XIX. ~Ciel(l
H77. Venite, benedicti Patns mei, possidete ref/num : Venez, les bénis de nîon Père, posséder son royaume. (Mal. x\v, 34.) C'est Nolro-Seigneiir qui vous appelle. Il vous bénit tous, il bénit les pécheurs convertis, les justes fortifiés, les vieillards... les jeunes gens... les enfants... etc. Il vous invite tous à aller au ciel, jMssidefe ref/num, afin de vous exciter à la persévérance : Si lahor terrct, merces invitet. O'ip"*" récompense que le ciel .' Au ciel : \. plus de maux, nullum erit malum ; mais II. toutes sortes de biens, nuHnm latebit honum. (Saint Augustin.) (2).
I I7S. {o JS'utluin erit malum. Ici-bas les maux abondent. 1) Dieu nous l'apprend : La vie de l'/iomme sur la (erre est un combat, dit Job : Occupatio muf/na creata est omnibus hominibus,et juijum grave super filios Adam, a die e.ritus de ventre matris eorum usque in dieni sepulturœ in matrem omnium, a résidente super sedem yloriosam usque ad humiliatjtm in terra et cinere. (Eccli. \l. 1-li.)
1171). 2) L'Efjlise appelle la terre la vallée des larmes.
2) V E.cpèrience. Si vous savez ce cpie c'est que de vivre, répondez-moi: Avez-vous trouvé le bonheur sur la terre ? Ah ! le premier cri de l'homme ici-bas est un cri de douleiu'; et le dernier sera le ri\le de l'agonie, après de déchirants adieux. Et dans l'intervalle qui sépare le berceau delà tombe, à quelles misères ne sommes-nous pas sujets, et dans notre corps et dans notre Amef (a) Le (;orps est en proie aux intempéries des saisons, à la chaleur, au froid, aux fatigues du travail, à la faim, à la soif, aux maladies de toute sorte qui peuvent atteindre tous ses organes cl le priver de ses sens et mérae de la vie.
(\) Où placer ce sermoD? 1» Dans une paroisse indifTérente, où on ne supporterait pas facilement les grandes vérités, les premiers jours ; 2° dans une paroisse chrétienne, où les âmes seraient trop étourdies par les grandes vérités, on pourra l'entremêler aux sujets plus terribles ; 3° à la fin de la mission et môme le jour de la clôture.
(3) On pourrait, dans l'exorde. raconter le trait suivant : Sainte Sehoiastique s'entre-
nail du ci-' " ' ■■ — • — :t Benult, et cela avec tant de bontieur, que le soir vint
sansqu'i! ott, remarquant que c'était l'heure de retourner au mo-
nastère, I Sa sœur le supplia de continuer une conversation qui
l'enivrait u'uuejuie céiesie. Kigide observateur des règles monastiques. Benoît lui fait des reproches de ses instances. Sehoiastique alors met sa tête dans ses mains et prie Notre ScIl- ' .s de lui accorder la faveur de s'entretenir encore du ciel
avec son : ;ale un urage si épouvantable que Benoît n'ose se mettre en
roule. « J ^ ,,. c, et je n'ai rien obtenu de lui. J'ai prié le Seigneur, et il m'a
exaucée. — C!ue Dieu vous pardonne, ma sœur, reprit saint Benoit.» Mais, voyant que le Ciel lui même donnait raison à sa sœur, il reprit avec elle l'entretien sur le bonheur des élus ; el ils y conyacrërent la nuit entière. Le lendemain matin, les deux saints se séparèrent pour ne plus se revoir: car quelque temps apn^s Sehoiastique quittait la terre.
et saint Benoit \ ' ^ ■■•■ ■ "nie, l'ûine de sa sœur prendre son vol
vers le ciel, S' i».
Exordes : 1- , ^ l hic stalis atpicientei in cœlumf
Récit du mystère, l'aïuic» des ao^^es. Pourquoi nuus empêcher de regarder le ciel ? M'e.«(-il pas permis à l'exilé de diriger son regard du côté de sa patrie? 0 vierge, Félix rœli porta, ouvrez-nous le ciel, tirez un instant le iideau qui nous en voile les splendeuri.
2» Puur la Tous.<ainl : Gaudcamus omnc* diem fetlum célébrantes sab hnjinrr sanclorum omnium. Nous fêtons tous les saints en ce jour. Kéj»uissona-nous, l'Ki, r nous y invite. Uur bunheur n'e»i-il pas le nôtre? Ils sonl nos frères. Invoquons!» >. . - |i<iivi-nt nous aider d.in.s nos luttes; mais surtout excitons-nous à les imiter par la vue du liotiluur doni ils jiiui.tsenl.
'i' Dm* '■■ ■ '■ •••••• !•■> ■■■'' •■' ---■••, a,i ca?/um (MàCh ). Tour-
ments du c. La vie est un combat, le
retour à l>
En parlant du ciei, uouti avons bujel de uuus itiodie ridicules, comme cet ancien dont parlu lliéroclès. Il voulait vmdre sa maison, et en d^tartiani une pit'rre, il allait par les rues de la ville. ' : yui veui . ' ' ''
écliintillf.n. Il eût «Mé pu )Oore s'il n
maison. Toui ce que les i^: .aie» plus c.^,.^.... , — - - •
qu'un grain de sable comparé à la réalité.
4()*2 SERMONS I>B MiSSlrtMâ
H80. (b) L'fime, qui sont toutos les douleurs du corps, u aussi les siennes qui sont eni-oro pins cuisantes: (a) les afllictions résultant de la perfe des biens, de la n-putalinn. de l'esliuie, de laïuitié des parents, ou Itien même de la persènttifux d'un ennemi; (b} les passions: la colère, la haine, la jalousie, l'envie, lamltition, <pii ne laissent pas mi^iue de repos pendant le sotnnu'il; '<■) hs tentations, didhol us circuit fjuœrens quem aevoret. (Jue de poiiscos danticrciises il nous inspire! Le momie, la chair. <pii co/tcM/«<ci7 (iilriTsus si>iritum, nous olVrent mille dangers ; (il) \pii c/i ut es ipraménenl nos passions et nos tentations, engendreni le remords ipii nous dévore comme un ver rongeur; (e) lors uj»'me (pi'on aurait tout à souhait pour le corps et pour Ti^me, la crainte de tout perdre empoisonne toute jouissance; //"y et quel tourment de voir Hieu oITensé tous les jours!
Kn vérilé, ù homme né <le la femme, lu vis peu de temps el tu es rempli de l>eaucoup de misères! (Juis me liberahit a cor pore mortis hujnsf (Juis daftit milii pennas sicut iolumhœ et rolaho et reijuiesram f Quoniam vidi iniijuitatem et contrudittionem in civitate. (Ps. i.iv, 7-lU.) Ah! s'il y avait siu' la terre une contrée lortunée où les hcunmes fussent aH'ranrhis <le la tnort, des maladies, etc., on les verrait tous travailler jour et nuit, pom* s'acquérir à quelque prix que ce fut, une demeure dans ce séjour bienheureux ; mais il n'est aucun lieu ici-bas dans ces conditions.
