III
des communautés diocésaines ou des ordres religieux, sont un excellent moyen de remédier à ces insuffisances, de pallier ces inconvénients. Il est fort désirable d'en procurer le bienfait aux populations. Nulle générosité de la part des personnes favorisées des biens de la fortune ne saurait être mieux employée qu'à cette sorte de propagation de la foi à l'intérieur. Presque toujours, l'arrivée et la présence de deux ou trois missionnaires dans une paroisse produisent les meilleurs fruits, soit que l'attrait d'une parole nouvelle , les cérémonies , les chants , stimulent la langueur accoutumée du public, soit qu'une grâce spéciale accompagne le zèle des apôtres et leurs efforts. Toutefois, les missions ne peuvent être données que de loin en loin, tous les dix ans, tous les cinq ans. N'existerait -il pas quelque façon de combler ces longues intermittences?
Des confrères d'un canton, d'un arrondissement, ne pourraient -ils pas se rendre les uns aux autres le très grand service de sortir de chez eux de temps en temps et de se faire les missionnaires de leurs paroisses respectives ? L'effet heureux de la nouveauté sur les populations serait produit. La diversion salutaire dont ils ont eux-mêmes besoin se réaliserait. Cette mutualité d'apostolat, je ne l'ignore pas, s'exerce dans une certaine mesure à l'occasion de la fête patronale, de la première communion, de la confirmation, des Quarante -Heures. Ne pourrait-elle pas s'exercer plus souvent et prendre
uiiu iiiipurLancc plus marquée? L'éloignement momentané, V absentéisme de circonstance soulèvent bien quelques objections. Des juges autorisés estiment que , somme toute , les avantages l'emporteraient sur les inconvénients; qu'il y aurait profit pour le prêtre de se soustraire à son isolement, pour les fidèles de bénéficier de son zèle , pour les adversaires mêmes de le voir occupé aux choses de son ministère au lieu de le savoir obstinément fermé et emmuré dans sa demeure, sans presque aucun emploi de son activité.
Tout ceci regarde surtout MM. les curés des campagnes. Dans les villes la prédication est très variée. Les stations d'Avent et de Carême sont de tradition pour les paroisses riches. Les mois de Marie, les neuvaines du Sacré-Cœur succèdent à la sainte Quarantaine. On se demande s'il n'y a pas ici excès en sens contraire, si à force de se multiplier la parole évangélique ne perd pas de son prestige et de son action. On n'est pas loin de trouver fort longues les six semaines de prédication ininterrompue du carême. Un bon nombre de curés très zélés inclineraient à substituer à cette coutume invétérée une mission pendant les trois dernières semaines, avec des exercices quotidiens ou presque quotidiens pour des groupes différents d'auditeurs. Ce que font en ce genre les PP. Rédemptoristes , surtout lorsque dans une même ville ils occupent les chaires de toutes les églises, obtient de si
consolants résultats que peut- être bien est-il légitime de songer à innover un peu.
Je n'ai pas qualité, messieurs et vénérés confrères, pour trancher tant et de si délicates questions. Memor esto conditionis tuœ. Je n'entre avec vous dans tout ce détail de ce qui est et de ce qui pourrait être , que pour vous montrer à quel point j'ai le souci des destinées et des fruits de la prédication dans notre cher pays.
Je crains qu'il n'y ait pour bien des causes des forces perdues parmi nous , qu'il n'y en ait en quantité désolante.
Je crains qu'on n'hésite beaucoup trop à appliquer, un peu de toutes parts, le remède au mal.
Je sais que le prêtre reçoit dans les saints ordres le pouvoir et le devoir de prêcher. Oportet sacerdotem praedicare .
J'appelle de mes vœux et de mes prières le temps où chacun de nous, renonçant à s'accommoder des impossibilités prétendues . fournira toute sa carrière, donnera toute sa mesure d'apôtre. Rogate ergo Dominum messis ut mittat operarios.
1 S. Matth. IX, 38.