‹ Le prêtre et le medecin devant la sociétéChapitre 27 sur 37 · CONFESSION CATHOLIQUE. — DEVOUEMENT PASTORAL · texte numérisé non relu

CONFESSION CATHOLIQUE. — DEVOUEMENT PASTORAL

Nous allons maintenant considérer le prêtre «nu point de vue de son influence d'action sur les populations qui sont confiées à sa charité et à sa sollicitude pastorale. Et certes, le prêtre est bien ici l'hoiiirae le plus nécessaire de la société : il la forme , l'entretient et la conduit à sa perfection. Point de société parfaite, point de vraie civilisation sans l'action éminemment civilisatrice et moralisatrice du prêtre catholique j c'est une vérité surabondamment prouvée par dixhuit siècles d'expérience et que nous avons mise dans tout son jour dans les chapitres précédents. INous ne rappellerons ici qu'un seul fait : la conversion au catholicisme des sauvages de l'archipel Garabier, dans l'Océanie orientale, que l'on doit évidemment et exclusivement à la salutaire influence et à l'action surhumaine du sacerdoce catholique, qui seul a la clef du coeur de l'homme.

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« Le calholicisine, dit M. Guizot, c'est l'autorilé systématiquement conçue et organisée. Il la pose en principe et la met en pratique avec une rare fermeté de doctrine, et une rare intelligence de la nature humaine. » fRe^ue française. J

Mais quelle est donc cette action surhumaine, cotte influence secrète, puissante, irrésistible, d'un pauvre prêtre, d'un homme faible, dénué souvent de tout appui ou secours humain?

La puissance de ce pauvre prêtre , qui a changé et civilisé le monde, c'est la confession catholique. Voilà le vrai remède, le seul remède capable de guérir tous les maux de notre société si profondément malade — Ce remède, sans doute, paraît amer à l'orgueil humain; mais c'est une amertume qui donne la vie avec de secrètes, d'ineffables douceurs et d'immenses consolations. 11 y a dans cette confession un charme inconnu, une puissance occulte qui surpasse toute puissance humaine. La parole du confesseur est la plus haute parole de l'humanité, ou plutôt c'est une parole surhumaine, une parole divine, à laquelle on ne résiste pas, si l'on conserve une lueur de raison.

La confession est la sauvegarde de l'honneur des familles, le plus puissant rempart contre l'assaut des passions , le soutien de l'homme dans les malheurs qui pèsent continuellement sur son amèi-e existence. 11 est impossible de dire tous

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les biens et tous les avantages qu'elle a procurés et procure encore tous les jours à la société. La confession catholique est un levier moral d'une puissance infinie. Nous le répétons, il faudrait un volume pour rappeler tous les maux que ce tribunal de miséricorde a empêchés, et les biens sans nombre qu'il a procurés. Pénétrez dans le secret des familles, et vous y apprendrez ce que doivent les hommes à celte admirable, à cette divine institution. Combien de haines étouffées, d'inimitiés apaisées, combien de parents, de concitoyens réconciliés, d'iniquités prévenues, de restitutions opérées, de torts réparés; combien de victimes arrachées au vice, de peines consolées, de désespoirs calmés! Enlin , quelle délicieuse, quelle céleste douceur la confession répand dans les âmes!

Plus d'une fois , les protestants se sont repentis d'avoir aboli le saint usage de la confession catholique. Le motif qui les a engagés à désirer son rétablissement, c'est le dérèglement des mœurs et le débordement de tous les vices dont l'abolition de cette salutaire pratique a été suivie. La preuve que la confession est de sa nature réprimante de tous les vices, c'est que tous ceux qui se livrent au désordre commencent par abandonner la confession , et qu'ils y reviennent lorsqu'ils veulent se convertir.

Tissot. qui était protestant, s'écriait avec ad-

^9^ LE ri\ÈTKE

Jîiirallon : Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques !

<f La confession catholique est une institution qui est toujours en butte aux assauts et aux dédains des lionnnes, mais elle est toujours invincible; elle est contraire à l'indépendance et à l'orgueil des passions autant qu'une chose peut l'être , et, n^algré toutes les résistances, elle est répandue avec la Toi chez tous les peuples, en sorte que la volonté de Dieu peut seule expliquer sa durée, sa force, comme son origine... Etrange et douce merveille! ces trois choses, l'aveu, le repentir, le pardon , consacrées dans l'institution catholique, garanties par la mission du prêtre, ont apporté au monde plus de paix, plus de joies, plus de changements heureux, plus de déterminations généreuses, plus d'héroïques sacrifices , plus d'oeuvres utiles ou sul3limes, que les inspirations du génie et tout l'enthousiasme de la gloire, w (Paroles du R. P. de Piavignan.)

