‹ Le prêtre et l'amiChapitre 34 sur 58 · I-KI'IKICS 1)K I.A.MKNNAIS A LA liAKONMC COITU 'Xt · texte numérisé non relu

I-KI'IKICS 1)K I.A.MKNNAIS A LA liAKONMC COITU 'Xt

l»^s(lis|)Osilioiis <l(' rcspiil cl du cœur, (jui lus accoiiipai^nc. La règle lu plus génoralo el la plus sine ([uou puisse donner à cet égard est d'agii- le moins ])Ossil)le par des mouvements naturels, ou par des motifs qui se rapportent directement, soit à nous, soit à (juekiue autre créature; mais devoir tout en Dieu, et en toutes choses de se déterminer en vue do son amour et de sa volonlé. De cette manière, nos actions acquièrent un véritable mérite pour le ciel, et une profonde paix de l'âme est, dès i(;i-bas, notre récompense. Qui pourrait nous troubler, quand nous ne voulons uniquementquece queDieuveuL'? Toute aflliclion qui nous ôte ce calme si nécessaire et si doux, est une révolte intérieure contre la Providence. Je ne dis pas que nous devions ne point sentir les peines dont cette triste vie abonde, mais elles ne doi\ent jamais nous agiter, nous décourager ; selon les desseins de Dieu, pleins de sagesse et de miséricorde, ce sont des Ilots qui doivent porter le malheureux au rivage; son impatience d'abord, et ensuite son abattement en font des vagues qui l'engloutissent.

Vous pouvez faire demander mon livre chez Tournachon et Seguin, rue de Savoie, n° 6. Je leur ai écrit de choisir pour vous un des meilleurs exemplaires. Je ne savais pas qu'il y en eût de plusieurs sortes. Un billet est inutile ; il suffira qu'on se présente de votre part. Ce pauvre livre a été peu entendu jusqu'à présent, surtout dans le clergé de Paris. On fait de moi un sceptique, parce que j'ai ruiné le scepticisme, et donné, à ce qu'il me semble du moins, une base inébranlable à la raison. Des gens, qui ont de l'esprit pourtant, m'ont écrit là-dessus des choses étranges. Je prie qu'on m'attaque publiquement, afin que je puisse me défendre; je ne sais si j'obtiendrai cette espèce de faveur. M. de Bonald pense comme

'J(î I.KÏIIIKS I)K LAMKNNAIS A LA HAUONNK COTTU

moi et suulit'ndra ma dortiinf. Je la crois, trës sincèrement, d'une extrême importance pour la religion, t't c'est ce qui mo tranquillise sur son sort. Mais qu'il en coûte pour faire un peu de bien! Hélas! il ne serait i)as bien sans cela, pour nous surtout.

Je ne doutais pas que M"" de Sainte-Olympe ne s'applaudît de connaître M. Carron. Je suis enchanté d'apprendre qu'elle le voit souvent. Veuillez le lui dire, en l'assurant de mon tendre respect.

Je vous prie do m'adresser désormais vos lettres à LaChcnaie, par Dinan [Côtes-dii-Nord). Je partirai le 9 pour m'v rendre en passant par Saint-Malo. J'espère un jour vous recevoir dans mon petit hermitage. J'aurai bien soin de votre santé; nous nous promènerons, nous causerons, et, ce qui est si rare, nous nous entendrons. Autant sont doux les entretiens où les âmes se parlent et se répondent, autant les autres sont fastidieux et pénibles. Deux esprits peuvent se toucher, mais il n'y a que le cœur qui se pénètre. Le mien est à vous pour jamais.

A la Chênaie, 18 août.

Vous me faites grand plaisir de m'apprendre que votre indisposition tient à un état passager, et consolant sous un autre rapport. J'en suis d'autant plus aise, qu'obligée de vous soigner pour un autre, vous aurez moins d'éloignement pour les précautions nécessaires.

Vous ne me dites pas si M. Cottu est de retour près de vous. Il me semble que son voyage, qui ne devait durer que six semaines, doit toucher à sa fin. Vous

LKTTttlCS l)K I.AMKNNAIS A LA IJAUONNE COTTU 97

aurez encore doux mois agréables à passer à Gernav.

L'article de M. de Feletz est, à plusieurs égards, i)eaucouji trop llatteur pour moi. Quant au fond dimon ouvrage, je ne crois pas (ju'il l'ait l)ien entendu; ses objections, du moins, semblent Taimoncer. Je ne répondrai certainement pas dans les journaux; mais lorsque mes adversaires auront parlé, je lâcberai d'éclaircir les principes qu'ils attaquent, et de lever les difticultés qui arrêtent quelques personnes, ce (jui, jusqu'à présent, ne me paraît pas devoir être difficile. J'ai été un peu surpris (ju'un liomme desprit ait relevé si dogmatiquement une faute d'impression (|ui saute aux yeux de tout le monde. Il y en a bien d'autres, et il aurait pu grossir à peu de frais son errata.

Les injures anonymes et signées me pleuvent de tous côtés. Il m'en vient jusque d'Angleterre. Un nommé ^owTin^ prend la liberté de m'adresser un petit pamphlet où, d'un bout à l'autre, ilme présente comme une espèce de monstre, moitié âne et moitié tigre, ce qui ne l'empêche pas, chose plaisante, de finir son billet d'envoi en assurant qu'il respecte comme il doit respecter les talents, le zèle et le cœur de M. l'Abbé. Que dites-vous de ce brave homme et de cette politesse anglaise?

