‹ Le prêtre et le medecin devant la sociétéChapitre 26 sur 37 · VI · texte numérisé non relu

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Considérons maintenant un instant les conciles à un point de vue plus élevé, c'est-à-dire religieux et moral , ou, si l'on veut , ecclésiastique.

11 est inutile de faire observer qu'il ne peut être question ici des conciles généraux ouœcuméniques, mais seulement des conciles nationaux, des conciles provinciaux et des synodes. Les évêques ont le droit de tenir des conciles nationaux, provinciaux et synodaux. Le concile de Trente a vivement recommandé la tenue régulière de ces divers conciles. « Heureux, dit le Mémorial catholique (mars 1847), ^^^ évêques qui se réunissent ainsi pour parer aux besoins de leurs enfants! L'unité, la bonne administration, le zèle , ne peuvent que recevoir un nouvel éclat de ces synodes! Pourquoi faut-il qu'en France on abandonne ces précieuses traditions, et que l'on ne tienne pas ces conciles et ces synodes devenus plus nécessaires que jamais par suite de nos révolutions ? Pourtant les souverains pontifes et les conciles généraux, jusqu'au concile de Trente, ont formellement prescrit la tenue de ces assemblées , si utiles pour régler les mœurs, raviver la discipline ecclésiastique, fixer les points douteux et terminer les discussions. Indépendamment de ces prescriptions, rien ne saurait légalement, en

France , s'opposer à ce que nos pasteurs tinssent ces saintes assemblées, comme nous l'avons démontre plusieurs fois. Qu'est-ce donc qui retient encore?... »

Quels sont donc maintenant les avantages et les effets que produisent essentiellement ces graves et imposantes assemblées délibérantes? En voici les principaux:

L'union réelle de tous les membres du corps épiscopal; le maintien de l'unité dogmatique ou doctrinale; l'unité de pensées , de vues, de but et d'action ; l'unité disciplinaire , liturgique , administrative au moins autant que les circonstances actuelles peuvent le permettre^ la réformation des mœurs des peuples et du clergé; la direction de la police ecclésiastique; la prescription des études ou des conférences du clergé, afin de résoudre toutes les difficultés et les complications de tout genre , qui surgissent chaque jour dans la pratique du saint ministère, etc. , etc.

Les rois de France se sont toujours fait un devoir de faire tenir exactement les conciles, dans le but de faire revivre la pureté de la discipline, et surtout de réformer les mœurs des peuples et quelquefois du clergé lui-même. Par une déclaration du i6 avril 1646, « le Roi admoneste et exhorte les archevêques et métropolitains de tenir les conciles provinciaux au moins de trois ans en trois ans , en tel lieu de leur province

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qu'ils connaîtront être plus propre pour cet effet, afin de pourvoir à la discipline et correction des mœurs et direction de la police ecclésiastique, institution des séminaires et écoles, selon la forme des saints décrets, avec défenses à tous juges d'empêcher directement ou indirectement cette célébration , et injonction de tenir la main à l'exécution des décrets et ordonnances d'iceux, sans que les appels comme d'abus de ce qui y sera ordonné aient aucun effet suspensif».

Il nous paraît certain que l'Eglise de France n'a jamais éprouvé un plus grand besoin d'un concile national que dans l'époque présente, dans ce temps de transformation de notre société, de changement des mœurs, des lois, des usages, des coutumes, du commerce, de l'industrie, etc., que le mouvement progressif des temps modernes, le changement des idées, des opinions , les révolutions politiques et sociales ont fait pénétrer dans l'organisation nouvelle de la nation française. Si l'Eglise de France est aujourd'hui dans un état de malaise et de souffrance , c'est uniquement parce qu'on a supprimé la tenue régulière des conciles contre la prescription des canons. Ajoutez à cela l'abolition des olfjcialités ou des tribunaux ecclésiastiques , et vous aurez révélé la source de bien des maux.