1 181 . — 2'J C'est au ciel qu'il n'y a plus fie maux: l) pour le rorps: Non cadet super eossol nei/ue ullus a'stus. ut requiescant a laboribas. Non esurient 7iei/ue sitient, net/ue dolor erit ultra. .Mors ultra non erit. (.\poc. x\i, 4,2.) Ni /tour l'dme : Neque luctus neque clamor. Ahsteryet /Jeus omnem lacrijmam ab oculis eorum. (a) Point de perle, point de séparation, point d'ennemis ; (b) plus de passions ; (c) plus de tentations; Id) plus de périls, plus de chutes ; (e) plus de remords ni d'oll'enses de Dieu ; (f) plus de crainte de le perdre: Spes electorum est immortalis in œternum. (Juelle délivrance, quel repos, quelle sécurité ! (i)
Conrlusion. VA nous ne ferons pas tout pom* nous les procurer? Vous qui craignez tant la fteine. qui écartez avec tant de soin tout ce qui peut troubler votre repos, si vous raisonnez juste, cherchez à arriver au ciel: ce n'est que là que vous serez allranchis de tout mal. .\nies aflligées ou tentées, courage ! l'ost hicri/mationein et /letum. e.rultationem infundis. Au ciel, où vous serez bientôt, si vous supportez patiemment vos j)eines, vous ne vous souviendrez de vos épreuves, que comme on se souvient du naufrage une fois qu'on est arrivé au port, du i-ombat après la victoire, de la maladie quanti on en est délivré; mais si l'airranchissement de tous les maux est déjà si digne d'amliitirm. qu'en est-il de
11X2. — II. L'assemblar/e de tous les biens: Nullum latebit bonum. \» Pour l'dme qui en jouira la première. Videbimus: nous verrons, voilà pour l'iniilli-.'iitc ; amabimus : nous aimerons, vodà pour la volonté et le cœur; / '/ it/iimus : nous nous reposerons, voilà l'éternel repos de l'une et de l'autre. •Ij Videbimus. Peref/rinamur a Domino. Nous voyons les œuvres de Hieii, du moins à la surface extérieure; nous découvrons par l'étude quehpies rayons de vérité ; la foi vient et nous dit de IMeu des merveilles, mnh (/uasi per spéculum in œniijmate. Vous, mon Dieu, je ne vous vois pas. .Nous l'appelons notre l'ère, nous levons vers lui nos mains, nous ouvrons nos c.rem's iiour recevoir sa grâce ; mais pauvres enfants, nous ne pouvons le voir ce l'ère si bon. si beau, si généreux ! Oh ! (juelle douleur quand on l'aimo ! nh ! vous qui sentez cette privation, réjouissez-vous !
(1^ En ce monde nous sommes assurés des promesses divines. « Voilà quel est notre repoî; rtiirnnl cel exit. ''.rand eladmirab'e reposi car qu'y a-l-ii de plus grand que d'être .( Dieu? Mais incerlilude lernblel car qu'y a-l-il de plus misérable que de n'être
1 'le nous .' Viendra donc enlin le dernier repos et l'asi^urance parfaite nii nous
1? Dieu el n<in moins assurés de nous. Nous sommes déjà certains que I lis nous manquf-r de lui-niéme, alors nous serons certains que nous ne
V . ■ manquer à Dieu, et que noire fidélité, je l'userai dire, ne sera pas
njoin» assurée ni moins inébranlable, que la sienne propre, parce qu'il lixera nos désirs errants par la pleine communication du bien véritable. Tel est ce jour de repos el de eahbal éternel qui nous est prorais; Voilà quels nous serons à la fin. sans fin, immuables comme Dieu raCaïc, sainls co.iime Dieu même, impeccables comme Uieu môme.» iBussuet^,
Le <:lt:L 463
H8;i. Videhimus: nous verrons (a) />i>w (I). Notre intelligence, qui est l'œil de l'âme, au ciel le verra, non à travers un voile, non en partie, non k la surface; mais sans nua*rcs ; face à face et tel qu'il est. Oh! quel cri de r oi^vi ment nous allons [)i>usser en entrant dans le ciel, quand notre regard j I I i dans tes niervoilles; quand éclateront aux yeux de notre unie la trraii-l<Mir, la gloire, la puissance, la beauté, la sainteté, limmensilé de Dieu! Nous verrons les trois l'crsnnnos divines; le Père, le Fils, le Saint-Ksprit, leur éternelle union en une seule nature.
(b) Kn l>ieu nous verrons tout, (at tous les secrets de sa prorh/e/ire nui nous étonnent. |ieut-ètre même nous scandalisent ; nous verrons avec quelle sagess»' Dieu a tout fait. Dieu a tout permis. f/;y Nous pénétrerons les nu/stères
3«ie nous ne pouvons comprendre aujourd'hui ; nous en mesurerons linsonable profondeur, nous en admirerons les beautés (2^. (rj Toutes les f/rantlei/rs de cet univers que les savants cherchent à découvrir nous seront manifestées (3). À't /npr tanta sunt, (^uantus ipse Deiis! Domine, ut rideu/n. (tstenile faciem tuam et salvi erimus. Ostende nnbis Pat rem et sufficit. Vous voir. Seigneur, c'est le seul spectacle que j'envie !
1184. 2) L intelligence vovant Dieu face à face, la volonté, le cœur s'attacheront à lui. Amnbimus, dit saint .\ugustin. Ici-bas l'amour est faible, car nous ne connaissons Dieu rpiimparfaiteinent ; au ciel, le voyant tel qu'il est, si bon, si beau, nous l'aimerons, amabimiu. La foi n'aura plus lieu, l'espérance aura cessé, la charité ne unit point : Charitas non e.rcidit. Deus charitas est. Toutes nos puissances seront absorbées par cet amoiu* ; nous aimerons non seulement par devoir, mais par plaisir.
•Nous ne pourrons nous défendre de l'aimer, nous l'aimerons ardemment et et paisiblement tout à la fois, avec une pureté qui exclura tout amour de nousm^mps ; nous l'aimerons plus que tout, et même uniquement et sans interruption ni dégoiil. L'homme se perdra dans cet océan d'amour, comme une étincelle tlans un incendie, comme une goutte d'eau dans la mer. comme la lumière d'une étoile dans celle du soleil. Le cœur aimera «le toutes ses forces, il se livrera à Dieu pleinement ; et Dieu, au lieu de le repousser, se donnera à lui et se laissera posséder par lui : Ego merces tua magna ni mi s.
