‹ Le prêtre et le medecin devant la sociétéChapitre 35 sur 37 · I.XFLUEXCE DE DÉVOUEMENT DU MÉDECIN SUR LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

I.XFLUEXCE DE DÉVOUEMENT DU MÉDECIN SUR LA SOCIÉTÉ

Le dévouement est une des qualités les plus essentielles du médecin; on ne conçoit même pas l'exercice de la médecine sans cet esprit d'abnégation et de dévouement de tous les jours et de tous les instants, qui est l'élément principal de l'art sublime de la médecine. La science et la moralité du médecin seraient vaines et stériles sans le dévouement. Il faut donc que l'homme de l'art donne à ses malades son temps , ses soins , son travail, son repos même s'il est nécessaire j en un mot, il leur doit l'application de toutes ses facultés physiques, intellectuelles et morales; et c'est alors seulement que son dévouement sera complet.

La vie du médecin est donc une vie toute de dévouement et de sacrifice. Le principe de charité, qui lui commande de ne voir jamais dans l'homme qui souffre qu'un malade à soulager, lui commande également de répondre à la cou-

tiancc de ce malade, quel qu'il soit, par le dévouement le plus sincère et le plus absolu.

Vivre pour les autres et non pour soi, telle est l'essence de la profession médicale, dit l'illustre Nestor de la médecine allemande. Le bien, le salut des malades, voilà le but que doit se proposer tout médecin honnête et probe, et il doit y tendre sans cesse, aux dépens de tous ses intérêts humains.

Ainsi donc plaisirs, jouissances, avantage personnel , commodités , repos , études, travaux, santé, réputation, etc., tout doit être subordonné à cet intérêt suprême ; tout au besoin doit lui être sacrifié. « Sa réputation même , dit M. le docteur Simon , après Hufeland , qui est son plus grand bien, il est des circonstances où le médecin doit généreusement la risquer pour atteindre le but que sa mission lui assigne. C'est ainsi, par exemple, que, s'il se trouve en face de certaines affections, au caractère insidieux, qui se jouent de tous les moyens de l'art, il peut se présenter un de ces cas difficiles où il ne lui reste qu'un dernier moven à tenter pour sauver la vie du danger prochain qui la menace; mais ce moyen est Incertain dans son résultat, et, s'il échoue, il arrivera presque infailliblement que la mort sera attribuée à l'emploi de ce moyen extrême. Quelle doit être la conduite du médecin dans celte occasion périlleuse? Elle est simple, il doit

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faire ce que sa raison, éclairée des lumières de la science, lui prescrit, et attendre avec calme Je résultat de sa pénéreuse détermination. Si le succès couronne sa tentative hardie, ou attribuera le résultat aux heureux efforts de la nature, ce qui dispense honorajjlement de toute reconnaissance. Si le remède est impuissant à conjurer le terme fatal, c'est lui qui aura déterminé la mort, et c'est sur le médecin qui l'aura imprudemment conseillé qu'on fera peser toute la responsabilité de l'événement. N'importe, il a fait ce qu'il a dû. Maintenant, qu'il courbe la icle et laisse passer cette justice des hommes en attendant celle de Dieu. » fDéontologie médicale. J

Ecoulons le célèbre Hufeland lui - même : K Anoblir son esprit, sacrifier sa personnalité aux intérêts généraux et à un autre monde, semer le bien autour de lui, tel est le but de son existence. Quoi de plus propre à \y conduire qu'une profession qui à chaque instant lui offre l'occasion , ou même lui impose l'obligation d'y aspirer, et à laquelle il est impossible de se vouer, quand on ne sait pas faire le sacrifice de son égoïsme et renoncer à toutes les illusions de ce bas-monde? Les devoirs du vrai médecin sont donc toujours en harmonie avec ses propres principes, avec ses convictions intimes, d'où ils naissent en quelque sorte spontanément. Ce qu'il

doit faire, il le fait avec joie, et de là résulte pour lui le suprême bonheur de la vie, l'accord parfait entre l'exléricur et l'intérieur. Malheur à celui dont les efforts ont pour but l'ambition ou la fortune ! 11 sera toujours en contradiction avec lui-même et avec ses devoirs j sans cesse il verra ses espérances déçues, ses désirs ne seront jamais remplis, et il maudira enfin une profession qui ne le rémunère point, parce qu'il n'en connaît pas la véritable récompense. » fEnchir.J

C'est donc par les actes, la conduite et le dévouement, et non par la recherche du langaj^c et les beaux discours, que le médecin se rend vraiment recommandable. MecUcus ab opère non à sernione 3 à medendo non à dicendo, dit excellemment le père de la médecine.

