‹ Le prêtre et le medecin devant la sociétéChapitre 34 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

IV

Un incrédule vous dit : Je voudrais bien croire, j'emploie tous les moyens que je crois propres à me procurer le précieux trésor de la foi, et je ne puis y parvenir.

Voici ce que nous disons aux personnes de ce caractère : Voulez-vous sincèrement revenir à la reliifion et obtenir l'inestimable don de la foi? demandez -le; priez. Point de religion sans prière, a dit Voltaire. fEssai sur les mœurs et l'esprit.J Demandez à Dieu la foi, sans laquellcy dit Rousseau, nulle véritable vertu n'existe. (Emile.) Si vous récusez l'autorité de ces deux pères j de ces deux ^/oc^ez^r.? gallicans, vous ne

pourrez du moins rejeter celle du docteur par excellence, du grand docteur des nations. Voici son oracle l'eçu de toute la chrétienté même dissidente : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ^). Sincfidcy impossihile est placere Deo. (llcb. 1 1-6.) Demandez donc la Toi et vous l'obtiendrez; ou plutôt, si vous la demandez avec instance, avec sincérité, simplicité et humilité, et en commençant par pratiquer ce qu'elle commande, vous l'avez déjà par là même. 11 n'est pas nécessaire d'éprouver actuellement l'impression sensible de la foi. La vertu n'est pas d;ins le sentiment, fju'il n'est pas li!)re à l'homme d'avoir ou de n'avoir pas, mais dans la volonté dont il est le maître et le libre possesseur. Dites avec l'homme de l'Evangile : Credo Domine ^ acljiwa ineredulitatem niecmiy ou avec les apô'.res : Domine, adauge nohis jidem. Rien enfin n'est refusé à la prière. Qucvcumqiie volueritis , petetis et Jiel vohis. (Jean. iS-q.^

Mais comme ces assertions pourraient paraître à certains esprits un peu vagues ou trop générales, voici un moyen pratique plus sur, plus prompt et plus cllicace : c'est de commencer toute l'œuvre de la conversion parla confession. Cet acte d'humilité, d'obéissance, de soumission et de foi praticjue, sera pour vous une source féconde de lumières, de grâces, de coulage, de force, d'ineirablcs douceurs et d'im-

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menses consolalions. (Voyez ce que nous avons dil sur la confession, à la I""* partie, chap. 4)

Faites donc maintenant, bien et avec fruit, ce qu'à la mort vous ferez peut-être, pour ne pas dire probablement, mal et sans fruit; oui à la mort, à ce moment terrible où il faudra nécessairement faire cet acte de religion solennel et décisif, ou mourir en repoussant les sacrements de l'Eglise, c'est-à-dire d'une manière lamentatable , en impie et en réprouvé; ou, en d'autres termes, ce qui est horrible à dire, mourir sans la grâce et sans la miséricorde de Dieu! ISous avons connu dans le monde une sainte personne qui, en mourant, disait à son neveu : Oh! mon ami y qu'il est doux de mourir da7is la miséricorde de Dieu!!! Ce neveu, qui conserve bien précieusement dans son cœur ces sublimes et consolantes paroles, est aujourd'hui un des plus pieux, des plus charitables et des plus savants médecins que nous connaissions.

Or, ce sont précisément ces trois qualités, c'est-à-dire la piélé, la charité et la science, qui forment les principaux éléments du vrai bonheur du médecin chrétien. Car les médecins incrédules ou irréHgieux , ainsi que tous les incrédules en général, ne sont point véritablement heureux, ni ne peuvent l'être, parce qu'ils n'ont point la paix avec Dieu et avec leur conscience. 11 faut que l'oracle divin s'accomplisse : Non est

pax impiis. (Isaïe, 57-31.) Jamais ils ne goûtent cette joie pure et incfFable du cœur que donnent la paix de l'àuie et le témoignage d'une bonne conscience. Un fond d'amertume et de tristesse, un malaise moral indéfinissable amène à la longue cette lassitude de la vie qui conduit, hélas! si souvent à ce funeste tœdiiiin vitœ dont on connaît la fréquente péripétie chez les hommes sans foi , c'est-à-dire sans ressource contre les mauvais jours de la vie. L'éclat de la renommée et les jouissances de la fortune sont pour un trèspetit nombre de médecins. Et encore combien cette ombre de félicité durera-t-elle? On sait d'ailleurs combien sont fragiles les biens de la fortune. U y a long-temps qu'on a dit : Fortuna vitrea est, diini splendet J rangitur. Si la fortune ne se brise pas. c'est le possesseur qui se brise. Dupuylren et Lisfranc, qui avaient de la réputation et de la fortune, sont morts avant l'ài^'e de soixante ans. Sic vos non vohis.

Quant au médecin religieux , il est toujours content et jojeûx , et par conséquent heureux, quoi qu'il lui arrive. C'est le juste , c'est le vrai sage, en un mot, c'est le philosophe chrétien qui est calme et serein au milieu des épreuves que Dieu lui envoie, car le juste, l'homme de bien doit être éprouvé pour èlre purifié. Parce que vous avez été agréable à Dieu, dit l'ange Raphaël à Tobie, il a fallu que vous ayez élé éprouvé par

la tcnlalion. Quia acceptas eras Dco , necesse fuit ut tcntatio probaret te. (i2-i5.) Le philosophe chrclleii demeure donc debout et calme au

milieu des ruines : impavldum f crient ruinœ

Aucune lempcie terrestre ne le renverse, aucun événement humain ne ra])at, parce qu'il est établi Ferme sur le roc inébranlal)le de la foi. Ce principe puissant d'action le rend fort et capable de tout; oui, celui qui croit peut tout : Oninia possihilia sunt credenti. (Marc, g-22.) Voyageur d'un jour dans des régions étrangères, il regarde tous les événements de la vie qu'on appelle malheurs comme des accidents du voyage. Il continue sa marche sur la route du temps, et ne s'arrête que lorsqu'il est entré dans le repos de sa véritable et éternelle patrie.

On a beau vouloir s'étourdir sur les iji"i»udes cl terribles vérités que la foi du genre humain nous présente , l'illusion ne durera pas toujours. Tout passe, fortune, honneur, gloire, renommée, plaisirs; tout est emporté par le temps et dévoré par la mort. Rien ne demeure fixe et imluuable, tout péril, excepté la vérité de Dieu qui deujcurc éternellement. V^eritas Dominimanet in œternum. (Ps. i 16.) Quoi que les hommes pensent, disent ou fassent, les choses restent ce qu'elles sont. Les vérités catholiques survivront à toutes les ruines humaines, et, à l'heure supième, ollos investiront et accal)lcronl d'une

clarlc terrible ceux qui les auront volontairement repoussées jusqu'à la fin. Oui, la lumière de la tnort est épouvantable et horrible pour l'inîpie. Mors peccatoruin pessima. (Ps. 55.)