US"). Quel repos dans celte possession : vacahi mus ! Deus omnia in omnibus ! Kn le |»ossédant, on possède tout. Kcoutons saint Augustin : Quid qutrrit is rui Deus adest f Quid ergn iteest cui summum bonum atfest 'f En lui, gloire, beauté, rir/iessp.'<, plaisir. Si direrem : promisit aurum gduihres : nromisit seipsum ! Omnia mea tua sunt. Dieu tout à nous et nous tout à Dieu. Similes ei erimus ; en le vovant, en l'aimant, en le possédant, nous lui serons semblables: incapables de pécher, <le moiu-ir. de soulTrir, puis.sunts, heureux comme Dieu, immortels comme lui. 0 hommes, vous TOUS croyez heureux, quand vous avez richesses. plaisii*8 en ce
'' " "' ne donnaità l'homme que la même fin qu'à la bétc: tout devait mourir avt ; et rel être si noble, seul capable d'aimer ei de connallre, n'éi.iil pour-
lai. assemblaite de boue que le hasard avait formé, et que le hasard seul allait
di.-- toujours. La .superstition pafenne lui promettait au-delà du loinbeau une
fél. ■, où les vairs fantAmfsdfs sens devaient faire Imui le honlieiird'iin homme
qui ne peut être heureux que i . is
nobles et plus sublimes: elle rphip "' ■■' ' r,]\i lui ravir, et *...--.. ..c ... p..,,,--,.-,. ^.v,..^,.-. ^^ .,.v.. .............. - ,;os
cl) IX et à ces idées puériles de bonheur que la superstition avait imaginées.
(Ma
Ci) Apres avoir vu et entendu Salomon, la reine de Saba s'écriait que ce qu'on lui avait dit de la sa?^»^^ de ce roi, n'était pas la moitié de ce qu'elle avuil reconnu elle-niéine ; mais qu I ire, au ciel, nous manifestera les merveilles de la souveraine
vérité, e: ->à du ce que nous aurons cru ici-bas, ohl alors, quels ravisse-
ments. 'I .. ,
':{) N.iini Ku tant Home, vit sur une place publique Théodoric, roi d'Italie,
élevé sur un u^. , . .u.Je, entouré du sénat, au milieu d'une uiagnilicencc extraordi* oaire. « Ah! s'écna t-uiçeoce à ce spectacle, si la Rome terreaire est li belle, qu'en eftt*il d« 1« Jérusaltim céleste T »
404 SËttMONS DE MISSIONS
inomlc! Quosl-cc que cela comparé aux richesses de Dieu, à la joie de le posso<lor !
0 Dieu, </»/«/« bonus an imœ quœrenfi, qu'en scra-l-il de vous trouver? Quam mutina multitudo dulredinis tuœ quam ahscondisti timentihus ! truelle seni donc lu joie de rcux <pii vous aiujeronl au ciel ? Oui paruii vous aura le Ixtnheur d'aller le preniicr au ciel, pour y voir, v aimer, jy posséder Dieu? 0 Ame sainte, où Mes-vous? Quand vous arriverez là-haut, dites k Dieu combien il nous tarde «le le voir : Desiderium habens dissolvi et esse cuni (Ihristo! Ah! je suis encore ici-has exposé ù perdre mon Dieu : Quando reniant et apparebo ante fariem Dei ? (Juil garde la terre celui qui veut la terre ; qu'il tionne à la créature ce cœur qui est l'ait pour Dieu, celui <pii ne veut pas l'aimer et le posséder éternellement ! Pour nous, Ames généreuses, il nous faut le ciel, le beau ciel, où notre intelligence, notre cii'ur, notre Ame enfin, avec sa soif de bonheur, seront pleinement rassasiés (1).
1180. 2" Le corps, après la résurrection générale, partagera la béatitude de l'Ame dont il a partagé sur la lorre les misères et les soulTranccs. 1) D'abord setninafur in corruptione; suryet in incorruptione ; in iijnohilifate, sitryet in <jloria ; in infirmitafesurf/et in virtute ; corpus animale, sunjet corpus sjnritale. (I. Cor. xv. ii.) Le corps aura en partage, rim[ta.ssibililé, l'agilité, la subtilité, la clarté, fulyebunt sicut stellœ in perpétuas a'fernifates.
1187. 2) Outre ces qualités générales des corps glorieux, chaque sens du corps goillera d'inelVables plaisirs, (a) Les //e«a? se reposeront avec délices («) sur les magnificences du paradis : Domine, Dominus nosfer, quam admirabile est nomen tuum in universa terra. 11 y a des merveilles sur cette terre, et dans ce monde matériel qui est le palais de l'homme el l'habitation du pécheur conmie du juste. Qu en sera-t-il du palais que Dieu a fait pour récompenser les élus, qu'il a créé pour être sa pnq)re demeure dans 1 éternité. Ihi solummodo may ni ficus est Dominus. Là il a déployé el comme épuisé toutes les merveilles de sa magnificence.
Vidi civitatem sanctam Jérusalem novam descendentem de cœlo, pnratam sicut sponsam ornatam viro suo. Et venit unus de septem anf/elis, et ostendit mihi civitatem sanctam habentem claritatem Dei; et hubebat murum maynutn et altum habentem portas duodecim, et in
(1) (a) Saint Igaace, martyr, écrivait : « Si vous avez pour moi une charité sincère, vous me laisserez aller jouir de mon Dieu. Je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. La possession de tous les royaumes ne saurait me rendre heureux. Mon cœur soupire après celui qui est mort pour moi. » (Voir les paroles da jeune martyr Cyrille, n» 676 (c).
(6) Sainte Tliércsc, après une «vision du ciel, disait : « A partir de celle époque, j'étais remplie de home à la seule pensée que je fusse encore capable, je ne dis pas de m'aiïectionnèr, mais de m'arréter même à quelque chose de créé le monde me paraissant comme une fourmilière. Dévorée de la soif de voir Dieu, lorsque j'entends sonner l'horloge, je tressaille de joie dans la pensée que je touche d'un pas plus près au fortuné moment el que c'est une heure de moins k passer dans cette vie. • (S\i:tTE
TuftRCSE.)
(C) Sainte Catherine de Gènes se reprochait son désir de la mort pour s'unir à Dieu ; elle s'écriait : « Amour, je ne veux que vous, et même à la façon qu'il vous plaît ; mais au moins, si vous ne voulez pas que je meure encore, ni même que je désire mourir, laissez-moi aller voir mourir et ensevelir les autres, afin que je les voie sur le point de jouir du grand l>ien que vous me diiïérez. u El la fille des doges se consacre à soigner les malades et à ensevelir les morts dans les hôpitaux.
