CHAPITRE III
liVFLUF.NCE DE LUMIÈRE ET DE SCIENCE DU PRÊTRE SUR
La civilisalion européenne, comme nous l'avons vu plus haut . ne nous est venue des prêtres et surtout des papes, que parce que le clergé étail le dépositaire né de toutes les lumières et de toutes les sciences. Le nom de clerc , comme le fait observer Bcr»ier, donné dans les bas siècles à tout homme lettré, et celui de clergie^ qui désignait toute espèce de science , sont un témoignage permanent et irrécusable des services que les ecclésiastiques ont rendus à l'Europe tout entière , après l'inondation des Barbares. Si la religion ou l'Eglise ne les avait pas obligés à l'étude, les lettres, les sciences, en un mot toutes les connaissances humaines, auraient été infailliblement anéanties. Tout nous vient donc du prêtre, lettres, sciences, civilisation , même notre forme gouvernementale , comme nous le verrons plus loin. Les évêques , dit Gibbon, ont fait le royaume de France.
« Pourquoi, dit M. de Maistre, la plus noble, la plus forte, la plus puissante des monarchies, a-l-cllc été faite au pied de la lettre par des
cvéques (c'est un aveu de Gibl)on), comme wie ruche est faite par des abeilles ? >^ (Soirées de Saint-Pétershourg.J Le prêtre , aflirme M. Pvoscllj de Lorgues, est la plus haute puissance inanifcstée dans le monde. Et, durant dix-huit siècles , son esprit, sa science et sa vertu se sont eflorcés de vivifier la terre entière j il est demeuré le promoteur ou le conseiller des plus précieuses découvertes et des plus admirables progrès de l'humanité. 11 est de plus le représentant des plus hautes conceptions et de tous les nobles sentiments de l'humaniié.
« Le sceptre de la science , dit encore le conile de Maislre, n'appartient à l'Europe que parce qu'elle est chrétienne. Elle n'est arrivée à ce haut point de civilisation et de connaissances , que parce qu'elle a commencé parla théologie , parce que les universités ne furent d'abord que des écoles de théologie, et parce que toutes les sciences, greftees sur ce sujet divin, ont manifesté la sève divine par une immense végétalion. M C Soirées de Scdnt-Pétersbourg, t. 2. ) C'est donc au christianisme, représenté par le sacerdoce catholique, que l'Europe est redevable de sa civilisation, de ses sciences, de ses lumières, et nous pouvons ajouter de ses arts; car le premier et le plus utile des arts, l'agriculture, on le doit aux prêtres et paiticulièrement aux moines.
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Ainsi le chrlsllanisme , i'agricuUure , les sciences et les ai-ts bien compris, sont les moyens de la vraie civilisation. La croix, la charrue et la plume en sont donc les véritables instruments. C'est la croix de Jésus-Christ qui a conquis et civilisé l'Europe ; c'est la charrue des moines qui l'a défrichée (i), et leurs sueurs l'ont arrosée et fertilisée; c'est enlîn leur plume qui a défriché et labouré le champ des lettres et des sciences. Tout le monde sait que ce sont les disciples de saint Benoît, patriarche des moines d'Occident, qui ont défriche l'Europe, et à qui les lettres et les sciences doivent la conservation de leurs plus beaux trésors.
Ce sont donc les prêtres et les moines, pour lesquels certaines gens affectent un mépris aussi injuste que stupide, qui ont sauvé la société française de l'ignorance et de la barbarie. Les clercs et les moines, dit le savant Bergier, ont véritablement sauvé du naufrage général les lettres et les sciences. Les clercs furent obligés d'étudier le droit romain et la médecine; ils se trouvèrent seuls capables de les enseigner, parce que les nobles , livrés à la profession des armes, poussaient la stupidité jusqu'à regarder l'étude comme
(i) « La plupart des grands élablissemeiils monastiques , si riches aujourd'hui (1790), n'étaient autrefois que des déserts, et nous devons aux premiers cénobites le délricheuienl de plus de lu moitié de nos terres. » (MirabeauJ
une marque de roiure, cL que les esclaves n'avaient pas la llberlc de s'y appliquer... Le clergé, dans CCS temps de ténèbres, était devenu le flambeau de toutes les intelligences, la lumière universelle, c'est-à-dire la lumière du monde , lux mundl , comme il le lut dès le principe.