Voici, d'après ce célèbre orateur chrétien, en faveur de la confession catholique, quelques passages fort remarquables d'un manuscrit tout entier de la main de Leibnitz , imprimés depuis quelques années pour la première fois. On sait que Leibnitz était protestant.

« Ce fut assurément un grand bienfait de Dieu, dit Leibnitz, de donner à son Eglise le pouvoir de remettre et de retenir les péchés. Ce pouvoir,

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l'Église l'exerce par ses prêtres, dont le ministère à cet égard ne peut être méprise sans crime. Parce moyen, Dieu confirme la juridiction de l'Eglise, la fortifie, l'arme contre les chrétiens rebelles, et promet d'assurer lui-même l'exécution des jugements qu'elle a portés. Une condamnation terrible pèse ainsi sur les dissidents (c'est un dissident qui tient ce langage), et leur impose de cruelles privations, lorsque, repoussant l'autorité de l'Eglise, ils manquent lorcénient des biens qu'elle seule leur dispense.

(f Ici, continue Leibnitz, à la différence de la rémission des péchés qui s'opère dans le baptême, oii rien de plus qu'un rite d'ablution n'est prescrit, dans le sacrement de pénitence, il est ordonné à celui qui veut êti'e purifié de se montrer au prêtre, de faire la confession de ses péchés , et de recevoir ensuite , au jugement du prêtre, quelque châtiment qui, pour l'avenir, lui serve d'avertissement et de recommandation salutaire. Car, comme Dieu a établi les prêtres médecins des âmes, il a voulu que les maux de l'infirme et l'état de sa conscience fussent mis à

découvert devant eux On ne saurait nier que

toute cette institution ne soit parfaitement digne de la sagesse divine, et, si quelque chose est louable, grand et glorieux dans la religion, certainement c'est le sacrement de la réconciliation que les Chinois et les Japonais ont tant admiré

aOO LE PKETKE

eux-mènies. Celle nécessité de la confession devient, en effet, poui* un grand nombre un frein salutaire j elle apporte à ceux qui sont tombés une grande consolation, de telle sorte que je regarde un confesseur pieux, grave et prudent, comme un des plus puissants instruments de Dieu pour le salut des âmes. »

« Tous les hommes, les philosophes même, quelles qu'aient été d'ailleurs leurs opinions, dit M. de Chateaubriand, ont regardé le sacrement de pénitence comme l'une des plus fortes barrières contre le vice, et comme le chef-d'œuvre de la sagesse. Sans cette institution salutaire, le coupable tomberait dans le désespoir. Dans quel sein déchargerait-il le poids de son cœur? Seraitce dans celui d'un ami? Eh! qui peut compter sur l'amitié des hommes? Prendra-t-il les déserts pour confident? Les déserts retentissent toujours, pour le crime, du bruit de ces trompettes que le parricide INéron croyait ouïr autour du tombeau de sa mcre. Quand la nature et les hommes sont impitoyables, il est bien touchant de trouver un Dieu prêt à pardonner. 11 n'appartient qu'à la religion chrétienne d'avoir fait deux sœurs de l'innocence et du repentir. «

Un protestant anglais, lord Fitz -William , démontre qu'il est impossible d'établir la vertu, la justice y la morale, sur des bases tant soit peu solides y sans le tribunal de la pénitence. Donc,

sans la confession, point de vcrlus, point de justice, point de morale : donc, sans la confession, point de société, ou la société des sauvages avec le gouvernement du casse -tète et la morale de l'anthropophagie.

La confession a leçu sa haute sanction de l'antiquité même la plus reculée.

Celui qui cache ses crimes, dit l'Esprit saint, se perdra; mais celui qui les confesse et les quitte, obtiendra miséricorde. Qui ahscondit scelera sua y non diriî^etur : qui autem conjessus juerit, et relique rit eci , niisericordiani consequetur. (Prov. 28-i5.)

Pourquoi personne, disait Sénèque, ne confesse SCS vices? Parce qu'on y est tout plongé. Dès qu'on les confessera, on guérira. Quarè sua vitia nemo confitetur? Quia in ilLis etiamnum est : vitia sua conjiteri sanitatis indicium est. (Epist. moi-. 55.)