(d) « Il est de l'essence de Dieu que sa justice soit infinie aussi bien que sa miséricorde ; cependant sa justice et sa sévérité envers les réprouvés est encore moins élonnanle que sa miséricorde envers les élus, » a dit Pascal. Et en efl'et, l'objet du bonheur des saints est inflni, et les supplices des méchants ne sont pas inHais, bien qu'ils soient éternels.
{e) Oo conseillait à Denis de Syracuse de se démettre de sa royauté, parce qu'on tramait sa mort; mais lui, voyant un boucher assommer un bœuf.dit à ses favoris: a Ne serais-je pas bien simple de quiuer un si grand royaume par crainte de la mort qui passe en si peu de temps? » Dites de même, et à plus forte raison, ne serais-je pas bien insensé de perdre le royaume des cieux, un royaume si riche, si grand et si excellent, on royaume éternel et assuré, par crainte de la pauvreté, de la maladie ou de la mort. Vous le perdez pour un plaisir d'un moment.
LE CIKL 405
parfis angelos '/uodeci/n et structura mûri hujus e.v lapide jasftide : ipsa vero civitas et pla*ea riritatis aurum munduin, tunijuum rifrum jterlucidum. Et vicitas non eçjet sole, neque lunu : nam claritas iJei illuminucit eam. (Apoc.xxr) Saint Jean parle le langa^'e de l"liomine,ce sont là (le [nilos iniayes. Le ciel est plus beau qu'on ne saurait le dire (l).
1188. (6) L'o'il verra la gloire de ses habitanls et l'ordre admirable dans lequel ils sont rangés : Sedes Dei et Àgni in illa erunt. Au milieu, le trône du Fils de IHeii. dont le corps ressuscité brille comme un soleil dans ce flrmament nouveau : à côté de lui. sa Mère. U Marie, votre souvenir fait notre consolation sur la terre ; quel bonbeur de vous voir un jour ! Et serri ejus serrie/it illi. (Apoc. xiii, 3.) i^es neuf chœurs des anges disposés autour de leur Koi et de leur Heine ; les Apôtres assis sur douze trônes, les patriarches, les prophètes, les martvrs avec des palmes à leurs mains; les pontifes (|ui ont gouverné rF'glise. les vierges et la multitude des élus : Quam dinumerure nemo poterat, e.r omnibus fjentibus et tribubus et populis et linr/uis, sf(tntes ante thronum.amicti stoli^ albis.
Tmis sont purs, tous sont éclatants de lumière, tous sont rois et ont le 'ii:i<lciiit' sur le front (:i) : mais l'auréole des martvrs, des docteurs et des
(1) La vénérable Gertrude d'Orient, héguine de Hollande, sur le point de rendre le dernier soupir, dit à ses pieuses compagnes - « Mes sœurs, je vais à la maison. » Et cotdme on loi faisait remarquer qu'elfe y était, elle répondit : < Ce n'est pas de celle-là que je parle : je vais à la maison dont les pavés sont d'or, m
(2) Ipsoi-um est regnum cœlorum. Il y a une grande différence entre être dans un royaume et éirerui Un roi peut éire en dehors de son royaume et un pauvre peut être pauvre dans un grand royaume ; mais Notre Seigneur nous dit que, non seulement nous serons dans son royaume, mais que son royaume sera le nôtre. Enlen lez-vous, humble artisan qui servez Dieu : bonne femme qui l'aimez et que peut-être tout le monde méprise, qu'il me soit permis de vous dire ce que le bon larron di-^ait àNotre-Seigneur : mémento mei cum fturis in regnum tuum.
Cicéron, ce grand orateur romain, qui était sorti d'un petit village d'Italie, devint tellement enflé par le bon succès de ses harangues, qu'il eut l'ambition de briguer le con.'ulat de Rome ; mais son frère Muinlus Cicéron, qui avait fort bon jugement, lui écrivit une lettre pour l'obliger daband ^nner ce dessein; et entre autres choses il lui écrivit : Mon frère, mon ami, je vous prie de considérer trois choses : qui vous êtes, ce que c'rst que le consulat, ce qu'est la ville de Rome. Comme s'il voulait dire : Si c'était un 1 us. à la bonne heure ^i vous demandiez une digniié médiocre, si vous
V"i ;e degrés en degrés, cela serait lolérabla; si c'était à Tivoli, si vous
dési: v^. .... .. .a tête d'un petit bourg, soit; mais dans la ville de Rome qui est la
capitale de l'empire et du monde, briguer le consulat, vous, jadis villageois, ne voyezvous pas qu'on se moquera de vous? Il semble qu'on pourrait dire de même à un homme qui espère être sauvé. Etre sauvé, mon am>, savez-vous bien ce que c'est ? C'est être roi, c'est avoir la couronne sur la tête, non en Krance, en Espagne, en Allemagne, mais dans le paradis, au milieu des saints, tout auprès de Dieu, et que vous y aspirez .' vous? un pauvre villageois, un petit artisan, une simple femme ; ôtes-voiis si ambiiieux, ne craignez-vous point de vous rendre ridicule? .N-m, non, âme chrétienne ne craignez pas d'être rebutée, (ians ce dessein, vous avez an bon appui, vous serez aidée et favorisée dans votre prétention. Le Pis de Dieu, qui est votre frère aîné, v.tus y tant s'en faut qu'il vous en détourne, comme le frère de Cicéron, qu'au I le désire, il vous y convie. Ei:ouiez une lettre, bien contraire à celle du
i.....^ ... ■ ■<'•.■" i-<>re quD le Ki'-' .i- i> '-.i vous aenv'-'-' ■■ ■■-■■■. — ■.. -,
C'est saint iiien-aimé > en a été
enwmhlr Amen.tf^ : rmit : ij i
m t'- iicut et ego r ici, •/ Paire meo
\ de celui qui est l'abi naire. racci>mpiisvn*itt de toutes les
veri'j ' . . ^-^ .,,... -.
•u travail de la vertu u visiter le^ piuvrea, à vuu» leim a genoux, * suivre le
Saint-Sacrement; vous vous reposerez h loisir ei à votrn i,. ie^z pis hinX droit
comme en Quele.^i se de
s'asseoir i'Ié k'^--.... ■ ■■ '•■ ... .- ^•>v
lin i.irrt'.iu, non sur un tib^iurel, ce qu'on accorde qu a
la reiiif. mais sur un siège royal, sur uo trône, sur le
V.)us serez assit, non bien l«;ia de Oiea, oiiii auprès de iui. £^a6<i ai tinLen in<i6**!n tu
ihrono meo. ('Li Jc(;.ik).
vierges brille d'un plus vif éclnl. 0 ravissant spectacle ! Un roi, ennemi du peuple de nicti. appela le prophète IJaluain et le conduisit sur une montagne pour lui l'aire tuaiidire de lu te peuple choisi. Mais (piauil lialaaui. ilu haut de la montairuo, eut vu le hel ordre avec leijuel l'armée d'Israël élail rangée autour du talieruacle où Dieu résidait, il ne trouva plus de paroles dt malédiclious o[ s écria, ravi : Quam pulrhrti taherimcula tua, Jacob, tentoria tua, Jsniel ! Quel sera donc notre ravissement, quand nos veux vous verront. «'» vrai taliornacle de IMeii, ù armée sainte du peuple des élus ! Gloriosa (firta sunf de te, cirifas f)ei ! Si oblittis fuero fui. Jérusalem, oblivioni (letur (ie.rteru niea, ailhœreat li/u/ua mea, faucibus mets.