La vie du médecin doit être une vie d'abnégation, de travail, d'études, de soins, de sollicitude, en un mot de dévouement absolu et universel pour ses malades. Esclave de son devoir, il ne s'appartient plus , il est l'homme public entièrement dévoué au service de tout homme qui souffre, quel qu'il puisse être, pauvre, riche, ami, ennemi, faible, puissant, ignorant, savant. Ministre de l'humanité, le médecin doit voir dans l'homme, non la qualité, mais la maladie, non l'homme social, mais l'homme souffrant. Tout être souffrant a le droit imprescriptible de re- (juérir le recours de son ministère; ses douleurs

sonl le premier, Tunique lilre même qui établit ce droit inaliénable de l'humanité. Nous l'avons déjà dit ailleurs , le prêtre et le médecin sont les deux hommes les plus nécessaires de la sociétéj ils en sont la parfaite personnification : mais aussi c'est à la charge de guérir toutes les plaies physiques et morales de la société. De là leur immense labeur auquel se lient des fatigues, des travaux et des peines sans fin , si souvent mal appréciés et encore plus mal récompensés par la froide ingratitude ouïe superbe dédain. Comme le prêtre , le médecin sème sur sa route des bienfaits, transit benefaciendo ., et trop souvent il ne recueille que les fruits amers de l'ingratitude et de l'injustice. JN'importe, il faut que l'homme de bien, l'homme de la charité, du dévouement et de la science, poursuive sa marche et remplisse sa sublime mission jusqu'au bout , sans se fâcher ni se troubler des travers humains. Il faut se résigner à accepter l'humanité telle qu'elle est faite, avec ses infirmités physiques et morales. La reconnaissance pure, vraie, la sympathie du cœur pour prix d'un dévouement que peu d'esprits comprennent, sont la vertu des grandes ùmes, des natures élevées; on ne peut donc espérer de la rencontrer fréquemment. Encore une fois, prenons les hommes tels qu'ils sont, nous sommes faits pour servir la société , nous ne réclamons d'elle d'autre droit que celui de lui

être utiles en toute circonstance. Si les hommes manquent au devoir de la reconnaissance et de l'équité, remplissons, nous, médecins, celui de la charité et de la justice, rendons le bien pour le mal et notre récompense sera doublée. (1)

Que les médecins donc qui comprennent la haute dignité de leur profession (ceux qvii ne la comprennent pas sont indignes du nom qu'ils portent) n'oublient jamais qu'ils ont à remplir une mission d'humanité et de charité; que devant cette sublime mission doivent à jamais disparaître les distinctions de conditions sociales, d'opinions, de partis, de peuples, etc.; qu'ils doivent par conséquent prodiguer leur dévouement et leurs soins à tous les hommes qui les réclament; qu'ils aillent plus avant qu'Hq>pocrate dans le chemin du devoir et de la charité, parce qu'ils sont chrétiens.

Le trait d'Hippocrate refusant les présenis d'Artaxerccs, dit un savant professeur, M. Cruveiiher, pouvait bien être beau aux jeux de l'an-

(1) « Que si vos honoraires vous sont refusés, dit M. Ciuveiliier , vous avez le droit de les réclamer devant les tribunaux : mais je vous conseille de n'user jamais de ce droit, et d'abandonner les ingrats à leur ingratitude. Et telle est la sublimité de votre profession, que, si vos persécutenrs venaient de nouveau réclamer vos soins (et ils reviendront, car l'injustice est inconséquente), vous devez encore volei- à leur secours. »

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clenne Grèce et de l'ancienne Rome, qui appelaient du nom de barbares tout ce qui n'était pas la patrie,- et pour lesquelles les mots d'étrant^er et d'ennemi étaient synonymes; mais aujourd'hui que, sous l'influence si éminemment civilisatrice du christianisme, les chaînes de l'esclavage ont été brisées, que tous les hommes ne font plus ([u'une seule et même famille, si le fléau dévastateur décimait un peuple ennemi, si Artaxercès réclamait notre assistance, comme le vieillai'd de Cos, nous pourrions refuser ses dons, mais tous nous nous lèverions pour aller lui prodiguer les secours de notre art.