Nous allons uiaintenant rapporter ou rappeler du moins quelques faits d'incrédules tristement, célèbres.

Sur quoi repose le plus souvent l'incrédulité ou le seplicisme de nos médecins esprits-forts? Sur un peut-être^ un je ne sais ce que c'est, un je n'en sais rien, comme on le verra p;ir cet exemple si frappant de Barthez. « Ce célèbre médecin touchait à sa lin. (Il est mort en 1806.) Une personne très-recommandable qui avait avec lui des liaisons l'alla voir dans l'espérance de lui faire accepter les consolations religieuses que sa position devait lui rendre si désirables; elle le trouva tel fju'elle s'était attendue à le trouver, triste, sombre, inquiet. Son trouble et ses angoisses, qu'en vain cherchait-il à dissimuler, se décelaient à chaque Instant. Emu de ses souffrances, son ami lui parla de la religion , seule capable de les adoucir; mais le doute avait pris depuis trop long-temps possession de celte àmc pour qu'aucune croyance y put désormais entrer. Croire, dit 13arlhez, il n'y a que les sots qui croient quelque chose. — Et la matière, les corps? — Je ne sais ce que c'est ni ce qu'on veut dire par là? — Mais la conscience? — l'allé est le

fruit des préjugés : si on m'en avait inspiré d'autres dans mon enfance, elle croirait bien tout ce qu'elle croit mal, et ne me causerait maintenant aucun trouble. — Eh quoi ! n'y a-t-il donc rien de certain? Par exemple, ne vaut-il pas mieux nourrir son père que de l'égorger? — Monsieur, répond le malade, à vous parler bien franchement, je ne vois pas sur quel principe on peut s'appuyer en bonne philosophie pour le décider; je n'en sais rien. — Enfin , les mathématiques n'ont-elles plus aucune certitude à vos yeux? — Je vois dans les mathématiques une suite de conséquences parfaitement liées; pour la base, je ne sais ce qu'elle est. — Eles-vous donc assuré de n'avoir rien à craindre? — Je n'en sais rien. Quelques jours après, Barthez n'était plus. Ne pas croire quand on voudrait croire , quand on en sent l'avantage et le besoin, est la punition de n'avoir pas cru par une résistance criminelle de la volonté, lorsf[ue la raison nous entraînait de de tout son poids wcvs la vérité manifeste. L'entendement perverti se refusant à toute conviction , il ne reste pour unique doctrine que le scplicisme absolu. » (^De VljidiJJérence en matière de religion j t. i.)

Voici quelques passages extraits de la profession de foi de Broussais; cette déclaration du docteur est intitulée : Dês^eloppemeTit de mon opinion et expression de ma foi. Cette pièce

posllnimc a clé insérée dans la notice historique de Broussais publiée par M. de Montègre.

« Je sens comme beaucoup d'autres qu'une intelligence a tout coordonne^ je cherche si je puis en conclure qu'elle a créé; mais je ne le puis pas, parce que l'expérience ne me fournit point la représentation d'une création absolue; je n'en conçois que de relatives, et ce ne sont que des modifications de ce qui existe , dont la seule cause appréciable pour moi est dans les molécules ou atomes et dans les fluides impondérables qui font varier leurs activités; mais je ne sais ce que c'est que les impondérables ni en quoi les atonies en diflcrent, parce que le dernier mot sur ces choses n'a été dit ni par les physiciens ni par les chimistes, et que je crains de me représenter des chimères.

« Ainsi sur tous ces points j'avoue n'avoir que des connaissances incomplètes dans mes facultés intellectuelles ou mon intellect, et je reste avec le sentiment d'une intelligence coordonnatrice, que je n'ose appeler créatrice, quoiqu'elle doive l'être ; mais je ne sens pas le besoin de lui adresser un culte extérieur autre que celui d'exercer, par l'observation et le raisonnement, l'intelligence pour l'enrichir de nouveaux faits, et les sentiments supérieurs, parce qu'ils aboutissent au grand bien de l'homme forcé de vivre avec

ses semblables, c'est-à-dire social

»f Je ne crains rien et n'espère rien pour une autre vie , parce que je ne saurais me la représenter.

« Je ne crains pas d'exprimer mon opinion ni d'exposer ina profession de foi, parce que je suis convaincu qu'elle ne détruira le bonheur de personne. Ceux-là seuls adopteront mes opinions

qui étaient organisés pour les avoir

(( On avait beau me dire :

La nature ne peut pas s'être faite elle-même , donc une puissance intelligente l'a faite. — Je répondais : Oui, mais je ne puis me faire une idée de cette puissance. — Dès que je sus par la chirurgie que du pus accumulé à la surface du cerveau détruisait nos facultés, et que l'évacuation de ce pus leur permettait de reparaître, je ne fus plus maître de les concevoir autrement que comme des actes d'un cerveau vivant, quoique je ne susse ni ce que c'est qu'un cerveau ni ce que c'est que la vie. Ainsi les études anatomiques, physiques et chimiques ne m'ont rendu ni plus ni moins croyant, c'est-à-dire capable de me figurer avec conviction un Dieu opérant comme un homme multiplié et une âme faisant mouvoir un homme, parce que celte àme me paraissait un cerveau agissant et rien de plus , sans que je pusse dire comment il agissait. »

Broussais reconnaît une intelligence coordon-

nalrlcc, cl n'ose l'appeler créatrice, qiioiqu elle doive l'être. 11 nie donc ce qu'il adirnie être 7iécessaire y c'est-à-dire ce qui doit être. — 11 ne croit que ce qu'il peut se représenter. 11 a donc cru à une infinité de contingents qu'il a pu se représenter, et il refuse de croire à l'intelligence créatrice, c'est-à-dire à VEtre nécessaire.

Broussais ne craint rien et n'espère rien pour une autre vie, parce qu'il ne saurait se la représenter.

Nier une autre vie, c'est donner le démenti à tout le genre humain et se mettre en opposition avec tous les peuples de l'univers. En une semblable matière, vouloir ainsi fièrement braver la croyance constante et universelle du monde entier, c'est à mes yeux une insigne folie ou un stupide abrutissement amené par un inconcevable orgueil.

Broussais conçoit les actes d'un cerveau vivant; cela ne l'empêche pas de dire immédiatement après qu'il ne sait ce que c'est qu'un cerveau, quoique sans doute il puisse se le représenter, et néanmoins il assure que l'àme, qu'il ne connaît pas , n'est rien de plus que le cerveau agissant, qu'il ne connaît pas davantage. 11 ne connaît pas un Dieu opérant y il ne connaît pas la vie, il ne connaît pas la puissance intelligente qui a fait la nature, il ne connaît ni les atomes ni les impondérables, et, chose admirable! de

toutes ces inconnues Broussais compose ce qu'il appelle sa profession de loi. Eh! quelle profession de foi que celle qui consiste à ne rien connaître et à ne rien croire!