Et en eftet, l'histoire nous apprend que, depuis la naissance du christianisme jusqu'aux derniers siècles, le clergé a toujours tenu le sceptre de la science et qu'il a glorieusement régné sur le monde social. On a dit : Le clergé est puissant (puissance morale, bien entendu). « Et comment ne le serait-il pas? a répondu M. Emile de Girardin, dans la Presse; c'est le corps le plus instruit, le plus régulier, le plus probe, et par conséquent le plus aliné et le plus estimé. »
Si jadis le clergé était puissant par la richesse, ou la possession foncière, c'est que, lorsque ces terres lui furent concédées, elles étaient à peu près de nulle valeur, puisque une grande partie de la France était presque déserte (i); il fallait donc les mettre en culture. Dans ses Mœurs et coutumes des Français , Le Gendre fait remarquer que les grandes abbayes ne coûtèrent pas beaucoup à fonder; on cédait des terrains stériles ou ingrats à des moines qui s'employaient de
(i) Aujourd'hui même, il y a encore, eu France, Itiiii millions d'hectares de terres incuUes.
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toutes leurs forces à dessécher, dcfriclier, planter, bâtir, bien moins pour goûter les douceurs de la vie, car ils vivaient dans la frugalité, que pour venir au secours des pauvres. Si un travail conduit avec savoir et intellii?ence , si une active et persévérante industrie, ont su convertir des plages stériles en champs, en prairies, en coteaux fertiles; si ces heureux changements ont contribué au progrès du premier et du plus utile des arts, de l'agriculture, il semble que ces belles possessions auraient dû plutôt exciter la reconnaissance que Id jalousie. Vers ce même temps de barbare ignorance, l'administration de la justice et l'instruction furent aussi confiées au clergé, parce que les laïques n'étaient pas en état de s'en acquitter. On a beau dire que tout cela fut un effet de l'ambition et de la rapacité des prêtres, ce reproche est évidemment dicté par l'ignorance et la haine; mais l'ignorance et la haine ne prouvent rien, sinon qu'on a tort et qu'on est esclave d'une mauvaise passion. Et d'ailleurs , ce reproche injuste est réfuté par l'histoire. Cette révolution fut le pur effet de la force des choses et de la nécessité des circonstances.
Au vn« siècle, dit l'historien Relffenberg, le christianisme (c'est-à-dire les prêtres et les moines, ou les religieux, qu'il ne faut jamais distinguer quand il s'agit d'œuvres scientifiques ou civilisatrices), vint adoucir les mœurs des peu-
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pics farouches, réparer de grands désastres, relever les ruines, défricher les landes et les forêts, peupler les solitudes; les Actes des saints administreraient des preuves palpables de ces progrès. Ainsi, quoique la vie monastique semble être une usurpation sur le développement naturel de la population, elle ne fît dans le principe qu'en hâter la naturelle évolution, en favorisant l'agriculture, les sciences et les arts les plus nécessaires à la vie sociale.
Ecoutons maintenant Warnkœnig : « Ces monastères, dit-il, qui plus tard se transformèrent en opulentes abbayes peuplées de moines de saint Benoît, devinrent le centre de la culture du pays et de la civilisation de ses habitants; ce sont leurs serfs et sujets fmancipia et hospitesj qui ont défriché les bois, desséché les marais, fertilisé le sol sablonneux, et conquis sur la mer les
premiers /^o/^er^- Des centaines de diplômes
indiquent quelle immense étendue de marais fmoercn) et de landes ou bruyères f^oestjnenj fut rendue productive par les abbayes des bénédictins et d'autres religieux, qui en obtinrent la donation, et atteste combien ces établissements pieux furent utiles à l'agriculture du pays ».