Aux yeux du médecin, suivant le langage sublime d'Hippocratc, tous les malades sont égaux, comme le sont tous les hommes devant Dieu. Cependant le malade qui souffre le plus, ou qui est exposé au plus grand danger, suivant l'équité et le droit naturel, doit être soigné et soulagé avant tout autre, quel qu'il soit. Quand toutes les circonstances sont égales, il est juste de donner la préférence au pauvre, car le riche est nécessairement plus en état d'attendre que le pauvre. Je plains, dit Mufeland, le médecin qui calcule l'importance de ses malades d'après leur rang, leur condition ou leur fortune : il ne connaît point encore la plus douce, la plus haute récompense de sa profession. Qu'est-ce qu'une poignée d'or auprès des larmes de la reconnais-

sancc brillant dans l'œil du pauvre, qui s'abandonne à vous tout entier, et se fait à jamais votre débiteur précisément parce qu'il ne peut rien vous donner, tandis que le riche croit, par ses dons, acquitter sa dette, souvent même se dispenser de toute reconnaissance, sans penser que ce qu'il offre n'a de valeur qu'autant qu'il s'y rattache un sentiment plus profond, un sentiment moral, à défaut duquel ce que le médecin a fait pour lui est salarié comme le sont les services vulgaires ou les humbles travaux de l'artisan. Non, les services rendus par un médecin consciencieux et dévoué, ne peuvent être appréciables au prix de l'argent. « Combien de fois, dit encore le célèbre praticien de Berlin , le médecisi n'esl-il pas le seul ami qui reste au pauvre gisant sur son lit de douleur ! 11 lui apparaît comme un ange consolateur, ses soins compatissants lui ramènent l'espérance qui l'abandonnait , et son art lui fait couler de nouvelles forces dans les veines. »

« Si les fonctions du médecin sont belles, dit Yic-d'Azir, c'est moins dans les palais et parmi les grandeurs, oii les motifs, soit apparents, soit réels, de l'intérêt, ne laissent aucune prise à ceux de l'humanité, que dans les demeures étroites et malsaines du pauvre. Là, point de protecteur, point de cupidité ; la renommée n'approche point de ces asilesj tout s'y tait, hormis la douleur qui

les fait si souvent relcnlir de ses san<»lots. Les victimes de la misère, celles de la maladie et de la mon, entassées, confondues, y ofîVent un tableau décliirant et terrible : c'est là qu'il est possible de faire le bien , là où l'homme peut secourir l'homme sans concours et sans témoins. » Mes meilleurs malades sont les paui^res, disait le grand Bocrhaave, parce que Dieu est cliar^é de me payer pour eux ; paroles sublimes que les médecins chrétiens ne sauraient trop méditer! En Angleterre, on a gravé sur la tombe du célèbre Fothcrgill celle simple et magnifique épilaphc : « Ci-gît le docteur Fothcrgill, qui, pendant sa vie, dépensa deux cent mille guinées pour le soulagement des malheureux j).

L'homme de dévouement et de sacrillce , après avoir rempli sa journée par l'exercice de sou ministère d'humanité, après avoir soulagé celui qiii souOVe, relevé le courage abattu d'un autre, répandu des bienfaits dans le sein du pauvre , et donné des consolations à tous, lui seul inconsolé, ou du moins ne tirant de consolation que du sentiment délicieux d'avoir rempli son devoir et fait quelque bien, rentre eniin chez lui accablé et épuisé de fatigue. Il va du moins maintenant se livrer à quelque repos nécessaire pour réparer ses forces et soulager ses membi'cs endoloris; vain espoir! Lasso non datur recules. Au milieu de la nuit, on vient l'appeler pour un