IlSi». (b) Les rtrei//e« seront charm'''es parles concerts des esprits bienheureux chantant des cantiques nouveaux, fjuœ non licet hoinini loqui. (c) Un ne respirera que des parfums dans ce lieu dont le paradis terrestre, embaumé de toutes sortes de fleurs, n'était que la figure.
11ÎM3. (d) l..a lanf/ue mettra sa béatitude à bénir ce Dieu bon, A mêler ses chants à ceux des élus, à converser intimement avec eux. Thémistocle, a}ant alliché sa maison pour la vendre, mit sur l'alliche : « Cette maison a «le bons voisins. » Mais (piel voisinage nous aurons au ciel! Qu'il fait bon, ici-bas, convei^ser avec les saints ; au ciel, nous aurons la bienheureuse compagnie de tous. Tous nous diront qu'ils nous aiment, tous nous feront part de leur béatitude. Nous leur «lirons «pie lem* gloire l'ait la notre; car, quand on s'aime parfaitement, on jouit du bonheur de ceux que l'on chérit, comme de son propre b«mheur. La mère n'esl-elle [>as heureuse de la gloire, de la félicité «le ses enfants ? Là-haul. nous retrouverons la conversation si chère de ceux «pie nous pleurons aujourd'hui. Parents, si vous mourez saintement, vous verrez au ciel cet enfant, le sujet continuel «le v«)s larmes ; vous lui parlerez, vous l'onlenflrez. Orphelins. v«ius retrouverez vos parents, (.^iiel sujet de joie pour Joseph, quand, sorti de sa |trison. il se vil ailmis dans le palais du roi d'Kg.vple ; mais sa joie fut plus grande encore quand, au sein de sa grandeur, il revit ses frères et son père, Jacob.
■II'.M. Conclusion. Le ciel est donc un état parfait par l'assemblage de tous les biens, pour le corps comme pour l'Ame, aussi bien «pie l'exemption de tous les maux, et i:ela pour toute l'éternité, tant «pie Dieu .sera Dieu. Les Ames justes, en travaillant toujours à leur salut, se découragent parfois. Elles voient des hommes qui. |>ar leur industrie, réalisent en quelques années, une grande fortune; et elles disent : Hélas life n'avance pas! Patience ! Ces gens tpii font fortune travaillent pour le temps; ils arrivent vite; mais cela passera enc«)re plus vite. Vous travaillez pour l'éternité. Oui, une bonne œuvre que vous faites aura une récompense éternelle. Nous courons après le bonheur, nous avons en horreur la peine. C'est le bonheur «jue poursuivent les avares, les voluptueux, les ambitieux.
()ù courez-vous, insensés? vous vous trompez ; le bonheur n'est pas là! Ne l'avez-vous pas constaté déjà mille fois par votre expérience? Jl n'est (lu'au ciel ; c'est là qu'il faut tendre. Ah ! oculus non vidit. nec auris audivit. nec in cor /lominis ascendit quœ prœparavit iis qui dilir/unt illum. (L tior.. Il, 9.) Ilonheur tel qu'un saint s'étonnait que toutes les créatures ne se changeassent pas en épines pour nous le faire méi*iter, nue sainte Thérèse, «pii en avait vu quelque chose, disait que la terre et la vie lui étaient devenues, «lepuis lors, insupportables.
1192. Désirons donc le ciel! Angusti abjectique est animi, dit saint Eucher, qui non spes suas ultra hoc sœculum porrigit (1). Super flumina
(1) (a) Chaque fois que sainte Thérèse entendail sonner l'heure, elle disait : « Me voici donc d'une heure plus près de ma pairie el de mon Dieu I ji
(6; Le B. Grignon de .Monifuri, élani à ses derniers moments et voyant sa chambre remplie de personnes qui fondaient en larmes, ranima toutes ses lorces et chanta le couplet suivant d'un de ses cantiques :
Allons, mes chers amis,
Allons en paradis,
Quoi qu'on gagne en ces lieox,
Le paradis vaut mieux.
Un moment après, il tomba dans une .sorte d'assoupissement; puis ii se réveiiia en disant ; c Je suis au bout de ma carrière. Je ne pécherai plus. » £t il expira doucimenl à l'âge de quarante-trois ans.
LK CIEL 46l
Bnbylonis, ittic aediinas et fleviinus <lum recordareiHur Sio/l, Heu mi/ii, quia inrolatus meus prolo/u/utus est! Qaaiido veniam et apparebo aiite fui iem Itei! Attollife portas, principes, anges de Dieu, resfrus. lutroiho ad altare Dei : mais jonlcnils une voix qui crie : Foris . deliors, canes et venefici, les scandaleux, et impudici et hoinicidœ, les vindicaliis, et idolis servientes, les adorateurs des créatures, les esclaves de leurs passions, et omnis qui amnt et facit inendacium. ceux qui coniineltent la fraude et le parjure. Comment trouveraient-ils place à coté des pénitents du désert, ceux qui violent l'abstinence commandée 1 comment seraient-elles a<lmises parmi les vierges qui suivent l'Agneau, les jeunes personnes esclaves d'affections coupaliles. ett-. Plus de péché, vous qui voulez du ciel (1).
ll'j;{. Mais moi qui ai commis le péché, je ne pourrai donc plus aller au ciel .* Vous le pouvez encore, mais à la condition de mériter le ciel (i) : 1) en vous purifiant. Xon intrabit in eam aliquod roinquinatum. (Apoc, xxi, 27.) Ceux (pii après avoir commis le péché sont au ciel, se sont lavés dans le sang de l'.Vgncau, de Jésus-Christ, l'urifions-nous par une sainte confession : lienti qui lavant stolas suas (Apoc-, wii, 14) ; et puis 2) en travaillant pour le ciel, «."est un trésor, il faut fouiller la terre ; c'est un salaire, il faut supporter le poids du jour; c'est une couronne, il faut combattre. 3) Demandez aux saints si le rovaume des cieux ne souffre pas violence, s'il ne vaut pas la peine qu'on se donne pour l'acquérir? Ils vous diront qu'ils ont été apôtres, etc.; vierges, etc. Ils vous diront, avec saint Satvre, martvr, que dtU-on y arriver avec une échelle, faite de lames de rasoir, il ne faudrait pas hésiter' (3).
