‹ Le prêtre et l'amiChapitre 45 sur 58 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

Paris, rue de Vaugirard, 108, Ie30juiIIot 1836.

J'ai dû arriver ici bien peu de temps après que vous en êtes partie, car voilà près de deux mois que j'y suis de retour, avec l'intention de m'y fixer tout à fait. Je suis trop vieux pour aller et venir de Bretagne à Paris et de Paris en Bretagne, et quelque attrait qu'ait pour moi la vie des champs, j'ai trouvé que la

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solilude à j)cu prî'S coinplMc où j'aurais élu pemlant la plus grand»' partie do l'année, ne me convenait plusfornine autrefois. J'ai besoin de voir quelqu'un ; mon esprit ne saurait se passer d'une communication habituelle avec d'autres esprits ; un peu de société m'est devenu nécessaire. Du reste, en tenant sévèremonl à n'ouvrir ma porte qu'une fois au plus par semaine et à certaines heures, j'ai réussi à me faire un intérieur paisible et à me réserver pour le travail plus de temps même que je n'en avais à la Chênaie. Ainsi je suis, somme toute, très content de ma position. Je me réjouis pour vous et pour moi du chang^ement delà vôtre. J'ai toujours déploré l'espèce d'exil que vous vous étiez imposé. Loin de son pays et de ses amis, la vie s'aigrit dans l'âme. A Versailles, vous aurez repos et compagnie de votre choix, un air excellent et de magniUques bois à votre porte. Que souhaiter de plus dans ce stérile monde ? Le temps 011 vous serez en voyage, est le plus agréable de l'année. Nous avons eu, comme vous, de très grandes ciialeurs. Rien pour moi ne me convient mieux. Je voudrais que le thermomètre ne descendit jamais audessous de vingt degrés. Mais les saisons sont faites pour tout le monde, et il faut se gêner un peu pour autrui ; ainsi je me résigne, à cause du prochain, à une température plus froide. Ce n'est cependant pas sans en souffrir.

Il n'y a pas à penser aux maîtres dont vous me parlez pour l'école de Lausanne. D'abord, aucun d'eux n'est prêtre ni ne le peut devenir d'après les règles de l'institution. Ensuite, ils ne sont, en aucun lieu, éloignés des établissements existant déjà et de leur centre commun.

Je n'ai reçu qu'indirectement des nouvelles de Denys Benoist depuis son départ pour Alais. Je

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désire que son entreprise réussisse. Les bénéfices qu'elle peut donner me paraissent achetés bien cher parles soins, la fatigue, eti'ennui d'une manutention de ce genre. En général, l'argent ne vaut certainement pas ce qu'il coûte. On serait plus heureux si Ton savait se contenter du nécessaire.

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comme dit si bien le poète anglais, qui perdait bien son temps de vouloir persuader cela aux hommes.

Ecrivez-moi sitôt que vous serez rétablie à Versailles. Mille choses allectueuses à M. Coltu.

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