaisent, et que nous aimons, afin que nous
••• :<; notre misère nous perdions l'envie d'en sortir? Quis me
Il "•.' i,u,rfi< liiiiiK •* ff'ratia Dei. Dans l'orlre admirable de
l:i it servent à nousguérirde ceux qui nous
Il , ^ passions; les atlliolions nous dégoiitent
li ii^s plaisirs ; aussi voyons-nous que le peuple juif dans
la I. et revenait à Dieu, quand il se sentait frappé. La vie
F' uiémo plan que Dieu et use des mAmes moyens. Klle emploie
pi i- les mêmes remèdes (pie le souverain médecin. Jetez les
yeui sur K-s geus «lu monde, vovez les dérèglements où les emportent leurs passions. If'ou vient un si grantî mal ? Ils ne mettent point de borne îi leurs inclinations mauvaises ; au contraire, ils attisent ce feu, et ses ardeurs augmentent : ils llallenl en eux l'amour des plaisirs, et le rendent ainsi comme
licieuse, au lieu de donner des armes k cet ennemi, l'affaiblit 1' • et le travail ; elle tient le corps sous le joug comme un
c^ l.a nature y éprouve une peine ; mais cette peine est un re-
in " ■ t toujours des peines à soutTrir, tant que nous au-
r' :•. Ces peines purifient le corps et épurent l'intelli-
gi .1 I l'sprit les douceurs qu'elles refusent aux sens. C'est
m pas fière et
»TT. i... ,.,,..-, .,//5 dans r humilité de la rie cachée. Cacher sa jeunesse, sa lw\iu!é, ne pas paraître quand on aurait nu le faire avec quelque avilit 1 '■• . i 11. M.r ,nnir-,> ,c\\c tendance si naturelle qui nous porte A voir, A iii monde, c'est encore un sacrifice ; mais c'est
ai !«>. 1) Tn trésor enfoui se conserve plus sùre-
n. rs : la pureté et l'humilité, qui toutes deux crai-
oient toutes deux perdre quelque chose<le leur inté- . quand elles s'exposent à être vues des hommes. La n. qtinn'l elle est entière et parfaite, ne craint rien tant (|i même les regards 'les femmes. C'est pourquoi
pi vant aux regards de Dieu, les seuls qu'elle ne
Cl re plus timide : elle ferme la porte sur
Si iirnorerà la main gauche le bien que fait
lii Miiljliaul .0 quelle a fait, elle consiilère re *pii lui reste iV
fîi: raison rrainl-elle que la vue et les louantes du monde ne lui
fa i i-es lieux '• " ' ' ''".
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1221 ALLOCUTIONS DIVERSES ET SERMONS DE CinCONfTANCB
cela se esoin do
meilleur tenijis ; toutes les journées finisscnl trop vite. El à quoi ronsiiinc-t-il T Lo pltis souvent A des banalités, auxquelles le IjC! rcunior cl de p;irailre ne permet pas de se soustraire. Que de temps perdu à c(*. qu'il serait si utile d'éviter : lectures, bals, fôtes, visites où Dieu n'est pour rien, soins de vanité. La nécessité et la pudeur ont (ail autrefois les prenners babils, la bienséance s'en étant niAlée. elle v a ajouté quelques ornements. La nécessité les a faits simples, la pudeur les faisait modestes : la bienséance se contentait <Ic les faire propres; mais la curiosité s'y étant jointe, la profusion n'a plus eu de bornes : et pour orner un corps mortel, presque toute la nature travaille, presque tout les métiers suent, presque tout le temps s'y consume. Combien en a-t-on employé à ce vain ajustement qui vous environne? Combien d'beures s'y sont éi'oulées! et n'est-ce itas une servitude ? Omnem hanc ornatus serritutem a libero capite repellite. Que dirai-je de la coiiïure... C'est ainsi que le monde prodiuue les heures, c'est ainsi qu'il se joue du temps; il le prodigue juscpi'aux cheveux ; c'est-à-dire la chose la plus nécessaire à la chose la plus inutile. La nature qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec néj,'ligence, comme un excrément superllu. (le (pie la nature regarde comme superflu, la curiosité en fait une alTaire; elle devient inventive et ingénieuse pour se faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement.
Votre retraite, ma Sœur, vous alTranchira de toutes ces servitudes à la fois. Pendant que d'autres, sollicitus est qiiœ sunt mundi, cogitât f/uomodo placent, vous cof/itat qiiœ /}o?nini sunt. .Vrrachée par votre solitude aux aflaires et aux vanités du siècle, vous aurez le temps de vous occuper de l'unique nécessaire et de parer votre Ame des vertus qui vous rendront agréable à votre divin Epoux.
Hàtez-vous donc de quitter les ornements du siècle: ce que vous quittez est loin de valoir ce que vous trouvez. Le monde vous offrait des fleurs, mais le moindre vent les aurait flétries; il vous promettait des avantages, mais la mort vous les aurait bientôt enlevés. Ceux que la vie religieuse vous fournit sont plus durables ; les plaisirs qu'elle vous promet sont plus purs. C'est une milice rude, il est vrai ; mais plus on s'y exerce, plus on remporte de victoires. .\imez la discipline régulière, qui vous créera l'heureuse obligation de ne plus pécher; aimez la pénitence, par laquelle vous dompterez les maux qui nous flattent, et sanctifierez ceux qui nous blessent ; aimez celte vie cachée , qui sera la sauvegarde de votre vertu , vous soustrayant à la vie inutile des mondains, cl vous laissant le temps de penser au salut, à ce Jésus à qui vous donnez seul votre cœur, et de vous préparer par là cette vie éternelle qu'il a pronn'se à ceux qui rpiittent tout pour le suivre.
2478. XXXII. Pour une profet^Hion, d'après Bossuet.
(N. B. On peut aussi, pour une firofession, donner un des sermons des numéros l'tOS et suivants. Les deu.v premiers points de ce plan peuvent servir à faire un discours sur la liberté.)
Si ros Filius liberaverit vere liberi eritis. Pour encourager les martyrs dans leurs sombres cachots, Tertullien leur représentait le monde comme une grande prison, où ceux qui aiment les biens périssables sont chargés de chaînes diu'ant toute leur vie. l'oint de cachot si obscur, leur disait-il, que le monde, où tant d'erreurs éteignent la lumière de la vérité ; jtoinl qui contiennent autant de criminels, puisqu'il y en a presque autant que d'hommes; point de fers plus durs que les siens, puisqu'ils captivent même les Ames ; point de prison plus infecte : car on y respire linfeclion de tous les crimes, de toutes les brutales convoitises. De sorte que ceux qui vous en retirent pour vous jeter en prison, vous délivrent de la captivité plutôt qu'ils ne vous y engagent. C'est ce que fait Dieu pour vous en ce jour. Il vous retire du monde pour vous donner la vraie liberté : car le monde enchaîne les Ames par le péché, par les passions et par les exigences de ses coutumes, qui absorbent toute la vie ; et la vie religieuse vous afTranchit de toutes ces servitudes.
2479. L Du péché. C'est une vérité qui semble d'abord incroyable, que la vie religieuse donne la liberté, attendu qu'elle impose à la nature des contraintes; mais en quoi consiste la liberté, sinon à se délivrer du péché? Kt