Or, s'écrie un auteur que nous avons déjà cité, par quelle anomalie singulière veut-on régir cette

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société entièrement neuve avec des lois et des règlements vieux de deux siècles? Quoi! les moyens à employer aujourd'hui sont les mêmes qu'il y a cent ans ! Ce qui convient aux mœurs , aux usages, à l'état religieux de ce temps-là, s'appliquera parfaitement à des mœurs, à des usages, à dés coutumes, à des habitudes, à un état religieux, moral et social, qui n'ont plus rien de ressembhmt! Est-ce possible, est-ce rationel?

IXous le répétons, jamais la réunion du corps épiscopal ne fut plus nécessaire qu'aujourd'hui, dans ce temps unique dans l'histoire de l'Eglise de F'rance, dans cette époque si tristement remarquable (quoique peu remarquée) par ses tendances anti-catholiques, pour ne pas dire schismaliques. « Tout gouvernement, dit un profond publiciste , M^*^ Parisis, qui par l'ensemble de ses lois, de son enseignement, de son administration, tend directement et formellement à mettre l'Eglise dans l'Etat, tend aussi par cela même à jeter la nation hors du catholicisme, et dès l'instant où il aurait réussi à rendre universelle et populaire la croyance de cette suprématie totale' de l'Etat sur rÉolisc et de la loi civile sur la loi de Dieu , le schisme serait consommé. » (Liberté de V Eglise y i^ examen. Des tendances , 2^ édit., p. 59^.)

L'Etat , en France , dit ailleurs le savant prélat que nous venons de citer, a constamment eni-

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piété sur le domaine sacré de l'Église, et ces empiétements sont autant de tendances au schisme. « Or, ajoute l'auteur, il est très-facile de remarquer que c'est toujours pendant le silence des évoques, et, comme le dit l'Évangile, pendant que les hommes dormaient ou semblaient dormir, que ces dommages, pour la plupart irréparables aujourd'hui, ont été causés dans le champ du Seigneur. » (Du silence et de la puhlicLté, 5e édit., p. 28.) Quelques pages plus haut, il avait dit : « Ce qui étonne, ce qui effraie, ce qui humilie plus que tout le reste dans l'histoire lamentable du schisme de Henri VIII, c'est l'inaction et l'impuissance du clergé en présence de cette épouvantable catastrophe «. (L/Z>. cit. y pag. 24.)

Reste donc au clergé, à l'épiscopat, c'est-à-dire à l'Eglise de France, le devoir de se renouveler par l'esprit principal de ses anciens jours , de se reconstituer sur ses bases primitives, de rétablir le règne de Dieu par l'empire de la science, par la lumière de la vérité, par l'influence des bienlaits, par l'exemple des sacrifices, de l'abnégation et du dévouement, en un mot, par la force morale élevée à sa plus haute puissance, (i)

(1) « Si, dit Ms»" Parisis, l'Église ne se recoustiluait pas en Fiance, comme elle l'est partout, sur son droit canon, qu'an iverait-il? 1! arriverait, ou qu'elle y resterait, comme

Sachez-le donc tous, sociétés, peuples et rois, la force morale de l'épiscopat réuni et uni est

elle l'est malheureusement sous beaucoup de points, sans organisation intérieure , ou qu'elle y serait organisée forcément par une puissance étrangère, toujours rivale et souveiit I)ostile. Une reconstitution purement canonique est donc nécessaire ù l'Eglise de France; de plus, elle est urgente, » CCas de conscience à propos des libertés exerce'es ou ve'clamées par les catholiques J Or, nous afllrmons que cette reconstitution purement canonique est irréalisable sans la tenue canonique des saints conciles.

Une page plus bas , en note, le savant évcque de Langres s'exprime ainsi :

« En s'opposant à toute réunion d'évêques, le gouvernement attaque l'Eglise dans une condition essentielle de son existence , puisqu'il l'empéclie d'établir des règles canoniques durables et supérieures aux volontés individuelles qui président successivement au gouvernement de chaque diocèse,

« Comment se fait-il que ces fiers amateurs des libertés gallicanes , qui ont tant de fois répété que le pape devait gouverner, non pas arbitrairement, mais selon les canons, s'opposent à ce que les évêques, piécisément pour se mettre eiix-mêmes à l'abri de tout soupçon d'arbitiaire , établissent, conformément aux canons de l'Eglise, des règles canoniques au moins provinciales?

