‹ Le prêtre intimeChapitre 36 sur 191 · LA VERITE DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

LA VERITE DOGMATIQUE

Nous ne devrions pas nous effraver, nous de- p

1 " * le Dogme

vrions plutôt être ravis que Jésus nous confie t. e<*

* *■ faire con

faire connaître notre

son Dogme, puisque le Dogme, c'est d'abord lui. en personne. Il s'agit donc d'étudier Jésus et de euTs^ri" le prêcher. Il s'agit de révéler notre Ami par excellence. Beaucoup ne le font guère. Combien donnent de Jésus une idée superficielle ! Et notre prédication, à cet endroit et aux au! fiulruits essentiels, trop souvent s<> différ* peu d'une honnête prédication protestant

Noua avons connu des prêtres qui, dans leur prédication, B'inspiraient fort de Bernions i

aune posés par des ministres protestants capables et

honnête pré- x ,

dication chrétiens. Et, en effet, beaucoup de ces sermons

protestante, 7 7 x

, f*ule étaient bons. Seulement ils avaient un défaut

de dogme.

capital contre lequel on ne se tenait pas assez en garde. On y prêchait Jésus Modèle. C'est bien, mais il y a infiniment plus : nous adorons, nous catholiques, Jésus comme un- Modèle qui est Dieu, qui est, en personne, le Verbe, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, comme un Modèle qui est Rédempteur par le Sacrifice.

On y parlait de l'immensité divine, de Dieu présent partout : mais Dieu Trinité, habitant dans notre âme divinisée, comme dans sa Maison, dans son Temple : voilà ce que presque tous les protestants oublient. Et ce doit être là un des thèmes les plus chers à la prédication catholique : car c'était un des thèmes favoris de saint Paul qui tirait de ce dogme sa vie d'âme et celle des fidèles qu'il évangélisait.

On y prêchait la spiritualité et l'immortalité de l'âme. Et nous devons, nous aussi, évangéliser énergiquement la spiritualité de l'âme, mais la spiritualité qui est une divinisation ; l'immortalité, mais dans le sein de Dieu, face à face avec Dieu, l'infinie Perfection.

On y prêchait le ciel, on y développait comment au ciel il n'y aura plus d'erreur, de ténèbres, de mal, de douleur, de mort, de deuils, de larmes... C'est bien, mais vous n'avez là que le

L'Homme

Intime, t. III,

contre : .~,ttion du De- Le Dogme i ins nécessaire.

petit côté, presque tout négatif, du ciel. Le ciel c'est l'intuition de l'Infini, c'est Dieu Vie, Amour immense en trois Personnes, vu, aimé, possédé dans des jouissances ineffables et pour jamais*. Par une illusion aussi commune que déplorable, on imagine la vérité dogmatique comme P1 trop subtile et peu nécessaire. Point d'erreur djffiDceuuués, plus grave. Que d'âmes ne vivent pas ou vivent tropteSnue d'une vie chétive faute de cette lumière !

La lumière dans le monde a un rôle tout à fait merveilleux : supprimez la lumière, que deviennent les astres, les hommes, les animaux, les plantes ?...

Dans l'ordre de la vie supérieure, la lumière n'est pas moins nécessaire : sans elle, comment marcher dans la voie des vertus ?...

On dira : C'est la Morale qui trace le chemin. Mais la Morale n'aurait aucun terrain d'appui, aucune sûreté, aucune efficacité, aucune autorité, aucun charme divin, si elle n'était pas irradiée par le Dogme.

Et vous voilà cheminant dans la Voie que la Morale vous montre. Il vous faut encore La lumière qui colore, qui transfigure toul -ni' votre tête <•{ autour de vous : ciel, montagnes, arbres, plantes <•) fleurs. Kl c'est le Dogme qui fait cette transfiguration de la vie. El >"i\ esl al. sent ou faihlf. [a vie morale et la vie ascétique tout nai urellement languissent .

8o LE PRÊTRE INTIME.

Parlons sans figure. Y a-t-il une vie catholique sans le Surnaturel ? Le spécifique de la vie catholique n'est-il pas de faire du surnaturel ? Mais quelles sont les sources de cette vie ? C'est le Surnaturel en Dieu, le Surnaturel en Jésus, le Surnaturel dans Fhomme. Et voilà le Dogme... Voilà les sources supérieures dont la vie catholique découle. Et si le prêtre n'y mène pas les âmes, ces âmes seront tout ce que vous voudrez, mais elles ne seront pas catholiques par la vie l.