Voici, d'après M. l'abbé Rhorbacher. le récit de l'œuvre prodigieuse et gigantesque d'un simple moine.
« Le pays traversé par la Vlslule et le Nogat
20G I.F ri'iKTRE
avant de se jelcr à la mer, élail envahi par des marais et des fondrières qui le rendaient stérile et malsain. Ces marécages étaient entretenus par les débordements irréguliers et impétueux des deux rivières. Frère Meinhard entreprit d'y porter remède. Pour cela, il fallait, sur une longueur de plusieurs lieues, souvent à travers des marais sans fonds, encaisser les deux ri^'icrcs dans des digues infranchissaljles et éternelles. C'était une œuvre gigantesque; frère Meinhard l'entreprit en 1288. Chaque jour, six années durant, des milliers d'hommes et des milliers de chariots y travaillaient sans relâche, jusqu'à ce qu'enfin, l'an i2g4, cette immense entreprise se vit heureusement terminée. El les digues de frère Meinhard subsistent encore. Pour peupler et cultiver cette terre conquise sur les eaux, il promit une exemption complète de tous services et de toutes redevances, pendant cinq années, à tous ceux qui viendraient s'y établir. Les Allemands y vinrent en foule, et par leur industrie transformèrent ces marécages en un nouveau paradis terrestre. Et aujourd'hui encore, la Prusse doit la plus belle et la plus fertile de ses contrées à un moine catholique du xiii« siècle, frère Meinhard, de l'hôpital Sainte-Marie, qui était en même temps un habile et intrépide guerrier. » Ce fait est tiré de Voigt, Histoire de Prusse ^ t. 4, p. 55.
Ce que l'on a fait pour ces immenses marécages de la Prusse, on l'a pratique pour presque tous les autres de l'Europe , dont la culture était jusque-là réputée impossible. Les seigneurs de ce temps-là (moyen-àge) donnaient aux moines des terres indél'richablcs, malsaines, affreuses; ils les y attiraient en y construisant des monastères, autour desquels se sont formés peu à peu des villages et même jusqu'à des villes assez considérables. Ensuite ces terres, travaillées et fertilisées par le labeur incessant et opiniâtre des religieux, excitaient la convoitise des héritiers des donateurs ou de quelque voisin rapace; et ainsi ils se voyaient ordinairement dépouillés de leurs meilleures cultures : c'était le sic vos non vobis de ce temps-là. Ces terres étaient érigées en baronies, en comtés, et l'on s'efforçait d'effacer l'origine monastique de ces fruits de rapine et de déprédation. Heureux encore quand les moines recevaient en dédommagement quelque autre désert ou marécage à cultiver! L'état monastique n'est donc pas une institution inutile et anti-sociale. « Jamais , dit M, de Maistre, il n'y eut d'idée plus heureuse que celle de réunir des citoyens pacifiques qui travaillent, prient, étudient, écrivent, font l'aumône, cultivent la terre, et ne demandent rien à l'autorité. »
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une des prin-
303 LE PUÈTRE
cipalcs causes du paupérisme, c'est la suppression des ordres monastiques, surtout des ordres travailleurs et cultivateurs, comme les bénédictins, les cisterciens, les trappistes, etc. Ces sortes de congrégations, outre qu'elles nourrissaient les pauvres , défrichaient les terres incultes et abandonnées. Aujourd'hui, les terres restent incultes et les pauvres meurent de faim dans le temps de disette.
