CONSEILS RELATIFS A LA E'RÉDICATION
42. -V im jeune ecclésiastique qui le consultait sur les moyens de prêcher avec fruit, le H. Jean d'.\vila répondit : « Je n'en sais point de meilleur que il'aimer beaucoup Noire-Seigneur » (1). Ce (pii n'est que chaud ne peut pas n<ettre le feu. Pour end)raser le cœur des autres, il faut élre soi-même un charbon ardent. .Saint Pascal Haylon disait : « Il est certiiin que la langue ne parle jamais qu'aux oreilles, et cpiil n'y a que le cœur du pré<licaleur qui parle au cœur des auditeurs. Dans la lettre-circulaire adressée par la Sacrée- (iongrégalion des Kvéïiiies et Réguliers, le Hl juillet IHyi, par ordre de Léon .Mil, à tous les supérieurs des Ordres réguliei-s, nous lisons : « pji premier lieu, pour ce qui concerne la (jualilé tlii prédicateur sacré, iju'ils se gardent de jamais confier un si saint ministère à ipii ne serait pas animé île vraie piété chrétienne et pénétré d'un grand amour j)our ^'otre .Seigneur Jésus-tihrisl, sans tpioi il ne serait autre chose que œs sonuns et cymbdliim tinniens. et ne |»ourrail jamais avoir ce véritable zèle de la gloire de hieu et du salul des Ames, ijui doit être le seul mobile et la seule fin de la prédication évangélique. Kt celle {)iélé chrétienne, si nécessaire aux orateurs sacrés, il faut aussi (pielle brille dans leur conduite extérieure, qui ne doit jamais se trouver en contra<liclion avec leurs enseignements, ni avoir rien de séculier, de m(uidain, mais être toujours telle qu'elle les montre vraiment : îninistros C/iristi et dis pensa fores mi/steriorum l)ei; autrement, comme le fait observer le Docteur angélifpie, saint Thomas, si doctrina est bona et prœdicator malus; ipse est occasio blasphemite. »
« Le premier avis que je vous donne pour bien prêcher, écrit le P. le Jeune. c'est de bien prier Dieu ; le second, c'est de bien prier Dieu ; le quatrième et le dixième, c'est de bien prier Dieu.
43. « Si vous vous ingérez à être prédicateur sans vocation, ajoute-t-il, vous êtes en grand danger de vous perdre. » Un religieux obéissant n'accepte aucun ministère sans la pei'mission expresse ou du moins présumée pour de bons motifs, de ses supérieurs ; il se remet entre leurs mains pour qu ils l'envoient où ils voudront. Ecce ego miite me. Toutefois, s'il prévoyait pour lui,
(!) Suint Vinrent Kerricr pr»'p«n«it rt'oHinnire <>p» ««Tmon!" fn prinni sm j>ipf1<i iic son crucifix ; un jour (|iril <!' ^ ' ■ ' . ' • ' irit, et il ne
riiijMl pa». ' il ce nièmR
pfTïonnagr • >ii, le saint
lui répondit ; C '.■>t Vliiccnt qui a parle la picimere fui? et • est .N'e>trï->ei^'ncur cjui » ytrW la secondç foi^.
A LA l'UÉDlCATIOX 23
rlrtns lin lieu délerminé, quelque péril ou quelque ohslacle {(Jirlirulier. il ilfvrait le leur Taire cminailre avec confiance, prêt à s'en rafq»orler à leur liciision.
4-1. Les relijîieux et les pn'^lres séculiers, pour entrepren<lre une mission.
ont besoin d'v élre appelés ou pai- l'évèque ou |)arle ciu'é du lieu. L'Kvéque
'i>s missionnaires sans l'avis du curé; cl let-uré, avant d"a|)peler
-se un de ses confrères ou un religieux, doit en demander la
pi riiii>Miiii ,1 I Kvéque.
Vi. L'éloquence, <lil-on ordinairement, est l'art de plaire, d'instruire el de toucher.