Nous citerons un dernier fait d'incrédulité pris comme les autres dans la classe élevée ou lettrée de la société. C'est dans cette classe qu'on les trouve plus aisément, parce que là ordinairement il y a plus d'orgueil : ne dites pas plus de raison forte et élevée, car je vous répondrais qu'un homme du peuple, qui sait bien son catéchisme, a la raison plus élevée que tous les philosophes du monde. Le catéchisme catholique est l'expression de la plus haute raison morale et sociale; oui, le catéchisme est la plus haute philosophie qui soit sur la terre. Voici donc le fait dont nous voulons parler. U y a quelques années, le supérieur d'une de nos maisons s'entretenant avec un ofïicier général , celui-ci se prit à dire : Quelle vie vous menez! vous n'éprouvez aucune des jouissances de la vie, vous vivez dans l'obscurité et dans un silence contraire à la nature. Vous êtes malheureux. Oui, répondit le digne supérieur , selon le monde qui ne croit qu'aux plaisirs matériels. — Ah je vous comprends ! Tenez, vos vertus et votre franchise me portent puissamment à vous estimer et à vous aimer; et il faut que je vous le dise : Moi aussi je fus heureux de cette vie que vous chérissez, j'étais se-

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niinariste, je croyais et je pratiquais. La révolution m'emporta loin de la religion; je servis nies passions et le monde, et je ne servis plus Dieu. Aujourd'hui, comblé d'honneurs et de richesses, je voudrais croire et je ne puis. Je vous admire, j'envie votre sort, et je suis forcé à en parler comme en parlent ceux qui n'y comprennent rien. Je déteste toute autre religion que la vôtre. La vôtre seule parle au cœur, satisfait l'àme; mais je n'y crois plus, et c'est pourquoi je vis sans relii^ion.

Mais pourquoi ne pas croire , répartit le pieux

aljbé? C'est impossible, je n'ai plus la loi.

— Considérez cependant que vous êtes un homme estimé, honoré, loyal et surtout d'une probité reconnue pour inaltérable; vous n'avez qu'un pas à faire pour sanctifier toutes vos excellentes qualités. Dieu n'est-il pas toujours votre père comme à nous; croyez-vous qu'il ne puisse pas répandre, dans votre âme desséchée et morte, l'étincelle de cette foi divine qui vous ferait revivre, vous communiquerait d'ineffables douceurs que votre septicisme vous empêche désormais dégoûter dans tous les biens terrestres? — J'ai perdu la foi, je le sens, elle ne peut plus revenir, n'en parlons plus. Et rincompréhensil)le officier général changeait de discours, parce qu'il ne pouvait plus maîtriser une émotion involontaire qui s'emparait de son àme bouleversée. Les pa-

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rôles de foi qui sont descendues dans cette pauvre àme peuvent devenir un principe de conversion pour un homme qui pratiquait déjà plusieurs vertus morales. 11 J a donc lieu d'espérer qu'ayant autrefois reçu l'instruction religieuse dans un séminaire, il pourra parcourir une courbe rentrante, comme parle M. de Maislre. Puisque nous venons de parler d'instruction religieuse qui fait faire quelquefois la courbe rentrante, ajoutons ici que l'on constate malheureusement bien souvent ce manque d'instruction religieuse dans les hautes classes et dans les classes lettrées, voire même parmi les médecins, qui, par la nature de leurs connaissances et de leur profession, devraient être les plus inslrviits et les plus religieux des hommes. De là, certes, une source abondante et fréquente d'incrédulité et de scepticisme : on n'aime pas et on ne pratique pas ce que l'on ignore. Ignoti nuUa cupido. Et jugez, si à cela, comme c'est l'ordinaire, se joint l'empire tyrannique des passions , ce sera bientôt un mal à peu près désespéré : plaga des- ]yerata. Instruisez-vous donc à fond dans la religion; c'est la plus haute philosophie que vous puissiez apprendre. Instruisez-vous comme tant d'autres que l'instruction a conduits à la connaissance de la vérité. Imitez La Harpe : « J'ai examiné, dit-il, et j'ai cru : examinez, et vous croirez comme moi ».

Nous conseillons de lire, entre autres livres, celui De l'existence de Dieu, par Fcnclon; De Ici spiritualité de l'dme, par de la Luzerne; et surtout les excellentes Conférences sur la religion, de M. Frayssinous. Cet ouvrage remarquable, bien écrit et savant, peut tenir lieu de tous les autres. La lecture de ce livre a fait dissiper bien des préjuges, et a contribué à la conversion de bien des personnes. Si l'on nous objecte que tous ces auteurs sont des prêtres qui, par convenance d'état, devaient écrire comme ils ont écrit, nous vous opposons un écrivain laïque qui doit avoir à vos yeux, ce nous semble, quelque valeur philosophique et scientifique. Or, cet auteur, c'est un des plus grands génies qu'ait produit la France. INous reproduirons ici quelques-unes de ses immortelles pensées sur les futures destinées de l'humanité, et sur l'extrême importance que tout homme raisonnable doit y attacher, puisqu'elles sont pour lui d'une conséquence inlinie.

K L'immortalité de l'àme est une chose qui nous importe si fort, et qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et toutes nos pensées doivent prendre des routes si difi'ércntes, selon qu'il y aura des biens éternels à espérer, ou non, qu'il est impossible de faire une démarche

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avec sens et jugement, qu'en la réglant par la vue (le ce point qui doit être notre dernier objet.

« Ainsi, notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce point, d'où dépend toute notre conduite j et c'est pourquoi, parmi ceux qui n'en sont pas persuadés, je fais une extrême différence entre ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s'en instruire, et ceux qui vivent sans s'en mettre en peine et sans y penser. •

« Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doulc, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n'épargnant rien pour en sortir, font de celte recherche leur principale et leur plus sérieuse occupation. Mais, pour ceux qui passent la vie sans songer à cette dernière fin de la vie, et qui, par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas en eux-mêmes des lumières qui les persuadent, néiflieent d'en chercher ailleurs et d'examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, quoique obscures d'elles-mêmes, ont néanmoins un fondement très-solide, je les considère d'une manière toute différente. Cette né'^liirence en une affaire où il s'asjit d'eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit j elle m'étonne et m'épou-

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vîinte; c'est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zclc pieux d'une dévotion spiritucllej je prétends au contraire que l'aniour-propre, que l'intérêt humain, que la plus simple lumière de la raison nous doit donner ces sentiments. Il ne faut voir pour cela que ce que voient les personnes les moins éclairées.

