INTRODUCTION XXXIII
est prOtre. Lamennais n'eut ni cette logique, ni cette flocilitt''. Il crut qu'il pouvait tout à la l'ois s'incliner et protcstei", faire parvenii' à Rome une soumission explicite et publier en même temps les Paroles d'un Croyant. Cette erreur d'esprit, qu'il ne voulut jamais reconnaître, conduisit jusqu'aux dernières conséquences sa nature intraitable. Ses derniers biog [apbes se sont ellbrcés de l'absoudre du péché d'orgueil. Ils n'y ont pas, à notre sens, tout à fait réussi. Pour en revenir à la correspondance qui nous occupe, à partir de cette date, elle change de caractère. Les lettres de Lamennais, au moins celles des premières années qui suivirent la Révolution de 1830, ne sont plus des lettres de prêtre. Ce sont des lettres de polémiste et l'on pourrait presque dire de pamphlétaire. Elles sont courtes, haletantes. On sent que la pensée de celui qui les écrit est ailleurs, et qu'il dérobe, pour les consacrer à la correspondance, quelques instants à une existence fiévreuse. Ce qui en rend la lecture assez déplaisante, c'est qu'elles sont d'une violence politique incroyable. A dire vrai, quelquesunes de celles qu'il adressait à M"'* Cottu, durant les dernières années de la Restauration, avaient déjà ce caractère. En présence de la contradiction, le ton devenait rapidement chez lui blessant et insulteur. Il avait pris ces habitudes de polémique depuis sa collaboration fréquente aux journaux les plus violents de l'extrême droite, le Conservateur et le Drapeau blanc. C'est ainsi qu'après avoir qualifié « de la plus dégoûtante farce qui ait jamais été donnée au monde » la politique suivie par le ministère Villèle, il s'exprime en ces termes sur le compte de M. de Villèle lui-même :
XXXIV INTUODUCTION
« Celle espî'ee d'ol)slinalion aveugle et violente, celle rage de désir avec laquelle il se cramponne au pouvoir qui lui échappe, ne m'est pas seulement incompréhensible, mais elle m'efiraye comme une vision de l'enfer... Oh! quel aflreux supplice que celui qui sort de l'orgueil ! On se rit de la religion quand elle parle des damnés ; on dit : « Où sont-ils et qui les a vus? » Eh bien! en voilà un, regardez. » Si, en 1827, Yillèle est, aux yeux de Lamennais, le tvpe du damné, on peut penser comme il parle de Louis-Philippe et de ses ministres. « La conduite du gouvernement, écrit-il, est un miracle permanent de bêtise, mais dans cette bêtise, il y a aussi du crime. » Tantôt il parle « de la fourberie du g'ouvernement, » tantôt « du plat despotisme qui règne sur la France et la couvre de sa bave dégoûtante ». Sa colère s'étend plus loin, et dépasse les limites de la France. « Envoyant, écrit-il, toutes les calamités que quelques hommes font peser sur le monde pour leur seul intérêt, je prends en horreur tout ce qui s'appelle roi. » Et dans une autre lettre : « Les vieilles monarchies sont condamnées et nous assistons à leur supplice. » Aussi n'y a-t-il pas de calamités qu'il ne prévoie : guerre européenne, guerre civile, invasion, misère, choléra. Peu s'en faut qu'il ne souhaite ces extrémités, car elles tireraient la France de la fange où elle croupit. Et cependant, celte France qu'il met si bas, il ne peut s'empêcher d'avoir confiance en son avenir. Il croit à ses destinées. « La France est dégradée par son infâme et lâche gouvernement; elle se relèvera plus brillante, plus grande et plus forte, dès que l'heure qui l'attend aura sonné, parce qu'elle porte