AIME L'ÉGLISE
-us-Christ a aimé son Église. »
(Eph., v, 25.)
« Je crois en l'Église une, sainte, catholique et apostolique. »
mb. yic.)
Le Prêtre, en union avec son Ami adoré, Jésus, aime l'Église.
Jésus doit tout remplir de sa lumière, de sa comment jé-
. . , -\ i • -x ry sus veut"^
vie, de sa 101e, sur la terre et dans le ciel. Com- remplir toui
J de sa vie î
ment va-t-il réaliser ce plan de son amour ? Nous n'avons pas à rêver une autre voie que celle qu'il a voulue.
C'est par le Souverain Pontife et par l'Épisco- r>ar rÉgiise. pat, et par la Société rangée sous leur autorité qu'il veut sauver les âmes.
Hors de cette Église pas de salut. Il n'v a pas « H©r> d«
1 J r V glise pas
là seulement un précepte qui nous presse ,1esaiut- *• d'adhérer à l'Église, mais une nécessité de moyen qui s'impose. C'est-à-dire que l'Église a été établie comme l'Arche, comme le grand moyen providentiel du salut. Hors de ce moyen pas de salut, sinon pour la bonne foi. Encore le salut n'est-il accordé à la bonne foi qu'en vue de ce moyen.
En réalité, les âmes de bonne foi qui n'appar- Pasdcsahu
x L l sinon en vue
tiennent que d une manière seulement matérielle de '%•*«• à l'hérésie ou au schisme, Dieu ne les sornc qu'en vue de l'Église, en vue du Baptême. Cela doit nous inspirer une immense estime <!«' l'Église et du Baptême qui nous incorpore à elle. Cela doit aussi nous inspirer une très haute idée
3o4 LE PRÊTRE INTIME.
de la simple adhésion, de la simple appartenance par la foi à Fautorité de FÉglise, alors même que l'âme n'a pas encore le courage de mettre sa vie d'accord avec sa foi.
•a. uffom- l'église de la terre*
me Intime,
t. 111. pp. 1
et suiv.
comme la
Patrie supérieure
AimerrÉgiise Pour lui, l'Église est la Patrie supérieure. Pas de conflit entre notre amour pour elle et notre amour pour la patrie terrestre. Les vrais intérêts de notre patrie d'ici-bas ne sauraient être en contradiction avec ceux de l'Église. Car il y a identité entre les intérêts de l'Église et les intérêts de Dieu. Et jamais les intérêts de Dieu ne sont contraires à ceux de la patrie. C'est le salut de la patrie terrestre que de servir Dieu. Quand elle le renie ou l'abandonne, elle va à la ruine, à la mort sociale. Nous aimons l'Église comme la Patrie, comme le Foyer divin. Chez elle, nous respirons l'air natal supérieur, nous trouvons la chaleur et la lumière divines, la vraie vie, les vrais aliments : les Sacrements, l'Eucharistie, la rémission des péchés, le chemin du ciel...
Cette idée de société divine, de patrie suprême, est capitale.
LE PRÊTRE AIME L'ÉGLISE. 3oj
Et qu'est-ce qui nous agrège à cette divine Patrie ? Ce n'est pas l'état de grâce. Ce n'est pas, à plus forte raison, la prédestination. Le lien nécessaire avec elle est plus simple et plus facile.
Quiconque a reçu le baptême et n'a pas com- comment on
J x L est incorpora
mis de schisme ou d'hérésie notoires, celui-là à ce,!*,,»i™
' . supérieure.
appartient à l'Eglise. Le caractère baptismal, non contredit par l'hérésie ou le schisme notoires, nous fait ses membres *.
Xous ne sommes pas sans cela membres de l'Église, de même qu'on n'est pas citoyen français si l'on n'est pas né Français, ou si l'on n'a pas opté pour la nationalité française. Esumer
C'est déjà une très grande chose: d'appar- p™ cette
, -.,-*=, ,. ~ simple in o
tenir a 1 Lglise, d être citoyen de l'Eglise catho- potion. lique !
Que d'hommes en notre pays en sont simplement là ! Ils ont été baptisés et n'ont pas brisé notoirement avec l'Église, avec son autorité. Mais ils laissent chômer l'instruction catholique et vivent intellectuellement de journaux, de revues, de livres qui souvent la contredisent ; ils laissent chômer les commande . la
messe, le culte, peut-être même unfr courte prière quotidienne. Lamentable état, combien commun ! Croyons cependant que ce lien élémentaire av»c l'Église esl chose précieuse, et, sans nous décourager, prions et faisons prier, cl d'abord, s'il se peut, ceux qui s'en tiennent pour
'G. Biuor :
De Ecel.
