‹ Le prêtre et le medecin devant la sociétéChapitre 21 sur 37 · IQJ LE PU ET II E · texte numérisé non relu

IQJ LE PU ET II E

rappelions les pollilques de cabaret qui crient après boire que le pauvre peuple est dévoré, et que tout son argent s'en va dans la poche du roi et dans celle des niinislres. Or, qui s'avise jamais de réfuter ces gens-là? » (Numéro du 26

juin i844-)

Quant au livre de M. Michelet, intitulé : Le prêtre y la femme et la famille , on se rappelle que M. le comte de Tascher, rapporteur d'une commission nommée pour exaininer la pétition que d'honorables habitants de Marseille, presque tous électeurs éligiblcs , avaient adressée à la chambre des pairs, contre les cours du Collégede-France et contre les livres publiés par certains professeurs de ce collège, notamment co^iire l'ouvrage de M. Michelet j on se souvient, disons-nous, que M. le comte de Tascher, le catholique le moins exagéré du monde, suivant l'expression du journal l'Univers , parlant au nom de la commission, a prononcé sur le livre de M. Michelet un mot sanglant, un mot atterrant : JNous avons lu ce livre, a t-il dit, nous l'avons lu malgré le dégoût qu' il inspire! Une énero^ique marque d'adhésion s'est élevée de tous les bancs.

M. le marquis de Barthélémy , parlant du livre de M. Michelet, s'exprime ainsi :

« Je craindrais d'être suspect en faisant moimême l'analyse de ce livre, qui a valu à son

DEVANT r,A SOCIETE. IQL^

nuleur d'être renie par uii de ses anciens élèves dans la Revue des Deiur- Mondes y et qui leur a mérite de la part d'un autre critique, dans un" journal non suspect, la Patrie, qui vous demande aujourd'hui de faire justice de la pétition dont vous êtes saisis, la petite admonition dont je vais faire lecture à la Chambre :

« Le thème simpltcrnel des jésuites vieillissait; M. Michclet, désireux de l'exploiter encore, a senti le besoin d'agrandir la matière et de vivifier le sujet. Dans ce but, il a posé ce théorème : Le clergé tout entier est jésuite. Ce point admis et prouvé avec une anecdote, M. Michelet a montré comme quoi le prêtre est l'ennemi de la société, le perturbateur de la famille, le corrupteur de la jeunesse, le serpent fascinateur; comme quoi le culte est théâtral et funeste; comme quoi les églises sont des lieux dangereux, comme quoi la confession est perverse, comme quoi les prêtres en trahissent le secret et en abusent pour gouverner les familles, etc.

« Attribuer à la secrète influence des prêtres toutes les fausses notes qui troublent l'harmonie des ménages, représenter les maris comme d'humbles victimes d'une conjuration de cotillons et de soutanes, insinuer que le confesseur arrache traîtreusement des secrets qu'il vend aux familiers d'une inquisition imaginaire, faire

IqG * l'E Pl'.ÈTIlE

de chaque tonsuré un Anibrosio, un Claude Frollo, un Maingrat ou un Escobar, c'est tomber dans une série de \'ieux contes de bonnes femmes.

« L'auteur passe des confesseurs aux directeurs spirituels. Le directeur est représenté comme une plaie sociale. Dans cette catégorie sont enveloppés saint François de Sales, Fénélon et jusqu'à Bossuet, de qui les doctrines et les enseignements sont bizarrement dénaturés. Ainsi Fénélon n'est plus qu'un embaucheur de nonnettes aux gages de M"'^ de Maintenons François de Sales pratique une fade bergerie scolastique avec M"'^ de Chantai, réduite à de maigres proportions; Pascal n'a osé attaquer la direction jésuitique, de peur de nuire à la direction en général, à la confession; enlîn, Bossuet, le grand et sévère Bossuet, Bossuet est... un quiétiste. Ces choses, et beaucoup d'autres que nous sommes forcés de passer sous silence, constituent la partie historique, à laquelle succèdent des considérations sur la famille d'un ordre trop intime , et remplies d'illusions trop étranges pour que nous nous y étendions. » (Séance du i/j. avril 1845.)

