INTRODUCTION V
chambre de Marie-Anloincllc, qui avait ouvoil à Saiiil-Germain-en-Laye un pensionnat célèbre. Olympe de Sainte-Olympe y reçut une éducation qui, au point de vue intellectuel, était assez forte pour le temps, mais qui, au point de vue moral et surtout religieux, était peut-être insuffisante. Bien des années après, dans une lettre à une amie, elle jugeait cette éducation et surtout elle-même avec une sévérité excessive :
Je me débats dans mon imperfection pour tirer de moi quelque chose d'utile à mes enfants, et ce quelque chose, je l'extrais à grand'peine d'une nature violente, passionnée, inégale, sur laquelle l'éducation n'a point passé lorsqu'elle était encore maniable, et qui depuis, raidie par l'âge et l'habitude, ne s'est ployée qu'avec effort et incomplètement devant de tardives convictions. Je me pleure de bien bonne foi en reconnaissant ce que je suis et en entrevoyant ce quej'aurais pu être si l'on m'avait élevée comme je tâche d'élever ceux dont la destinée m'est confiée. J'espère qu'il ne sera pas vrai pour eux que les fautes des pères soient perdues pour les enfants...
Les défauts dont elle s'accusait avec une humilité si touchante n'étaient que ceux d'une très noble et généreuse nature. Toute sa vie, elle demeura en effet ardente, impétueuse, sujette à des impulsions brusques où le cœur l'emportait parfois sur la raison. Elle ne pouvait se défendre d'apporter dans toutes les relations, dans toutes les affections, qu'elle qu'en fût la nature, des exigences excessives. Donnant beaucoup, elle croyait fréquemment ne pas recevoir autant qu'elle donnait, a Elle aurait voulu, m'a dit une personne de sa famille, être aimée, comme Dieu,
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d'un ainonr oxclusif. » Ellp-rnrmo n\'lail ooporidant pas exclusive et saxail au contraire, dans les alfeclions les plus diverses, faire à chacun une large part. A un ami denfance qui craignait précisément qu'une affection nouvelle ne portât quehjue pi'éjudice à celle qu'elle lui portait d'ancienne date, elle faisait cette jolie réponse : « Rassurez-vous; votre amitié m'est plus que jamais nécessaire ; en ce genre, le cœur n'a pas trop de tout. »
A dix-sept ans. Olympe de Sainte-Olympe fut mariée à un petit gentilhomme, M. de Lacan, qui eut des torts graves envers elle, et dont elle ne tarda pas â se séparer. Lihrede tous devoirs, elle mena, pendant une dizaine d'années, la vie du monde, fréquentant de préférence les salons qui, durant les dernières années de l'Empire ou les premières de la Restauration, avaient conservé les traditions du xviii* siècle, entre autres celui de la belle princesse de Chimay, autrefois M""= Taliien, et celui de M"' de Boufflers, autrefois M*"" de Sabran. Elle était fort belle. Une miniature de cette époque de sa vie la montre en costume du temps, c'est-à-dire fort décolletée, avec des bras, des épaules et des yeux superbes. Jusqu'à la fin de sa vie, elle conserva cette dernière beauté de la femme. Je me souviens de l'avoir vue dans ma jeunesse et d'en avoir été frappé. Pour ne présenter rien en soi de répréhensible, l'existence qu'elle menait n'était donc pas sans danger pour une jeune femme sans protecteur et sans gardien. Comme il arrive souvent aux femmes qu'entraîne le tourbillon du monde, elle valait cependant mieux que sa vie, et elle en sentait tout le vide. Peu à peu, le dégoût de