Christi,
I he-. x, m, xn, xni, xiv.
Jmplurerpour
son unité d
nouveaux
membres.
* Cu/i. Mis sœ.
3o6 LE PRÊTRE TNTIME.
le moment à cette appartenance si incomplète, Dabord prie. Notre amour envers Y Église se traduira d'abord eaUurnionEfvec par beaucoup de prières pour elle. La plus sûre l'Epiise eiie- manière de prier comme elle le désire, c'est de
même dans
saL.tur.ie.- ]a suivre elle-même dans sa Liturgie. Avec
Imnlnrpr nom* C
l'Église, avant tout, nous demanderons que de nouveaux membres, surtout par des conversions, s'agrègent à son unité, et que l'unité de ses membres avec l'Autorité devienne plus étroite : Quant pacificare, custodire, adunare, gubernare digneris, toto orbe terrarum, una cum... Papa nostro et Episcopo... cum orthodoxis et apostolicœ fideli cultoribus* .
Et pour ce Avec l'Église, nous demanderons, pour les
membres, ° v •• A .
plus de foi membres que le caractère du baptême lui a
•t dr- vertus L
divines, agrégés, pkis de foi, plus d'espérance, plus de charité théologales et des autres vertus divines ; plus de cette vie, en un mot, que Jésus est venu apporter sur la terre et veut voir se développer toujours.
zèie pour ia Nous témoignerons encore notre amour à l'Église en la faisant connaître mieux par notre enseignement et notre vie.
C'est»la présence, l'enseignement, l'action du prêtre qui doivent le plus maintenir les membres de l'Église dans la fidélité, ou lui en gagner de nouveaux. Il faut entendre saint Paul caractériser en traits de feu cet amour du prêtre qui veut, dans ses membres, l'Église plus grande, plus
i-i si-
LE PRÊTRE AIME L'ÉGLISE. 3oy
parfaitement une, plus sainte : « Je vous ai aimés
d'un amour jaloux et qui vient de Dieu. Vous
êtes la chaste Vierge par moi fiancée à Tunique
Époux et que je dois présenter à Jésus-Christ*. » ' » ^«.
L'vamour de Jésus explique cet amour.
Que cherche le prêtre qui a bien compris son >"»* liions
i . „ T1 , , »" fond, tou-
sacerdoce, sa vie .J 11 vous cherche et veut vous i"ursf"ie Jé-
sus régne.
trouver, ô Jésus. Là où vous n'habitez pas encore, il veut vous introduire ; là où vous n'êtes pas à l'aise, il veut vous mettre au large. Ainsi même les hérétiques, les juifs, excitent sa charité : il prie pour leur conversion à l'Église et à Dieu. Les pécheurs lui sont chers : c'est une conquête à faire pour votre Royaume. Et les négligents n'échappent pas à son intérêt : il tient à vous les rendre plus fidèles.
Les âmes ferventes sont à ses yeux très précieuses, parce que, vous, son divin Ami, vous vous complaisez en elles : il les désire plus vivantes encore et plus ferventes dans l'unité de doctrine, de vie, d'amour divin, que Dieu veut pour son Église et qui fait vraiment d'elle son Royaume.
Voilà envers l'Église les principaux devoirs ^Jj",1"1^" du cœur, mais les devoirs intellectuels ne son! pas moins graves.
Je dirai tout à l'heure le devoir de l'étudier elle-même. Ici j'appuie sur le devoir d'étudier sa théologie : la science propre de l'Église est
3o8 LE PRÊTRE INTIME.
là : voilà le premier domaine du prêtre ; — d'étudier son Droit Canon : ses lois, contreforts des lois divines, sont vénérables comme l'Église elle-même ; — d'étudier son histoire : parmi les événements de la terre, rien de si grave que les gestes de Dieu par cette Société incomparable qu'est l'Église1.
• Cf. VHom- SOUFFRANTE*
me Intime,
t. IV, pp. i
et suiv.
pourquoi le Pourquoi l'amour du prêtre se porte-t-il l'Égiise "souf- ardemment vers l'Église souffrante ? Nous ve-
liante : pléni-
uidedejésus, nons de le dire pour l'Eglise de la terre. C'est
comme 1 c
iEgi» e ue la ou'i\ y trouve Jésus et son amour. Jésus est là, *.jrtrîiéSi"n continuant, consommant, si j'ose dire le mystère de ses souffrances.