L'anlique sagesse des Indes a dit : « Plus l'homme qui a commis un péché s'en confesse véritablement et volontairement, et plus il se débarrasse de ce péché, comme un serpent de sa vieille peau. Mais si le pécheur veut obtenir une pleine rémission de son péché, qu'il évite surtout la rechute. » {Lois de MenUy fils deBrahma, par le chev. W. Jones.)

« Il n'y a pas de dogme dans l'Eglise catholique, dit M. de Maistre, il n'y a pas même d'u-

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sage gciicral appartenant à Ici haute discipline, qui n'ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine , et par conséquent dans quelque opinion universelle plus ou moins altérée çà et là, mais commune cependant, dans son principe, à tous les peuples de tous les temps — Lorsque nous passons à la confession, et que l'aveu est fait à l'autorité, la conscience universelle reconnaît dans cette confession spontanée une force expiatrice et un mérite de grâce : il n'y a qu'un sentiment sur ce point depuis la mère qui interroge son enfant sur une porcelaine cassée, ou sur une sucrerie mandée contre l'ordre, jusqu'au juge qui interroge du haut de son tribunal le voleur et l'assassin. .> fDu Pape.J

« On ne saurait se dispenser de reconnaître dans le simple aveu de nos fautes, indépendamment de toute idée naturelle , quelque chose qui sert inlîiiimcnt à établir dans l'homme la droiture de cœur et la simplicilé de conduite. » (Berlhier, sur les Psaimws.)

Tout le monde connaît la, ])clle expression de Bossuet : Ce mouvement d'un cœur gui se penche vers un autre cœur pour y verser uji secret.

L'abbé Carron cite un trait de la vie de Boursoul, qui est un des mille exemples que la charité ingénieuse du prêtre sait mettre en usage pour convertir les pécheurs les plus obstinés :

« Un jour, il apprit qu'un mouranl s'obslinail à rejeter les secours de l'Eglise : le saint homme, après avoir, suivant sa coutume, invoqué les secours du ciel, osa se présenter chez ce malade pour l'exhorter. Celui-ci le rebuta sans ménagement, et déclara qu'il ne se confesserait pas. Coursoul , cessant de parler, se lève et se promène long- temps dans l'appartement, considérant à chaque tour qu'il fait ce pécheur endurci avec une sombre attention. Celui-ci, fatigué de la constance du prêtre, et offensé de le voir étudier toute sa personne , lui dit avec mépris de se retirer. Restant ici, monsieur, je ne vous fais aucun mal, répond froidement l'ecclésiastique, et il continue de marcher dans la chamljre. Cette opiniâtreté irrite de plus en plus le malade, qui, élevant la voix, dit avec vivacité : Une fois pour toutes, allez-vous-en. Permettez, réplique avec dignité l'homme de Dieu, permettez que je reste; j'ai été une multitude de fois témoin de la mort des saints, je ne l'ai jamais été de la mort d'un réprouvé; je veux l'être aujourd'hui, parce que cela peut être utile à un prédicateur. Cette réponse, faite avec tout le sérieux d'un homme pénétré, va jusqu'au cœur du moribond : il s'effraie et sa terreur se montre sur son visaw. Boursoul saisit ce moment favorable; il se raoproche du lit, parle au mourant avec l'expression du zèle le plus ardent et le plus aflectueux.

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le confesse, le convertil; et cet hoiiune fut si repentant de sa vie criminelle, qu'il voulut faire une confession et une réparation publiques. Il donna, jusqu'à son dernier soupir, les marques de la contrition la plus vive et la plus sincère. » Voici encore un autre fait d'un genre différent. Il est fâcheux, disait, il J a une douzaine d'années, une feuille catholique, que beaucoup de jeunes gens et d'hommes faits nourrissent, contre cette institution admirable (la confession), un éloignement et des préventions qui n'ont rien de raisonnable. En l'envisageant seulement dans ses formes extérieures, en laissant de côté les considérations de sacrifice et d'humilité, la confession réalise ce que les moralistes attribuent au sentiment de l'amitié accompagnée de confiance et d'intimiié. Il n'y a pas long-temps qu'un de nos célèbres prédicateurs, se trouvant dans une ville du Midi, reçut la visite d'un militaire qui, ayant été ému et convaincu par la prédication, désirait rentrer au sein de la religion. Il n'avait plus d'objection à quoi que ce fût, hormis à la confession , qui lui paraissait un acte contraire à la dignité de l'homme, et qui emportait pour lui l'idée d'une trop grande humiliation. Le prédicateur combattit cette opinion, et une conférence s'engagea. Peu à peu la conversation prenant un autre cours et s'établissant sur le ton d'une douce familiarité, le mili-

