I.VI INTRODUCTION
nouveau, je crois cepemlanL devoir le reproduii'C, car il a toute la triste réalité d'une cliose vue :
M. IJl;ii-;c, l'un des oxécutours leslainonlaires fie M. de Lamennais et moi', nous marchions les premiers. Au départ, un très petit nombre de personnes suivaient le char funèbre : outre que l'heure du convoi avait été brusquement avancée, on n'avait envoyé qu'un nombre très limité de billets de faire part pour se conformer aux instructions précises de M. Lamennais... Mais la foule augmentait à mesure que le convoi s'avançait. Nous traversions, pour atteindre le cimetière du Père-Lachaise, des quartiers populeux et spécialement habités par la classe ouvrière; les ouvriers quittaient leurs chantiers et se plaçaient silencieusement devant la porte des maisons. Quelquesuns se joignaient à nous et grossissaient le cortège. Il n'y eut un peu de désordre qu'à notre arrivée au cimetière. Le préfet de police, qui était venu en personne, ordonna de ne laisser pénétrer que vingt de ceux qui suivaient le corbillard. Ceux qui furent exclus firent d'énergiques réclamations, et une certaine émotion se produisit dans la foule, mais elle fut promptement calmée.
Conformément à sa volonté, M. de Lamennais fut enterré dans la fosse commune et sans qu'aucun signe extérieur, tombeau, pierre ou croix, pût faire distinguer sa place de celles des pauvres. On ne prononça pas de discours. Le silence lugubre qui régnait parmi les assistants ne fut interrompu qu'une seule fois par le préposé du cimetière, qui dit, avec un accent de mauvaise humeur, aux manœuvres : « Ménagez donc le terrain et gardez une petite place pour un enfant, s'il nous en vient un. » Quelques minutes après, le terrain étant nivelé, la même personne éleva de nouveau la voix et nous dit : « Messieurs, vous pouvez vous retirer, tout est fini. »
Bien des années auparavant, Lamennais avait fait
' Ce récit c>t de M. Benoît Ciiampy, qui depuis fut président du tribunal de la Seine.