« 11 ne faut pas avoir l'àmc fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point Ici de satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité , que nos maux sont infinis , et qu'enfin la mort qui nous menace à chaque instant, nous doit mettre, dans peu d'années et peut-être en peu de jours, dans un état éternel de bonheur, ou de malheur, ou d'anéantissement. Entre nous elle ciel, l'enfer ou le néant, il n'y a donc que la vie, qui est la chose du monde la plus fragile j et le ciel n'étant pas certainement pour ceux qui doutent si leur àme est immortelle, ils n'ont à attendre que l'enfer ou le néant.

» 11 n'y a rien de plus réel que cela, ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves, voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde.

<f C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de cette éternité qui les attend. Comme s'ils pouvaient l'anéantir en n'y pensant point; elle subsiste malgré eux, elle s'avance, et la mort qui la doit ouvrir les mettra infailliblement, en peu

de temps, dans l'horrible nécessllé d'être éternellement ou anéantis ou malheureux.

« Voilà un doute d'une terrible conséquence, et c'est déjà un très-grand mal que d'être dans ce doute j mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher quand on y est- Ainsi, celui qui doute et qui ne cherche pas, est tout ensemble et bien injuste et bien malheureux; que s'il est avec cela tranquille et satisfait, qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu'il fasse le sujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature.

K Ou peut-on prendre ces sentiments? Quel sujet de joie trouve-t-on à n'attendre plus que des misères sans ressource? Quel sujet de vanité de se voir dans des obscurités impénétrables! Quelle consolation de n'attendre jamais de consolateur!

<f Ce repos dans cette ignorance est une chose monsti'ueuse et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en leur représentant ce qui se passe en euxmêmes pour les confondre par la vue de leur folie. Car, voici comment raisonnent les hommes, quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont et sans en rechercher d'éclaircissement.

« Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis

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dans une ignorance terrible de loulcs choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps , que mes sens, que mon àme; et celte partie même de moi, qui pense ce que je dis et qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l'univers, qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue sans savoir pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plutôt qu'à un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m'engloutissent comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connais, c'est que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignore le plus, c'est cette mort même que je ne puis éviter.

« Comme je ne sais d'où je viens, aussi ne sais-jc oii je vais, et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais, ou dans le néant ou dans les mains d'un Dieu irrité , sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage.

'< Voilà mon état plein de misère, de faiblesse, d'obscurité; et de tout cola je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à ce qui me doit arriver, et que je n'ai qu'à

suivre mes inclinations sans réflexion et sans inquiétude, en faisant tout ce qu'il faut pour tomber dans le malheur éternel, au cas que ce qu'on en dit soit véritable. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes; mais je n'en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher; et, en traitant avec mépris ceux qui se travaillent de ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un grand événement, et me laisser mollement conduire à la mort dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future.

(f En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables , et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement des principales vérités qu'elle nous enseigne. Car la foi chrétienne ne va principalement qu'à établir ces deux choses, la corruption de la nature et la rédemption de Jésus-Christ. Or, s'ils ne servent pas à montrer la vérité de la rédemption par la sainteté de leurs mœurs, ils servent au moins admirablement à montrer la corruption de la nature par des sentiments si dénaturés.

« Rien n'est si important à l'homme que son état; rien ne lui est si redoutable que l'éternité : et ainsi, qu'il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d'une éternité de misère, cela n'est point naturel. Ils sont tout

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autres à l'égard de toutes les autres choses; ils craignent jusqu'aux plus petites, ils les prévoient; ils les sentent; et ce niêuie homme, qui passe les jours et les nuits dans la rage et le désespoir pour la perte d'une charge , ou pour quelque oilcnse imaginaire à son honneur, est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, et qui demeure néanmoins sans inquiétude, sans trouble et sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles, dans un cœur si sensiljle aux plus légères, est une chose monstrueuse; c'est un enchantement incompréhensible et un assoupissement surnaturel.

V Un homme, dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, et celle heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre la nature qu'il emploie cette heure-là, non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer et à se diverlir. C'est l'état où se ti'ouvent ces personnes, avec cette différence que les maux dont ils sont menacés sont bien autres que la simple perte de la vie, ou un supplice passager que ce prisonnier appréhenderait. Cependant ils courent sans souci dans le précipice, après avoir mis quebjue chose devant leurs yeux poui- s'empêcher de le voir, et ils se moquent de ceux qui les en avertissent.

« Ainsi, non-seulement le zèle de ceux qui cherchent Dieu prouvée la véritable religion, mais aussi l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas et qui vivent dans celte horrible négligence. Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homuie, pour vivre dans cet état, et encore plus pour en faire vanité; car, quand ils auraient une certitude entière qu'ils n'auraient rien à craindre après la mort, que de tomber dans le néant, ne serait-ce point un sujet de désespoir plutôt que de vanité? IN'est-ce donc pas une folie inconcevable, n'en étant pas assuré, de faire gloire d'être dans ce doute?

« Et néanmoins il est certain que l'homme est si dénaturé, qu'il y a dans son cœur une semence de joie en cela. Ce repos brutal, entre la crainte de l'enfer et du néant, semble si beau, que nonseulement ceux qui sont véritablement dans ce doute malheureux s'en glorifient, mais que ceux même qui n'y sont pas croient qu'il leur est glorieux de feindre d'y être. Car l'expérience nous fait voir que la plupart de ceux qui s'en mêlent sont de ce dernier genre, que ce sont des gens qui se contrefont , et qu'ils ne sont pas tels qu'ils veulent paraître. Ce sont des personnes qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ds appellent avoir secoué le joug; cl la plupart ne le font que pour imiter les autres.

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« ]Mais, s'ils ont encore tant soil peu de sens commun, il n'est pas dillicile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là

de l'estime S'ils y pensaient sérieusement,

ils verraient que rien n'est plus capable de

leur attirer le mépris et l'aversion des hommes, et de les faire passer pour des personnes sans esprit et sans jugement. Et en effet, si on leur fait rendre compte de leur sentiment et des raisons qu'ils ont de douter de la religion, ils diront des choses si faibles et si basses, qu'ils persuaderont plutôt du contraire. C'était ce que leur disait un jour une personne : Si vous continuez à discourir de la sorte, leur disait-elle, en vérité vous me convertirez. Et elle avait raison; car qui n'aurait horreur de se voir dans des sentiments où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables.