(I) (a) Par une belle nail, Cattierine Bore dit à Luther : c Voyez comme ces astres sont éclatants. <• Luther regarde le ciel. < Ohlla belle lumière, du-il ; mais elle ne brille pa« pour nous. — Et pourquoi ? Seriou^oous dépossédés du royaume des cieux? — Peulélre, répondit Luther en soupirant, pour avoir quitté notre état. — Il faudrait donc y retourner. — C'est trop lard, le char est trop embourbé. »
(bi P. us d'uc::a.sion de péché. Les antiques tradiiiuns d'Irlande rapportent que des hommes venus du midi voguaient vers celle Ile pour s'en emparer. Pour exciter leur ardeur. leur cliei leur dit que cette terre appartiendrait au premier d'entre eux qui la toucberaii de sa main. Un des matelots, ci-aignant d'être devancés par les autres, se coupa la main el la jeta sur le rivage de llle. atin de s'en emparer. Fallul-il couper sa maia droite pour conquérir le ciel, n'hésitons pas.
i!2 ' saint Jean Chrysustome, telle est l'injuste dislributioa
qui monde; un les a souvent sans les mériter, el on les
iDéi: . . , . ........ ,.,... les avoir. On les a sans les mériter, et c'est ce qui devrait (iiiiiii:iiM 11 p iiiiirt des heureux du siècle : el on les mérite encore plus souvent saii'< le> a. r .'. <:e qui rebute el qui désespère les maheureux. Mais il n'en est pas ainsi de > ense immortelle- où iiuus aspirons. G)inme on ne l'obiienl jamais
qu'en la i ssi est-on sûr de ne la miiriter jamais sans l'obienir. (Quoique les
réc - •• ne soient dues qu'au mente, tout autre chose que le mérite con-
tnlj 1 les emporte par le crédit, on se les attire par la brigue, on les
arr> .uté ; les plus hurdis et les plus avides 3oni,ceux qui y parviennent; le
hasard eu UtciUe, la bonne fortune de l'un tt souvent l'iniquité de l'autre. On se prévaut, pour les (Ipmuniler, du mérite d'aiilrui : le HM veut <'tre ré^-ompeiisé des services du père, i'aii.i .1' (le son ami. Rien de tout
cel i a ses élus dans la balaiirt',
iii.i ■ . ...... ........,, .1.1 ■ **:>reuve lie son jugement
fera •; n'en aura pas ' Mire, fùil-il un des dieux
Ji; ^ ne portera p un! m père, aussi le mérite
(lu a riaii^iiiié du lils. ' .i Uieu sera personnel, et la
rc. -tlera : Vnicuiqiie &e< ritum operuin sunrum : à
. '; 1 . I' rh' .lit ;),m '1 ■' : iiu selon ses
; i • ■ ■•■> ! i .■ iN . ;, aes désirs,
^'■ ■■ - , ,- : 'uiLu-. , lllll^ .1 . ___. , , , ...^jun selon ce
iju I I il <i fait, el mm point ce qu'il aura cru, uu ce qu'il aura voulu (airo : Unicuiqut iccunlum meritum operum SHorum. (Boordalocc.)
(3) Lorsqu'on demandait au peintre Zeuxis piiurquoi il donnait tant de soins à ses travaux, il réponlail : « Je travaille pour l'éternilé. » El noui no nMi* appliquerions pas à reiidn- nos œuvres parfaites pour nous appliquer un éter.i r!
< l'-i un ordre établi de Dieu, el le monde méma, tout , l'il est. dans sas
maximes, est obliiré de s'y soumettre et de le reconnaître : ou u un «e point à la g:iuir« par le plaisir, mais 11 faut reaoacor au platiir, quaad on so propoM d'acquérir U
4G8 SEIIMOKS DK MISSIONS
l!'.>i. Mnnic Faisons-nous pour le ciel? Faisons-nous utilanl ipie pour les rlioses fie la terre, autant <pje les libertins pour satisfaire leurs passions ? Ilclas! il en est «pii font tout [)our le perdre, «pii sacrilienl pour une hagalelle leur part du Paradis. Lysiuiaipie, roi de .Macédoine, lournienté par la soif, se livra avec son armée et son royaume à ses ennemis |)0ur obtenir un verre d'eau l'raiclie; et quand il leut épuisée, regardant la coupe ville, il poussa un soujiir en disant : « Pour une si courte satisfaction, j'ai perdu un royaume, » et il remjtlil, de larmes la coupe qu'il avait vidéo. Ah ! vous pleurerez un jour des larmes améres, si vous perdez le ciel pour un plaisir :
MÎC». Imitons donc plutôt la sagesse d'un martyr. Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, était en prison et sur le point d'être condiimné à la mort pour ne pas vouloir trahir sa foi. Sa femme vint le visiter. « l'ourtjuoi ne pas sauver votre vie en disant (pielques paroles ? — A votre avis cctmbien le temps ai-je A passer sur la terre?... — Votre vigueur de santé vous pi'omet pour vingt ans de vie — Insensée, r/uel marché tu me pro/ioses! jtoitr i/dnler' rinf/t ans, sacrifier l'éternité '. VX\\ mourut. Perdons tous, mais ne perdons pas le ciel.
Donc observons les commandements; Si ris ad vifam inf/redi, serra mandata. Uni le veut, le jieut. La bonne volonté suflit avec la grAce. Non potej'O. quid isti, t/uid ista- {\)1 l*auvres, ignoi'ants, ouvriers, infirmes, si vous le voulez, le ciel est à vous. Pas besoin de rirhesses, ni de science, ni de loisir, ni de santé, serra mandata (2) : érifes le péc/ié, les occasions. prenez les moyens : prière, sacrements. Acte île contrition. Miserere mei JJeus, serundum nuujnam, etc. Amplius tara me ab init/iiitate mea. Uedde milii lirtitiam salutaris tui. .le veux vous voir (li).
véritable ploire: car le plaisiir ne conduit à rien, je dis à rien de solide, ni à rien de grai.d. Jamais ce qui s'appelle vie de plaisir n'a produit une vertu, n'a inspiré de senlimenis nobles, n'a élevé l'homm" au-dessus de lui-même. Or, si cela est vrai, même pour la gidire profane, i plus forte raison est-ce vrai pour la gloire du ciel, à laquelle nous ne pouvuns prétendre que par la croix de Jésus-Clirisl. c'est À-dire non par ce qu'on endure & poursuivre les biens du monde, mais par ce qu'on souffre chiétieniiemeot. (D'après Bourdaloue )
fO) Ouand Annibal arriva avec son armée au sommet des Alpes, ses soldats, fatigués, refusaient de le suivie ; mais lui, leur n.ontrant ces helles plaines d'Italie, couvertes de verdures el de produits de toutes sortes, ces cités florissantes, leur dit : « Ces richesses sont a vous, si vous voulez combattre et vaincre. » Et ils reprirent courage et furent victorieux; mais les délices de Capuue pervertirent les Carthaginois, et celte ville fui le tombeau de leur gloire. L'espérance du ciel doit exciter notre courage, et les plaisiis du mon'ie l'amullisent.
