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tinipnls à M""" de Sainte-Olympe, el rappelez-rnoi au souvenir de M. G... Je suis à vous comme j'y serai toujours, c'est-à-dire entièrement et du fond du cœur.
Passy, 42 mai.
Combien je regrette de vous savoir souffrante, et de n'être pas près de vous. Cet état de faiblesse oii vous vous trouvez, cette langueur vient sans doute des peines si vives que vous avez éprouvées. Je me flatte que le temps, le repos de rame et. du corps vous rendront peu à peu vos forces. Je suis bien faible aussi, et parfois très souffrant, mais c'est une vieille babitude. Mon pampblet sur la censure et l'Université paraîtra ces jours-ci ; il est vif, et ne me fera pas des amis de ces gens-là. Que m'importe ? J'ai dit ce que j'ai cru devoir dire. Si l'on écoute une fois les considérations bumaines, adieu la vérité. Mon second volume ne paraîtra pas aussitôt que je l'avais cru. Mille tracasseries m'ont détourné de travailler à la préface; cette préface sera beaucoup plus long;ue que je ne pensais. Mon projet est de vous aller voir le lendemain de la Pentecôte. Je passerai avec vous le mardi, et je reviendrai le jour suivant. Ne regardez cependant pas ceci comme une cbose tout à fait arrêtée, car il peut survenir des obstacles. Vous avez raison de n'être pas fort tranquille sur l'avenir. Le monde s'en va. Mais qu'est-ce que cela nous fait? Nous avons un asile, nous autres. Quelle ridicule folie que celle de ces pauvres petits bommes qui croient diriger tout ce que nous voyons ! Il me représentent ces sauvag^es, qui, en criant et s'ngilant
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croient (l«''livrer la lune, qu'un draiion \ ciil (l(''\ orer. Co (jui (lisliniiiic r('po(|ue aduelh». (?'e.st un caraclère (l'atrocil»'' liklie ; on (''pie les victimes, on les trappe dans l'ombre ; le poison et le poignard ont remplacé les écliafauds ; le crime même se déf^^rade, et la France se peuple de Marat dégénérés.
Dites, je vous prie, à M"" de Sainte-Olympe et à M. Cottu combien je suis sensible à leur souvenir. Adieu, mille tendres amitiés.
Passy, sans date.
Je suis encore obligé de remettre à l'autre semaine le plaisir de vous voir. Gela me contrarie extrêmement. Une blessure au pied, que j'ai négligée pendant huit jours, est devenue très douloureuse et m'empêche de marcher. Ajoutez à cela un clou, assez douloureux aussi, et me voilà, quoi que j'en aie, confiné dans ma chambre, malgré le plus vif désir d'aller moi-même m'informer de votre santé. Donnez-m'en, je vous prie, des nouvelles. Je crains que ce temps d'orage ne vous ait rendu souffrante, et n'ait encore augmenté la faiblesse dont vous vous plaignez. Je voudrais bien apprendre que vous faites un peu d'exercice, que vous vous promenez au moins dans le parc, sous les charmants ombrages dont le souvenir m'est si présent. Les forces croissent par l'usage modéré qu'on en fait.
Mon petit pamphlet sur la censure a paru. L'avezvous lu ? On a dû vous l'envoyer avec le Défenseur. Il s'y trouve, au commencement, un trait assez vif qu'on pourrait prendre pour une personnalité ; c'est
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l)ien. Pli oflel, imn aUfUjiio contre un inspecLeur do rUnivprsit»^ qui a inoiilrt'" la iiialveillaiict; la plus rrvoltaule en cette occasion. J'ai dû lui faire senlir l'indignité de sa conduite ; mais, en outre, il est nécessaire, dans le temps oii nous vivons, de démas- (juer les hommes. puis(ju'on ne juge (jue par eux des institutions. Un de mes amis a demandé à un évêque respectable s'il trouvait que j'eusse été trop loin ; l'évr'que a répondu que non.
J'ai fini hier un article sur la vie du duc de Berry, par M. de Chateauhriand. Je vais maintenant travailler sans distraction à ma préface, qui est à peine commencée et qui devrait être finie depuis plus d'un mois. Adieu, je suis tout à vous.
