‹ Le pretre et le ministere paroissialChapitre 8 sur 16 · NOTRE MINISTERE D'EDIFICATION II · texte numérisé non relu

NOTRE MINISTERE D'EDIFICATION II

N'est-ce pas regrettable de causer une pareille humiliation à une digne mère de famille? Si le mariage avait été célébré en province, à l'étranger, le doute serait resté, avec même peut-être de réelles ililficultés pour le dissiper. De prime abord, on eût été tenté de croire à un mensonge. N'est-il pas juste d'être attentif, afin que de tels incidents ne se produisent jamais?

Du sacrement ce baptême, passons au sacrement de pénitence: il est de notre ministère habituel. Son importance est grande. Nos ennemis prétendent que, par la confession, nous dominons le monde, ou du moins que nous nous efforçons de le dominer. Ils exagèrent, ils oublient que, quels que soient nos conseils, la liberté humaine reste entière, et elle le montre avec évidence. Toutefois, nous avons là un moyen efficace de porter les âmes en haut, de les ai» 1er à faire mieux, ne négligeons pas de conserver cette influence bienfaisante qu'il nous est donné d'avoir. Elle rentre parmi les fonctions les plus graves, Ips plus utiles de notre ministère. Ce serait

faire tort aux âmes et à Dieu que de l'abandonner.

Pourtant, il en est, parmi nous, qui disent tout haut « qu'ils n'aiment pas à confesser, que la confession leur est un fardeau odieux. » Sans doute, les journées ou les heures passées au confessionnal, à entendre, comme s'exprimait le P. Monsabré, « les éternelles redites de la conscience humaine, » finissent par peser. Nos ennemis qui, avec leur imagination en éveil, se figurent volontiers que nous prenons un plaisir extrême à entendre ces confidences dame, devraient se douter — s'ils réfléchissaient — de la fatigue intense qu'il y a, à être dans une sorte de cercueil, entre quatre planches, et à passer, en quelques minutes, d'une conscience à une autre, d'un état d'âme à un autre état d'âme — avec les responsabilités graves qui dérivent pour nous de chaque confession.

Cette fatigue morale et physique ne justifie pas ceux qui se dégagent si facilement du devoir de confesser, ceux surtout qui, à la campagne, n'ont guère, dans une année,

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qu'un petit nombre de confessions. Pourquoi les écarter? Pourquoi décourager ces fidèles*? Et pourquoi donc sommes-nous piètres?

A la ville, où le fardeau est plus lourd, ce serait manquer au plus élémentaire devoir que de s'y dérober. On se dérobe en somme, parce qu'on est égoïste, parce qu'on redoute la fatigue et l'ennui.

Pensons à ceci : au confessionnal, nous sommes, selon les comparaisons souvent usitées, juges et médecins des âmes — et cela en participation de l'action même du Christ. Or. croit-on, que, dans les tribunaux, un juge, qui voit passer, pendant plusieurs heures devant lui, les causes les plusbanales, les plus ennuyeuses, les plus déplaisantes aussi parfois : vol de lapins, filouterie d'aliments, bataille entre ivrognes, etc., car enfin, avec quelques causes plus grossières, voilà le bilan de ce qui défile habituellement sous les yeux de la plupart des juges ; croiton que ce soit vraiment intéressant? Loin de là, c'est la monotonie la plus constante, et du côté des personnages et du côté des causes. Ces juges n'auraient-ils pas le droit de dire eux aussi « qu'ils n'aimenl

juger »? Notre rôle de juge n'est-il pas beaucoup plus intéressant que le leur?

Parmi nos « accusés », nous en avons au moins à qui nous faisons sûrement du bien.

Le prêtre, au confessionnal, est médecin. Regardez donc les médecins dans un dispensaire, où ils voient se succéder les laideurs, les horreurs, les plaies puantes et le reste. Le rôle de ce médecin est-il plus intéressant que le nôtre? Convenons au moins que l'exercice de notre fonction n'est pas aussi répugnant. Ce médecin rend-il plus de services que nous? Guérit-il plus sûrement?

Si nous voulions pensera cette comparaison et à ces deux professions, nous nous apercevrions bien vite que nous sommes injustes, en réclamant, et que, à côté de nous, il y a des hommes qui exercent sous une autre forme, le même genre de fonction, sans tant gémir, et surtout sans fuir leur devoir.

Ce devoir, il est donc à accepter. S'il est pénible, il ne nous sera que plus cher : nous sentirons mieux que nous cherchons là

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l'œuvre de Dieu, et non pas notre plaisir personnel.