malade qui se meurt, c'est un pauvre en proie à d'immenses douleurs, exposé à un imminent danger; il est prive de toute consolation et de toute assistance humaine , il n'en attend que du médecin et du prêtre, ses derniers et constants amis. Mais le temps est affreux, les ténèbres profondes, le froid rigoureux; il pleut, il neige, il grêle, il tonne, le chemin est mauvais, impraticable. IN'importe, homme du dévouement et de la charité, debout, vite, il faut marcher; vous ne pouvez pas dire : j'irai demain, car peut-être n'y aura-t-il plus de demain pour ce malade. Le devoir le plus sévère et le plus inexorable vous commande donc de lui porter sans délai le secours de votre consolant ministère. Et malheur à vous si vous le refusez , vous êtes infidèle à votre mandat, vous prcvaiiquez et vous trahissez le devoir le plus sacré de votre sainte et sublime profession.

« On dit que l'exercice de la médecine et surtout de la chirurgie, endurcit le cœur. Oui, il émousse celle sensibilité des nerfs qui trouble les sens; mais il laisse intacte et pure cette sensibilité de l'àme, cette sensibilité virile qui compatit à la douleur, qui l'abrège, qui la console, qui relève le courage abattu, laisse à l'homme de l'art assez de sangfroid pour remédier à un accident imprévu, et se concilie avec une inébranlable fermeté — Cette sensibilité de l'àme >

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c'est riiumanitc, c'est la bicnfuisunce. L'huiuaiiiié el la bienfaisance sont par excellence les vertus du médecin, et le bonheur qui s'attache à l'exercice de ces vertus, sa plus douce récompense. Piacé par sa position sociale entre les riches et les pauvres, le médecin est en quelque sorte médiateur entre les uns et les autres; il fait descendre sur le pauvre les faveurs du riche, comme aussi il fait remonter vers le riche la reconnaissance elles bénédictions du pauvre. Il est le protecteur né de tous les malheureux, souvent leur unique appui, leur consolateur et leur ami.

<f Quelle prudence, quelle réserve, quelle discrétion, quelle délicatesse ne nous impose pas notre profession! Admis au foyer domestique, vous le considérez comme un dépôt sacré, votre bouche ne révélera jamais ce que vos yeux auront vu, ce que vos oreilles auront entendu; et lors même que la plus noire ingratitude viendrait payer vos soins généreux, les ingrats peuvent dormir tranquilles, leur secret mourra dans votre cœur. » (Cruveilhier.)

Pour résumer ce paragraphe, nous disons avec le docteur Monfalcon, que toutes les vertus sont renfermées dans l'exercice des fonctions du médecin chrétien. Son ministère commande le respect des hommes et l'admiration des sages. Cesser d'être à soi et se dévouer à jamais au service de l'humanité; ne se permettre aucun délasse-

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ment, aucune occupation étranj^ère à l'art de guérir; supporter les injustices, l'ingratitude et les caprices des hommes; mépriser le soin de sa vie dans le temps des calamités publiques; posséder en tout temps et en tout lieu un courage, un calme, une patience inépuisable, et faire enfin une entière al^négation de soi-même pour pratiquer la charité envers tout le monde et surtout à l'égard des pauvres : tel doit être le dévouement du médecin.

Considérons maintenant un instant le dévouement du médecin luttant courageusement contre l'influence meurtrière d'une épidémie contagieuse : c'est là son grand champ de bataille, son poste d'honneur. C'est sur ce théâtre qu'il doit rcn)plir le lôle le plus sublime, déployer ce caractère mâle, ferme et digne, ce courage imperturbable, ce sangfroid qui rassurent les populations frappées d'une stupeur mortelle. Au milieu de l'effroi général, le médecin doit rester calme et serein, son courage doit croître avec le danger, et de ses lèvres ne doivent tomber que des paroles de bonté, de consolation et d'espérance. Son premier soin, son premier devoir, c'est donc de s'appliquer à dissiper l'inquiétude des esprits dominés par l'impression dépressive

de la terreur, d'cxcller le courage abaUu des uns, ranimer l'espérance des autres et relever le moral de tous. Ce calme tranquille, cette parfaite ataraxie jointe à une juste mesure de tension nerveuse, sont le meilleur tonique, le vrai contbrtable de l'àme, et établissent la condition morale la plus propre à préserver les populations eflVayécs, des atteintes de la contagion. Il est certain que la tristesse, l'abattement, la frayeur et l'effroi, affaiblissent tout le système organique et la force nerveuse, rendent plus susceptible de contracter des maladies et d'y succomber : une disposition opposée doit donc produire un effet contraire.