« Ainsi, ceux qui ne font que feindre ces sentiments, sont bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des hommes. S'ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n'avoir pas plus de lumières, qu'ils ne le dissimulent point. Cette déclaration ne sera pas honteuse; il n'y a de honte qu'à n'en point avoir. Rien ne découvre davantage une étrange faiblesse d'esprit, que de ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Uieu. Qu'ils laissent donc ces impiétés à ceux qui sont assez

mal nés pour en cire véritablcincnl capa!)lcs : qu'ils soient au inoins honnéles gens, s'ils ne peuvent encore èire chrétiens, et qu'ils reconnaissent enfin qu'il n'j a que deux sortes de personnes qu'on puisse appeler raisonnables : ou ceux qui servent Dieu de tout leur cœur, parce qu'ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur, parce qu'ils ne le connaissent pas encore, f Pensées de Pascal.J

Il faut noter que Pascal ne parle que de ceux qui doutent. Rapelons ses paroles : Le ciel n'est pas certainement pour ceux qui doutent si leur cime est immortelle , ils n'ont à attendre que l'enfer ou le néant. Il ne s'agit donc pas ici de ceux qui nient; ils sont hors de cause, et leur affaire est réglée.

C'est, comme le fait observer M. Frayssinous, par la droiture du cœur, par la bonne foi, le désir sincère de connaître la vérité, que nous sommes estimables aux yeux du juste appréciateur des choses : qui le cherche avec des intentions pures, le trouvera. Pascal a dit après saint Augustin : « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. » CPensées.J

Le principe religieux, le sentiment divin doit dominer l'humanité tout entière. Hors de là, il n'y a dans l'homme qu'un vide affretix , un grand

fond de misère et une désolante et perpctuclie aiiitullon. « Avec le senliment de la divinité, dit Bernardin de Saint-Pierre, tout est grand, noble, invincible, dans la vie la plus étroite; sans lui, tout est faible, déplaisant et amer au sein même des grandeurs. Ce lut lui qui donna l'empire à Sparte et à Rome, en montrant à leurs habitants vertueux et pauvres les dieux pour protecteurs et pour concitoyens. Ce fut sa destruction qui les livra riches et vicieux à l'esclavage , lorsqu'ils ne virent d'autres dieux dans l'univers que l'or et les voluptés. L'homme a beau s'environner des biens de la fortune, dès que ce sentiment disparaît de son cœur, l'ennui s'en empare; si son absence se prolonge, il tombe dans la tristesse, ensuite dans une noire mélancolie, et enfin dans lô désespoir. Si cet état d'anxiété est constant, il se donne la mort. L'homme est le seul être sensible qui se détruise lui-même dans un état de liberté. La vie humaine, avec ses pompes et ses délices, cesse de lui paraître une vie quand elle cesse de lui paraître immortelle. »

Si l'absence du sentiment religieux produit, dans le cœur de l'homme, un si effroyable vide dans tout le cours de sa vie, que doit-on penser de ce qui arrive à l'homme irréligieux aux approches de la mort, à ce moment suprême oîi l'incrédule armé de toute sa philosopliie se déconcerte, frissonne et tremble comme la fojiilic

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que ic venl d'aulomne emporte, quod vento ra^ pitnr? (Job.) En voici un exemple frappant dans la lettre qu'un Anglais mourant écrivit à un de ses amis qui avait vécu dans des sentiments contraires aux siens; elle est bien capable de remuer un peu le cœur de l'impie ou du rationaliste.

« L'affreuse chose que la vieillesse! à peine suis-je l'ombre de ce que j'ai été. Les ressorts de mes organes sont usés par l'âge et par la débauche j mes infirmités augmentent à tout moment, et elles me font passer les jours et les nuits dans des tourments insupportables; mes jambes qui me portaient autrefois à tous les spectacles, et qui étaient mon principal ornement , l'admiration des bals et des assemblées, sont étendues sans mouvement sur une chaise; mes joues où l'on a vu briller l'embonpoint, sont sèches et rétrécles par les rides; mes lèvres ne sont plus couvertes que d'une peau flétrie et livide*; j'ai perdu non-seulement le pouvoir de jouir des plaisirs, mais même jusqu'au goût de la joie; on me fuit comme un objet triste et dégoûtant, et, loin de me plaindre de ma solitude, je voudrais, s'il était possible, me fuir moi-même. Ce n'est là qu'une partie de mes misères. Comment vous exprimer la frayeur que me cause l'approche de la mort? Je tremble malgré moi de quelque chose qui me menace , et que je m'efforce en vain de ne pas connaître; je sens un désespoir confus qui

m'a fall penser plus d'une fois à linir volonlairement des jours malheureux; mais lorsque ma main est prête à exécuter ce furieux dessein, je recule effrayé de moi-même et mon cœur se ^lace d'horreur; je suis épouvanté de cet avenir dont j'ai raillé mille fois, et que j'ai regardé comme une chimère. Qu'est-ce donc qui peut causer mon trouble? Est-ce la seule incertitude? Que dois-je penser de cet eflrayant avenir? y aurait-il à espérer quelques biens auxquels je ne puisse pas prétendre? ou, ce qui serait bien plus terrible, aurais-je à craindre quelque malheur dont le sentiment m'agite? Je me perds dans cette confusion de pensées et de sentiments. Hélas ! vous à qui je confie l'état de mon ame, vous êtes aussi près que moi de la mort, et vous l'attendez sans la craindre. D'où vient votre tranquillité? Quelles sont vos ressources? Je me suis toujours conduit par les lois de l'honneur; j'ai g-ardé fidèlement ma parole; je ne crois point jamais avoir fait de tort ni d'injure à personne. Enfin j'ai suivi scrupuleusement les principes de la nature. JNe sullisent-ils pas pour la conduite de la vie? Le flambeau de la raison n'est sans doute allumé que pour nous conduire; s'il nous égare, est-ce à nous qu'il faut imputer sa faiblesse? Je vous ai vu pratiquer exactement toutes les maximes de la religion; je vous ai vu docile à la voix des ministres de l'Eglise, et j'ai ri, je l'avoue, plus d'une

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lois, de voire pieuse crédulité; cependant vous êtes iranquille, et je suis dans une agitation continuelle : aveu désespérant que la vérité m'arrache; ma raison, ma triste raison m'a donc trompé! elle n'était donc pas capable de faire la règle de ma vie, puisqu'elle est trop faible aujourd'hui pour me défendre contre les frayeurs de la mort. Je vois trop tard toute l'étendue de l'erreur qui fait mon supplice. Cette honnêteté morale, dont j'ai fait mon idole, n'était que l'ombre des devoirs auxquels j'ai manqué. Qu'est-ce que l'honneur, hélas! sans la piété? qu'est-ce que d'avoir été lidèle aux hommes, lorsque j'ai été rebelle à mon Dieu? Je ne le reconnais que trop , la raison ne suOlt pas pour m'éclairer, elle n'a eu de force que pour me séduire; elle n'en a pas même assez pour soutenir jusqu'à la fin l'imposture; elle m'abandonne dans le temps qu'elle devrait être mon appui. Qui réparera les maux cfu'elle m'a faits? il ne me reste plus qu'un soulïle de vie que mes remords achèvent d'éteindre. O mon Dieu! est-il temps encore de lever les yeux vers vous? Aurez-vous pitié d'un infortuné qui vous invoque pour la première fols en mourant? Vous voyez, monsieur, mon désespoir

et la mortelle agonie de mon cœur. La plume me tombe des mains; mais faites publier ma lettre, et qu'on apprenne, par mon exemple, s'il est d'un homme de bon sens de vivre dans un

DEVANT LA SOCIÉTÉ. i\o5

système qu'il n'oserait envisager à l'heure de la mort, et dans lequel il ne voudrait pas qu'on le surprît. » Cette lettre a été traduite de l'anglais , et insérée par de Qucrlon dans la feuille licbdoniadaire des provinces, du 12 décembre 1755.