« Quand Henri YIII eut fermé les couvents et qu'il eut partagé leurs dépouilles avec ses nobles, il se demanda ce qu'il pouvait faire des pauvres ainsi privés de leur patrimoine, et il crut en débarrasser l'Angleterre en décrétant qu'ils seraient pendus. Les bourreaux se mirent à l'œuvre, et 70,000 mendiants dvaient été exécutés , lorsqu'on s'aperçut que c'était écraser la tête de l'hydre, et que leur nombre apparaissait toujours plus grand. » (L'iJnù'erSj 20 mars
D'après le même journal, 245,000 Irlandais
sont morts de faim dans l'espace de soixante jours.
A ce qu'il a dit à la page 207, M. de Maistrc ajoute un passage qui, bien qu'il remonte à une époque déjà loin de nous, n'en est pas moins aujourd'hui d'une saisissante actualité. Ecoutons donc le sage et grave écrivain : « Cette vérité est particulièrement sensible dans ce moment où de
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lous cùlés lous les Ijotumes lomljcnl en foule sur les hrastlu gouvernement (jul ne sait qu'en faire. « Une jeunesse inipélueuse, innonibrahle, libre pour son malheur, avide de dislraclions et de richesses, se précipite par essaims dans la carrière des emplois. Toules les pi'ofcssions imaginables ont fjualre ou cinq fois pUis de candidats qu'il rie leur en faudrait. \'ous ne trouverez pas un bureau en Europe où le nombre des employés n'ait liiplé ou quadiuplé depuis cinquante ans. On dit que les affaires ont augmenté; mais ce sont les hommes qui créent les affaires, et trop d'hommes s'en mêlent. Tous à la fois s'élancent vers le pouvoir et les fonctions; ils forcent toutes les portes et nécessitent la création de nouvelles places : il y a trop de liberté, trop de mouvement, trop de volontés décliaîiiées dans le monde. A quoi servent les relh^ieuac? ont dit tant d'imbccilles. Comment donc? Est-ce qu'on ne peut servir l'Etat sans être revêtu d'une chai'ge? et n'est-ce rien encore que le bienfait d'enchaîner les passions et de neutraliser les vices? Si Robespierre, au lieu d'être avocat, eût été capucin, on eût dit aussi de lui en le voyant passer : Bon Dieu} à quoi sert cet homme? Cent et cent écrivains ont mis dans tout leur jour les nombreux services que l'état religieux rendait à la société; mais je crois utile de le faire envisager sous son coté le moins aperçu, et qui
2rO I.E PR^THE
certes n'était pas le moins important , comme maître et directeur d'une foule de volontés, comme suppléteur inappréciable du gouvernement, dont le plus erand intérêt est de modérer le mouvement intestin de l'Etat et d'augmenter le nombre des hommes qui ne demandent rien.
« Aujourd'hui, grâce au système d'indépendance universelle et à l'orgueil immense qui s'^est emparé de toutes les classes, tout homme veut se battre, juger, écrire, administrer, gouverner. On se perd dans le tourbillon des affaires; on gémit sous le poids accablant des écritures; la moitié du monde est employée à gouverner l'autre sans pouvoir y réussir, » fDii Pape.J
Voici une appréciation exacte de l'utilité temporelle et politique des communautés religieuses, faite par un protestant célèbre, le savant Deluc.