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taire se mit à raconter sa vie, ses campagnes, les principaux incidents de sa carrière; puis à exposer ses sentiments, ses doutes, ses erreurs et même ses fautes. Quand il eut bien parlé, son interlocuteur lui dit : « Savez-vous ce que vous venez de faire? Vous vous êtes confessé sans vous en douter; il n'y a plus qu'à vous repentir du mal et à former la résolution de rentrer dans la ligne du bien, vous aurez l'absolution ». Qui resta surpris? ce fut notre homme, qui s'était imaginé tout autre chose, et avait fait dans son esprit une difficulté presque insurmontable de ce qu'il avait accompli naturellement et sans effort à un autre titre.

Voici enfin quelques mots sur les dispositions où se trouvait Napoléon après avoir reçu tous les sacrements de l'Eglise.

« Je suis heureux (dit Napoléon au général de Montholon, après avoir reçu l'Extrême-Onction), je suis heureux d'avoir rempli mes devoirs. Je vous souhaite, général, à votre mort, le même bonheur. J'en avais besoin, car je suis Italien, voyez-vous, enfant de classe de la Corse. Je n'ai pas pratiqué sur le trône, parce que la puissance étourdit les hommes; mais j'ai toujours eu la foi : le son des cloches me fait plaisir, et la vue d'un prêtre m'émeut. Je voulais faire un mystère de tout ceci, mais c'est de la faiblesse. Je veux rendre gloire à Dieu; général, donnez des ordres

3o5 LE PUÊtRE

pour qu'on dresse un autel dans la chambre voisine : on y exposera le Saint-Sacrement. Je doute qu'il plaise à Dieu de me rendre la santé; mais je veux l'implorer. Vous ferez dire les prières des quarante-heures. Mais pourquoi (dit l'empereur comme en se ravisant), non, on dirait que c'est vous, noble et gentilhomme, qui avez tout commandé de votre chef; je veux donner les ordres moi-même. »

On sait que le roi de Pvome, fils unique de Napoléon, mourut quelques années après. Voici ce qu'en dit son historien oculaire : (f L'archiduchesse Marie-Louise tomba à i^enoux à côté de son fils expirant. Le duc de Reichsiadt ne pouvait plus parler : ses yeux éteints, se fixant sur sa mère, cherchaient à lui exprimer les sentiments que sa bouche n'avait plus la faculté d'articuler. Alors le prélat qui l'assistait lui montra le ciel; il leva les yeux pour répondre à sa pensée. A cinq heures huit minutes, il s'éteignit sans convulsion, dans celte chambre qu'avait occupée Napoléon triomphant, à cette même place oii, pour la dernière fois, dictant la paix en conquérant, il s'endormait dans toutes les illusions de la victoire et de ses triomphes, se promettant un glorieux hymen et l'éternité de sa dynastie... C'était le 22 juillet, anniversaire de l'acte qui avait donné au duc de Relchstadt son dernier nom et son dernier titre; anniversaire du jour

OÙ le jeune prince apprit à Schœnbrunn la mort de Napoléon ! »

Nous renvoyons le lecteur au sublime sermon sur la confession , par le R. P. Lacordaire. Nous ne devons ni ne pouvons rien reproduire ici de ce magnifique monument d'éloquence de la chaire, vu que les ouvrages du Chrjsostôme (i) français sont entre les mains dt tout le monde.

Présentons maintenant le tableau animé, le spectacle vivant d'un curé de campagne absorbé tout entier par le devoir pastoral. Le portrait a été fait par la main habile de M. de Cormenin.

« Je ne crois pas me tromper, vois-tu, François, en disant que tout le gouvernement moral des villages est quasi concentré dans le curéj car le maître d'école, qui n'est pas assez salarié d'ailleurs, ne fait que de l'instruction, et n'impose pas aux villageois par son caractère, par ses habitudes et par son rang. Le maire et l'adjoint sont, d'ordinaire, absorbés par leurs travaux champêtres, et ne rédigent que de loin en loin quelques actes civils et quelques actes administratifs, et ils vont boire au cabaret et s'y confondre sans distinction avec le leste des habitants. Le curé seul est professeur de morale 3 il

(1) Bouche d'or.