Ici, comme partout, les esprits s'agitent à l'approche des élections. On a menacé M. Bellard * à son passage à Brest. Les libéraux s'exhortaient mutuellement, dans des placards, à venger l'assassinat dit m.aréchal Ney. A Rennes, les rassemblements nocturnes continuent. Mais il n'y a rien à craindre de tous ces mouvements, attendu que l'attitude du gouvernement est calme, et que, lorsqu'on ne dit rien et qu'on ne fait rien, c'est une preuve qu'on est fort

' Prrtcureur général près la Cour de Paris : il avait adressé l'acti' d'accusation contre le maréchal Ney et prononcé le réquisitoire.

98 l-ETTIU'.S Dr; I.AMK.NNAIS a la lîAllONM': COTTU

cl. qu'on n'a pus peur. Heureux, dans ces temps do désordre, ceux dont les désirs et les pensées ne sont pas de ce monde, et dont les rep^ards, s'élevant audessus de ces tristes reliions du crime, ne rencontrent de toutes parts qu'une grande et éternelle espérance ! Adieu, prions l'un pour l'autre, et aimons-nous toujours. Toîtjoiirs ! C'est le mot du chrétien.

Mille tendres respects à M'"" de Sainte-Olympe.

A la Chênaie, 2:2 sepieniLrc.

Je viens de faire en Basse-Bretagne un voyage de quinze jours à cheval. J'ai trouvé à mon retour votre lettre du 6 ; elle m'a rassuré et peiné en même temps; car je ne m'hahitue pas à vous savoir souffrante. Je pense que c'est la suite de votre état, et que vous serez mieux après vos couches ; mais je voudrais en être sûr, et jusque-là je ne serai point tranquille. Pourquoi vous fatiguez-vous à m'écrire quatre pages, lorsque chaque ligne, et peut-être chaque mot. est une douleur pour vous ? Que votre amitié est cruelle! Croyez-vous que je puisse jouir d'une lettre qui vous coûte autant ? Dites-moi seulement : Je suis mieux. Enfin, trois mots sur votre état. Voilà tout ce que je veux maintenant. Le surplus tient de la réception que l'on fait à un étranger. Je suis heureux de savoir que M. C... est de retour près de vous. Vous avez besoin qu'on vous soigne, et avec autorité ; vous n'entendez rien à vous ménager ; toute votre délicatesse à cet égard est pour les autres. J'ai conçu et partagé votre dernière peine; mais Dieu y a mêlé

LETTRES DE LAMENNAIS A LA IlAHONNE (iOTTU 'J'J

une grande consolation

(Onze lignes ùi/fi'cs.)

Je suis plus que jamais dj^g-oCiU'' de la vie d'auteur; elle est trop sèche, trop {)leiiu^ de l'homme en quelque sorte, et trop éloignée de l'enfance. Adieu, aimez-moi toujours. Vous savez comme je suis à vous. Mille tendres hommages à M""" de Sainte-Olympe. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de M. C... Encore une lois, tout à vous du fond du cœur.

A la Chênaie, 11 octobre.

Quelque désir que vous eussiez eu de nourrir vousmême votre enfant, je crois qu'on a eu raison de vous en détourner, pour l'intérêt de l'enfant même. Vous eussiez probablement sou.iïert tous deux de cette fatigue, qui est plus grande qu'on ne s'imagine. Une femme qui allaite n'a de repos ni le jour ni la nuit, et le repos est précisément ce que (.sïc) vous avez le plus besoin. Vous devez, me dites-vous, accoucher au mois de novembre. Je ne voudrais pas que vous attendissiez trop tard à quitter la campagne. Il ne faut pas vous exposer à manquer du secours des gens de l'art. Quand vous partirez pour Paris, veuillez me donner votre adresse.

Je n'espère pas avoir le plaisir de vous voir à Paris cet hiver. Mille raisons me retiennent ici. J'y vis absolument seul, et cette solitude est un peu triste. Hélas ! c'est ainsi que la vie s'écoule, presque toujours loin de ceux près de qui on aimerait à la passer. Il y a six mois que je vous ai vue. Quand vous reverrai-je? Je l'ignore, mais Dieu le sait, et cela

100 LKIIIIKS DM I,.\MI:NN\IS A I, A l'.AIloNM. COlIll

sut'lil. Api't's touL (ju'esl-ce (jiKî ces mois, l'os années, ce temps enlin, (jui nous pai'aîl (juehjiiefois si lonii^ ? Un petit ruisseau, dont la source est tout près de nous, et qui va tarir un peu j)lus loin. Nous nous jctrouverons au delà, dans l'immense éternité.

Lisez- vous quelquefois le Constitutionnel 'l On m'a dit (|u'il annonçait un nouvel ouvrage contre moi, intitulé : Examen critique de l'Essai su?- l'Indifférence, etc. En tête de ce livre est une gravure où je suis représenté debout sur des cadavres, entre la mort et le néant, avec je ne sais quelle légende au-dessus. Tout cela est fort spirituel.

Je pense quelquefois que, si les hommes du siècle de Louis XIV pouvaient revenir au milieu de nous, avec leurs idées graves et leur forte raison, lisseraient bien étonnés de la manière dont on discute aujourd'hui les questions les plus importantes, et en vérité, j'ose croire qu'ils seraient moins frappés du progrès des lumières que du progrès des passions, et de l'affaiblissement des préjugés que de l'affaiblissement de l'intelligence.

Adieu, aimez-moi, priez pour moi, et comptez à jamais sur le plus tendre et le plus inaltérable attachement.

La Chênaie, 1" novembre.

Je bénis Dieu qui a protégé l'enfant et la mère et qui les a conservés l'un et l'autre. Goûtez le bonheur qu'il vous envoie, et qu'il serve à vous élever de plus en plus à lui. Il y a longtemps que je n'avais inoi-mème goûté une joie si pure. Je n'ai qu'un

Page 1