LEO PP. XIII
« DILECTE FILI NGSTER , SALUTEM ET APOSTOLICAM BEXEDICTIONEM
« Nihil fieri tam pulchrum tamque consentaneum arbitramur posse quam ut civitates honore prœcipuo colant eorum virorum memoriam, a quibus ipsee ante alias nobilitata; sint. Inest in hoc vicissitudo quaedam decoris quod hinc accipitur, inde redditur. Nunc vero, quanquam is est Bossuetus, ut non unam aliquam civitatem, sed omnino Galliam totam illustrant, tamen propter majorem conjunctionem aliquanto plus contulisse splendoris in eam Diœcesim videtur, quam episcopus rexit. Idcirco, ul^i primum de ven. fr, Episcopo Meldensium coscnovimus cos:itare se monumentum immortali
Les laïques , messieurs , ont le culte de Bossuet. Ils l'étudient, le connaissent et le possèdent à fond. Ils parlent de lui et de ses œuvres avec une admiration voisine de l'enthousiasme et une compétence faite pour nous surprendre. L'un d'eux, le premier des critiques de notre temps, brillant académicien, a pu faire à FÉcole normale des conférences sur Févéque de Meaux, et en plein Paris, devant un public mondain, les reprendre, sans cesser d'obtenir le plus éclatant succès. Un universitaire, doyen de la faculté des lettres d'une de nos grandes villes de province, me disait que tout ami de la haute littérature devait avoir deux éditions de Bossuet, une édition d'honneur pour sa bibliothèque, une
decessori suo ponere in templo principe, magnopei^e consilium probavimus. Nam plane perspicimus clero populoque e Gallia catholico laiidi futurum, grati animi monumentum tali viro posuisse qui ornamenta naturae suae in primis et maxime ad patrocinium tutelamque catholici nominis omnia transtulit : lumen ingenii, altitudinem animi, doctrinœ copiam , nominatimque oratoriam plenam gravitate et majestate eloquentiam. Cum itaque tu et episcopus Meldensis cœterique monumenti perficiendi cui'atores exsequi propositum statu eritis, vobis auctores sumus ut manum operi admoveatis alacres : non vos civium vcstrorum assensus, non munificentia deficiet. Quidquid autem curce studiique in Bossueto honorando posueritis, id omne Ecclesiœ potissimum tributum putatote.
« Auspicem divinorum munerum benevolentiaeque Nostrœ testem tibi eisque omnibus Apostolicam benedictionem peramantei' in Domino impertimus.
« Datum Romœ apud S. Petruni, die 4» decembris anno
MDCCCLXXXXVIII.
« Pontificatus nostri vicesimo primo.
a LEO pp. xin. »
autre plus modeste pour son usage quotidien, dont les pages sans" cesse feuilletées fussent froissées et ternies. Grojez-vous, messieurs, qu'il y ait parmi nous beaucoup de confrères qui poussent à ce degré l'assiduité et l'intimité de leur commerce avec le prince de l'éloquence au xvii^ siècle et dans tous les temps? Croyez-vous que nous soyons très nombreux, nous, ecclésiastiques de France , à avoir étudié , lu et relu Bossuet tout entier? Je dis tout entier; je n'entends même pas faire allusion à quelques-unes de ses œuvres moins utiles, les controverses sur le quiétisme , par exemple , qui rappellent des souvenirs pénibles; mais le Bossuet de la Coiinaissance de Dieu et de soi-même^ de VHistoirc des variations, du Discours sur l'Histoire universelle y le Bossuet des États d'oraison, le Bossuet des sermons du temps et des oraisons funèbres , le Bossuet des Méditations sur les Evangiles et des Elévations sur les mystères, ces monuments de foi . de piété , de science des Ecritures? Un prêtre qui, huit ou dix années durant, se serait fait une habitude de se pénétrer de ces merveilleux écrits n'aurait-il pas, de ce seul chef, trouvé le secret d'utiliser, d'ennoblir et d'embellir les loisirs de sa vie de silence et d'isolement?