« Au reste, nous pensons que cette défense n'a lieu que pour les cas où l'on voudrait donner, aux décisions prises dans un concile, quelque valeur légale. Autrement, nous ne voyons pas comment on pourrait empêcher dix ou douze prélats de se visiter et de se réunir, jen vertu de la liberté individuelle commune à tous les citoyens. » Pourquoi ne le fait-on donc pas?

'-iS:\. LE PuâriVE

immense, incommensurable, et capable de fciire trembler les pouvoirs les plus fortement établis et les plus formidables. Cette puissance occulte et virtuelle qui réside dans l'épiscopat, c'est un levier avec lequel, s'il le veut, il peut soulever le monde : Moceho omnes gentes. (Agg. 2-8). 11 n'a pas besoin pour cela de chercher un point d'appui avec Archimède ; ce point d'appui est tout trouvé depuis dix-huit siècles : c'est le roc immobile, c'est la pierre fondamentale sur laquelle est bâtie l'Eglise ou le christianisme, llien, aucune puissance terrestre ne pourra jamais prévaloir contre ce divin et inébranlable fondement : Tu es Petriis y et super hanc petrani œcUJicciho ecclesiam mecnn, etc. (Matth. 16-18.)

Les évoques réunis en assem})lée délibérante ou en concile, comme en Amérique, en Angleterre, en Irlande, en Belgique, etc., domineront, s'ils le veulent fortement, apostoliquement , par la seule force morale qui leur est propre, toutes les questions religieuses et morales de l'époque, et toutes celles qui s'y rattachent directement ou indirectement, comme la liberté de l'enseignement, de l'éducation, delà parole évangélique, de la presse religieuse, etc. Car enfin, il faut le proclamer tout haut, aujourd'hui, dans l'époque actuelle du progrès libéral continu, rien ne pouri-a résister à la puissance des idées,

mais de ces idées vives, immortelles , c'est-à-dire de ces idées de liberté universelle, qui sont dans l'Écriture. Or, ce sont ces idées qui, à l'heure qu'il est, envahissent le monde, pour le conquérir et le sauver; mais ces idées, qu'on ne l'oublie jamais, ne sont que l'expression delà vérité; et c'est la vérité qui doit délivrer tons les peuples. V^eritas Uh'erahiL vos (Jom. 8-52). T^os enim in libertateni voccttl estis fratres , dit saint Paul (Gai. 5-i5). Ce sera enfin le triomphe légitime et nécessaire de l'esprit sur la matière, c'est-à-dire de la force morale sur la force matérielle.

Voyez ce qui s'est passé depuis peu en Italie. Qu'est-ce qui a fait celte heureuse révolution chez ces populations dont toutes les libertés étaient enchaînées sous un régime inconstitutionnel? Sont-ce \ç,s baïonnettes autrichiennes? Nullement. C'est la force morale, c'est la puissance des idées qui a fuit reculer la force brutale des baïonnettes et des légions autrichiennes.

Voici un passage écrit dans le but de faire ressortir tous les avantages d'un concile ordinaire, mais qui peut être également invoqué pour prouver la puissance morale d'une presse catholique ou religieuse.

« Un évêque , pris isolément , quelles que soient l'éminence de son caractère, l'étendue de son génie, de son courage , ne paile que comme