« Les travaux qui demandent du temps et de la peine, sont toujours mieux exécutés par des hommes qui agissent en commun que lorsqu'ils travaillent séparément, 11 y a plus de dessein, plus de constance à suivre le même plan, plus de force pour vaincre les obstacles, et plus d'économie. Il est des entreprises qui ne peuvent être exécutées que par un corps , ou par une société vivant sous la même règle... Ainsi j'ai peine à croire qu'aucune colonie puisse atteindre au uième degré de prospérité qu'un couvent,,. Sans lexaclitude à suivre une règle, les plus grandes
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ressources sont inefficaces, leurs efFcls s'éparpillent, pour ainsi dire, et ne tendent plus au bien commun
« Si nous remontions à l'origine de la plupart des monastères rustiques , nous trouverions probablement que leurs premiers habitanls ont été défricheurs y que c'est à eux et à la bonne contU^ilc de leurs successeurs que les couvents sont redevables des biens dont ils jouissent. Et pourquoi n'en jouiraient-ils pas? Imitons-les sans être jaloux. Si leurs possessions appartenaient à un seigneur, cela n'exciterait aucun murmure et ne donnerait lieu à aucune satire. Pourquoi n'en est-il pas de même à l'égard d'un couvent? Quant à moi, je vois ces établissements avec d'autant plus de plaisir, que ce n'est pas la jouissance d'un seul homme, mais de plusieurs, et, sous ce point de vue, je ne saurais leur souhaiter trop de bonheur... Je ne vois pas en quoi les religieux empiètent sur le bonheur des autres hommes; mais je vois que dans leur état ils ont beaucoup de ce bonheur tranquille, qui est prisé par un grand nombre d'hommes
<f Sans le lien salutaire de la religion, l'on tenterait vainement de former de pareilles sociétés; celles qui ne seraient formées que par des conventions ne tiendraient pas long-temps. L'homme est trop inconstant pour s'asservir à la règle, lorsqu'il peut l'enfreindre impunément :
i'ia LE PP.ÈTRE
or. il faut que dans l'enceinte ou doit s'observer la règle, tout y soit soumis. La religion seule, soit par sa force naturelle, soit par le poids de l'opinion publique, doit pioduire cet heureux effet. Dans le cloître, qui voudrait violer la règle, est contenu par la société entière, qui a besoin de la considération publique pour relever la médiocrité de son état. Je suis donc charnèé que les protestants aient conservé les cloîtres en Allemagne, et je voudrais voir ces éta])lissemenls partout. » (^Lettres sur Vhist. de la terre et de l'homme y par Deluc, (om. /jîP'^gG
(i) Deluc, cet illustre savant de Genève, était un protestant njodéié et paisible, dont la vie tout entière paraît avoir été absoi bée par des recherches sin* les moyens de procurer le bonheur à ses semblables. I! avait entrevu les erreurs de sa secte, et peut-être ne lui manqua-t-il que le secours d'une main charitable et d'une parole amie et catholique pour s'attacher à l'immuable vérité. O vous donc, prêtres du Seigneur! ayez le zèle de Dieu, faitesvous tout ù tous, soyez savants avec les savants pour mériter leur confiance et leur estime, pour être leurs anges tutélaires, pour les gagner à Jésus-Christ quand ils sont égarés. La science bien comprise conduit au Seigrieur qu est le Dieu des sciences. Deus scientimum Dominus est. (Ri-g. 2. Cent. An.)
Personne ne s'éleva aussi vivement que Deluc contre les philosophes qui avaient fait la révolution française. Les erreurs qu'ils débitaient pour combattre la religion des peuples révoltaient sa grande âme. Il est le piemier qui
La puissance de -a v('rité, que Voltaire com- Laltait avec tant d'obsilnaiion, l'a forcé bien souvent à des aveux icn)arqua])les. On en trouve surtout dans son Essai sur l'histoire générale et dans ses articles encyclop('diques. Citons quel-
ait élevé l.au emcnt la voix de la science contre les mensonges de l'impiété. Ses Lettres sur l'histoire physique de la terra (Genève, 1798), n'ont pour but que de confondre l'ignorance géologique des \oItairiens. De Saussure, sou contemporain, élait en relation avec lui. fT^oj'age aux uilpes J Les écrivains catholiques et les vrais savants n'ont cessé de faire des progrès dans la carrière intéressante qti'il ouvrit ù icuis ICC eiclies. Dès )8 5, Gervais-de- la-Bise publiait son Accord de la Genèse avec la ge'ologie. Depuis cette épo ji.e, les ouvrages de géologie, de géognosie et de cosmogonie se sont succédé sans interruption en Allemagne, en Angleterre et en France. Les écrits récents de Bucktand fDe la mîne'ralogîe dans ses rapports avec la théologie naturellej, de Waterkeyn ('De la ge'ologie et de ses rapports avec les ve'riie's re'véle'esj; mais surtout de Marcel de Serres CDe la cosmogonie de Moïse compare'e aux faits ge'olog c/uesj, ei J)eaucoup d'autres, sont dignes à tous égards d'être lus par les ecclésiastiques, qui ne peuvent les ignorer (juand il est question de l'ancienneté du globe , du déluge , de- grand phénomènes terrestres et des révolutions de la sui lace de la (e/ie. Car, même depuis l'immottel Cuvier, qui ne fait que de nous quitter, on a découveit et écrit des choses souvent entrevues et même classées d'avance par son génie. Ces nouvelles découvertes viennent chacpie jour s'ajouter à la masse imposante des faits et des profonds aperçus d'une science toute moderne cl éminemment pio^^e à servir les intérêts de la religiou.
