INTRODUCTION XXXV
on son sein les destinées du mondiî. » Au travers de toutes ces violences, on trouve sous sa plume lexpression d un sentiment assez nouveau chez lui : l'amour de la patrie. Une comprend pas l'obstination de M. Cottu à vivre hors de France et à se priver ainsi de la douceur de respirer l'air natal. Il voudrait que M"^ Cottu employât son influence à déterminer son mari à mettre fin à cet exil volontaire, et il trouve, pour traduire l'attrait du sol natal, des accents qui ne sont pas sans émotion et sans charme :
Rien ne saurait jamais remplacer la patrie. Notre berceau nous attire toujours, et près de lui, les douleurs sont plus douces que les joies ailleurs. Combien de fois, loin de ma terre natale, n'ai-je pas aspiré, avec une sorte d'émotion inexprimable, le souffledel'Ouestqui, en passant, avait caressé nos bruyères et qui m'arrivait tout chargé de souvenirs! Le plus beau ciel ne vaut point le ciel qui a souri à notre enfance, ni les plus délicieuses contrées les après campagnes oi^i errèrent nos premières rêveries.
Et dans une autre lettre :
J'ai bien de la peine à comprendre qu'on se prive, sans y être forcé, de ce qui existe de plus doux au monde, la patrie. On a beau dire qu'elle est partout quand on sait l'y trouver, qu'on la porte en soi-même; il n'en est rien. L'Italie est plus belle que la Bretagne, mais jamais l'Italie ne sera la Bretagne pour moi. J'aime mieux nos bruyères que ses orangers, notre ciel gris et terne que son ciel brillant, notre Océan verdàtre que ses mers azurées. Et puis, qui me rendrait mes souvenirs ? En quel sol étranger mes racines puiseraient-elles leur sève accoutumée ? On ne meurt doucement que là où Ion a vécu et, près de se fermer, nos yeux cherchent ce qu'ils virent en s'ouvrant. C'est leur dernière joie.