Je vous propose, messieurs, une troisième manière d'employer votre temps libre , ce serait de le consacrer à une série de lectures de vies de prêtres de tous les pays et de tous les
temps qui ont particulièrement illustré les annales de la sainte Église. Vous vous donneriez par là le spectacle bienfaisant des vertus sacerdotales in actu au milieu des situations les plus diverses, de telle sorte que l'idéal béni de votre vocation s'éclairerait et s'agrandirait mieux à vos regards. En face de ces glorieux aînés, qui, chacun pour son compte, ont reproduit la ressemblance du divin Modèle, conformes (ieri ima- (jinis Filii sui , mêlant à des traits communs à tous des nuances particulières dues aux particularités de leurs conditions respectives, vous vous sentiriez animés à essayer, vous aussi , de vous porter d'un généreux effort vers la sainteté. Exempta trahunt. J'aimerais donc que vous eussiez sous la main des biographies bien faites, bien documentées et bien écrites, — elles se sont multipliées de notre temps ; — et si modeste que soit votre budget, en vous imposant quelques économies sur d'autres chapitres de vos dépenses moins utiles, vous viendriez certainement à bout de vous les procurer peu à peu. Je ne saurais dresser devant vous, mes chers confrères, un catalogue de librairie, citer ici ni les auteurs ni les éditeurs. Je me contente de vous suggérer l'idée telle que je la conçois, le plan général tel que je me le représente.
Cette bibliothèque sui yeneris devrait, à mon avis, contenir l'histoire des pontifes et des prêtres les plus illustres des premiers siècles : saint Justin, saint Cyrille, saint Basile, saint
Irénée , saint Gyprien , saint Jean Ghrysostome . saint Jérôme, saint Ambroise , saint Augustin, saint Paulin de Noie, saint Martin, saint Hilaire: l'histoire des grands fondateurs d'ordres religieux , à partir de saint Benoit , l'ancêtre puissant et vénéré du monachisme occidental, jusqu'à saint Bruno et saint Bernard, jusqu'à saint Dominique et saint François d'Assise ; l'histoire , à partir de la Réforme, et, pour en combattre les ravages, des merveilleux ouvriers de doctrine et de sainteté, qui furent : saint Charles de Borromée, saint Ignace de Loyola, saint François- Xavier, saint Jean de la Croix, saint Philippe de Néri , saint Alphonse de Liguori , et dans notre cher pays : le cardinal de Bérulle, le Père de Condren, le Père Bourgoing, de l'Oratoire, M. Olier, saint Vincent de Paul , le Père Eudes , le bienheureux Grignon de Montfort, saint Vincent Ferrier; pendant la Révolution et sous la Terreur, l'histoire de quelques-uns des prêtres français massacrés à Paris, noyés à Nantes, entassés sur les pontons de La Rochelle, exilés à Londres; de nos jours, l'histoire des convertis célèbres, revenus au catholicisme, entrés dans les ordres : Newman et Manning en Angleterre , Schouwalof en Russie, Ketteler en Allemagne, Lacordaire et Gratry en France; l'histoire des humbles, des petits, au sens humain du mot, les missionnaires des plages lointaines, morts pour la foi comme les Pères Chanel et Perboyre ; l'histoire du modèle désormais populaire des pasteurs : le curé d'Ars.
Combien de volumes cette énumération comporte-t-elle? Vingt-cinq ou trente, mettons quarante. Quelle dépense faudrait -il s'imposer pour les acquérir? Supposons un prix moyen de cinq francs par ouvrage, et c'est beaucoup dire, nous arriverions à un total de deux cents francs. Est-il exagéré de prétendre, messieurs et chers confrères, que même ceux d'entre nous de qui les finances sont le plus mesurées pourraient en quelques années, s'ils le voulaient bien, disposer de cette somme et constituer la bibliothèque spéciale que je viens de dire?
