INTRODUCTION XIX
dans cette épreuve. Il était à ce moment à la Chênaie. Aussi lui écrit-il de fréquentes lettres qui méritent d'être citées, car il s'y montre à la fois ami compatissant et prêtre austère, ne transigeant pas avec le devoir. La première lettre qu'il lui adresse est toute de compassion. Cependant déjà il s'efforce de tourner au profit de l'amour divin les déceptions qu'a causées à cette âme passionnée l'amour humain :
Que je voudrais être près de vous pour vous consoler ! N'en doutez pas, jamais je n'eus pour vous plus d'attachement et une estime plus profonde. Je souffre de vos souffrances au delà de toute expression. Le monde, en ve'rité, est bien abominable, et ce n'est pas sans desseins que Dieu vous le montre tel qu'il est; il veut sécher jusqu'aux dernières racines du goût que peut-être vous auriez pu conserver pour lui. Votre conduite a été belle et noble ; elle a été tout ce qu'elle devait être ; ne regrettez rien, le jour de la justice viendra, et aussi celui du bonheur. Les hommes n'ont pouvoir sur nous que jusqu'à un certain degré ; au delà ils ne peuvent rien. Qu'avez- vous à craindre d'eux désormais ?.. .
On vous a calomniée indignement ; vous n'en recouvrerez ■que plus tôt et plus pleinement l'estime qui vous est due. Tous vos vrais amis vous restent, plus dévoués, plus attachés que jamais. Ayez confiance, Dieu vous protège, il veille sur vous; quand toutes les créatures vous abandonneraient, il ne vous abandonnera pas. Mais, de grâce, cessez de l'offenser par une défiance injurieuse à son amour. Domptez cette tristesse qui vous tue, ce profond découragement voisin du désespoir, et que la religion vous ordonne de vaincre. Voilà ce que Dieu demande de vous en ce moment ; j'ignore ce qu'il demandera plus tard. En attendant, vivez de résignation et d'amour.
M"* de Lacan ne tarda pas à regretter le parti excessif qu'elle avait adopté. Elle voulait reprendre son