L'Église souffrante c'est la plénitude de Jésus, comme l'Église de la terre, mais dans un autre état : à l'état de confirmation en grâce et où l'on attend, dans les expiations, les douleurs, l'initiât ion à la gloire et au bonheur éternel Am -ur ,ie L'amour du prêtre, comme celui de Notre
rump-dHsinn,
comme celui de Jésus, en-
TouffKè*6 * • ^es liyres nouveaux, comme Y Histoire générale de l'Église de Mourret, rendent pour tout prêtre cette étude aussi facile qu'intéressante. De même les ouvrages, plus brefs, de Marion ou de Saltet.
LE PRÊTRE AIME L'ÉGLISE. 3oQ
Seigneur, prend tout d'abord un caractère de profonde compassion.
Quelle mystique a dit que : « Parmi les douleurs les plus \ives et les plus profondes de Notre Seigneur, il faut compter la douleur qu'éprouva son Cœur de se voir obligé à condamner des âmes bien-aimées et à jamais fixées dans son amour, à des douleurs terribles et parfois bien longues ? » Compatir avec Jésus à des douleurs aussi vives que justes doit être un des instincts de notre charité.
Toute souffrance, sauf celle des damnés, doit provoquer notre charité. Et qu'est-ce donc qui l'excitera comme ces souffrances où il n'y a plus l'ombre de l'égoïsme et du mal, et qui viennent entièrement du regret du péché et de l'amour de Dieu ?
Le prêtre n'aime pas seulement ces âmes parce qu'elles souffrent de si vives douleurs, mais parce qu'elles sont parfaitement bonnes, sans être encore parfaitement belles.
Après les âmes du ciel, il n'en est pas de plus Dieu. Encore parmi ces âmes souffrantes, s'en tiouve-t-il qui sont aux yeux de Di<u beaucoup plus riches de vie et de charité divines que telles et (<'M< - âmes triomphai au ciel.
Mais notre amour du côté du Purgatoire v",0,,r
O .|in \
aurai! guère rester à l'étal de simple cora
\mo'ir d'excellente
3lO LE PRÊTRE INTIME.
nlaisance, ou de simple compassion. C'est un des amours les plus nécessairement ou, du moins, les plus spontanément apostoliques et actifs. Il veut à tout prix faire du bien à ces âmes, il veut les soulager, il veut les délivrer. Et c'est là une des œuvres de zèle qui nous tiennent le plus au cœur, intérêt Per- Du reste, l'intérêt personnel le mieux entendu «excellent qui pourra se mêler à cet amour, et ne 1 empe-
peut se mêler L x
chera pas d'être efficace.
Je veux soulager, je veux délivrer les âmes du Purgatoire. J "espère que dès maintenant elles me le rendent. Et je suis sûr que du haut du ciel, dans leur reconnaissance, elles me le rendront au centuple.
TTT
•Cf. VHom- TRIOMPFAXTE*
me Intime.
t. IV. pp. 247
L'BgHse, pié- Dans la perfection suprême convient à l'Église nitPUhaenteetm triomphante le mot de saint Paul : l'Église 4e Jésus. (( plénitude de Jésus - : plénitude de sa bonté, de sa beauté..., de sa vie. Cette plénitude envahira chaque élu, et, avec des degrés infiniment variés, elle s'étendra, en chacun, à toute l'âme, au corps tout entier, et en même temps elle glorifiera, béatifiera l'immense société du ciel.
Rien de créé ne mérite autant notre amour, sinon Marie. Mais que dis-je ? Marie est là. Elb vit avec saint Joseph, près de son divin Fils, au cœur de cette plénitude.
Notre amour a, du côté du ciel, affaire à des .combien
' ' aimable, et
âmes qui ne gardent pas la moindre tache, le J,-Sl,s en ellemoindre reste du péché.
Elles sont aussi pures que Famé d'un enfant au sortir du baptême. Elles sont toutes divinement bonnes, participant sans réserve à la bonté de Dieu. Elles sont toutes divinement belles : la beauté parfaite les irradie, sans que le moindre obstacle empêche cette éternelle et ravissante glorification.
Elles sont parfaitement lumineuses, contemplant face à face Dieu, la lumière infinie, et réfléchissant cette lumière dans leur physionomie transfigurée.
