LA DOULEUR ET LE PECHE
Tout d'abord, la douleur prévient un nombre combien énorme de péchés. Qui comptera les tentations 'prévient1'* dissipées, neutralisées ou vaincues par le travail pénible, les préoccupations absorbantes, un état habituel de souffrance ?
Assurément, nous devons être fidèles à remercier Dieu de nous avoir préservés de tant d'accidents physiques douloureux que nous entendons raconter tous les jours. Nous négligeons trop la gratitude à cet endroit si pratique et si saiint. Mais nous ne devons pas lui être moins reconnaissants d'avoir évité à notre âme les ç;if;istrophes morales dont elle eût été victime, sans les peines, les chagrins, les souffrances, le travail providentiels. Nous serons ravis dans l<> ciel, ô mon Dieu, quand nous verrons commenl vous ;<vez su, par nos plus crucifiantes douleurs, empêcher souvent nos plus grands pé< Ni. us verrons avec ;i<lmiration combien de fois, jusque dans la \ i.- <!<■> impies, cette miséricordieuse providence qui prévienl l<- péché par
les peines, les travaux... trouva le moyen de s'appliquer.
Miséricordieux Jésus, miséricordieux même quand vous nous ménagez des croix, soyez béni mille et mille fois de m'avoir préservé en me faisant souffrir : je l'ai souvent touché du doigt avec évidence, mais je l'ignore combien de fois plus souvent ! Ce sera une des révélations du ciel que de revoir complètement, dans une reconnaissance et une admiration éternelles, cette histoire infiniment touchante, comment La douleur efface le péché. Je n'ose dire que drîceiepédié de recevoir le sacrement de Pénitence soit une
et ses suites. ■ A
douleur. Cependant pour beaucoup d âmes il ne va pas sans peine. Et, surtout avec le temps, qui ne trouve dans la fidélité à ce Sacrement la plus sérieuse pénitence en même temps que la plus sûre ? Il n'en est pas de plus féconde. Dieu a attaché à ce sacrement, dont notre aveu et notre contrition sont des éléments essentiels le pouvoir prodigieux de remettre tous les péchés. Il en faut passer par cette peine qu'est la Contrition, et cette peine d'humiliation qu'est la Confession ; mais grâce à l'Absolution, elles nous donnent l'Infini, qui vient avec son pardon, sa grâce rendue ou augmentée, sa rémission des peines temporelles dues au péché.
Rémission Cette rémission de dettes, qui serait complète si notre contrition dans le Sacrement était assez
vive, est un effet particulièrement remarquable de la douleur. La même absolution peut les abolir totalement ou seulement en partie, selon que notre chagrin du péché est plus ou moins profond et parfait, tant Dieu a donné à notre regret d'importance dans ce sacrement. Et la satisfaction que le Confesseur nous impose prend elle-même, d'après un enseignement très grave, une vertu sacramentelle pour diminuer ces dettes.
Ainsi la douleur a-t-elle été élevée, dans ce qu'elle a de plus noble, à la dignité sacramentelle. La meilleure de nos douleurs est évidemment la douleur du péché. La moins parfaite, l'attrition, peut être déjà un acte sacramentel. Mieux encore, la contrition parfaite qui, même avant le sacrement et en vue de lui, peut nous réconcilier, nous rendre Dieu, la grâce, le ciel.
Cultivons cette douleur de la contrition parfaite. Dira-t-on de la douleur ce qu'on a parfois dit de la joie : le chagrin ne se commande pas ? Je répondrai encore que le chagrin humain ne se commande guère, mais que le chagrin divin peut être commandé, inspiré par la charité et par la crainte de Dieu.
Nous cultiverons donc beaucoup cette douleur très bonne, très salutaire. Nous entrerons de grand cœur dans les dispositions de contrition si souvent exprimées par la Liturgie. Nous aimerons à former des actes personnels de con-
trition parfaite. Jamais nous ne nous endormirons sans en avoir conçu un acte fervent.
Nous apprendrons aux fidèles à faire tous les jours de ces actes, à se réconcilier eux-mêmes sans attendre la confession qui peut-être ne viendra qu'après quelques mois. A la bonne heure, recommandons-leur de ne pas attendre Noël ou Pâques pour se confesser. Mais en fait, nous n'obtiendrons une confession immédiate que d'un bien petit nombre, et en ne disant pas la vérité sur l'efficacité de la contrition parfaite, l'obtiendrions-nous davantage ? Que tous comprennent qu'ils peuvent se réconcilier par l'acte de contrition parfaite. Il se perd des âmes faute de lumière sur ce point de doctrine.