Locke écrivit de même, à son ami CoUins, une lettre qu'il le pria de n'ouvrir qu'après sa mort : Je vous souhaite, lui disait-il, le plus parfait de tous les biens ; à l'heure de la mort, on voit plus clair que jamais.

« Presque tous ceux qui vivent dans l'irréligion , ditBajle, ne font que douter, ils ne parviennent pas à la certitude; se voyant donc dans le lit d'infirmité, où l'irréligion ne leur est plus d'aucun usage, ils prennent le parti le plus sûr, celui qui promet une félicité éternelle en cas qu'il soit vrai, et qui ne fait alors courir aucun risque en cas qu'il soit faux.

« 11 est assez apparent que ceux qui affectent, dans les conipagnies, de combattre les vérités les plus communes de la religion , en disent plus qu'ils n'en pensent. La vanité a plus de part à leurs disputes que leur conscience. Ils s'imaginent que la hardiesse et la singularité des sentiments qu'ils soutiendront leur procureront la réputation de grands esprits. Les voilà tentés d'éialcr, contre leur propre persuasion, \cs difficultés auxquelles sont sujettes les doctrines de la Providence et celles de l'Évangile, ils se font

4o6 LE MÉDECIN

donc une habitude de tenir des discours impies; et, si la vie voluptueuse se joint à leur vanité, ils marchent encore plus vite dans ce chemin. Cette mauvaise habitude, contractée d'un côté sous les auspices de l'orgueil, et de l'autre sous les auspices de la sensualité, émousse la pointe des impressions de l'éducation; elle assoupit le sentiment des vérités qu'ils ont apprises dans leur enfance Les libertins ne sont guère persuadés de ce qu'ils disent; ils n'ont guère examiné, ils ont appris quelques objections, ils en étourdissent le monde, etc., etc. » (Dict. , t. i et 2. ) Hommes éceivelés et bien misérables ^ dit Montaigne, qui tâchent d'être pires qiiils ne peuvent. -

Quelle singulière anomalie dans notre singulier siècle! Toute la hiérarchie administrative, judiciaire , financière , forestière , bureaucralière, etc., est liée par la foi du serment. Depuis les plus hauts fonctionnaires et agents du gouvernement jusqu'au dernier garde-champètre, ou teneur de boutique de tabac , tout est ducment et sacramentellement assermenté. Les médecins seuls, contre l'ancien usage et contre ce qui se pratique encore aujourd'hui à l'étranger,

DEVANT LA SOCIÉtÉ. ^O']

sont dispensés du serment. Quoi! les ministres et les mandataires de la santé publique , les hauts fonctionnaires de la société, ne lui doivent offrir aucune marque, aucun caractère solennel de garantie et dft fidélité de leur sublime mission! Conçoit-on une si étrange aberration? Ainsi, les. médecins sont dispensés d'être fidèles à Dieu, à leur conscience et à la société; du moins ils n'y sont astreints par aucun serment , aucun acte public qui ait un caractère religieux et moral !

Cette conduite né^^ative de l'autorité ferait supposer que les médecins sont des hommes parfaits qui n'ont pas besoin de serment pour être fidèles à leur sublime mandat, ou que l'on fait peu de cas de la santé des populations : on ne peut admettre ni l'une ni l'autre de ces deux suppositions. 11 serait donc rationnel, sage, juste et huuiain, de la part de l'autorité, d'opposer à l'abus de mission du médecin un frein moral, et d'ollVir à la société la mesure de garantie morale qu'elle a droit d'attendre d'un gouvernement éclairé et paternel. Hippocrate, qui avait la raison si élevée, avait parlailcment compris toute la sainteté et la portée morale du serment, comme on peut le voir par la pièce suivante, qui est le serment que le vieillard de Cos exigeait de ses élèves.

w Je jure par Apollon, par Esculapc, par Hygie et par Panacéj je jure par tous les dieux

4o8 LE MEDECIN

et déesses de tenir religieusement la promesse solennelle à laquelle je m'engage.

« J'honorerai, comme mon propre père, le maître qui m'aura enseigné l'art de guérirj je lui témoignerai ma reconnaissance cfi pourvoyant à tous ses besoins j je considérerai ses entants comme les miens, et je leur enseignerai la médecine, s'ils ont le dessein d'embrasser cette profession.

« J'agirai de même envers tous ceux qui se seront engagés par le serment que je prètej mais je n'en admettrai aucun autre à mes leçons, à mes discours et aux exercices de ma profession.

« Je prescrirai aux malades le régime que j'aurai jugé convenable à leur situation , d'après mes facultés et mon jugement; je les préseivcrai de tout ce qui pourrait leur être préjudiciable.

« Aucune séduction ne pourra me déterminer à donner du poison à qui que ce soit; jamais non plus je ne donnerai de conseil criminel, de même que je n'aurai jamais de part à l'avortement forcé d'aucune femme.

« Mon unique but sera de soulager et de guérir les malades, de répondre à leur confiance, et d'éviter jusqu'au soupçon d'en avoir abusé, spécialement à l'égard des femmes.

(f Je conserverai religieusement l'intégrité de ma vie et l'honneur de mon art.

(f Je ne taillerai point les malades atteints de

la pierre; mais je laisserai aux personnes qui se chargent de cette opération le soin de la pratiquer.

« Quelle que soit la maison où je sois appelé, j'y entrerai dans la seule intention d'y secourir les malades , m'abstcnant de toute injure à leur égard et de toute corruption, spécialement de toute action libidineuse, soit que j'aie à traiter des hommes ou des femmes, des hommes libres ou des esclaves.

V- Si pendant le traileiîient , ou même après la guérison, je venais à découvrir, sur la vie des hommes, des choses qu'il importe de ne pas divulguer, ie les regarderai comme un secret, et je m'imposerai le silence le plus absolu à leur

égard.

« Puissé-je, religieux observateur de mon serment, recueillir le fruit de mes travaux et parcourir une vie heureuse, sans cesse embellie par l'eslimc générale! Si je deviens parjure, que le contraire m'arrive! » fDict. des sciences me d.J

Voilà comment le serment médical a été apprécié par un philosophe païen, né 460 ans avant Jésus-Christ.