2 l4 LE PUKTRE
ques passai^cs sur le sujet qui nous occupe : « Le peu de connaissances qui restait chez les Barbares fut perpétué dans les cloîtres. Les bénédictins transcrivirent quelques livres; peu à peu il sortit des monastères des inventions utiles; d'ailleurs, ces religieux cultivaient la terre, chantaient les louanges de Dieu, vivaient sobrement, étaient hospitaliers, et leurs exemples pouvaient servir à miliger la férocité de ces temps de barbarie ».
Ailleurs il va plus loin , et, prenant la défense des religieux contre leurs ennemis, il parle ainsi : w 11 fallait avouer que les bénédictins ont donné beaucoup de bons ouvrages, que les jésuites ont rendu de grands services aux belles-lettres; il fallait bénir les frèies de la charité et ceux de ^a rédemption des captifs. Le premier devoir 3St d'être juste... Les instituts consacrés au soulagement des pauvres et au service des malades, ont été les moins brillants, et ne sont pas les moins respectables. Peut-être n'est-il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice, que fait un sexe délicat, de la beauté, de la jeunesse, souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est si humiliante pour l'orgueil et si révoltante pour notre délicatesse. Les peuples sépaiés de la communion romaine n'ont imité qu'iniparfailement une charité si gé-
DEVANT LA SOCIÉTÉ. 2 l J
néreuse. .. Il est une aulie congrci^aiion plus liéroïquej car ce nom convient aux Irlnilaires de la rcdcniplion des captifs. Ces religieux se consacrent depuis cinq siècles à briser les chaînes des chrétiens chez les Maures, lis emploient à payer les rançons des esclaves leurs levenus et les aumônes qu'ils recueillent, et qu'ils portent cux-mèmcs en Afrique. On ne peut se plaindre de tels instituts. »
Il fait aussi l'éloge des chartreux qui « sont consacrés sans relâchement au jeune, au silence, a la prière, à la solitude; tranquilles sur la terre, au milieu de tant d'agitations dont le bruit vient à peine jusqu'à eux, et ne connaissant les souverains que par les prières où leurs noms sont insérés. »
Enfin, encore un passage du patriarche des incrédules : « On ne peut nier qu'il n'y ait eu dans le cloître de grandes vertus. 11 n'est guère encore de monastères qui ne renferment des limes admirables qui font honneur à la nature humaine. Trop d'écrivains se sont plu à rechercher les désordres et les vices dont furent souillés quelquefois ces asiles de la piété. Il est certain que la vie séculière a toujours été plus vicieuse, que les grands crimes n'ont pas été commis dans les monastères; mais ils ont été pins remarqués par leur contraste avec la règle : nul état n'a toujours été plus pur ».
