‹ Le prêtre intimeChapitre 30 sur 191 · QUATRIÈME ELEVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ELEVATION

AU PRETRE SON AMI TRÈS PARTICULIER

« Qu'y a-t-il que le Seigneur n'ait mis dans ma main quand il y a déposé son Fils unique, coéternel et égal à lui ?»

(Pie X, citant saint Charles Borromée, Exhort. Hœrent animo, alinéa 12.)

Au prêtre, son ami très particulier, Jésus communique son Sacrifice.

Ici, c'est encore Jésus qui, au fond, se com- p«

' . ,e Sacrifice,

munique au prêtre : car le Sacrifice qu'est-ce, ?«*«« sinon Jésus immolé ? Je n'ai pas là seulement ea p?;^™6, quelque chose de Jésus, mais Jésus lui-même. coanrpïa?eU,e

Offrir le Sacrifice, c'est se rencontrer et s'unir soaami avec Jésus en personne, d'une manière ineffablement intime.

Combien le Cœur de Jésus aspire à cette rencontre, à cette union avec son prêtre, pour un nouveau sacrifice... Nous sommes infiniment loin de comprendre ce désir du Cœur de Jésus : qu'une nouvelle messe soit célébrée, pour la gloire du Père, la sanctification de la terre, la joie du ciel. Nous ne soupçonnons pas à quel point fait plaisir à Jésus le saint Sacrifice de la Messe, c'est-à-dire un don nouveau de lui-même à son prêtre et à l'Église par l'immolation.

Tous les jours je me rencontre, si je le veux, tous

a t, i i *r • les '"

avec vous, o Jésus, dans la sainte Messe, mieux le

' ' se rencontre

que vos Apôtres au Cénacle : car les Apôtres ]e~c^ n'étaient pas coopérateurs, mais seulement a tants et convives de la Cène ; mieux dans un sens encore que saint Jean au Calyaire : car saint Jean, témoin admirablement aimant,

n'accomplissait pas le Sacrifice, tandis que le prêtre F accomplit. Cette rencontre dans le Sacrifice, quelles adorations, quelle générosité, elle devrait me suggérer !

Je me rencontre, — si je le veux, — avec vous, Jésus, mieux que les fidèles ; car ces fidèles ne peuvent participer à votre Sacrifice que pour s'y unir, pour en recevoir les fruits. Mais vous voulez y faire participer le prêtre, votre ami, non seulement pour qu'il en reçoive les fruits le premier, d'une manière très particulière, mais pour qu'il l'accomplisse et qu'il l'applique.

pour qu'il l'accomplisse

pourquoi Je dis là de bien grandes choses sans peutêtre les avoir remarquées. Non seulement dans le monde purement créé, mais même dans ce monde adorable qu'est Jésus, et où tout est si saint et si grand, il n'est rien de plus grand et de plus saint que le Sacrifice avec le Sacerdoce qui Fopère.Et c'est dans ce monde divin que par la grâce la plus étonnante le prêtre est introduit. Jésus communique au prêtre cette grandeur sublime : le Sacrifice, — avec la puissance de l'accomplir.

cette commu nication

infiniment riche.

Pourquoi communiquer ce pouvoir à une mul- . Fail* ,

T- L -1 a une mulli-

titude de prêtres ? Ce n'est pas parce que le de jjjj^ Sacrifice du Calvaire serait indigent et insuffisant, et aurait besoin d'être suppléé par d'autres sacrifices.

Au contraire, c'est parce qu'il est infiniment Js«cn?c«

i i i de la Croix

riche. Il est si riche que, dans tous les siècles, sur mille et mille points du monde, il ira se reproduisant, grâce au Sacerdoce que Jésus communique aux prêtres.

Il est si riche que tous les trésors, des satisfactions, des mérites divins, y sont acquis et consommés.

Et ce n'est pas faute de dignité et de valeur que la Messe n'y ajoutera pas de mérites ; c'est qu'on ne peut rien ajouter à l'infini, à un sacrifice d'une valeur absolument divine, sinon l'appliquer.

Et l'application des mérites et des satisfactions du sacrifice du Calvaire se fera par un p™ sacrifice aussi noble et aussi précieux que lui. qui'"appii- C'est le sacrifice de l'Autel, c'est la sainte Messe. J3S,

Le Sacrifice de la Messe ne vaut pas moins que

i-ii^. -i • • La v

celui de la Croix, on serait hérétique en niant r»i

qu'il est un sacrifice véritable, proprement dit. Vous pouvez expliquer ce dogme de telle ou telle manière autorisée par l'Église, mais c'est toujours une vérité de foi que la Messe est un \ Sacrifice.