ZSG LE PIIF.TRE

homme, n'agit que comme homme et ne peut prétendre qu'à de n^jcdiocres succès. Sa voix tombe dans le vide et n'a pas d'écho; ses coups frappent l'aii* et n'atteignent personne, ou du moins restent sans aucun effet. Que peut la force d'un géant contre une phalange nombreuse et compacte? Mais les évoques, parlant en corps, agissant en corps, foru^ent une puissance invincible; retranchés derrière le mur inexpugnable de l'union, ils traitent de puissance à puissance. Veut-on des preuves de faits à l'appui de ces propositions? J'irai chercher la première dans les actes du pouvoir lui-même, après le concordat que l'on accusait de laisser une trop large part à l'Eglise. Ce pouvoir hautain et jaloux, qui s'offusquait de la plus petite apparence de rivalité, confisqua du premier jour la liberté qu'avaient eue les premiers pasteurs de se réunir en conciles. L'isolement et la servitude, le silence et la mort, lui parurent inséparables, et il avait raison. Il le savait si bien, que plus tard il voulut recourir à la puissance d'un concile, et l'on sait ce qu'il en advint. Passons à des actes plus récents. Pourquoi cette émotion, cette amertume, ces cris, ces récriminations violentes à l'apparition des premiers actes portant une apparence de concert entre quelques évoques dans les questions d'enseignement, sinon parce que l'on redoutait cette puissance avec laquelle il faudrait

composer lot ou lard? Tant que le clergé reste dans l'isolement, on n'a pour lui que des paroles flatteuses, parce qu'on lui tient le pied sur la gorge et qu'on est sur de son impuissance; mais, au moindre signe de ralliement, mille cris percent les airs, on gourmande, on menace, parce qu'on a peur. Et de fait, quelle iînpression pro' fonde n'a pas produit le mouvement spontané du clergé, cette ombre d'union, d'action collective? Tous les cœurs catholiques sentaient leur foi reverdir, leur cœur battre sous une ardeur nouvelle; la vie semblait reprendre dans ce corps languissant. Hélas! ce n'était qu'une lueur fugitive, un jet de flammes qui a disparu comme l'éclair. Le clergé est rentré silencieux sous le joug de la vieille oppression, et il dort dans la stérilité. » fQuest. import. surL'Eg. et le clergé cath. en France^ par M. l'abbé R. A. Paris. Sirou etDesquers, 1846.)

« Il y a deux cents ans, les évèques formaient en France le premier corps de l'État, qui, sans leur enlever en apparence de leur autorité spirituelle, les avait investis d'une partie de sa puissance. Ils étaient resplendissants de richesses et de dignités, et parmi eux se trouvaient, entre beaucoup d'autres talents supérieurs, le plus grand génie qu'ait jamais eu l'Eglise en France. Cependant, quand, après de longs débats entre le sacerdoce et la royauté, ces illustres défen-

scurs de l'Eglise se réunirent pour la protéger contre les prétentions d'un prince idolâtre de lul-Uiéme, tous leurs efforts- n'aboutirent qu'à l'abaisser sous la main de l'Etat par la fameuse déclaration des quatre articles. On dirait que, sous les chaînes dorées dont ils étaient couverts, ces princes de l'Eglise, devenus aussi princes dans le monde, ne pouvaient plus manier efficacement le glaive spirituel.

« Au contraire, voilà qu'aujourd'hui, dans un temps où les évéques ne sont plus rien dans l'Etat, oii ils n'ont pas la plus légère parcelle de la puissance publique, oii même on leur refuse leur part des libertés accordées encore à tous, quelques paroles d'un de ces évoques en faveur de l'indépendance de l'Eglise don)inent tout à coup toutes les autres paroles, et précisément, parce qu'il ne les a prononcées que comme évoque, elles deviennent à l'instant, et dans les discussions de la presse, et dans les discours de ia tribune, et dans les salons des ministres, et dans les conseils de la couronne, la gi-ande affaire du jour; et plus les pouvoirs temporels les réprouvent, plus ces paroles, humainement désarmées, deviennent efficaces et toutes-puissantes. Quelle leçon! quel sujet de méditation et d'encouragement! » (Des tendances j par M^' Parisis, év. de Langres.)