On connaît le trait célèbre de Dcsgenettes. La peste menaçait l'armée française en Egypte; déjà le soldat, inaccessible à toute autre peur, était épouvanté par le nom seul du terrible fléau, et son courage invincible l'avait presque entièrement abandonné : Desgeneites ne balança pas, pour rassurer l'armée, d'aborder, de toucher des pestiférés et de s'inoculer la peste. — Quel héroïsme, dit Monfalcon, dans le dévouement de lierlrand et de Deidier , dans la fameuse peste de Marseille! Combien leur conduite fut admirable! Ces hommes généreux afl'rontèrent plus souvent la mort dans un petit nombre de mois, que le soldai le plus intrépide ne saurait le faire dans le cours de plusieurs campagnes.

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Une espérance terme et incbranUible cl l'enihouslasine de la confiance peuvent imprimer au système nerveux un ressort, un ton de vitalité et de force synergique immense, au point de ranimer et de revivifier pour ainsi dire la nature défaillante d'un moribond. Un homme, 'avant subi une grave opération chirurgicale, se mourait d'une hémorrhagie que rien n'avait pu arrêter. Son médecin arrive et le trouve à l'extrémité. Ah! monsieur, dit le malade, je suis perdu, je perds tout mon sang. Vous en perdez si peu, reprit le docteur avec un grand sangfroid et un ton plein d'assurance , que vous serez saigné dans une heure. L'idée d'une saignée chez un homme qui se croit exsangue, opère sur son moral la plus heureuse révolution; le sang s'arrête, et le malade se trouve hors de danger. — Un négociant, apprenant la nouvelle d'une banqueroute qui le ruinait, tombe dans une stupeur mortelle. Bouvard arrive et formule ainsi son ordonnance : Bon pour trente mille francs chez mon notaire. Ce fortifiant guérit sur-le-champ ce malade foudroyé, comme le congé délivré à un soldat nostalgique mourant le fait partir à l'instant alerte et gai pour regagner les foyers paternels. Revenons au champ de bataille que nous n'aurions pas du quitter.

Il faut donc que le médecin affronte tous les dangers du redoutable fléau qu'il a en face. Le

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génie de l'rpidcinic échappe à la pins rare sagacité, déconcerte toute la science, se joue de tous les efforts de l'artj n'importe , le médecin doit rester à son poste, au chevet du lit du moribond, épiant avec une anxieuse sollicitude une indication qui ne se présentera pas : sa place est là, une morale inllexible, un devoir inexorable, la voix sévère de la conscience, l'y retiennent invincildement. Le médecin, dit M. le docteur Simon, a peut-être saisi le caractère contagieux de l'épidémie, « il sait que les malades sont un foyer vivant d'infection, que leur souflle empoisonné, leur simple contact, suflisent pour transmettre la maladie j il n'a pas le droit de profiter pour lui de cet enseignement de la sience , il doit imposer silence à l'instinct de conservation qui lui crie de fuir, il doit vivre dans cette atmosphère mortelle. Les populations effrayées viennent-elles à soupçonner, dans le délire de la terreur, ce pernicieux caractère du mal, il doit ensevelir dans le sanctuaire de sa conscience ce secret dangereux; il doit réserver pour lui seul le privilège de cette torture morale «.