Si riche qu'il aura

Jésus Souverain Prêtre dans chaque Sacrifice de la Messe.

vraiment

sacrificateur

sous Jésus

et avec Jésus.

Combien est grand

le rôle

que l'amitié

de Jésus

fait

au prêtra

dans

la

Sainte Messe.

Dans les Élévations Eucharistiques nous pourrons dire les ressemblances et les différences entre le Sacrifice de Y Autel et le Sacrifice de la Croix. La manière n'est pas la même ; pourtant clans le Sacrifice de la messe, comme dans celui de la croix, vous avez Jésus en personne, votre Ami, réellement et actuellement immolé.

Victime du Sacrifice de l'Autel, Jésus en est aussi le Souverain Prêtre. Et il accomplit luimême, comme Cause Supérieure, ce Sacrifice toujours nouveau, numériquement distinct du Sacrifice de la Croix, et des Sacrifices eucharistiques précédents.

Mais, sous le Prêtre premier et suprême qu'est Jésus, dans chaque Messe, le prêtre est sacrificateur réel et immédiat.

Ce sacrifice est offert à deux, si j'ose dire. Voilà à quel point Jésus aime le prêtre : il veut l'associer comme un autre lui-même à ce qu'il accomplit de plus prand, de plus agréable au Père, de plus fécond pour les âmes.

Je serais effrayé et ravi en même temps si je pensais bien à ce que j'accomplis avec lui. Il n'est rien de si grand : le monde entier immolé par moi, si j'avais ce pouvoir, serait une victime infiniment moins précieuse. Son immolation serait aussi infiniment moins puissante sur le cœur de Dieu.

Par le saint Sacrifice que je célèbre, je donne

de soi-même.

à la terre comme centre une adoration , une louange, une propitiation pour les péchés, une prière, dignes de Dieu. Dans ce Sacrifice, la Création, grâce à un Dieu immolé actuellement, fait face à Dieu, et répond à ses perfections infinies par un hommage qui lui est proportionné.

Et une ineffable douceur de ce Sacrifice, c'est une douceur

,., . ineffable

qu il est maintenant sur la terre 1 acte suprême <*« '«

saint

de l'amitié de Jésus. « Personne n'aime comme d-»n,fui

de l'amitié

celui qui donne sa vie pour ses amis*. » Cela fut •joaW.,Xv,i3. vrai au Calvaire, cela est vrai sur l'Autel.

Acte suprême de l'amitié de Jésus pour son Père, il est aussi l'acte suprême de son amitié pour moi ; le Sang de mon Ami divin coule, et sa Chair y est brisée '. Cette effusion de Sang et ce brisement du Corps ne sont plus douloureux ; mais ils sont vrais, réels, substantiels. Par eux Jésus donne sa vie pour moi. Il se donne luimême et à l'état d'immolation. Par moi, pour moi d'abord, il adore immolé, il rend grâces et prie immolé, demande immolé pardon pour les hommes. Je suis très loin de concevoir la puissance de prière du prêtre par cette immolation qui est son œuvre : prière pour louer, prière pour implorer. La puissance de prière de l'a

1. D'après de graves théologiens, ce brisement signifié par le texte original consiste simplement dans L< du Corps de Jésus de son état normal à l'état sacramentel ; et de même pour l'effusion du sang.

la plus ignorée est incroyable. Mais imagine-t-on la puissance de celui qui met Jésus, son Ami divin, en prière à l'état immolé ? Quelle foi, quelle confiance et quel amour à ce moment, et toutes les fois que, dans la journée, le souvenir m'en revient, doivent animer, enflammer mon cœur !

La grâce de l'Ordre, dont je puis user ailleurs sans cesse, m'est surtout donnée pour le Sacrifice et pour l'usage d'adoration et de prière que j'en fais. Si des fidèles assistent avec tant de foi et d'amour au divin Sacrifice, nul de ces anges de la terre ne reçoit tant de grâces pour y prendre part que moi, prêtre, coopérateur de Jésus dans son Sacrifice infiniment saint et puissant.