La contrition parfaite n'est pas facile, dirat-on. Ce qui est difficile surtout, il nous semble, c'est le détachement du péché. Mais que d'âmes peuvent concevoir bien vite le dégoût et le détachement de certaines fautes ! Et Dieu ne leur refuse pas, non plus, la grâce de s'élever vers sa Bonté infinie et de regretter pour ellemême de l'avoir offensée *.
La douleur enfin répare le mal. D'abord
iaTouilur soyons préoccupés de réparer pour nos péchés :
î/péché. cela est vrai, cela est humble. Pourtant ne
cédons pas à une crainte pusillanime : — C'est
assez, dites-vous, de réparer pour moi ! — En
tâchant de réparer pour d'autres, vivants ou
li/ne, t
JÉSUS COMMUNIQUE AU PRETRE SA DOULEUR. ICj3
morts, vous faites acte de charité, vous réparez donc aussi pour vous.
Et cette charité pour les autres peut avoir plus de prix, lorsque, prêtres, nous Fexerçons en faveur de nos frères dans le sacerdoce. Il y a là une application bien douce de la Communion des saints : Je veux obtenir que mes frères réparent pour moi, et je veux réparer bien humblement pour eux 1 : avec la prière des prêtres les uns pour les autres, quel meilleur acte de charité que cette réparation fraternelle ?
Il est évident que, depuis plus d'un demisiècle, un grand mouvement vers la réparation s'est produit dans l'Église. Cette idée a même inspiré la fondation de plusieurs Congrégations religieuses : nommons seulement les Victimes du Cœur de Jésus, V Adoration Réparatrice, les Filles du Cœur de Jésus, Marie Réparatrice...
Les prêtres doivent encourager les âmes sol-
1. Grâce à Dieu, il s'agit d'ordinaire de bien autre chose que de sacrilèges à réparer. Qui ne sent le besoin qu'on répare pour lui ? Cf. l'œuvre de la Réparation sacerdotale deux fois louée par des lettres très graves, très encourageantes, de 3. 8. Pie X, 'I qui a son organe mensuel intitulé : La Réparalion sacerdotale. Directeur : R. P. Mott, Lazariste, 95, rue rres, Paris. — Le vénéré cardinal Mercier, archevêque de Malines, si préoccupé «le la sanctification de son clergé, — lire son très beau livre : .1 mes séminaristes , — a voulu que dans son diocèse t< i communautés relif
crenl un jour par mois à la ; ration pour les
1 haque communauté a dû envoy» dhésion à
l'Archevêché. Les paroisses onl i'.iit de même.
ig4 le prêtre intime.
licitées par ce mouvement. Qu'il est bon d'offrir pour l'Église, en particulier pour la réparation de tant de péchés, les souffrances quotidiennes, ou même, si un attrait éprouvé y incline, de s'offrir en victime pour ces intérêts très graves du Sacré Cœur et des âmes l !
1. Bien entendu, il faut, en chose si délicate, une vraie prudence. Pour les prêtres personnellement, elle souffre peu de difficultés : la longue formation que demande le sacerdoce préserve plus facilement une âme d'emballements irréfléchis. Mais, par exemple, que de jeunes filles généreuses ont besoin à cet endroit d'être sagement conseillées! Assez volontiers on s'offre en bloc pour le salut de la France, et un petit sacrifice prosaïque du moment déconcerte. Nous avons rencontré des âmes qui s'étaient offertes en victimes et qui pendant des heures n'en finissaient jamais de raconter leurs peines. Des âmes de cette sorte assez souvent se rendent insupportables au mari, à la famille, à l'entourage. Au lieu de chercher les raffinements de la piété, ne feraient-elles pas bien mieux d'en cultiver les éléments : je veux dire la désoccupation d'elles-mêmes, l'occupation de Jésus et des âmes, l'occupation de la doctrine intégrale trop peu connue et qui pourrait si bien arracher ces âmes à leurs subtiles analyses, à leurs retours infinis sur leurs états psychologiques ? En respectant et en encourageant des préoccupations excellentes, empêchons-les de dévier, ou d'exagérer. Nous avons étudié avec beaucoup de soin cette question délicate du vœu d'abandon et du vœu de victime dans une introduction à la Petite Vie de Mère Marie-Véronique, fondatrice de l'Institut des Victimes du Cœur de Jésus (Villeneuvelès-Avignon, Namur, Bruxelles), par le P. Prévôt, des Pères du Sacré-Cœur de Saint-Quentin (Paris, Castermann).