L'auteur > dans un autre passage de ses remar-

quables écrils, voulant faire ressortir l'existence de l'Eglise comme société visible et comme puissance distincte et indépendante, s'exprime ainsi :

« Suppossons qu'au lieu de faire tout décider par l'assemblée laïque appelée conseil d'Etat j les cvcques eussent , conformément aux prescriptions expresses du droit canon , réglé par euxmêmes, dans des synodes diocésains et des conciles provinciaux, tous les points qui sont du ressort ecclésiastique, et supposons que ces actes du gouvernement de la société chrétienne se fussent faits avec la solennité , l'ensemble et l'ellicacité qu'ils ont eus, par exemple, à Baltimore, où les décisions des synodes et conciles tenus depuis la fin du dernier siècle jusqu'à nos jours ont été proclamées, publiées et mises à exécution sans aucun secours du bras séculier; supposons que les choses se fussent ainsi passées en France depuis cinquante ans : dans ce cas, eiitil été possible que les peuples oubliassent et méconnussent l'existence de l'Eglise comme société visible, réglée par ses propres lois, et comme puissance distincte et indépendante de l'État? » fDu silence et de la publicité .J

11 est, au reste, des ecclésiastiques qui prétendent que les évoques eux-mêmes ne veulent ni conciles ni synodes, pour des raisons, si cela est, qu'il ne nous appartient nullement de qualifier.

agO LE PHETRE

Voici ce que répond le célèbre prédicateiir de Rome, le P. Ventura, à ceux qui voudraient que les évéques gardassent constamment le silence.

(< O vous! qui par un préjugé funeste , enfant de votre ignorance et de voire peu de foi, ne suivant que la politique mondaine dans les affaires de la religion, exigez des sentinelles d'Israël de se changer en chiens muets qui n'aboient plus à l'approche du loup; vous qui imposez aux nobles athlètes de la foi un silence commode pour une politique usurpatrice et funeste à l'Eglise, et que vous devriez pour cela condamner; vous qui appelez imprudences les réclamations, audace exagérée les protestations, fanatisme le zèle des défenseurs de l'Eglise, que vous devriez pourtant encourager, soutenir et récompenser, et tout cela pour obtenir en faveur de l'Eglise quelque avantage temporel, quelcjue appui humain dont l'Eglise n'a que faire, ah! songez donc que Dieu se doit à lui-même de déjouer ces calculs judaïques! C'est bien de vous que l'on dira ce qui fut dit des Juifs : que pour avoir préféré les choses du temps aux choses de l'éternité, ils perdirent en même tcn'.ps les unes et les autres : Temporalia cmiittere timuerunt , et vitam œternani non cogitaverunt : et sic utramqiie amiseriint. (S. Aug.) » fOrais.fnneh. de O'ConncllJ

Dans un Mémoire sur les moyens d'arrêter

DEVANT LA SOCIÉTÉ. 2g l

r incrédidlté en France, présenté en l'ySo cul clergé assemblé , par l'illustre M. Dulau , archevêque d'Arles et martyr des Carmes, on lit ces paroles singulièrement remarquables et fort actuelles, quoique vieilles de 65 ans ;

'f Nous voyons la foule des impies s'accroître chaque jour; on ne voit presque plus de chrétiens que dans les classes les plus obscures de la société, parmi les habitants des campagnes, et parmi les ministres du sanctuaire; quelques-uns de ces derniers osent même se ranger au nombre de nos ennemis. Si l'empire de l'erreur était moins vaste, si ses conquêtes étaient plus obscures ou moins rapides , je ne conseillerais pas de faire autant d'éclat; nous pourrions parvenir à notre but par des sentiers plus couverts et plus longs. Mais le danger est pressant, l'incendie gagne de toutes parts, il faut y courir et l'éteindre. Dans cette urgente nécessité, convient-Il de prendre les chemins les plus longs et les plus tortueux? Nous bornerons-nous à procurer aux autels de plus dignes ministres, et à corriger les abus révoltants de l'éducation! Mais tandis que ces lenteurs épuiseront nos ressources, tandis qu'elles tiendront nos esprits suspendus ou nos bras enchaînés, l'incrédulité gagnera peut-être jusqu'au peuple, elle consommera peut-être le schisme qu'elle médite; elle mettra peut-être ses mains déprédatrices sur nos

biens. Messeigneiirs , tremblez pour la rebgion, tremblez pour vos propres fortunes. Evoques, citoyens, français, détournez, s'il est possible, les orages terribles que la philosophie rassemble sur nos télés.