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lient ses ouailles dans ses mains avec une sainte liberté, avec une incroyable plénitude. Il ne les quitte pas un instant, depuis le berceau jusqu'à la tombe , à la messe, en chaire, au confessionnal, au lit de mort, aux relevailles , au mariage. Il est le maître, le directeur, le possesseur de leurs secrets, de leurs joies, de leurs chagrins, de leurs incrédulités, de leurs soupirs, de leurs terreurs. Le dogme, la pénitence, l'absolution, la conduite, les bons et les mauvais désirs, les penchants , les inimitiés , les vengeances , les chutes et les repentirs, il voit tout, il entend tout, il sait tout. Il effraie les consciences et il les rassure ; il frappe et il console. Il n'y a pas pour lui ni de chaumières trop petites, ni d'hommes trop pauvres, ni de plaies trop infectes , ni de maladie trop contagieuse, ni de distance trop éloignée, ni de température trop froide ou trop chaude, ni d'heure indue, ni de logis fermé, ni de cœur qui ne s'ouvre, ni de sexe, ni d'âge ou d'état, avec lesquels, à chaque instant, il ne puisse communiquer, il ne communique. ISé presque toujours dans la crèche du peuple, nourri, élevé comme lui, il connaît mieux, beaucoup mieux que les grands du monde , les besoins du peuple, ses intérêts, ses faiblesses, ses penchants, ses mœurs, ses préjugés, ses défauts, ses qualités , ses vices, ses vertus. Il sait mieux les remèdes qui lui conviennent, les paroles qu'il faut lui

dire, les cotés sensibles par où il faut le prendre, les plaies de l'ànie et du corps par où il faut le sonder. On a vu des pauvres mourir de faim à la porte du riche, jamais à la porte d'un curé, s'il leur reste la force de tirer le cordon de la sonnette.

(f Y a-t-il quelque désordre entre les pères et les enfants, entre frères, entre époux, entre voisins, ce n'est pas au juge de paix qu'on s'adresse, c'est au curé. Aucune œuvre charitable ne peut se fonder dans le village, eût-on les mains pleines d'or, sans que le curé ne soit consulté, sans qu'il n'y participe, sans qu'il ne la surveille, sans qu'il ne lui imprime un caractère de simplicité, de désintéressement et de durée. Si le firmament est d'eau ou de feu, il monte à la chaire j il invoque Dieu en commun pour l'éloignement du fléau et pour la prospérité des biens de la terre. 11 prie en commun pour tous les trépassés. 11 ouvre en commun, à tous les fidèles rassemblés sous le toit de Dieu, les rosées du ciel, les trésors de la grâce et les espérances infinies de l'immortalité.

cf S'il prêche au peuple le respect qu'il doit aux puissances établies , il prêche aux puissances établies le respect qu'elles doivent à la justice. S'il recommande au pauvre la résignation dans le malheur, il recommande au riche la charité dans la fortune. S'il ne veut pas qu'on rompe

OIO LE PRETRE

violemment la différence des rangs, il rétablit l'égalité des conditions dans le ciel devant l'égalité des œuvres, et il est bien plus le consolateur spirituel des misérables et des infirmes, qu'il n'est le prêtre des heureux et des puissants.

« On pourrait à toute force, dans un village, se passer de maire et d'instituteur j mais de curé, comment?

(( En quelque lieu sauvage et retiré que soit située une commune, vous, voyageur égaré, vous êtes sur de trouver un homme plus ou moins instruit que vous, qui vous comprend et qui vous répond; et n'est-ce pas une chose merveilleuse de voir trente-six mille phares lumineux luire en tout temps, la nuit comme le jour, au bord des rivières, sur les plaines et sur les montagnes, dans les trente-six mille communes de France?

« Ainsi se gardent, au foyer de chaque presbytère, le culie de Dieu, les devoirs de la morale et les lettres humaines.

« Mais ce n'est pas là la seule reconnaissance que la civilisation doive à la religion.