Saint-Brieuc, 9 juin.
Comme vous n'aviez point de projet de voyage lorsque j'ai quitté Paris, je pense que cette lettre vous trouvera encore à Gernay, et, j'espère, mieux portante que vous ne l'étiez en y arrivant. Vous ne pouvez, cependant, faire beaucoup d'exercice si vous avez le même temps que nous. J'ai trouvé ici, au lieu du printemps, une espèce de demi-hiver assez triste; point de soleil, du froid et de la pluie. Nous en sommes à désirer la fin de ce que nous voyons. Je suis bien aise que vous vous soyez trouvée à la campagne pendant les scènes tumultueuses qui ont eu lieu à Paris. Dans l'état de faiblesse où vous êtes, ce spectacle et les émotions affligeantes qu'il fait naître nuiraient beaucoup à votre santé. La mienne n'est pas des meilleures. Je suis comme un homme excédé
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<lt' l'alimueel. (jui n'est bon à rien, .le ne [mis ni liro, ni ('('l'ire, ni penser. J'ai pourtant lini, tellement quellenient, la préface de mon second volume. Mais je sens que j'ai l)esoin de repos, et il ne m'est pas facile d'en [(rendre, press«^ de travail comme je le suis. J'ai promis à M. de Maistre de rendre com[)te de son ou\rage*; il est impatient qu'on en parle; ce sont trois ou (|uatre articles longs qu'il faut faire, et sur des sujets fort d(^licats. Heureux les peuples qui ne font point de livres ! Ils ont une grande misère de moins. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de M'"'' de Sainte-Oh ni[3e et de M. Cottu. Je pense que je retournerai à Paris vers la mi-août. Quand vous partîtes pour Gernay, je ne croyais pas être si longtemps sans vous voir. Notre vie n'est pas à nous, on s'en aperçoit ; tâchons qu'elle soit tout entière à Dieu, c'est le moyen de retrouver, et bien au delà, ce que nous semblons perdre. Adieu, aimez-moi toujours comme je vous aime.
LXXXVIÏ
Saint-Brieuc, 21 juin.
Je vous écrivis il y a trois semaines, au moment où j'arrivais ici, et depuis ce temps je n'ai reçu aucune lettre de vous. Peu accoutumé à ce long silence, il m'inquiète. Je crains pour votre santé, qui était encore bien faible quand je suis parti. Mais si c'est là le motif qui vous empêche de m'écrire, pourquoi ne m'avezvous pas au moins fait donner de vos nouvelles par quelqu'une des personnes qui vous entourent ? Je ne
' Le célèbre ouvrage de Joseph de Maistre, Du Pape, avait paru à Lvon en 1819.
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puis croire, de volro pari, àr<)ul)lini à riiidinérence, et j'en suis (rautani plus alarmé. Tirez-moi de peine Je plus tôt possible; vous savez mieux que personne ce que c'est que d'être inquiet dos personnes (jui nous sont cli('r«;s. Un mot me tranquillisera, mais je vous demande ce mot avec instance.
Ma santé ne s'est pas encore ressentie du séjour de la Bretagne. Je suis toujours faible et souffrant. W est vrai que, depuis mon arrivée, nous avons eu un temps froid et humide qui m'est très contraire. On n'entend plus rien aux saisons. On dirait que ce sont les iiommes qui les règlent, ils ne règlent même pas leur propre destinée, car je ne sais rien delà mienne. J'ignore combien de semaines et de mois je resterai ici, et où j'irai en sortant. Je n'ose faire de projets, ni même former de désirs. A quoi servent de vaines pensées d'un avenir qui n'est pas à nous ? Le mieux est de s'abandonner entièrement à la Providence et d'être, à son égard, comme ce serviteur de l'Evangile. On lui dit : allez, et il va ; venez, et il vient. Nous attachons trop d'importance, beaucoup trop, à la vie et aux choses de la vie. Nos espérances et nos craintes, nos joies et nos douleurs ne sont presque jamais que des faiblesses d'une àme qui oublie sa fin. Un jour viendra où nous le sentirons, où nous le verrons clairement. Oh! qu'il me tarde que ce jour arrive ! Adieu, souvenez-vous quelquefois du pauvre absent.