]\ous le répétons, rien, aucun intérêt humain ne peut affranchir le médecin du devoir le plus sacré et le plus impérieux, qui lui commande, en présence d'une calamité publique, de se dévouer, d'exposer sa santé, sa vie même pour le salut de ses concitoyens, de ses compatriotes,

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de tout le monde. Sans doute , pour accomplir une telle œuvre de dévouement, il faut être doué d'une force d'àme et de caractère surhumaine , et de l'esprit d'abnégation et de sacrifice le plus absolu. Mais où puiser ces sentiments , cet héroïsme de la vertu? Uniquement dans la toi relinieuse et dans la charité chrétienne. Le médecin qui montre un pareil dévouement inspiré par par un pareil motif, ne peut tarder à recevoir la seule récompense qui soit digne de sa charité et de son zèle, c'est-à-dire ce sentiment délicieux d'avoir ren)pli son devoir et d'avoir soulagé et consolé le pauvre. Aucun plaisir terrestre n'est au-dessus de cette ineffable consolation. Heureux donc l'homme qui applique toute son intelligence et tout son savoir au soin du pauvre et du malheureux. Bcatiis qui intelligit super ege~ num et pauperem y in die mcild liberabit eum Dominiis. (Ps. 4^0 (0

V Que n'aurais-je pas à dire, dit M. Cruveilhier, de ces médecins généreux qui ont fait le sacrifice de leur fortune, de leur avenir, de leur

(1) M. Hyde de INeuvilIe a rappelé, dans ces derniers temps, l'existence d'une loi «jiii e'tablit les droits de tout individu atteint par la maladie à être admis dans l'hôpital le plus voisin du pays qu'il habite, ou dans lequel il se tiouve accidentellement. Le bienfait de cette loi est surtout applicable aux malades pauvres des campagnes, pour lesquels aucun secours n'est assuré dans leurs maladies.

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vie, poui' aller sur tics plages loinlaiiies chercher la fièvre jaune cl la peslc, avec plus d'ardeur encore que le commun des hommes n'en met à les fuir; se soumellre aux expériences les plus dangereuses pour résoudre, dans rinlércl de l'humanité , la grande question de la contagion^ revêtir la chemise imprégnée de la sueur d'un malade qui vient d'expirer, et s'inoculer toutes les matières susceptibles d'inoculation. » ^Discours prononcé dans la séance publique de la faculté de médecine de Paris, le 2 novembre i85G.)

On se rappelle aussi les courageuses expériences faites en Egypte par M. Pariset et ses généreux compagnons. Ils se revêtirent tous d'habits de pestiférés qui venaient de succomber, après les avoir fait passer, toutefois, à une lessive chlorurée. Ou suit qu'aucun d'eux n'a gagné la peste par ces sortes d'expérimentations.

Le docteur Guyon , au rapport de M. Scoutelten , voulant rassurer les esprits sur les dangcis de la fièvre jaune, s'expose avec un dévouement héroïque à tous les genres possilîles de contact et d'inoculation. Ce couraijeux médecin prend , dans la grande salle de l'hôpital du Fortlloyal, en présence d'un grand nombre de personnes, la chenîisc d'un homme atteint de la fièvre jaune, tout iml)ibée de la sueur du malade, il s'en revèl sur-le-champ et se fait inoculer aux deux bras la matière jaune des vésicatoircs

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on suppuration. iV)!! coulent de cela, M. Guyon avale de la matière noire voinie par un malade qui ne tarda pas à succomber, et, immédiatement après sa mort, il se couche dans le lit qu'il avait occupé : le calme de son esprit était si complet , qu'il s'endormit en présence des lémoins de ses expériences.

Tout le monde sait que le généreux Chervin a parcouru les deux mondes pour démontrer la non-contagion de la lièvre jaune j il a épuisé sa vie et sa fortune en recherches pénibles et courageuses , et il est mort dans la misère, mais non dans l'oubli.

On sait quelle fut, en France, l'admirable conduite des médecins pendant l'épidémie du terrible choléra de i852 !