« Supposons que l'on abolisse le culte, les prêtres et les églises; à l'instant, le jour consacré au repos cesse. Il n'existe plus de commune que de nom. Les habitants ne se connaissent presque plus entre eux. Le bourg devient désert. 11 n'y a plus de cloches pour annoncer les prières du soir

et du malin, ni pour faire souvenir des morts. Le cimetière ne repose plus sous la garde de Dieu. Les services du conseil municipal manquent, et l'on ne sait plus oii ni quand rencontrer le maire. Chaque habitant reste chez soi, et les affaires, les marchés, les échanges, les alliances, ne trouvant plus un centre commun où se prendre, où se faire , languissent. Les mères et les filles négligent les soins de la toilette et même de la propreté, ne sachant plus en quel lieu ni à qui se montrer, achètent peu, consomment moins. Alors, pour tout dire, les hommes et les femmes n'ayant plus d'autre retenue que la pudeur naturelle, barrière malheureusement trop faible contre les passions . tomberaient dans les excès honteux et le pèle-mcle de la bestialité. Les âmes, également sans frein mais non pas sans terreur, se précipiteraient dans la superstition 5 l'égoïsme remplacerait la charité; l'orgueil, l'humilité; l'in- ^

lérèt, la conscience; la matérialité des désirs, Wff'

les plaisirs de l'intelligence; les loups-garous, les saints; les sorciers, le prêtre; les cabarets, le presbytère; le lupanar, l'église; l'enfer, le ciel, et le diable, Dieu. ». (Timon. Entr. du village. 1846. Dial. 8.)

Autre tableau du dévouement et du devoir pastoral.

« Des pécheurs se présentent au tribunal du repentir et de la miséricorde. Volez-y, restez-y,

s'il le faut, et le jour et la nuit; soyez-y père, soycz-y mère : ce sont des âmes qu'il s'agit d'enfanter de nouveau. Ils ignorent ce qu'ils devraient savoir; apprenez-le-leur ici et maintenant avec douceur, avec charité, sans même qu'ils s'en aperçoivent. Ils ne sont point encore disposés à tout ce que la grâce demande d'eux; c'est à vous de les disposer complètement, à vous de leur communiquer de votre surabondance de foi, d'espérance et de charité, à vous de les pénétrer de ce qui vous pénètre, à vous de rallumer au feu de votre zèle ces mèches qui fument encore.

Dans votre peuple, il en est qui ont faim,

il en est qui ont soif, il en est qui sont nus, il en est qui n'ont point d'asile, il en est qui languissent sur le grabat ou dans la prison. Homme de Dieu et homme du peuple , il faut leur donner à manger, à boire; il faut les vêtir, les loger; il faut les visiter et les consoler. Prêt à vous donner à eux vous-mêmes, vous leur donnerez avec joie ce qui est à vous. Votre peuple, vos malheureux , vos pauvres , voilà votre famille , votre épouse, vos enfants, votre père, votre mère, vos frères, vos sœurs. Vous n'avez plus rien? Allez, roi des pauvres, faire des conquêtes de charité. Les rebuts, les peines seront pour vous, le pain sera pour eux. Souvenez-vous de qui a dit : Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait.

DEVANT LA SOCIÉTÉ. 5l5

« Pour vous remettre des fatigues de votre ministère , vous prenez votre repas ou votre sonaineilj mais on frappe à votre porte, on vous appelle pour un malade; il fait nuit, il pleut, il tonne, c'est très-loin et par des chemins impraticables : oui, mais le malade est en danger, quittez votre repas, votre sommeil; vous n'êtes point à vous, mais à Dieu et à quiconque a besoin de vous. Ce malade est attaqué de la pestej déjà les riches et les hommes de plaisir s'enfuient : il ne vous reste que le peuple avec la contagion et la famine. Homme de Dieu, homme du peuple, prêt à mourir pour l'un et pour l'autre, c'est maintenant que vous allez montrer ce qu'est un prêtre, un pasteur; c'est maintenant, fidèle imitateur du Pasteur suprême, que vous allez vous multiplier vous-même pour subvenir à tous les besoins spirituels et temporels de vos enfants; maintenant que vous implorerez plus vivement que jamais les miséricordes du Père des pauvres, maintenant que vous ressentirez plus vivement que jamais les misères de tous ceux qui souffrent : heureux de mourir chaque jour pour votre Dieu et pour votre peuple. Voilà ce que l'Eglise commande au prêtre, au pasteur catholique , voilà ce que le monde attend de lui. » (Ilist. univ. de VEgl. cath.j par l'abbé Rhorbâcher, tom. ^^P- ^58.)

REFUS DE SÉniLTURE.

Celte question pratique a fait un pas dans la vole de la liberté, depuis que M. le ministre de l'intérieur a adressé une circulaire à tous les préfets, au sujet des refus de sépulture ecclésiastique.

On sait que trop souvent, à cette occasion , de Irisles conflits éclatent entre l'autorité spirituelle et l'autorité civile, et donnent toujours lieu à de grands scandales, comme on vient de le voir encore, l'an dernier, à Périgucux. INous en dirons deux mots plus loin.

