‹ Le prêtre et l'amiChapitre 33 sur 58 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Saint-Brieuc. l" juillet.

Vos lettres m'ont tiré de l'inquiétude où j'étais sur votre santé. Je vois avec un extrême plaisir

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(\n\AU^ (levirnl nu'illi'ui»' «le jour vu jour. Il n'y a rien de lel que le calme et le conlenlenieul pour l'orlilier, et vous aviez ^rand besoin de ce remède après tant d'épreuves. Je n'ai point reçu le billet que vous m'avez écrit à Passy, et vous n'avez pas reçu vousmême celui où je vous annonçais mon départ et vous priais de m'écrire à Saint-Brieuc. Je suis cliez mon Ircre et j'y resterai jusqu'à ce que je sacbe plus positivement ce que je deviendrai cet biver. Veuillez donc m'y adresser vos lettres. J'éprouve de grands désagréments à l'égard de mon deuxième volume. Il y a trois semaines que j'ai envoyé la fin de la préface à la personne qui s'était chargée de veiller à l'impression ; et depuis lors je n'entends parler ni de celte préface, ni de l'ouvrage. Je n'avais pas l'idée d'un pareil procédé, je ne l'aurais jamais cru possible, et, comme Solon, je vieillis en apprenant toujours ; mais c'est, en vérité, une bien triste science que celle des hommes. Tout cela me ramène à mes anciens projets de retraite. J'y pense continuellement. Paris m'est insupportable. La vie qu'on y mène ne convient ni à mes goûts, ni à ma santé. Je cherche, autour de Saint-Brieuc, une maison de campagne où je serais tout ensemble libre, oublié, et près de mon frère, mais j'ai jusqu'ici cherché inutilement. Si je ne réussis pas de ce côté, peut-être irai-je en Italie. Au moins là, je verrai de plus loin ce qui se passe dans notre pauvre France, menacée prochainement de tant de calamités. Dès que j'aurai pris un parti, je vous le marquerai. Il faut tâcher de connaître ce que Dieu voudra et puis se laisser conduire en paix. Mille compliments respectueux à ce qui vous entoure, particulièrement à M"' de Sainte-Olympe. Je n'ai pas besoin de vous répéter combien je vous aime, et vous savez aussi que je ne changerai jamais.

LETTnKS DK I.AMKNNAIS A LA BAUUNNK COTTU 93

LXXXÏX

Saint-Brieuc, 18 juillet.

Je conçois ce que voire position a de pénible, mais vous n'avez pas dû vous attendre à une vie exempte de chagrin, vous n'avez pas dû même la désirer. Rappelez-vous ce que nous avons dit bien des fois là-dessus. Je ne suis pas surpris que M. G... cherche du relâche à son bonheur. Il le sentira mieux à son retour. Ne le contrariez pas trop vivement. Qu'il voie que vous vous oubliez pour lui ; il en sera touché, et vous-même vous souffrirez moins de son absence. Si j'étais près de vous, je vous parlerais d'une grande loi, à laquelle on fait en général bien peu d'attention, et que j'admire d'autant plus que j'y réfléchis davantage: c'est la loi de souffrance, sans laquelle il n'y a rien de beau, de grand, ni même de véritablement doux. Le bonheur n'attache point les hommes les uns aux autres. Il faut qu'ils aient souffert ensemble pour s'aimer autant qu'ils sont capables d'aimer. Dans les arts, dans les lettres, dans le monde, toujours et partout, la joie est stérile ; c'est la douleur qui enfante presque tout ce que tous les hommes admirent, et la vertu, qui est la beauté par excellence, se perfectionne dans la souffrance, dit saint Paul. Heureux ceux qui pleurent ! Il y a plus de vérité dans cette parole, et plus de consolation réelle, que dans les innombrables traités des philosophes sur le souverain bien.

Je ne pense pas que j'aille en Italie cette année. Il m'est survenu quelques affaires qui me retiendront en France. Si mon petit hermitage de la Chênaie n'était pas tout on désordre, je vous aurais engagée à

04 M:ruii;s dk la.mi,nnais a i.a liAiioNMc (ioiiu

y venir jiiisscr le mois d'aoùL ; mais la maison est ploinc (louviiers, et j'alloiids (ju'ils m«' ci'dciil la j)lace jiour y aller moi-mrme. Jl est })Ossil)lo «juc je sois forcé d'y rester tout l'hiver. C'est un peu lonjj^ lorsqu'on est absolument seul. Il faut bien cependant que je m'accoutume à ce genre de vie. Un homme non marié qui vieilHt est condamné k la solitude. Dieu est l'unique ami qui ne nous quitte jamais.

J'ai donné ordie qu'on vous envoyât mon second volume dès qu'il paraîtrait; r'a\ez-vous reçu ? Je suis inquiet de ce que vous me dites (jue votre santé s'altère. C'est aussi trop céder à de légères contradictions. Yous devriez bien plutôt remercier la Providence, (jui ne permet pas que votre âme s'aflaiblisse peut-être par le sentiment dangereux d'un bien-être continu. Donnez au soin de votre salut les moments de peine qu'elle vous ménage dans ce dessein. Dieu a placé les douleurs de distance en distance dans la vie, pour nous indiquer la route du ciel.

Ma lettre sera courte aujourd'hui, parce (|ue jai pris médecine et que je suis très faible. Veuillez faire agréer à M'"" de Sainte-Olympe rexj)ression de mes tendres et respectueux sentiments. Adieu: ci'oyezque vous êtes et serez toujours au fond de mon cœur.

Saint-Brieuc, 3 août.

Vous avez bien raison, l'homme se retrouve partout, et partout il porte sa faiblesse et ses misères, même dans ses affections les plus légitimes, même dans l'exercice de ses devoirs. Aussi la vertu consistet-elle beaucoup moins dans certains actes, que dans

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