« Astruc n'a pas craint, dit M. le docteur Max. Simon, de déclarer qu'il n'y a que le médecin chrétien qui soit capable de braver froidement la mort sur le champ de bataille d'une épidémie contagieuse. Nous savons quelle énergie le cœur peut puiser dans les convictions religieuses, mais il n'est pas besoin de calomnier l'àme humaine pour rehausser le christianisme; l'une et l'autre sont l'œuvre de Dieu. Pourquoi dans ces solennelles épreuves, dans ce terrible icie-à-tète avec la mort, l'àme ne retrouverait-elle pas en ellemême quelques-unes de ces sublimes inspirations, de ces scntinîcnts généreux, que le Christ n'est

venu que rappeler à l'humanité, en leur donnant la sanction de sa parole divine. Il ne s'agit point ici, on le pense bien , d'une appréciation ihéologique d'un acte humain , il s'agit simplement d'un fait dont nous devons nous borner à constater la réalité. » (Déontologie médicale, p. 257.)

Si ^ s truc n'a pas craint de déclarer qu'il n'y a que le médecin chrétien, qui soit capable de braver froidement la mort sur le champ de bataille d'une épidémie contagieuse, pourquoi craint-on tant aujourd'hui de tenir le sublime laniiai^e d'Astruc? Pour nous, nous ne craii^nons pas de l'aire observer à M. Simon qu'il s'est étrangement trompé, lorsqu'il a dilqu il n'est pas besoin de calomnier Vume humaine pour rehausser le christianisme : ce qui veut dire , en termes plus clairs, que l'àme humaine n'a pas besoin d'être chrétienne pour braver froidement la mort, et que pour cela elle n'a pas besoin du chi isiianisme , ni des grâces qu'il lui confère. L'une et l'autre, ajoute-t-on, sont l'œuvre de Dieu. Le christianisme, oui; l'àme humaine dégradée et non régénérée et fortifiée par les sacrements du christianisme , non. Vous chercherez en vain le dévouement dont parle Astruc chez les païens, les maliométans , les juifs, et même chez les médecins déistes. On connaît le trait de Galien et mille autres de ce genre. Pourquoi l'ànje du médecin de Périma me cl de ses nombreux

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imitateurs ii'a-t-elle pas retrouvé en elle-même quelques-unes de ces sublimes inspirations ou de ces sentiments généreux qui auraient dû la retenir sur le champ de bataille de l'épidéiiiic? D'un autre côté, si le Christ n'est venu que rappeler à l'humanité ces sublimes inspirations et ces généreux sentiments , les juifs les avaient donc tous efifaccs de leur cœur aussi bien que les païens... Nous avons vu, dans la I""» partie de cet ouvrage, l'absence complète du dévouement chrétien chez les ministres protestants, parce qu'ils sont sortis du vrai christianisme, c'est-àdire du catholicisme. On ditqu'///2e s'agit pas ici d'une appréciation tJiéologique. Il s'agit, au contraire, très-fort d'une appréciation théologlquo; car, si vos vci'tus n'ont pas de base ihéologique, c'est-à-dire chrétienne, ce ne sont pins que de simples vertus morales, par conséquent li'èsdéfectibles et très -caduques, parce qu'elles ne s'appuient que sur un fondement purement humain, un intérêt passionnel, la gloire, l'honneur, la réputation, l'espoir de la fortune, l'amourpropre, l'orgueil, etc. Ce sont des vertns qu'ont pratiquées les philosophes païens, et Dieu, qui ne laisse aucune vertu sans récompense, peut vous en rémunérer par l'éclat de la réputation et peut-être de la fortune, comme il a récompensé les Romains de leurs vertus morales par une grande gloire et une immense puissance. Ce sont

là des récompenses dignes des vertus morales et non des vertus chrétiennes. Toutefois, nous acceptons, nous louons même les actes de dévouement d'un grand nombre de médecins, bien qu'ils n'agissent pas par un principe religieux ou par le motif de la loi chrétienne : ces bonnes actions, ces vertus morales , ces réalités enfin, sont utiles à la société, ce sont des lîlles de la civilisation; mais la civilisation n'cst-elle pas elle-même la fille du christianisme, d'où dérive finalement tout ce qui est bon, grand, généreux, sublime? Trouve-l-on beaucoup d'actes de dévouement solitaires, sans témoins, parmi les médecins déistes , ou dont la conduite n'est pas inspirée par la loi chrétienne? En trouve-t-on beaucoup de ce caractère, qui imitent le trait sublime de ce médecin chrétien qui, chaque fois après avoir reçu le montant du trimestre de sa place d'hôpital, épiait avec soin le moment où personne ne le voyait, pour le verser dans le tronc muet des pauvres? Il n'avait garde de déposer directement son aumône dans le sein de quelque pauvre solitaire qui n'aurait pas manqué de le trahir tôt ou tard. 11 n'y a que la foi chrétienne qui soit capable d'inspirer de pareils sentiments. La probité philosophique ne peut s'élever à cette hauteur, à cet héroïsme de vertu et de conduite surhumaine; la nature Immainc, seule et abandonnée à elle-même, en est absolument incapable.