Dans le même livre, page 52 1 , M. Michelet ajoute :

«c Six cent vingt mille filles sont élevées par des religieuses, sous la direction des prêtres. —

Ces filles seront bientôt des femmes , des mères qui livreront aux prêtres, autant qu'elles pourront, leurs filles et leurs (Ils. » Voici ce que répond à cela M, le marquis de Bartliélemy :

« Ce que le professeur redoute, moi je l'appelle de tous mes vœux , et j'espère que mes vœux seront partagés par les honnêtes gens. Par ce langage, livrer aux prêtres ^ il faut entendre préparer ses enfants par la religion à l'exercice de toutes les vertus, et surtout à cette admirable charité qui fait de tous les hommes un peuple de frères. » fibid.j

INous terminerons ce chapitre par quelques passages sur le livre de M. Michelet, que nous avons extraits de l'UniverSy n" du 21 mai i845.

V Ce n'est pas seulement au point de vue

moral et historique, que le professeur de morale et d'histoire a fait un inauvais livre j le livre est mauvais sous tous les autres rapports et dans tous les sens du mot : l'erreur matérielle , les frivolités, la mauvaise foi, le mauvais raisonnement, le mauvais français, mais surtout l'extravagance , y abondent. L'extravagance est assise sur cette Babel d'impostures dont elle a follement rassemblé et follement entassé les informes

matériaux Après tant d'exen)ples, devenus

populaires, de l'audacieuse légèreté de M. Michelet, le public s'émerveillera encore de tant de faits controuvés, de tant de citations fausses, de

198 LK PKÉTKE

tant d'autorités imaginaires, de tant de phrases baroques, de tant de surprenants écarts de lof^ique — Quoi ! pour le plaisir de diUtaincr saint François de Sales, sainte Chantai, la bienheureuse Marie Alacoque, Bossuet, Fénélon, le P. La Colom bière, la bonne madame Cornuau, l'aimable madame de Maisonfort; pour l'aire couler sur tous les catholiques, mais plus particulièrement sur les (en)mcs chrétiennes , un peu de la fano^e versée à flots sur ces tètes augustes, ou vénérables, ou charmantes 5 dans ce seul but, faire violence aux dates, aux textes, au bon sens, à la théologie, à la pudeur! Inventer des rapprochements impossibles, combiner des romans graveleux , outrager les saints dans leurs bonnes œuvres, et la religieuse sous son voile, et l'évèque sous ses ornements sacrésj charger longtemps son esprit de ces préoccupations indignes ; rêver, la tête dans ses mains , aux heures graves du travail et de la nuit, allumer sa lampe, tailler sa plume, raturer sou papier, s'y reprendie à deux fois , à trois fois , pour souiller d'une interprétation plus odieuse une action innocente ou même digne d'admiration; chercher un mot que l'esprit ne fournit pas assez venimeux, une allusion que les faits, mêm'e violentés, n'inspirent pas assez perfide, et, pour tout dire, assez obscène; travestir en passion charnelle ce qui de soi se présente chaste, angélique et sacré ! Quel

rôle! Qu'a dû en penser M. Michclet, en remarquant dans l'histoire de saint François de Sales, qu'il a si bien lue, le trait de ce gentilhomme qui, voulant se venger du pieux pontife , médita ses livres , étudia son style, apprit à contrefaire son écriture et se servit de tout cela pour supposer, pièces en mains, une correspondance entre l'évcquc de Genève et je ne sais quelle courtisane d'Annecy? Si je ne me trompe, de cette action au livre de M. Michelet, la dislance est petite. N'estce pas la nième intention, tant à l'égard du saint évoque qu'à l'égard des autres saints personnages dont M. Michelet s'occupe ? ]Nc s'agit-il pas de montrer en eux des corrupteurs hypocrites, qui rendent tulles leurs Cidalises cloîtrées? Seulement, le gentilhomme faussaire d'Annecy ( qui confessa plus tard son crime) se contentait de diffamer un homme j le professeur de morale et d'histoire dift'ame toute l'Eglise et tout le catholicisme, cette religion de chasteté dont la philosophie a tant à se venger! Il veut prouver que les rapports du prêtre, fùt-il saint, fùt-il mort, avec la femme, fùt-elle sainte et courbée sous l'âge, allument nécessairement, fatalement, d'aduhères et sacrilèges passions. Cette pensée inspire son livre, elle en est le souffle — »

Page 1