K On craint l'éclat; grand Dieu! quel fruit avons-nous retiré jusqu'à présent de notre prudence? On a ménagé les incrédules; le clergé n'a rien fait pour leur opposer des écrivains dignes de les combattre; loin d'exciter leur émulation, on a peut-être laissé languir dans l'indigence plusieurs de ceux qui ont osé lever le bouclier contre nos ennemis. Où sont les pensions qu'on a faites à nos apologistes?

u Tout se lait, tout sommeille, tout dort profondément. Plusieurs années s'écoulent — Encore une fois, qu'avons-nous gagné avec celle criminelle et lâche tolérance? Ouvrez les jeux , Messeigneurs, regardez autour de vous et jugez. Nous craignons des éclalsl Ah! s'il est un temps pour se taire, souvenons-nous qu'il en est un autre pour parler, et ce temps est venu. Dans tous les siècles, quand l'Eglise a voulu arrêter les progrès de l'erreur, elle a multiplié les écrits et les discours. »

Ministres du Très -Haut, prêtres de Jésus- Christ, vous savez que tous vos efiforls sont par eux-mêmes impuissants à lutter contre les artifices du mensonge et de l'erreur, contre les sub-

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tllités de la vaine et ténébreuse philosophie de ce siècle pervers et rationaliste , dont le but évident est d'éteindre ou du moins d'obscurcir la lumière vivifiante de la foi catholique.

Vous n'ignorez pas que tout le pouvoir de votre science et de vos travaux , si nécessaires qu'ils soient d'ailleurs, ne sont que des moyens purement humains, et par conséquent des armes trop faibles, trop fragiles, pour vaincre les phalanges des puissances des ténèbres qui régissent ce monde : Potestates niundi redores tenehrariiin harimi. (Eph., 6. 12.) 11 est donc indispensable que vous ayez recours à la prière pour obtenir du Dieu de la science et du père des lumières, Deus scientiarinn et pater Iwniniun, la mesure d'assistance et de science divines dont vous avez besoin pour vaincre l'erreur et le men-

songe.

C'est donc la puissance de la prière qui doit cire votre arme invincible, votre bouclier impénétrable, le bouclier de la foi contre lequel viendront se briser tous les traits enflammés de vos ennemis, scutum fideiy in quo possitis oninici tela nequissimi ignea eoctinguere. (Eph,, 6. 16.)

Enfin, prêtres du Seigneur, adressez-vous à Marie, cette Vierge admirable, si pleine de pureté et de lumière, et soyez assurés qu'elle vous obtiendra infailliblement, par sa toute-puissante

intercession, la force et la science nécessaires pour vaincre les ennemis de la gloire de son divin Fils; elle vous obtiendra de plus la lumière pour éclairer les peuples et les nations qui sont encore assis dans l'ombre de la mort : Lumen

ad révélât Lonem gentiwn Illiiminare Jiis qui

in tenebris et in umhrd mortis sedent.

La sublime tâche de la très -sainte Vierge, c'est de détruire les erreurs et d'extirper les hérésies 3 et c'est pour cela que l'Eglise lui adresse ces belles paroles : Tu sola oiunes hœreses interemisti. Marie est la terreur de l'enfer, l'ennemie de toutes les erreurs, et jamais elle ne laissera prévaloir les doctrines du philosophisme et de l'hérésie sur la vérité catholique et l'inénarrable philosophie de Dieu : T'a sola outnes hœreses interemisli.

C'est donc Marie que doivent spécialement invoquer ceux qui sont chargés d'évangéliser les peuples et de défendre le dépôt sacré des vérités immuables du catholicisme. Que Marie paraisse donc, et qu'elle nous fasse sentir sa toute-puissante assistance; qu'elle se lève, et ses ennemis seront dissipés et confondus : Exurgat Maria j^ et dissipentur inimici ejus.

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