(b) Alexandre le Grand, avant de partir pour ses glorieuses conquêtes, distribua toutes ses ncliesses à ses capitaines. « Prince, que vous leslera-t-il ? dit l'un d'eux, appelé t'erdicas. — L'escérance. — Mais nous aussi nous avons l'espérance. » El il lui rendit ses largesses. Si l'espérance de la gloire humaine faisait tout mépriser à un guerrier, que ne doit pas faire pour nous l'espérance du ciel ?
(c) Antoine, s'amusant à la cour de Cléopàire, cette reine le conduisit un jour pêcher sur une rivière qui ne contenait puint de poissons ; et comme les filets du général romain restaient toujours vides, pendant que ceux de Cléopatre étaient toujours remplis de poissons, qu'on avait apportés en secret, Antoine s'en étonna. <( Général, lui dit la reine, c'est à moi à m'amuser à prendre de petits poissons; mais à vous des villes et des nations. « Vous qui vous amusez à de frivoles jouissance.»-, dites donc, comme saint Stanislas ; Ad majora natus sum.
(1) (Voir le n» 881, la note). Les saints nous tendent les bras et nous aident. Napoléon, pour ei.flammer l'ardeur de ses soldats, leur disait en Egypte : « Du haut de ces pyra- (juarante siècles nous contemplent. » El nous, lantam habentes imposilam ■! testinm, curramus.
{■2i Ne portei pas envie à ceux qui les possèdent. Caraclacus, roi barbare, vaincu par les Romains el emmené par eux captif, voyant les richesses et les magnilicences de Kome. se disait: « (Comment un peuple si riche a-t-il pu envier ma pauvre cabane? » 0 vous que Dieu appelle au ciel, méprisez les biens d'ici bas.
(3) l'a) Dans un sermon de clôture, on supprimerait la première partie, l'introduisant en résumé dans i'ex<irdede cetie manière : Je ne dirai pas qu'au ciel, il n'y a plus de douleur, plus de soiifTiance pour le corps ni pour l'âme, ce qui suffirait pourtant pour vous exciter & rambiiionoer, coutentons nous, etc. Et à la péroraison on développerait
rUROATOFRE 409
YX. — Purgatoire.
11%. (. ro( mit- ,-.,/inii- (?/ salufdire pe/ist'e i/e /trie/- jHinr <»-* rnnris. nfin (fxiih soient dèlirrés de leurs pèche)?. ( Il Mac. \ii. -46.) En elTot : I. il y a un jmrjcaluire ; II. i-"est un devoir jtour nous de soulager ceux qui y souiïrenl ; III. nous pouvons facilement les secourir.
les moyens d'aller au ciel: éviter le péché, fair les occaiions, prier le matin, le soir, dans les teoiaiioas, sanctifier le dimanche, s'approcher des sacrements. A ces conditions : an revoir, en paradis t
(h) Usn (l'une noble famille d'Autnn, saint Symphorien. à la fleur de l'Age, avait-
I: ^ qualités l'estime de tous. Un jourqu'il avait passé devant l'idole
r, il fut dénoncé comme chrétien à Hérdclius, gouverneur de la
\ , ^ueller d'abord cruellement et le lendemain le condamna à avoir la
tête tranchée. Comme on le menait hors de la ville, pour l'y décapiter, sa mère Symphorose courut sur les remparts pour le voir passer et elle lui cria : « Mon fils, regardez le ciel; on ne vous enlève pas la vie, on la change en une meilleure. » Ces paroles admirables excitèrent encore le courage du jeune homme, qui sacrifia sa vie de bon cœur puur Jésus Christ.
(c) Le 15. Louis de Grenade rapporte qu'un chasseur, s'engageant dans une grande forêt, entendit le son d'une irès belle voix qui chantait de pieux cantiques. Il s'avance et trouve dans une pauvre cabane un misérable lépreux, le corus tout couvert d'ulcères. • Quoi, pauvre inf'>riuné. lui dit-il, c'est vous qui chantez ainsi! — Ah! mon frère, r 1 >n étal même si triste à. vos yeux qui fait le sujet de ma joie,
jare de mon Dieu. Celte muraille tombe, comme vous voyez. j u. . .-,... V... ..... .*j>uir. »
«i) Un proposait a sainte Félicité d'avoir pitié de ses sept fils et de les engager i aposias er la foi. « Mes fils, dit-elle, vivront éternellement, s'i's restent tldeles à Jésus- Cnrist ; sinon ilb iront à la damnation éternelle. » Puis, s'adressant à ses fils : « He» enfants, regardez le ciel : c'est là que vous altend Jésus-Christ avec tous les saints. Combaiiez vaillammenl et persévérez. » Et tous les sept moururent avec courage ; et leur mère, après les avoir envoyés devant eile au ciel, subit la dernière le niartyre.
(t) Saint Louis de Cunzagoe, apprenant des médecins qu'il n'avait plus que huit jours à vivre, en eut tant d« joie qu'un de ses compagnons étant emré dans sa chambre, il /inviu à 1 Deum d'actions de grâces. Il écrivit à la marquise sa
raere : i> ."^ vec ceux qui .se réjouissent, vous apprendrez avec joie
*-■' ■ ■• .... ,.,v .... ...v.^,.er au terme ou l'on ne craint plu* de perdre Dieu. Je
ne pas manquer de reconnaissance envers l'infinie borné du Seigneur; '.-/ assurément, si vous pleuriez celui qui va vous attendre dans ie vrai tk'juUi' dtii» vivuiilS. »
i/i Un soldat, ayant levé la main sur la léte de saint Martin, qu'il voalait fendre de - ' ' ■ ■ * ' ' - V irapas.«ible. «Comment, tune trembles pas T
I n'est pas un mal, je soupire après elle,
ty) Saint Auibruise rappurte que les ihraces se lamentaient à la naissance d'un enfant,
car iH y voyaient le commencement d'une vie de soullrances; et ils se réjouissaient de
in de leurs semblables par l'espérance d'une vie meilleure. Qu'en doit-il être
,. , i A'irien, encore pafen, ne pouvait a:""" ''•■■■ ' •■ * 'yrs. Il
chercha a 5'ac|)r>.. i.er .le lui. 'l'trux, pour lui dem.i ' t-nce.
