‹ Le prêtre et l'amiChapitre 31 sur 58 · I.KITUES DE I.AMICNN.VIS A l,A BAItONM-: COilU · texte numérisé non relu

I.KITUES DE I.AMICNN.VIS A l,A BAItONM-: COilU

La Cliùnaie, ce - niair^.

Denys me marque que vous n'êtes pas bien. Il vous trouve changée. Votre santé l'inquiète. De grâce, n'abandonnez pas votre projet d'aller aux eaux, pour peu que le médecin vous y engage. Vous avez le g-erme d'une maladie grave, mais qui peut être guérie radicalement, si vous ne la laissez pas s'invétérer. Qu'a donc de désagréable un voyage dans le Midi, qui, en vous rendant la santé, vous procurera l'occasion de voir votre famille ? M. G... sera libre bientôt; ne perdez pas un temps précieux ; vous allez cueillir en Provence les prémices du printemps, toujours tardif dans nos climats. Je suis persuadé que tout le monde vous dira les mêmes choses que moi ; mais j'insisterai plus que tout le monde, au risque même d'être importun ; c'est un des droits de l'amitié.

Quoique vous vous occupiez peu de la politique, il est impossible aujourd'hui d'être étranger à ce qui se passe. Je vous avoue que, pour moi, l'avenir me consterne. Je cherche en vain, parmi toutes les probabilités humaines ; je n'y trouve pas une seule espérance. Suivant l'expression des jtrophètes, il y a un fardeau sur nous. Malheureuse France, que vas-tu devenir ? Je ne lis guère les journaux, mais je les lis assez pour remarquer un progrès effrayant de délire, de haine et de désordre. Le crime grandit à vue d'œil. Ici, on commence à abattre les croix ; on ne s'arrêtera pas là. Les factieux ont soif de sang, et ils ne le dissimulent pas. Au reste, il faut contempler ce spectacle de plus haut. Regardé de la terre, il est horrible; en s'élevant vers le ciel, tout change, et si

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l'on c^éinil «nicoie à 1 aspect des cluUiinenls (juc Dieu nous prépare, de celle grande juslice (]ui va s'exercer, celle idée même de juslice tranquillise et console l'àme; son agitation se calme à l'abri de ce puissant bras qui s'étend pour veni^er l'ordre éternel.

Écrivez-moi souvent ; donnez-moi de vos nouvelles ; vous savez si elles m'intéressent.

Paris, mercredi malin.

Veuillez me faire dire, par le commissionnaire qui vous porte ce billet, comment vous êtes. Je me propose d'aller vous demander à dîner vendredi, si cela ne vous dérange point. Yoilà le numéro du D('fenseur^ que M. Coltu désire voir. On me demande, pour la collection, le premier chapitre de VEcolier instniit par Jésus-Clirist. Pourriez-vous le retrouver parmi vos papiers? J'ai été souffrant tous ces jours-ci, et je n\ii pu travailler. Je voudrais bien que ces souffrances fussent en déduction des vôtres, et j'en accepterais de beaucoup plus grandes à ce prix. Aimez toujours un peu celui qui ne cessera jamais de vous aimer tendrement.

Paris, 16 avril.

Combien votre petit billet m'a fait de plaisir! vous

* Le Défenseur était un journal récemmeut fondé où Lamennais écrivit quelques articles. Ce journal n'eut qu'une existence éphémère.

LF.nnrs df. lamf.nnais a la rmionnr corri' 85

éprouvez (Irjà les bons eiïets de l'exercice, du i)on air, el du calme de la campagne. Ma vie à moi est, loiijours 1res agitée, très occupée. Je ne puis disposer dun seul moment. Hier, je me couchai à minuit ; j'étais levé à si.v heures ce matin, et je me trouve encore en arrière pour mon deuxième volume, que pourtant l'on continue à imprimer. Je profiterai, pour vous aller voir, du premier jour dont il me sera possible de disposer. Vous savez bien que ce n'est pas le désir qui me manque. Le pauvre Denys partit mercredi pour Francfort', bien triste, comme vous pouvez penser, de quitter sa famille et tous ses amis. II paraît que l'homme près de qui on l'envoie n'est rien moins qu'agréable. Mais on ne choisit pas ses compagnons dans ce pénible voyage de la vie.

M. G-... m'a dit qu'il donnerait à M'"'' de Sainte- Olympe tout le temps qu'elle voudrait. Veuillez me rappeler à son souvenir et à celui de M. Cottu. Je vous écris au milieu de sept à huit personnes qui me parlent, et qui parlent toutes ensemble. Gela vous expliquera le désordre de ce billet. Adieu, vous savez si je vous aime. Je n'ai pas besoin de vous le redire, n'est-ce pas?

LxxxriT

Passy, 25 avril.

Il y a bien longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles. Vous étiez un peu mieux la dernière fois

* Denys Benoist venait d'être nommé attaché à la Légation de Francfort.

* Cette initiale désigne l'abbé Garron que Lamennais proposait comme directeur à M"" de Sainte-Olympe. L'abbé Garron étant mort l'année suivante, ce fut Lamennais lui-même qui, quelques années, plus tard, assista M™" de Sainte-Olympe à ses derniers moments.

80 l.r.TTUl'.S l)K I.AMI-.NNAIS A I.A r.AI'.nN.M". CoTII'

(jiu' VOUS m'avez écrit. Le iiiicii.x a-l-il coiiliiiiK' ? Je suis IraïKjuille sur votro boiilirur

(Deux lignes hiffces.)

mais je ne suis pas é<;alrment tranciuillc sur volro santé, et c'est cependant encore, selon notre manièie de le concevoir, une partie de ce lionhcur (jue je disais tout à Tlieure vous être assuré. Ilélas ! il échappe à notre pensée même, puisque nous ne pouvons pas même en parler, sans être obli'^és de nous reprendre aussitôt.

Je suis toujours fort occupé; on imprime mon second volume. J'ai fini ce matin le dernier chapitre. Il ne me reste à faire que la préface, mais elle doit être assez longue. Au Défemeur, je suis en querelle avec la censure, qui, dans un article de deux pages, veut absolument en retrancher une. J'ai déclaré quil passerait tel que je l'ai fait, ou que je me retirerais. Pauvre vérité, qu'il est diflicile aujourd'hui de te défendre ! Il me vient quelquefois de fortes envies de m'en aller hors de France. Qu'y faire aujourd'hui, si Tonne peut combattre? Nous verrons dans quelque temps.

Je pense que vous avez auprès de vous ou M'^' Swanton, ou M'"' 3Ioore, et peut-être l'une et l'autre. Une trop grande solitude ne convient pas, faible et souffrante comme vous êtes. Je m'imagine que M. Cottu est souvent appelé par ses affaires à Paris. Etes-vous toujours résolue à l'accompagner dans le voyage qu'il doit entreprendre le mois prochain? A propos de voyage, le pauvre Denys a versé en Champagne ; heureusement qu'il ne s'est fait, à ce qu'il assure, aucun mal. Je n'ai pas encore de lettre de lui, mais il a écrit de Metz à sa famille.

Faites, je vous prie, agréer mes respectueux sen-

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