Depuis cette époque de scandale, est intervenue la circulaire minislérielle dont voici la copie.

Paris, le i6 Juin 1847.

Monsieur le préfet.

L'attention du gouvernement a été plusieurs fols appelée sur les conflits qui s'élèvent entre l'autorité civile et le clergé, dans les cas de refus de sépulture ecclésiastique. Quelques doutes s'élant élevés sur le sens qui doit être donné aux dispositions de l'arllcle 19 du décret du 23 prairial an XII, il m'a paru convenable de vous adresser à cet égard des instructions, préalablement concertées avec M. le garde-des-sccaux ,

Di-NAM" L\ SOCIÉTÉ. 5l5

et qui auront pour ol)jet de vous lîxer sur la règle de conduite que vous devrez suivre à l'avenir.

La sépultuic donnée aux morts peut être considérée sous deux points de vue :

i" L'acte pur et simple de l'inhumation que la loi civile réiiit, dont elle détermine les condilions, et pour lequel sont établies des règles ("ondées sur les convenances d'ordre public et de salubrité : c'est là un point de police municipale dont l'autorité administrative doit seule connaître, et pour lequel elle ne prend conseil que d'elle-même.

2« La cérémonie religieuse qui, de sa nature, louche au grand principe de la liberté des cultes, et à laquelle préside le ministre de chaque culte dans l'enceinte du temple.

11 est important de ne laisser s'établir aucune confusion entre ces deux actes, dont l'un n'est régi que par la loi civile, tandis que l'autre se lattache à un ordre d'idées exclusivement placées dans le domaine des choses religieuses.

Or, l'article 19 du décret du 23 prairial an XII est conçu en ces termes :

« Lorsque le ministre d'un culte, sous quel- « que prétexte que ce soit, se permettra de rc- « fuser son ministère pour l'iidiumation d'un w corps, l'autorité civile, soit d'olllce , soit sur « la réqui.sition de la famille, commettra un au- " Ire n)inislre du nième culte pour y remplir ces

5lG LE PH^TRE

« fonctions; dans tous les cas, l'autorité civile « est chargée de faire porter, présenter, déposer « et inhumer les corps. « (i)

Ces dispositions du décret de prairial ont à plusieurs reprises reçu une interprétation qui, il faut le reconnaître, ne saurait se concilier avec nos institutions, qui garantissent aux cultes protection et liberté, et spécialement avec l'article 5 de la charte de i85o.

D'autre part, l'article i^^ du concordat déclare que « la religion catholique, aposlolique(2), <' sera librement exercée en France. »

(f) M. Dupin , procureur-général à la cour de cassation, dans un réquisitoire fait au sujet d'un arrêt du 25 juin i83i , a déclaré « qu'on peut faire ouviir les portes de l'église, parce que la loi le permet, et faire présenter le corps, parce que c'est un fait matériel ». Cette interprétation ne nous paraît pas exacte; elle est contraire à la liberté du culte catholique et à la police intérieure de l'église , qui appaitient exclusivement au prêtre. Un individu, qui s'est lui-niêrae volontairement excommunié avant de mourir, jie peut plus entrer en aucune espèce de communion avec l'Église, ni être mêlé, par conséquent, à l'assemblée des fidèles , et surtout si cette assemblée a lieu dans le temple catholique. Vouloir donc faire entrer dans l'église un cadavre malgré le prêtre ou l'autorité ecclésiastique , c'est évidemment faire violence au culte catholique et déshonorer l'église par une profanation sacrilège. C'est ce qu'ont enfin senti, M. le ministre des cultes, Martin (du Nord), et M. Duchàlel, ministre de l'intérieur.

(?.) Ou a omis, dans celte circulaire ministérielle, le

L'article 12 « remet à la disposition des évè- « ques toutes les églises métropolitaines, cathé- « drales, paroissiales et autres, nécessaires au « culte ».

L'article g de la loi organique du 18 germinal au X est ainsi conçu : « Le culte catholique sera « exercé sous la direction des archevêques et « des évèques dans leur diocèse , et sous celle « des curés dans leurs paroisses ».