Il- ii,,i:'yr. .1, ni m :\n< :. ■' .le !a main : « C. nous
is, noua ^(tiiitelunt puur dri» tourments d'un 1, frappé par ces paroles, «e fit chrétien ; et
I ms le ciel que sur la terre. Quand il
v"ii 1 , . .Il à son &me : f Attention, mon ime l
l'ieiJt'z . irde lie ne pas luiaber sur la terr«. Là-haut est votre patrie. Ici, vous élea en
pavv !*■ •• l'iîjer «
..Ils .
l|..l. lU'Ill ' Jciii
les . . terre, et
ce l»ieu il'ii' iiK (iii^iTicrur les avaient couhuiin oiins ccni- -«.linie Mon. iliilMiir l'.tr in
salut du genre humain. Tous, les genoux en terre, les yeux fixé.* sur la ville, le i-<Tur au
470 SEHMONS DE MISSIONS
il97. — 1. // va un y- ' '"• \'^ Dieu lui-mt'ino nous l'apprend. Le
courageux capitaine huh\y >\ après \m combat on il perdit une partie
de ses soldats, réunit douzf uiiiu' moces d'argent et les envoya à Jérusalem, afin qu'on offrit un sacrifice pour les pêches des morts. Notre-Seignour luimême nous dil dans rKvungiie qu il est des pécliés (pii ne sont remis ni dans ce monde ni dans l'autre. Il sup[iose donc qu'il y a des péchés remis dans l'autre monde. Saint. Paul nous dil qu'il en est qui seront sauvés ; mais cependant comme par le feu. (I Cor. m, 15.)
1198. io l/Kglise nous l'enseigne: \) par ses docteurs. « Je sais, dit saint Grégoire, qu'au sortir de cette vie, il est des péchés qui seront cxj)iés par les flammes du Purgatoire. » Ainsi pensaient Tcrtiillien au u"" siéde, saint Cyprien au m*", et plus tai-d saint .\nibroise, saint Augustin, saint Jean Cnrysoslome et tous les saint Pères. 2) Par ses conciles. « Nous définissons, disent les Pères du foncile de Florence, que les Ames de ceux qui sont morts, en se repentant de leurs fautes et dans la charité de l>ieu : mais avant d'avoir satisfait pour leurs manquements par de dignes fruits de pénitence, sont puriliéos après la mort par les flammes du purgatoire. »
3) .\ussi tous les livres de prières, en usage dans l'Kglise à travers les siècles, contiennent-ils des prières pour les défunts, et cela non seulement chez les catholiques ; mais même chez les hérétiques nestoi'iens, chez les schismatiques grecs, etc. fl).
ciel dont cette cité leirestre était pour eux l'image, ils chantèrent: « Salut, Jérusalem I gloire du mondt-, tii<?&ire de la rédemption ; le ciel, la wrre, le soleil et loi, fûtes témoins de la passion du CItrist. Tu le vis trois jours après dans la gluire de sa résurrection. Salut, montagne des Oliviers d'où il s'éleva au ciel! Salut I mont royal de Sion, où les disciples réunis entendirent le souffle de l'Esprit-Saint, descendant sur leurs têtes en langue de feu. Fleuves et rivages, bois et fontaines, campagnes et cités, vallées et montagnes, salut ! » Ces transports de cœurs chrétiens à la vue de Jérusalem, ne devrionsnous pas les éprouver à la vue de nos églises où se renouvellent les mêmes mystères ? Mais surtout comment ne pas en être remplis à la pensée du ciel où ISotre-Seigneur nous a préparé une place?
(\) Une dame anglaise, la comtesse de Sirafford, était ébranlée dans ses convictions prolestantes par les entretiens de Mgr de la Moihe, évéque d'Amiens. Ce qui l'empêchait encore de se convertir, c'étaient ses doutes sur la messe et le purgatoire. M?r de la Mulhe lui dit : « Madame, vous connaissez l'évêque protesiant de Londres, s'il peut me prouver que saint Augustin n'a pas dit la messe pour les morts, et pour sa mère en
farticulier, dites-lui que je me fais protestant. » Madame de Straffort écrivit aussilOt à évéque de Londres, qui refusa ue répondre: dès lors, la comtesse vit se dissiper tous ses doutes et Pu son abjuration.
L'Iiérésie n'est pas logique. Elle dit: il n'y a pas de purgatoire, donc il n'y a pas k prier pour les morts. Elle devrai) dire au contraire ; il faut prier pour les morts, l'Ecriture le dil formellement, toute l'Egliye l'a cru et enseigné, dune il y a un purgatoire; car le purgatoire qu'est-il autre chose, qu'un lieu où les âmes ont besoin d'être assistées des prières des vivants T Mais ce n'est pas là le seul égarement des hérétiques et des impies qui pensent comme eux. Ils doutent du purgatoire, soi-disant parce que Dieu ne l'a pas révélé; mats a-t-il révélé qu'il n'y en eût point ; el quand ils voient toute l'Eglise catholique croire au purgatoire, el tous les l'idëles prier pour les morts, peuventils avoir sur ces vérités autre chose que des doutes, et par cunt^équent ils n'ont point de certitude. Or dans ce doute, ils prononcent qu'il n'y a rien à faire pour les morts. Ils manquent donc encore là de logique ; et nous leur disons : si vous étiez certains comme nous qu'il y a un purgatoire, ne vous croiriez-vous pas aussi bien que nous, obligés de secourir les âmes qui y souffrent ? Ils ne peuvent pas n'en pas convenir. Sur cela j'ajoute : vous ne seriez pas néanmoins sûrs alors que les âmes de vos frères fussent du nombre de celles pour qui l'on peut prier utilement ; car elles pourraient être, ou déjà bienheure u8e^ sans avoir besoin de ce secours, ou éternellement réprouvées et incapables d'en profiter. Cesseriez-vous pour cela de solliciter Dieu en leur laveur? Non ; mais dans le doute où vous seriez de leur sort, vous prendriez le parti le p'us favorable. Ainsi, pourquoi nous qui croyons le purgatoire et qui nous en faisons un point de foi, prions nous pour ces âmes? Nous ne savons pas précisément si elles sont en purgatoire ; mais il nous suffit de savoir que cela peut être. Bien loin que cette incertitude refroidisse notre charité pour les morts, c'est au contraire ce qui l'excite ; et comme dit excellemment saint Augustin, nous aimons bien mieux nous exposer à faire pour ces saintes Ames des prières supeitlues, que de nous mettre en danger de manquer à celles qui leur sont nécessaires. Remarquez ces paroles qui sont décisives et qui semblent faites pour mon sujet : MeUvn enim iita viventiu7n suffragia ii$ supererunt animabus, quibus