‹ Le prêtre et l'amiChapitre 23 sur 58 · INTRODUCTION LVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LVII

choix pour lui-même d'une autre si-pulLuce (|ue, dans une lettre à Montalembert, datée de la Chênaie, il décrivait ainsi :

Hier, en me promenant sur les bords de notre étang, je remarquai, sur un rocher qui forme une espèce de voûte et d'où sort un chêne isolé, une place que je destinai en moi-même pour mon tombeau. Les frais n'en seront pas considérables : une croix, gravée en creux dans le roc, et quelques mottes de gazon sur le pauvre mort, voilà tout. Cette sépulture champêtre, dans un coin, à l'écart, plaît à mon imagination. Je n'aime de ce monde que la nature et c'est en son sein que je veux me reposer. Tout ce qui me rappelle les hommes me fait mal.

Au contraire, il n'avait jamais aimé le cimetière du Père-Lachaise. En 1818, il l'avait visité avec M""" Gottu, et le lendemain de cette visite, il lui écrivait cette belle lettre :

On ne sort pas sans un peu de tristesse des lieux que nous avons visités. J'admire comment les hommes savent se faire des spectacles de tout, et un luxe de la mort même. Il y a quelque chose d'étrange dans ce contraste de l'orgueil et d'une grande misère. Ou'apportent-ils avec tant de pompe? Des ossements; ils y mêlent quelques fleurs, souvent plus durables que leurs souvenirs, et en voilàpour jamais ; la philosophie ne connaît d'autre consolation que l'oubli; en rendant à la terre les restes de ceux qu'il a chéris, le chrétien regarde le ciel, et dit : Ils se réveilleront.

M"'^ Cottu, dans une lettre à Benoist d'Azy, complétait en ces termes le récit de cette promenade :

Il a été frappé de la beauté du lieu, mais son aspect presque riant lui a déplu. Après avoir parcouru dans un

LVni INTRODUCTION

silence dt^sapprobaleur toute la partie ornée de tombes magnifiques, ils'estarrêté avec recueillement dans l'espace consacré à l'indigence, etoîi chaque place est marquée par une petite croix de bois, et se relouniant du cùlé que nous venions de visiter : « Ils ont beau planter des arbres, graver des inscriptions, multiplier l'illusion de la vie autour des tombeaux, la croix seule est vivante ! » s'est-il écrié d'un accent énergique.

Aucune croix ne s'élëve sur la tombe de Lamennais, dont on ignore la place aujourd'hui.

M"'" Cottu demeura fidèle au souvenir du prêtre qui l'avait convertie et delami qu'elle n'avaitjamais voulu abandonner. Elle avait obtenu de ses exécuteurs testamentaires une photographie qui le représentait sur son lit de mort. Au bas de cette photographie elle avait écrit de sa propre main : « La miséricorde de Dieu est infinie. Nul ne peut en sonder les mystères \ « En écrivant ces mots, elle se souvenait sans doute de ce que Lamennais lui avait dit au moment de la mort de M. de Lacan, sur ces mouvements imperceptibles aux hommes dont Dieu se contente. Et s il est vrai qu'une larme ait été essuyée sur la joue glacée de Lamennais, si elle l'a su, elle a pu espérer que cette larme aura suffi à contenter Dieu.

j^jme Qq^u survécut quinze ans à Lamennais. Elle mourut au commencement de l'année 1869. Le 2 février de cette année (février était le mois de la mort de Lamennais) , en pleine possession de ses ses facultés et de sa rare intelligence, elle prit la

* C'est cette photographie que nous reproduisons.

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