Des termes exprès de ces diftérentes lois, toujours invoquées, il résulte nécessairement que toute mesure dont l'objet sera de porter atteinte à la liberté du culte catholique, de le contrarier dans l'exercice légitime de ses droits, d'enlever à ses ministres la surveillance qu'ils peuvent seuls exercer dans leurs temples, en matière de dogme , de discipline ou de prières ,

mot romaine, qui se trouve pourtant dans le concordat. On comprend toute la portée que l'omission d'un mot de celte nature pourrait avoir. Cela nous rappelle le trait suivant : on venait d'organiser l'enseignement public j il était question de lui donner une base. Après vingt-trois mises sur le métier, le conseiller Fouicroy avait présente un projet de décret dont l'article 58 disait : « Toutes les écoles de l'Université prendront pour base de leur enseignement les préceptes de la religion chrétienne... » L'empereur trouva que le mot n'était pas assez explicite j il effaça chre'tiennti et mit catholique! Sans ce mot catholique de Napoléon, la France serait pr-ut-ètre protestante aujouitriiui.

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constlluerail par ce seul l'ait une violation des droits garantis par la loi fondamentale et par la loi du i8 germinal an X; d'où il suit que l'article If) du décret du 25 prairial an XII (i) ne saurait valablement attribuer à l'autorité civile le dioit de faire ouvrir les portes d'une église dans le but d'y introduire le corps d'un homme à qui le clergé refuserait la sépulture ecclésiastique. En procédant ainsi, elle dépouillerait le prêtre de la liberté d'action dont il doit jouir dans l'exercice de ses fonctions spirituelles, et c'est ce qu'a pensé M, le garde-des-sceaux , ministre des cultes, lorsque, consulté sur cette question, il a fait connaître , par une décision en date du 28 juin i858, que l'article 19 du décret de prairial « ne saurait recevoir ni interpréla- « tion ni exécution contraires aux lois fondat( mentales , à la distinction et indépendance « réciproque des deux puissances que ces lois « ont étaljlies. »

(1) Nous ne parlons pas ici , dit M. de Cormeniii , de ce décret insensé du 25 prairial an XII , qui veut que l'aulorité civile commette «l'oflice , mais sans contrainte loutc- Ibis, un autre ministre du culte. Qu'est-ce eu effet que ce prélie automate qui arrive au premier coup de sifflet de l'autorité civile, et qui prie par commission? Etrange contradiction! Vivants, nous refusons d'entrer dans le temple de Dieu, et morts, il faut que notre cadavre en enfonce les portes , pour y recevoir les bénédictions empressées de ses ministres. {Droit ndtnin., t i , p. ^59.)

DEVANT LA SOCIÉTÉ. 5rg

Ces principes se trouvent d'ailleurs consacres d'une manière générale par une délibération du conseil d'Etat du 29 avril i83i , au sujet de l'inhumation d'un enfant mort sans hapicme. Le conseil d'Etat, se fondant sur l'article 5 de la charte constitutionnelle, et coTisidérant que la liberté des cultes est un des principes fondamentaujc de notre droit public j a été d'avis que la police locale devrait demeurer étrangère aux observances particulières à chaque culte.

Si donc le cas de refus de sépulture ecclésiastique prévu par le décret de prairial venait à se présenter, l'autorité civile, par respect pour le principe de la liberté religieuse et pour la légitime indépendance du culte, devrait formellement s'abstenir de tout acte qui y porterait atteinte, comme d'introduire de force le coips du défunt dans le temple et de faire procéder à des cérémonies qui, détournées de leur but, ne seraient plus qu'un acte de violence exercé contre la conscience du prêtre et un scandale.

Il pourrait se faire que les préjugés populaires, fortiliés par l'habitude, fussent le prétexte ou la cause de démonstrations malveillantes ou contraires aux principes que je viens d'exposer : en pareille occasion, le devoir de l'autorité sera de rappeler les esprits à la raison et de maintenir la loi; elle veillera ensuite à ce que, dajis les cas bien et dûment constatés de refus de se-

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pulture ecclésiastique, le corps de la personne défunte soit transporté dans le lieu des inhumations avec toute la décence convenable et avec tous les égards dus aux familles.

J'ajouterai que si les refus de sépulture étaient inspirés par des sentiments autres que ceux du devoir, les familles trouveraient, dans les dispositions des articles 6 et suivants de la loi du 18 germinal an X, les moyens d'obtenir la répression de tels abus.

Ce sont là, monsieur le préfet, les principes qu'il m'a paru convenable de vous rappeler : je vous invite à veiller à ce que , dans l'étendue du département dont l'administration vous a été confiée, ils ne puissent cire méconnus ni éludés. A cet égard, je compte sur votre fermeté et sur votre prudence.

Recevez, etc.

Le ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur,

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