I. « Os ttKMA.NUE SI UN PRKDICATEIR DOIT CHKHCHKH A PI.AIRK, " dit saint
François de Sales, et voici sa réponse : (« Il y a lieu de faire ici une distinction. Il est un certain aprémenl ipii nail dans l'esprit des auditeurs des vérités mêmes que le prédicateur annon<'e et des mouvements qu'il produit; car quelle serait l'Ame assra insensilile pour ne trouver aucun plaisir i\ entenrlre enseigner, d'une manière digue el sainte, la voie (pii mène au ciel f Cette sorte de |ilaisir, il faut lAclier de le procurer; mais jtonr cela il sullil de s'appliquer à instruire et A loucher. 11 peiM v avoir au.ssi pour l'esprit un certain chatouillement d'oreille, fruil d'une éhxpience sécidière et |)rofane et d'une rerhcrche affectée de mots et de [»ensées. l*our celui-ci, je nie fort el ferme qu un prédicateur doive l'avoir en vue. Il faut eu laisser le soin aux orateui-s du monde el aux comédiens qui ont du temps à perdre. Saint Paul condamne les auditeurs à (pii les oreilles dénumgcnt; conihien plus ceux <pii les lein* graltenl (1) »
« Au sortir du sermon, continue-l-il, je ne voudrais pjis iju'cui s'écriAt : .\h! quel grand orateur! mais je voudrais qu'on se dit : (jue la pénitence i-^\ ime belle vertu, quelle est nécessaire! el semblables choses. Surtout i. H l.'z-vous des longues périodes des rhéleiu\s. de leurs gestes, de leurs mous filleuls, (^'est la peste de la prédication. I,e |n-édicaleur (pu n'a que des fleurs t't de belles idées, est en danger délie mis au rang des arbres infructueux, qui sont mena<és dans l'Kvangile de la cognée el du feu. .lamais (ui ne doit user rie flatteries envers les assistants, fussent-ils rois, princes ou l'ape; nos in -iiMis Pères et tous ceux qui |U'è<haient avec ipielqiie fruil dédaignaient
- umpliiueiits. Il va bien, toutefois, certaines attentions propres à gagner la l/icnveillaiice, dont on peut user la première fois qu'on parle à sbn auditoire, »
4<î. Ce serait cependant une négligence coupable »pie de ne [»as étudier les
règles de l'ébupience sacrée, i' Le talent de la iiarole pouvant servir beaucoup
|i-iiir persuader les choses justes ou injustes, (lit saint Augustin, jiounpioi les
le bien ne s'appliqiieraienl-ils pas A rac(piérir, pour rendre service à la
' . |)uis(iiie les méchants osent bien l'usurper el le faire valoir pour les
intérêts de 1 erreur et de l'injustice?
Le It. Louis de (irenade ajoute « (pi'il n'y a rien (\v plus indigne (]ue la
''■mérité avec bupielle on entre dans les f(uictituis de prédicateur (|ui sont,
' omme il les appelle, si grandes, si imp(U'tantes, si nécessaires pour l'Kglise
I ii' les plus difliciles de toutes), sans se mettre en peine de s'instruire
iil d'aucune règle, ni d'aucune méthode assurée pour s'en ac<|iiiller
'nul : vu ipi'oii ne peut exercer les métiers les plus c(uuimuis, ipi après
rc préparé par un long et pénible apprentissage. vSans douti>, continue-
' p(tur c(da (pi'entre tant de prédicatein-s. A peine s'en Irouve-t-il
lis ipii [larlenl c<uivenablement, el beaucoup moins encore ipii
.■ 1-1-3. iil par lems discours A porter les pécheurs A la pènilence et à I amour
'II' la vertu ». {Uhf'tor., |>. lît.) On aura donc soin d étudier les règles de
I cloquence, et (iremule en est, ainsi (pu- saint Liguori, im des maiires les
|ilus autorisés.
47. II. L'i.NSTHrcTioN es! une des parties principales de la prédication. Le |)rèilicateur doit donc avoir un riche f(mds de doctrine ac<piise jiar le travail. r>iiinis liumo lie hono f/tesdurn i(irifi.f sul /irnfrif fuma. On puise la docliinc
.:. . lui» ciUlidiu dr Miinl Frmi' ... ■■■ ..ii,..i \,\,f <mi.i
trnnrnti de Snlf*, moilMt du pr^tr' <•! du pantrur.