Faut-il, pour faire du bien, s'attarder dans de longues confessions? Un excellent prêtre disait : « II faut bien instruire les ignorants — et tous sont des ignorants. » Avec ce principe, il fatiguait au lieu d'éclairer, et la fin de ses Moralia en faisait oublier le commencement. Je crois que, à tous les points de vue, il sera mieux que la station du pénitent au confessionnal soit courte. Qu'on me comprenne bien : il n'y a pas à expédier les confessions, sous prétexte de brièveté, ce ne serait plus remplir notre mission. Mais ne perdons pas de temps, écartons les inutiles propos, faisons condenser les dissertations trop longues. Je me souviens d'un homme qui, venant se confesser pour la première fois depuis plusieurs années, m'aborda en me disant :

■ Vous savez, j'en aurai pour trois quarts d'heure. — Non, lui répondis-je, trois minutes... » De lait, eu élaguant toutes les circonstances inutiles et en ramenant cette conscience au fond des choses, nous abrégeâmes, j'estime que ce fut pour son plus grand

bien : il ne noya pas ses fautes dans un flot de paroles, et de la sorte il les vit mieux. Je parle ici, en pensant aux pénitents loquaces ; à plus forte raison, cela est-il applicable aux scrupuleux, mais nous avons tous appris des maîtres de la vie spirituelle, comment traiter leur maladie.

La confession faite, soyons courts etpratiques. Il ne s'agit pas de redire à chacun une petite homélie sur la fête du lendemain. Nous avons mieux à faire. L'homélie est pour la chaire ; que si nous voulons nous inspirer de la fête, tirons-en des conclusions pratiques, pour le bien de l'âme à qui nous nous adressons. Combien de fois des pénitents, à qui l'on pourrait faire du bien, s'écrient avec regret : « Mon confesseur ne me dit rien ! » Il dit bien quelque chose : « Fuyez le mal, pratiquez la vertu. » Conseil excellent, on ne saurait mieux dire, mais il y a la manière, et c'est la manière qui manque.

La manière serait de reprendre en quelques mots les fautes accusées, pour en souligner la gravité ou le danger. Au moins le pénitent emporterait de sa confession un

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souvenir personnel. Ou bien, toujours en peu de mots, il y aurait à répéter YAscende superius, en appuyant le conseil sur des motifs pressants. C'est ainsi que nous rendrons utile l'administration du sacrement de pénitence. Il y aura là une direction, sommaire sans doute, mais beaucoup ne peuvent en porter davantage. Nous aurons fait du moins le bien à faire.

On compte, dans le fardeau que nous impose la confession, la collection de ces âmes incolores, rachitiques, d'une nullité extraordinaire. Nous ne pouvons pas demander à toutes les âmes d'avoir l'éclat du diamant; elles n'en ont pas moins, devant Dieu, leur valeur. N'avons-nous pas vu, dans des familles, ces enfants laids, malingres, bêtes, qui n'inspirent guère d'aftection qu'à leur père et à leur mère ? Quand nous rencontrons, dans la paternité des âmes, des consciences qui ressemblent à ces avortons ou à ces racbiti<jues, rappelons-nous que nous leurs devons ce que doivent le père et la mère à leurs enfants, et nous le leur devons, au nom du Père du ciel que nous représentons.

Nous l'avons déjà fait remarquer, c'est une des ressemblances les plus touchantes, de notre apostolat paroissial avec celui de Notre-Seigneur, que ce trait de jeter le filet, sans faire de choix. C'est aussi l'une des difficultés de notre ministère. Quand on opère dans une petite chapelle, avec un public conquis d'avance, qui est persuadé de la vaste intelligence et de la haute sainteté de ceux qui Tévangélisent, il n'y a que consolation et succès. Ce n'est pas ainsi que fit Notre-Seigneur ; acceptons donc, comme lui, les difficultés de notre tâche.

Mais d'autre part, ne négligeons pas les « convertis ». La direction des âmes est Yars artium. Ne prétextons pas sa difficulté pour en priver les âmes qui viennent à nous avec confiance et pourraient, si nous les suivons avec intérêt, progresser beaucoup dans la vertu. Quand nous sentons des énergies qu'on peut éveiller, de la générosité, du cœur pour Dieu, travaillons à développer ces précieuses conditions morales, afin de pousser en avant ces âmes chrétiennes.

L'expérience est nécessaire à ce travail.

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