Enfin je vous propose, messieurs, je propose à quelques-uns de vous l'étude des questions critiques et apologétiques dont l'importance aujourd'hui n'échappe à personne. Ne vous effrayez pas. Je ne songe nullement à vous conseiller d'apprendre l'hébreu ou le sanscrit, ni de vous lancer dans des controverses laborieuses d'exégèse et de philologie, ni de vous initier à toutes les variétés d'attaques dirigées de notre temps contre la philosophie spiritualiste et la religion. Ce sont là travaux réservés. Une élite seule de spécialistes les peut affronter, dans des conditions de complète indépendance qui facilitent l'application de l'esprit, par un labeur soutenu qui crée le prestige et l'autorité du savoir. Honneur aux membres du clergé que leurs talents, leurs goûts, leur vocation, rendent capables de combattre le bon combat sur chacun de ces terrains difficiles et de défendre l'arche
sainte ! Ce que je vous demande est plus simple, plus pratique. C'est de bénéficier des résultats acquis; c'est de vous "intéresser aux recherches et aux conclusions des labeurs d'autrui; c'est d'acquérir une notion générale de l'objection d'un côté, et de la réfutation de l'autre, de manière à ne pas paraître, le cas échéant, ni de votre temps ni de votre pays. Un prêtre tant soit peu mêlé au monde aujourd'hui, et il peut se faire qu'il le soit même dans une campagne retirée, a besoin en quelques circonstances de faire preuve au moins d'une certaine initiation d'ensemble. Et du reste, ne fût-ce que pour votre propre satisfaction, il serait fort désirable encore et fort utile que vous pussiez acquérir ces vues et ces informations générales.
J'estime, là aussi, qu'un nombre restreint de volumes suffirait à vous rendre ce grand service. Je ne les indiquerai pas tous; j'en mentionnerai quelques-uns :
Tous les ouvrages de MM, Vigouroux et Fillion de Saint -Sulpice; tous ceux de M. Tabbé Fouard et de M. Lesêtre; toutes les œuvres du regretté abbé de Broglie , en particulier le livre qui a pour titre : Conclusions de l'histoire des religions; le manuel, car c'en est un d'une riche et rare concision, de M. le chanoine Dhuillé de Saint-Projet, de l'Institut catholique de Toulouse, intitulé : Apologie scientifique de la religion; les Conférences à Notre-Dame, de M9r d'Hulst , et ses Mélanges philosophiques; les Conférences à
Notre-Dame, du Père Monsabré; le Christianisme et les temps présents, de Mgr Bougaud; le Bon sens de la Foi, du Père Gaussette ; la Vie de Jésus, du Père Didon; la Passion, du Père Olivier; les Évangiles du dimanche, de M. l'abbé Martin, curé archiprêtre de Louhans; quelques-uns des ouvrages de Mg^" Baunard, recteur de l'Institut catholique de Lille; l'admirable livre les Missions catholiques au XÎX" siècle^ de M. l'abbé Louvet. Je ne parle que des écrits les plus récents. Il va de soi que Lacordaire, le Père Gratry, l'abbé Perreyve, Mg»" Freppel, Mg»* Dupanloup, le cardinal Pie, l'abbé Gharles Perraud, pourraient et devraient être en bon rang dans cette galerie.
Voilà donc , messieurs et chers confrères , à votre choix , quatre façons d'occuper votre liberté et vos loisirs dans le silence de votre presbytère , quatre sources d'études et de lectures purement ecclésiastiques.
Ajouterai-je, pour ne pas me montrer exclusif, que rien n'empêchera que vous ne vous délassiez de ces études mêmes par d'autres qui, en d'autres domaines, vous attireraient et vous plairaient : sciences exactes, applications des sciences à l'industrie et aux usages de la vie quotidienne, géographie et voyages, littérature contemporaine... Non certes par vanité et par le sot désir de paraître savants , comme le marque l'auteur de U Imitation ; mais par désir du bien, pour faire bonne contenance au milieu des gens 111 13
du monde, pour nous concilier leur sympathie et leur respect, ayons à cœur, chers messieurs, d'acquérir, suivant le joli mot du xvii^ siècle, (( des clartés de tout, d sinon une compétence sur tous points approfondie.
La culture de l'esprit, que des intentions droites et surnaturelles inspirent, n'a jamais été, ne sera jamais de trop pour un prêtre. Elle s'impose comme un devoir aux prêtres de ce temps.