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Dans un autre passage de la Déontologie médLcale^p. 25, livre d'ailleurs très-moral et qui contient beaucoup de bonnes choses, nous lisons les paroles suivantes qui , dans la pensée de l'auteur, rattachent avec raison tout au christianisme, lequel est un guide sûr et qui a des enseignements infaillibles : « La conscience, abandonnée à ses seules inspirations, peut broncher dans les roules ténébreuses sur lesquelles elle doit nous diriger; elle est accessible à toutes ses passions, elle à ses fantaisies, comme toute force qui ne se rattache point à quelque chose de fixe, d'immobile. Il faut donc remonter plus haut encore pour trouver un guide plus sûr, il faut remonter jusqu'au christianisme lui-même, qui a des enseignements infaillibles pour toutes les situations de la vie, jusqu'au christianisme qui, résumant sa docti'ine dans un seul mot, la charité, s'allie si merveilleusement avec une science dont le but essentiel est le soulagement des souffrances humaines. »

Si la conscience est sujette à tant d'aberrations , comment l'âme humaine pourra-t-ellc , sans le secours du christianisme, braver froidement la mort sur le champ de bataille d'une épidémie contagieuse? Plus bas, l'auteur ajoute : « C'est là, dans le christianisme, que le médecin doit chercher la lumière et la force dont il a besoin pour se tenir toujours au niveau de sa mission dillicile. » (P. 24.)

Voilà donc luainlenanl le christianisme noblement vengé par la plume éloquente de notre savant et honorable confrère. Mais pourquoi faut-il que, quelques lignes plus bas, il allirnie « qu'en dehors de la religion on trouve un grand nombre de médecins, qu'une conscience éclairée, qu'une véritable philanthropie dirige sûrement dans la voie scabreuse de leur sévère vocation » , Où ontils donc pris cette lumière et cette J^orce dont ils ont besoin en dehors de la religion, puisque, suivant l'auteur, c est dans le christianisme que le médecin doit chercher la lumière et la force dont il a besoin pour se tenir toujours au niveau de sa mission dijjicile. Si l'on trouve des médecins qui ont une conscience éclairée et une direction sûre en dehors de la religion , c'est qu'ils sont nés au milieu de la société chrétienne, qu'ils vivent dans son atmosphère cl qu'ils en respirent l'air vivifiant, c'est-à-dire qu'ils subissent, à leur insu, les salutaires influences du christianisme. S'ils sont estimables, s'ils iont le bien, c'est que, grâce à la religion qu'ils méconnaissent, ils sont heureusement inconséquents à leurs principes et évidemment meilleurs que leurs principes.

Si un médecin doit aimer tous les hommes et surtout les pauvres et ses confrères, il doit encore aimer davantage la vérité et ne la trahir jamais pour plaire aux hommes; car enlin il est impossible de plaire à tout le monde.

. JNous terminons ce chapitre par un passage remarquable de J. Frank, relatif aux devoirs du médecin dans les maladies pestilentielles.

« Avant donc de se charijer de donner des soins aux malades, dit ce praticien célèbre, les médecins doivent s'examiner eux-mêmes, afin de savoir s'ils sontcapaples de satisfaire à ce qu'exige cette entreprise. Ils considéreront le danger perpétuel dans lequel va se trouver leur vie. Que si, après cet examen, ils voient à gagner, soit à vivre, soit à mourir, qu'ils trouvent de la volupté dans cette idée sublime qu'ils vont se dévouer à Dieu , à la cliarilé envers le prochain, à leur propre vocation, qu'alors ils agissent. » fPa th o logie in te m e J

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