Il y a en somme beaucoup de prédications qui taisent, ou à peu près, ce qu'il faudrait redire le plus vivement et le plus souvent : ce qui est spécifiquement catholique. Elles se contentent de ce qui nous est commun avec le Protestantisme ou le Rationalisme honnête. Comment, sans parler d'autres obstacles, les vies qui s'en nourrissent seraient-elles profondément surnaturelles ?

Nous ne méprisons pas le naturel, vrai, bon, noble, beau. Mais enfin il est à l'infini du surnaturel, du divin, comme la terre l'est du ciel. Nous louons Littré (sauf quelques réserves) du travail formidable de son Dictionnaire. Mais les

1. Un de nos buts dans tous nos livres, avons-nous dit, surtout dans Jésus Intime, Dieu Intime, l'Ange et VHomme Intimes (sur les trois grands Dogmes de l'Incarnation, de la Trinité, de la Grâce et de la Gloire), a été de présenter au clergé clairement et amplement les matériaux de la prédication spécifiquement catholique.

quarante kilomètres, et plus, de ses colonnes ne valent pas, et ne lui ont pas rapporté un grain de surnaturel, puisque, avant de les écrire, il n'avait ni reçu le baptême d'eau, ni peut-être conçu celui du désir. Entre le naturel et le divin la distance est immense.

Le Dogme, dit-on encore, est peu accessible, Le ' il n'est pas concret, vivant. Étonnante irré- peu8ibiceces" flexion î Si nous voulions, le Dogme serait très Lj; accessible. C'est Jésus d'abord. Et Jésus est très abordable, très concret, très vivant. Il n'est que de l'étudier dans sa Personne, dans son 0 >rps, dans son Ame, sa Sainteté, dans les trésors de son intelligence, de son Cœur. Et en l'évangélisant aux âmes, vous les mettez en présence de leur divin Ami. Avec lui, la vie comme d'ellemême devient surnaturelle.

Du même coup vous leur faites comprendre que dans la vie spirituelle elles ont affaire en tout à quelqu'un, à ce Quelqu'un adorable qui esl le Fils de Dieu et leur Ami. Bref, s'il est une chose particulièrement répugnante à L'amitié du divin Maître, c'est qu'un prêtre ne connaisse que superficiellement son Ami adoré, qu'il n'ail pas un désir ardent de le connaître toujours mieux.

El quelles âmes chrétiennes formerait-il s'il ne leur révèle pas Jésus comme I >ieu fait homme pour les sauver, pour s'unir à ell< qu'on ne connaî! pas le dogme de Jésus qu<

Le dogme

de

Jésus vivant

en nous.

Le dogme

de la Trinité.

La seule

difficulté sé-

• rieuse

h i égard

du Dogme,

c'est

qu'il demande

du travail.

vie chrétienne languit dans bien des âmes, parfois même dans des âmes sacerdotales.

Le Dogme n'est pas accessible ! Si nous voulions, nous saurions rendre accessible un autre dogme consolant, vital entre tous : le dogme de Jésus vivant en nous (car le Père, le Fils, le Saint-Esprit, habitant en nous par la grâce, pourquoi ne pas porter tout particulièrement notre attention sur le Fils?). La Sainte Trinité par la justification vient en nous pour nous sanctifier, et, un jour, nous ravir. Est-ce que saint Paul ne savait pas saisir les fidèles de cette doctrine ?

Ainsi remonterions-nous devant les fidèles, avec FÉglise qui fête tous les jours cet adorable mystère, à la Source suprême de F Incarnation, de la Gloire et de la Grâce, à Fauguste, infiniment vivante, infiniment aimable Trinité, et ainsi les âmes feraient-elles plus sérieuse connaissance avec le Dieu que l'Église catholique adore et qui est le seul vrai Dieu.

Mais pour savoir le dogme et Fadapter aux fidèles, y mettre son cœur, en saisir les âmes, il faut travailler, — d'un travail qui peut être autant une méditation qu'un travail. — Et malheureusement on égare trop souvent son étude sur toute autre chose. On oublie que le premier désir de FAmi divin, c'est d'être connu pour être aimé, c'est de voir son Père et son

divin Esprit connus, c'est de voir connues les relations intimes et vitales qu'ils veulent avoir avec nous. On oublie qu'une de ses plus grandes peines c'est que ses prêtres dispersent leurs pensées, leurs préoccupations, leurs labeurs hors de lui. Le Modernisme diminue essentiellement Jésus, la Trinité, la Grâce... Il le fait explicitement. Et nous peut-être l'avons-nous fait par notre silence. Les mystères les plus essentiels se sont ainsi trouvés diminués dans beaucoup d'esprits. Et c'est une des raisons pour lesquelles cette erreur désastreuse a trouvé tant de prise. Le Dogme n'était pas édifié solidement dans les âmes, et la démolition en elles en a été facile.

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