POUR l'appliquer jésus dirige Evidemment, Notre Seigneur dirige les fruits

comme ^

premier Prè- de la Messe comme il a dirigé ceux du Sacrifice de

comme

lier tre

les fruits ]a Croix. Il est le premier Prêtre pour orienter les

du bacnnce. * i

si riches effets du Sacrifice comme pour l'accomplir.

h laisse Et pourtant nul doute qu'il ne laisse à son Église

à son Eglise . ,

uneiargepart une large part dans la direction de ces fruits.

Non seulement il veut, il aime que l'Église entre à plein cœur, pour les faire siennes, dans les adorations, les actions de grâce, les propitiations et les prières qu'il offre à son Père, mais il veut aussi qu'elle puise à pleines mains dans le Sacrifice, trésor des satisfactions infinies, pour les appliquer, soit à tous les fidèles, soit à telles âmes du Purgatoire ou de la terre.

Marie au Calvaire était bien puissante pour diriger, en union avec son divin Fils, les effets du Sacrifice sanglant. L'Église, en union avec elle et avec Jésus, continue cette application pour le Sacrifice de l'Autel.

Et c'est beaucoup par le prêtre qu'elle fait cette direction des fruits du Sacrifice. C'est le prêtre qui récite officiellement les prières par lesquelles elle l'exprime et permet aux fidèles de s'y associer : « Nous vous offrons, Seigneur, le calice du Salut pour notre salut et celui du monde entier... etc., etc. »

C'est le prêtre qui peut diriger les satisfactii de Jésus et, sans doute aussi, ses intercessions vers telles et telles âmes de la terre ou du Purgatoire.

Tout cela est infiniment touchant comme marque d'initiation du prêtre aux puiser l'Église et aux puissances de Jésus.

Mais il est ici un point de doctrine remarque sans doute pas un

El

beaucoup ptr le prêtre que l'I

fa if cette direction.

très spécial du Sacrifice.

Conséquences.

fruit très spécial dont communément Ton pense que le prêtre ne peut se dessaisir. Qu'est-ce à dire ? sinon que Jésus veut voir son prêtre communier de la manière la plus particulière aux fruits du sacrifice qu'il offre et accomplit. Ce fruit très spécial ne consiste pas seulement en ce que le prêtre a une part réservée aux satisfactions de Jésus, mais en ce qu'il a aussi — la raison n'est-çlle pas la même ? — une part très spéciale à ses adorations, à ses actions de grâces, à ses demandes. Voyez-vous toujours s'accuser la place la plus particulière du prêtre.

Comme il faut profiter de cette merveilleuse puissance et rayonner de tout notre pouvoir si extraordinaire !

Quelle communication d'amitié que le Sacrifice de. Jésus!

Le prêtre, en vrai ami de Jésus, prend souverainement au sérieux cette communication de son amitié. Pour moi, se dit-il, le Sacrifice de la Messe est la plus grande chose du monde créé et implique le monde incréé : la Personne de Jésus. Au fond, dans le sacrifice de la Messe j'ai affaire à Jésus en personne, à Jésus, mon Ami et mon Dieu, qui s'immole par mes soins.

J'ai médité encore que, pour vous, ô Jésus, le Sacrifice de la Messe c'est le suprême témoignage de votre amitié envers moi. Vous me donnez ce qu'il y a dans votre Cœur de plus profond et de plus sacré, si tout n'y était infiniment saint.

Pour moi, c'est donc l'événement le plus grave qui se passe en ce monde. Bien qu'il se renouvelle chaque jour, je ne veux pas m'y accoutumer, jamais; pas plus que je ne m'accoutumerais à la création d'un monde, si chaque jour un monde nouveau surgissait du néant.

Et d'être célébré en mille et mille endroits par tant de prêtres n'enlève rien à l'extrême intérêt qu'il m'inspire. Il est partout d'une infinie valeur. Je veux m'y intéresser dans tous les autres prêtres. Il est des âmes qui ont la dévotion de suivre la sainte Messe dans son tour du monde de chaque jour, c'est une dévotion très belle. Comme ces âmes, je félicite tant de prêtres qui ont le même bonheur et le même honneur que moi. Je félicite les fidèles innombrables qui en jouissent. Je vous félicite, ô Jésus, de la richi de votre Sacrifice infiniment précieux, quevuiipouvez communiquer tout entier à tous les prêtres pour l'accomplir, à tous les fidèles pour en jouir, et qui recommence sans cesse, aussi fécond partout, jusqu'à la fin des siècles.

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