Voici les qualités qu'Hippocratc exigeait du médecin : « On le connaît à son extérieur simple, décent et modeste; il doit avoir de la gravité dans le malnlien, de la réserve avec les femmes, de l'afTabililé et de la douceur pour tout le

4lO LE MÉDEClIt

monde j la patience, la sobriété, l'intégrité, la prudence, l'habileté dans son art, sont ses attributs essentiels ÏSe cherchez ni les richesses,

ni lessuperfluités de la viej guérissez quelquefois gratuitement, par le seul espoir de la reconnaissance et de l'estime des autres. Secourez, si l'occasion s'en présente, l'indigent et l'étranger; car, si vous aimez les hommes, vous aimerez votre art. Lorsque vous êtes invité à disserter sur une maladie, par les assistants, n'usez point de grands mots ni de discours étudiés et pompeux; rien ne décèle plus l'incapacité : c'est imiter le vain bourdonnement du irelon. Dans une maladie qui laisse à choisir plusieurs moyens cura tifs, le plus simple et le plus commode est celui que doit prendre un homme éclairé qui ne veut point en imposer ».

Voilà , en ce peu de mots du père de la médecine, tous les devoirs moraux du médecin , hors un toutefois , le devoir suprême, qu'llippocrate ne pouvait indiquer parce qu'il ne pouvait le connaître. 11 trace les règles des vertus morales dont l'ensemble doit former la moralité du médecin, laquelle est seule l'objet de ce chapitre. Il n'a point oublié le dévouement et la science qui formeront la matière des deux chapitres suivants.

Toutes ces vertus morales, et celles que contient le serment d'Hippocrate, élevées, comme

elles le sont aujourd'hui, à l'état de vertus chrétiennes, sont par là même devenues d'une pratique infiniment plus facile et surtout plus méritoire pour le médecin qui pratique exactement la religion chrétienne-catholique, et qui la regarde comme la règle invariable de sa conduite. Un médecin de ce caractère comprendra toujours tous ses devoirs et les accomplira fidèlement. 11 réunira donc les trois qualités essenliclles du médecin : la moralité, le dévouement et la science , par cela même et par cela seul que la pratique fidèle et éclairée du catholicisme est le premier mojjile et la base de toutes ses actions et de sa vie privée et publique. Il est donc inutile d'entrer dans le détail des vertus morales du médecin catholique; il les connaît et il les pratique : et. s'il se conduit autrement, il se dépouille lâchement et honteusement de l'auguste caractère de médecin chrétien et se rend indigne de la confiance de ses concitoyens. IS' appelez jamais les médecins irrêligieiioc auprès de votre lit, dit M. de Maislre; cherchons avant tout celui qui a juré d'aimer tous les hommes, et fuyons pardessus tout celui qui, par système , ne doit l'amour à personne. (Soirées de Saint-Pétersbourg.)

Il est incontestable et incontesté que le médecin religieux ofl'rc plus de garantie de moralité, de dévouement et même de science, que le mé-

4l3 J.E MEDECIN

decin irréligieux. Et cela doit être, c'est évidemlîient dans Tordre des choses morales, au moins pour les deux premiers points. Quant à la garantie de science pratique , elle n'est pas moins certaine , parce qu'elle est animée et vivifiée par la charité , et qu'ayant sa racine et sa raison dans la conscience, elle demeure inflexible et incorruptible. Il n'en est pas de même de la science du médecin irréligieux : elle est froide, glacée, égoïste, intéressée, c'est-à-dire qu'un médecin irreligieux, si son amour-propre ou un grand intérêt le demande, sacrifiera sa conscience ou le bien de son malade à sa science, à ses principes ou à sa réputation; c'est une chose qui est dans notre nature dégradée, et l'homme, sans le secours de la religion, ne peut s'élever au-dessus de la nature corrompue. Mais, dira-t-on, la probité, le sentiment de l'honneur, la dignité de l'homme, le respect pour l'humanité; ce sont donc des êtres de raison ou des chimères ! Oui , ce ne sont que de vains mots que tout cela , si le sentiment religieux ne domine pas l'homme tout entier! 11 en est ainsi, et il ne peut en être autrement.

Quant au médecin religieux, il sacrifiera, s'il le (uut, sa science et sa réputation à sa conscience ou au salut de son malade, comme nous l'avons vu plus haut. Aucune considération humaine ne pourra jamais le déterminer à une honteuse et

lâche transaction avec sa conscience et son devoir de médecin chrétien, et jamais il n'oubliera le mot d'Hoflfmann : Medicus sit christianus.

Enfin , la marche du temps que rien n'arrête amène à chaque malade la dernière heure de sa courte et fragile existence. C'est ce moment suprème de tous les mortels, ce jour d'amertume, de calamité et de misère, où, pour tout homme arrive au terme de son pèlerinage, le temps finit et l'éternité commence. C'est ce jour lumenlahle pour un si grand nombre de personnes, qui impose au médecin le dernier, mais aussi le plus grave devoir de sa profession, c'est-à-dire, celui d'avertir le malade ou du moins de le faire avertir, avec prudence et charité, du danger plus ou moins imminent de sa position, afin qu'en ce moment décisif, le moribond puisse être environné des consolations de la religion et fortifié par les sacrements de l'Eglise. Car, qui ne sera saisi d'cfiVoi à la pensée formidable de ce jour afiVcux où tout nous abandonne, où tout appui hunjain nous échappe, où la nature déconcertée frissonne à la vue de sa prochaine destruction, où nous sommes environnés, assaillis par des terreurs nouvelles cl Inconnues, où notre àme, en proie aux dernières syndércses, est saisie, étreinte par de mortelles angoisses, où désormais enfin nous demeurons sans espérance de retour, avec des douleurs sans ^x'd et des maux sans remèdes.

4l4 Ï^E MÉDECIN

Que le médecin remplisse donc ce dernier devoir avec toute la prudence et tous les ménagements que sa science et sa charité lui inspireront. Qu'il ne se laisse pas aller à la crainte du danger que l'on attribue ordinairement à l'accomplissement de ce devoir de charité. Ce danger est, sinon chimérique, au moins infiniment exagéré. La raison et l'expérience nous apprennent tous les jours que les consolations de la religion et les sacrements, qui sont institués pour le soulagement spirituel et corporel des malades, n'aggravent jamais leur position; et que, loin de troubler les âmes vraiment chrétiennes, ils les consolent et les rassurent contre les frayeurs de la mort. D'ailleurs, ils relèvent et fortifient singulièrement le système nerveux , cet immense levier du moral -de l'homme , élèvent l'àme à son plus haut degré de puissance, et la rendent capable d'imprimer un mouvement de force et de vitalité nouvelle à tout l'organisme plus ou moins déprimé par le travail de la maladie. On sait en effet que rien n'est plus propre à favoriser l'action de la médecine matérielle que la paix et le calme de l'âme et de la conscience. Cette heureuse situation morale double au moins la puissance médiatrice du système nerveux, sans l'influence de laquelle aucune maladie n'est humainement domptable. (Voyez notre Etude de la mort.)