(inns réliiilo de lu sainlc Eorilurc. Saint Jean-Chrvsostôme remarque que le Sainl-Ks|)rit rompuro la jtarolo de Dieu A l"or, à l'arpent et aux pierres prérieuses, pour nous apprendro que, de ini-uje qu'un petit linifot d'or ou d'argent vaut bien |tlus (pj'un»' K'"*">'le quantité de Ter ou de plomb, de même qu tme seide pierre précieuse Temptu'te sur un amas de pierres ronnuunes; ainsi une parole du Saiul-Ksiuil a plus de valeur, de poids, d'enii-aeité que plusieurs livres d'auteurs profanes. Lisez et relisez souvent l'Kcrilure .Sainte, écrit, le P. leJeime; un seul passade de la Hible a [)lus de l'oree sur l'esprit que cent raisi»nnemonts humains. » Saint Franvois de Sales écrivait à l'Anhev^f^ue do llourfios : « 1/Kcriture foiuTiil abondamment tout ce cpii est nécessaire au |ii'édiiateur, il n'.v a pas besoin d'autre chose. »
«' L'expérience nous ajiprend, disait aussi saint Vinrent de Paul, que les préfliiateurs. i]ui prêchent coniormément aux liunières de la foi, font toujours plus de fruits dans les Ames, que ceux qui remplissent leurs discours de raisonnements humains, de raisons philosophitpies, parce que les lumières de la foi sont toujours accompagnées d'une certaine onction toute céleste, (jui se répaml secrètement dans les co'urs des auditeurs (I). »
u La vertu pro[)re et singulière des Ecritures, dit Sa Sainteté Léon XIIL est. ce <iui donne de l'autorité à l'orateur sacré, ce (jui lui inspire une liberté de parole toute apostoPupie et une éloquence ferme et victorieuse. Ils agissent, donc sans prudence et à rebours de la vérité ceux qui, en traitant des matières religieuses et des préceptes divins, n'apportent presque que les témoignages de la science et de la sagesse humaine, s'appuvant sur lem*s propres arguments plutôt que sur les arguments divins. Il est dès lors nécessaire 4]ue leurs discours, si lumineux soient-ils, soient froids et languissants, dépourvus qu'ils sont du feu de la parole de Dieu, et bien loin, nar conséquent, de la vertu de cette divine parole. » .\près avoir cité les paroles de ce grand Pontife, la circulaire de la Sacrée-Congrégation ajoute :
<« VoilA donc la source, de beaucoup la principale, de l'éloquence sacrée : la Hible. Mais ces prédicateurs, modernisés, au lieu de puiser leur élorpience A la fontaine d'eau vive, par un intolérable abus, s'adressent aux citernes corrompues de la sagesse humaine; au lieu d'invoquer les textes divinement inspirés ou ceux des Saints Pères et des Conciles, ils citent à satiété des auteurs profanes et même vivants, auteurs et paroles (jui prêtent bien souvent à des interprétations très équivoques et très périlleuses. «
iteilarmin conseille d'étudier l'Ecriture A l'aifle d'un commentateur et en particulier de Corneille delà Pierre. L'étude de la théologie au moins dans le (iatéchisme du saint Concile de Trente, est aussi nécessaire (2). « Après l'Ecriture sainte, dit le P. le Jeune, le livre que vous devez lire et relire souvent, ce sont les œuvres spirituelles de tJrenade; il les faucirait savoir quasi toutes par C(eur et les prêcher partout même mot A mot, et on verrait naître des fruits admirables. » A Grenade, on ajoutera avec fruit les œuvres du I*. .Sainl-Jure.
La lecture des saints Pères et de la vie des saints sera aussi d'un grand secours, ainsi que l'élude des maîtres dans l'art d'ébranler les populations, connue Hossuet, Bridaine, saint Léonard de Port-Maurice et tant d'autres, A la condition <|u'on appropriera A sa mesure ce que l'on trouvera en eux. David ne put se servir du casque de Saiil pour combattre Goliath. .\fin que les éludes et les lectures soient d'un vrai profit au prédicateur, il faut qu'd ait soin de noter dans son répertoire tout ce qui se rapporte aux sujets qu'il peut avoir à
(I) Nous avons ri-uni. « T 'Urs, les textes de la Bible les plu» pratiques pour chaque
sujet (1 insiruilion, et ni>i.- - par ordre alphabétique dans uu petit volume |>ortalif,
intitulé : SentenlifC et <■./'. \ ; 1 fr. 50.
[i) Saint Liguori disait à ses missionnaires, en parlant de la théologie morale : « Si vous ne la savez pas. vous vous perdez et vous envoyez vos pénitents en enfer. Celte étude ne finit qu'avec la vie illp-mêine. n Nous avons écrit nous-niérne un Com/tendium T/ieologite dogmalicœ et ntoralin ; nous lavons récemment traduit en français : les prêtres y trouveront tout ce qui est nécessaire, pour exercer leur ministère avec finit. Prix : tt fr. Se trouve à la Salette, par Corps. Non» •■■.•■■" ■.— '"iiirnl résumé la doctrine chrétienne dans un ouvrage intitulé : Le Livre de tous que les i imc
fruit. Nous prions ceux de nos confrères qui le connaissent de nous aidera le fan . les
familles. Un certain nombre d'entre eux nous l'ont demandé par centaines; et n<'u.>' le c<.'u<<iis aux cundiliuns les plus favorables, quand on nous le demande directement.
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