ACTE TROISIÈME
GANEO.
Tant mieux pour les dieux, s'il y en a. J'aime mieux ma peau que Pamour des dieux. Avec l'amour des dieux, on pourrit bel et bien sous terre.
LEPORINUS.
On a aussi l'estime des hommes.
GANEO.
Oui, l'estime ue vos deux voisins de rang, à condition qu'ils n'aient pas été tués comme vous. J'ai connu deux amis qui demeuraient en ces parages; Tun était Volsque, l'autre Albain. La guerre ayant été dénoncée, il y a cinq ans, entre les Volsques et les Albains, le Volsque vint en pleurant dire adieu à son ami ; puis il alla prendre son rang dans l'armée volsque; notre compatriote se cacha. Le Volsque fut tué dans une rencontre où ses compatriotes furent victorieux. L'Albain fleurit chez nous en parfaite santé. La lâcheté est presque toujours récompensée; quant au courage, c'est une vertu qui est le plus souvent punie de la peine de mort.
LEPORINUS.
Oui; mais il y a la nation.
Ahl si je te disais que la nation aussi a intérêt à être vaincue. Malheur à la nation victorieuse I Elle est asservie par ceux qui l'ont faite victorieuse. Le vainqueur est le pire des maîtres, le plus opposé aux réformes. C'est au lendemain d'une défaite qu'une nation fait des progrès. C'est au lendemain d'une défaite que Ton est libre, heureux. Dieu nous préserve de la victoire 1
LEPOttINUS.
Tu dis des. choses singulières. Le fait est que j'ai souvent songé à la destinée de ce pauvre petit Caïus, qui ne vivait que pour s'entraîner à Théroïsme et pour braver la mort. Le résultat de tout cela fut qu'il se fît tuer bêtement dans une sotte équipée contre les brigands des marais Pontins.
GANEO.
Eh bien, réfléchis donc, mon cher. A moins de conserver l'immortalité de l'âme pour les militaires, l'essentiel, dans une bataille, est de se sauver. Une manœuvre ne réussit pas sans faire tuer beaucoup de monde. Aie donc pour objectif principal de faire échouer la manœuvre de ton général. Ces gens-là ne sont occupés qu'à imaginer des manières d'engager les pauvres gens de façon qu'ils ne puissent plus reculer. Puis,