11 faut maintenant que l'on convienne que la

mon , qui aura clé préccdce des prières el des saillies pratiques de l'Eglise, sera un peu plus rassuranle et plus consolante que l'eullianasie philosophique de nos sages modernes. (Voyez la conversion et la mort admirables de cet homme qui se vantait d'avoir tué 17 prêtres, dont quelques paroles d'un médecin chrélien furent évidemn)cnt l'occasion déterminante, p. 162.)

JNous terminons ce chapitre en recommandant aux médecins, non de se laisser éljlouir par l'éclat de leur profession ou séduire par la cupidité, lesquels n'engendrent souvent que l'orgueil el l'avarice, mais de méditer sérieusement sur la gravité des devoirs que leur impose leur haute mission sociale, méditation qui produira la modestie et la charité. Ainsi le choix est à faire entre l'orgueil et la charité. Le premier, qui éloigne de Dieu, conduit à une ruine inévitable et à la mort; l'autre, au contraire , conduit à Dieu et à la vie. C'est donc ici une question de la plus haute portée, une question vitale; et malheur aux médecins qui ne veulent pas la comprendre, et surtout malheur à ceux qui, après l'avoir comprise, ne veulent pas embrasser le parti de la véiité et de la charité, c'est-à-dire de Dieu. Les médecins de ce caractère, dit Vanhelmont, seront précédés de l'étendard de l'avarice et de l'impiété, et ils seront suivis de l'infamie et de la mort : Prœcedet eum avaritia et irreligio , et scquitur eum infumia et

4l6 LE MÉDECIN

mors. C'est entre les mains de ces sortes de médecins que Dieu fera tomber ceux qui sont rebelles à sa loi. Incidet in manus medici. (Eccli. 58.) Le même auteur ajoute que , pour les médecins qui sont animes par l'esprit et le sentiment religieux, ils seront précédés de la charité et suivis de la santé : Charitas prœcedet eoSj et à tergo sequitur sanitas.

S'il est des médecins qui n'embrassent pas les vérités de la religion catholique, c'est-à-dire de la véritable charité, c'est ou par faiblesse d'esprit, ou par faiblesse de caractère. Par faiblesse d'esprit : leur nullité intellectuelle les rend incapables de saisir aucune vérité d'un ordre un peu élevé et surtout de l'ordre moral, à moins que l'esprit ne soit docilej s'il existe une faiblesse de caractère, on sacrifiera la vérité reconnue à l'intérêt honteux de la passion, et certes, ni l'un ni l'autre ne peuvent véritablement honorer le médecin.

Tout à l'heure nous parlions d'embrasser le parti de la charité, c'est-à-dire de Dieu. Mais qu'est-ce , pour un médecin, embrasser le parti de Dieu? c'est reconnaître, avec la sainte Ecriture, que toute médecine vient de Dieu, à Deo omnis niedela; qu'il faut par conséquent tout rapporter à Dieu, n'agir que dans la vue de Dieu et du bien des malades ; enfin , il faut qu'on sache que, suivant l'Ecriture, c'est la parole de Dieu

DEVAM- I.A SOCIÉTÉ. 4' 7

qui guérit, et non nos topiques et nos lierbcs : INequè HERBA, NEQUÈ malagma sanat, sed sermo DoMiNi : nisL cniTu Doniimis sanaverit œ^iros in vciniini laborant qui curant et qui ciirantur.

Méditez ces choses, et faiies-vous-en l'application. Hœc méditai e y in Jiis esto , et te salvuni faciès. Nous l'avons déjà dit, il y a peu de professions plus propres que celle de la médecine à sanctifier l'iioniuie qui s'y livre avec charité Le fameux Arnaud de Villeneuve, lui-même, n'a t-il pas dit que l'exercice de la médecine était un puissant moyen de sanctification? Medicinam esse quibus homines in paradisuni ducuntur , ut polè quibus fiunt proniores ad niisericordiam , pietateni y mansuetudineni , benignitatem y castitateni y religionem et alias virtutcs capescendas. (Lih. simplicih.)

On a remarqué, dit M. le docteur Descurel, que, si la profession de médecin comptait dans ses rangs beaucoup d'incrédules et même de matérialistes, elle avait aussi donné à TEelise un grand nombre de saints. Voici un extrait curieux du catalogue des médecins qui ont mérité, par leurs vertus, d'être mis au nombre des saints : cette liste est tirée de leur histoire, publiée en 1645 par G. Duval , professeur et doyen de la faculté de médecine de Paris.

Saint Luc, d'Antiochc en Syrie, médecin de profession, excellent peintre, disciple des ap(\-

4'8 LE mÉdF.CIN

très et l'un des quatre évangclistes; saints Corne et DainicM, martyrs; saint Panialcon , de Niconiédie, niartyrj saint Antioclius, de Scbaste, martyr; saint Sanison, prêtre, médecin des pauvres; saint Otriculanus, martyr; saint Ursicin , de Ligurie, martyr; saint Alexandre, martyr; saint Cyrus, d'Alexandrie, médecin chez les Egyptiens et martyr; saint Césarius, médecin et sénateur de Bysance, frère de saint Grégoire de Naziance; saint Denis diacre; saint Codralus, de Corinthe , martyr; saint Papilius, diacre et martyr; saint Juvénal, évoque; saint Jean Damascène , médecin et grand docteur de l'Eglise; saint Diomède, de Tarse, médecin en Cilicie ; saint Léontius et saint Carpophorus, médecins arabes et martyrs; saint Gennadius, médecin grec; saint Euscbe, médecin grec, devenu souverain Pontife, prédicateur des héiéliques et martyr; saint Zénobius, d'Egée, d'abord médecin, puis évéque, martyr; saint Orestc, martyr intrépide de la Cappadoce; saint Emilien, médecin et martyr en Afrique; saint Antiochus, chevalier romain et savant médecin, martyr. On peut joindre à ces saints médecins, les médecins japonais, tels que le vieillard Paul , Louis Alraeida, et autres non encore canonisés. Nous ferons observer, comme point de comparaison, qu'on ne trouve dans le calendrier que saint Yves, qui ait exercé la profession d'avocat ou

DEVANT LA SOClÉTi:. /j-lQ

d'avoué. On trouve dans l'oillce de ce saint ces curieuses paroles : Sanctus Yvo ^ advocatus et non latrOj res miranda populo!

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