LA VÉRITÉ MORALE
Voici encore une charge bien grave que le Garder prêtre doit aimer comme lui venant de son Ami adoré : il est le gardien de la vérité morale. v,e Chargé du Dogme, il garde Jésus Vie des esprits. Chargé de la Momie, il garde Jésus Vérité de la vie et des volontés. Est-ce un devoir moin que de le garder comme Aliment fel Jîn u\ du monde ?
Grâce à votre Eglise »it aux prêtres qu'elle
charge, en votre nom, d'enseigner la vérité morale, ô divin Maître, les hommes sauront toujours, s'ils veulent, par quel chemin, venus de votre Père, ils doivent aller à lui. Ils sauront toujours quelles lois nous sommes obligés d'observer, quels conseils il nous est utile de suivre pour arriver à la vie éternelle, c'est-à-dire à la vue, à la jouissance, à l'amour éternellement béatifiques des merveilles infinies de votre beauté...
Et ce ne sera pas seulement chaque âme qui devra au prêtre cette science de la vie, c'est aussi la famille, la société : car vous êtes la Vérité morale et dogmatique et la Vie des familles, des sociétés, aussi bien que des individus. Le prêtre s'il veut être vraiment digne de votre amitié, se fera un devoir sacré de connaître avec sûreté et précision vos lois divines et celles de votre Église. Il évitera avec soin de les fausser, soit en ellesmêmes, soit dans leur application à la vie individuelle et à la vie politique et sociale, de les diminuer par le libéralisme ou de les exagérer par des rigueurs injustes.
Et il n'oubliera pas de montrer toujours aux fidèles que toutes ces lois divines ont passé par votre bouche et votre cœur, et même que, au fond, les lois, ô divin Maître, c'est vous qui commandez, que les conseils, c'est vous qui désirez, que toute la question de la vie comme de la foi va se résoudre en définitive entre vous et l'âme.
Etudier, — « élucider »
el préparer
avec soin aux fidèlea
la Vérité
morales ou dogmatiques qu'il a révélées.
Veut-elle ou non vous servir, vous aimer et être aimée de vous ici-bas et dans l'éternité ?
Un des hommes les plus occupés qu'on pût rencontrer, le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, à la clôture de la retraite qu'il faisait chaque année, à Saint-Sulpice, avec la régularité S^VIruS et la modestie du plus fervent séminariste, nous disait : « Lisez chaque jour pendant une demiheure votre théologie. Si aujourd'hui vous ne pouvez pas faire cette lecture, demain vous y consacrerez une heure. C'est à quoi je ne manque jamais. En vieillissant on réfléchit, on comprend bien mieux. Vous serez surpris des grands résultats de cette demi-heure quotidienne... »
Mais il ne suffît pas de renouveler le souvenir de notre doctrine, et à certaines époques où l'on en a plus le temps, d'approfondir certaines questions ; il faut travailler fortement pour la préparer aux âmes. Travail analogue à celui de la colombe, mais plus pénible. Sans un grand labeur, l'adaptation est peu sérieuse. Et pourtant qu'elle est nécessaire ! Qui n'a rencontré de bonnes âmes vivant des semaines d'un bon sermon el se plaignant de n'en entendre que rarement!
Il ne faudrait point parler au petit bonheur de choses aussi graves et aussi vitales. Si bien des .unes ne vivent guère, c'est beaucoup notre faute : nous ne leur donnons pas leur première nourriture; et leur première nourriture,
n'est pas Y Eucharistie1, j'ose le dire : c'est la doctrine.
Les soidis Dieu a créé dans la nature des foyers de lu-
établis . îii i-i-ii
par Dieu, miere et de chaleur : ce sont les soleils, les étoiles. Ainsi a-t-il voulu constituer dans Tordre surnaturel, à la portée des âmes de bonne volonté, des foyers de lumière et de vie divine, et ces foyers ce sont les prêtres. 0 prêtres, sachez que votre rôle est plus grand que celui de bien des étoiles qui n'éclairent peut-être souvent que des mondes éteints. Vous, vous êtes chargés de donner à des âmes qui ne s'éteindront jamais la vérité divine, Jésus la Lumière éternelle, Jésus la Vérité, la Voie.
Les Les hommes érigent des luminaires ou des
luminaires .
ei étafiST68 Pnares> Pour éclairer, pendant la nuit, leurs villes ou leurs océans. Vous êtes, ô prêtres, les luminaires ou les phares établis par l'Église. Si vous n'éclairez pas les âmes d'une lumière surnaturelle vive et forte, que d'accidents, que de naufrages ! Nous sommes libres de laisser périr les âmes ou de les éclairer : phares à qui Dieu a laissé le soin de se remonter et de s'entretenir eux-mêmes.
1. Cf. notre tome II des Élévations Évangéliques: pp. 285 et s. ; Jésus, au chapitre VI de saint Jean, s'affirme Pain, descendu du ciel d'abord comme objet de foi, — ensuite comme nourriture par sa Chair et son Sang.
les hommes,
pour le monde?
Travaillonsnous assez"?
Hélas ! hélas ! qu'il s'en faut que nous tra- , Que'»
1 ■■ luminaires
vaillions assez ! Nous sommes bien loin de prier som^;nous comme il faut. Cependant la sainte Messe, qui est pour nous comme obligée, et le Bréviaire, qui est obligatoire tous les jours, nous font prier régulièrement. Mais l'Église n'exerce pas sur notre travail ce contrôle quotidien. C'est à notre conscience d'y pourvoir. Puisse ce contrôle de la conscience n'être pas trouvé par Dieu en défaut à l'endroit de notre premier devoir qui est d'enseigner et de faire aimer la vérité divine dogmatique aussi bien que morale !
Ami divin, vous disiez à vos Apôtres : Jusqu'ici vous n'avez point prié ! Ne dites-vous pas souvent à vos prêtres : Jusqu'ici vous n'avez pas travaillé ! Si l'on est mon ami, ce n'est pas ainsi que l'on doit me traiter, moi, la Vérité et la Vie. Au nom de l'amitié, étudiez-moi, étudiez mon Père, l'Esprit-Saint, mes dogmes, mes lois. Et faites vivre de moi, de ma vérité et de mon amour, le monde qui languit.