Elles sont parfaitement aimantes : pas le moindre égoïsme ne les empêche de s'unir et de se livrer à la Bonté et à l'Amour suprême.
Elles sont parfaitement heureuses ; l'union à la Source intarissable dr la félicité exile, et pour jamais, bien loin d'elles les chagrins, les troubles, toutes les incertitudes, toutes les douleurs d'autrefois, et aussi toutes les inquiétudes et toutes les craintes que l'avenir nous iafcpire icibas.
Elles sont bienveillantes ei bienfaisantes au
Dispositions
de notre
amour envers
l'Ifcli e
triompliaii'e.
— .Nous la louons.
gagnei
delà de tout ce que nous pouvons concevoir. Et si nous ne pouvons assez les féliciter et les louer, combien nous sommes loin aussi de les implorer comme elles le méritent !
Nous les aimons parce que Jésus les aime magnifiquement, parce qu'elles le reproduisent, et, si j'ose dire, l'amplifient dans sa beauté, dans sa sainteté. Elles sont comme une résonance — immense, bienheureuse, glorieuse et glorifiante au dessus de tout ce que nous pouvons en dire — du Sacré Cœur, en l'honneur du Père, et pour un surcroît merveilleux de charme et de joie en faveur des élus. Nous les louons, ce« élus, nous nous réjouissons de leur gloire et de leur bonheur.
Nous les aimons en Jésus qui triomphe en eux. Et notre suprême joie est d'ouvrir leur beau ciel à une âme qui sort de ce monde, ou du Purgatoire. Nous savons que notre charité ne peut rien faire de meilleur que de contribuer au bonheur parfait, à la gloire éternelle d'une âme. Et que peut de meilleur notre zèle envers Jésus lui-même que de lui donner la suprême gloire, la suprême joie, la suprême conquête peur laquelle il soit venu sur la terre : le gain d'une; âme !
Nous aimons les âmes bienheureuses, et nous les implorons, et Jésus par elles. Malheureux
nous
exilés, nous courons tant de
dangers.
sommes accablés de tant de douleurs, nous commettons tant de fautes, ô Bienheureux qui avez passé par nos épreuves et qui triomphez à jamais ; ô Reine des saints et des Anges, plus glorieuse et plus heureuse qu'eux tous ! ô Jésus qui triomphez et jouissez dans vos saints..., consolez notre exil, aidez notre faiblesse, faitesnous pleurer nos fautes, attirez-nous pour toujours près de vous.
Voilà, sous les perfections immenses de la ?oUS ia Dm-
n ité J c*s (i s
Divinité, le grand objectif de l'amour de Jésus : "'«»en«a
, y-, y=i • tantau muii.ie
l'Eglise, l'Eglise de la terre, du Purgatoire et du ciel. TS™
Jésus l'aime au point de s'identifier avec elle : même vie, mêmes intérêts, même amour qui travaille et combat ici-bas, qui expie dans le Purgatoire et triomphe dans le ciel, même bonheur éternel.
Et ce doit être aussi le grand objectif de l'amour du prêtre. Rien ne lui importe, en définitive, qu'au regard du bonheur vrai des hommes : et c'est par l'Église seule qu'ils peuvent arriver à ce bonheur et n cevoir Dieu, Jésus l'Eucharistie, les Sacrements, tous les biens du temps et de l'éternité. Mais ils la connaissent peu, ils ne savent pas assez combien elle est aimable, bonne, bienfaisante, précieuse, indispensable, Bource inépuisable de vie, de charité et de dévouemenl .
3iA
Il faut étudier
l'Eglise
et la faire
connaître.
Aussi n'est-il point de plus grave et plus pressant devoir envers le Souverain Pontife, envers les Évêques, envers l'Église de la terre, envers l'Église qui souffre et l'Église qui triomphe, que de les étudier et de les évangéliser aux âmes. Si on ne les respecte pas assez, si on ne les aime pas assez, c'est qu'on ne les connaît pas bien.
Il s'en faut que l'on prêche autant qu'il serait nécessaire la doctrine sur le Pape, les Évêques, l'Église dans ses droits absolus à l'adhésion et au respect, sur sa nécessité telle que hors d'elle il n'y a pas de salut.
Et qui sait, parmi les fidèles, que l'Église de la terre, du Purgatoire, du ciel, e^t la « plénitude de Jésus » ?