2lt) • LE PRETRE
On déclame contre l'oLcissance passive des religieux, que l'on ne comprend pas. Le relii^neux , comme le dit excellemment le R. P. de Ravignan , d'après Gcnt auteurs, n'est plus esclave j il ne sert plus l'humeur, le caprice, les sens , l'orgueil et toutes les autres passions j il a foulé aux pieds tous ses tyrans. Il est libre . il marche dans des voies sûres ; la vérité et la prudence règlent tous ses pas. 11 est libre , car il obéit à la sagesse de Dieu , et il obéit pour se dévouer à toutes les œuvres utiles , à tous les sacrifices et à tous les travaux pour le bien éternel et temporel de ses frères et de l'humanité.
On se récrie contre l'obéissance passive des reiiaicux, et on ne dit rien contre l'obéissance militaire, qui est cent fois plus passive, puisque elle ne permet aucune observation. « Soldat, tu iras le placer au bout de ce pont, lu y resteras j tu y mourras , et nous passerons. — Oui, mon «énéral. » Telle est l'obéissance guerrière. Elle va, elle sert, elle meurt; et voilà pourquoi la patrie n'a pas assez de couronnes, n'a pas assez de voix pour célébrer son héroïsme et sa grandeur.
« Demain , dit encore le R. P. de Ravignan, vous partirez pour la Chine; la persécution vous y attend, peut-être le martyre. Oui, mon Père; telle est roi)éissance religieuse. Elle fait l'apoîre, le martysc; elle envoie ses nobles vie-
limes mourir aux cxlrcniilcs du monde pour le sulul de Ircres inconnus. Et voilà pourquoi l'Eglise lui clcvc ses îiulcls , lui décerne son culte , SCS pompes et ses chanis glorieux. »
Voici un extrait de l'encyclique de notre saint Père le Pape Pic IX, adressée à tous les généraux, abbés, provinciaux et autres supérieurs des ordres religieux,
« Instituées (les familles religieuses ) sous
l'inspiration du divin esprit, par des hoiumcs d'une éminente sainteté , pour procurer et la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes, confirmées parle siège apostolique, elles composent, par leur forme multiple , cette mugnilique variété qui environne l'Eglise d'un si grand éclat, et constituent ces troupes auxiliaires , bataillons d'élite des soldats du Christ , qui ont toujours été un des plus beaux ornements et des plus fermes
soutiens de la religion et des Etals.
« Personne n'ignore ou ne peut ignorer que les ordres religieux, dès leur premicie institution même , se soient illustrés par une foule presque innombrable d'hommes éminenls par l'universalité de leur savoir, l'étendue de leur érudition, l'éclat de toutes les vertus, la gloire de la sainicté la plus brillante , l'illustration des plus hautes dignités; d'hommes qui, brûlant pour Dieu et pour leurs seniblabies de l'amour
21 8 LE PKÈTllE
le plus ardent, donnés en spectacle au monde , aux anges et aux hommes , mettaient toutes leurs délices à passer les nuits et les jours à la méditation et à l'étude approfondie des choses divines; à porter dans leur corps la mortification de Jésus-Christ; à propager de l'aurore au couchant la foi et la doctrine catholique ; à combattre forlement et à souffrir avec joie pour clic tous les genres de cruautés , de tourments, de supplices et de mort ; à faire passer les peuples sauvages et barbares des ténèi^res de toutes les erreurs à la lumière de l'Evangile , de la férocité des ujœurs et de la boue de tous les vices à toutes les pratiques de la vertu et de la société civile; à cultiver , à défendre et à arracher de leurs ruines les lettres, les sciences et les arts; à façonner, avec le plus grand soin et dès l'âge le plus tendre, l'esprit et le cœur des jeunes gens à la piété et aux bonnes mœurs; à les nourrir des plus saines doctrines; à ramener enfin dans les sentiers du salut ceux qui avaient eu le malheur de les abandonner. »
Dans une autre circonstance. Pie IX a prononcé les paroles suivantes sur l'état monastique : « Les ordres religieux sont des phalanges d'élite, des colonnes auxiliaires, des soldats de Jésus-Christ, qui furent toujours, pour la société civile comme pour la société chrétienne, un puissant secours, un ornement et un renipart. »