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L'EGLISE

Messieurs et vénérés confrères.

Sous ce titre : L'église, je voudrais grouper un certain nombre d'observations et de recommandations qui n'ont pas trouvé leur place dans nos entretiens précédents, et dont il est cependant opportun de parler en retraite. Une part de votre vie sacerdotale, la meilleure, se passe à Féglise, dans votre église. Votre église, c'est par excellence votre demeure. Hic habitabo, quoniam elegi eamK Vous vous y êtes attachés de cœur. Pour modeste qu'on la suppose, elle est votre foyer de choix, votre patrie d'âme. Et, dans votre église, l'autel et tout ce qui se rattache au culte de la divine Eucharistie vous est

1 Psalm. cxxxi.

particulièrement cher. Disons donc quelque chose d'abord de la tenue générale de votre église, ensuite du respect et de la décence qui doivent tout spécialement environner les saints mystères.

C'était une humble égUse au cintre surbaissé,

L'éghse où nous entrâmes.

Où, depuis deux cents ans, avaient déjà passé

Et prié bien des âmes...

Vous n'avez pas tous , chers messieurs , le légitime orgueil et la consolation de posséder une belle église. Vous gémissez, pour la plupart, tantôt sur l'exiguïté, tantôt sur le délabrement de l'édifice dont la garde vous est confiée. Faites appel à votre esprit de foi et consolez-vous. Ni les dimensions architecturales, ni la richesse de l'ornementation ne sont indispensables. Le plus pauvre sanctuaire catholique est vraiment la maison de Dieu. Saint- Paul de Londres ou Sainte -Sophie de Constantinople ne comptent pas autant qu'une chapelle de hameau perdue au fond des campagnes ou des bois. Victor Hugo, dans les vers que je viens de citer, a parfaitement rendu la poésie pieuse et l'attrait de l'église de village. L'église vaut par elle-même, par les devoirs religieux qui s'y accomplissent, par le souvenir vivant et comme l'empreinte qu'y ont laissés les générations disparues. Je ne dis point cela pour vous dissuader de construire une église neuve ou de restaurer et d'agrandir la vôtre, si vous pouvez prudemment espérer de conduire à

bien l'entreprise. Je le dis pour vous prémunir contre une fausse humiliation, contre un découragement déplacé et fâcheux , dans le cas où vous devriez renoncer à cet espoir. Encore une fois , depuis la crèche et la dernière cène , quatre murs suffisent à la majesté du saint lieu.

Mais ce qu'on est en droit de vous demander, ce que vous devez être scrupuleusement attentifs à ne jamais négliger, c'est la tenue irréprochable, c'est la parfaite propreté.

Livrons -nous ensemble à une petite inspection sommaire.

Vous n'avez pas de vitraux , il n'est pas nécessaire que vous en ayez. De simples grisailles ou même des verres blancs peuvent suffire. Seulement pourquoi ces verres sont-ils en mauvais état? Pourquoi sont-ils fêlés? Pourquoi, à certains endroits, sont- ils troués? Un léger grillage extérieur les garantirait contre la grêle qui les frappe ou contre la gaminerie des enfants qui s'amusent à lancer des pierres ; il n'y a point de grillage. Et puis, voyez, la poussière s'y amasse. Elle les obstrue, elle les ternit... la poussière et les toiles d'araignées aux angles de la muraille. Le sacristain, sur votre ordre, ne pourrait -il pas de temps à autre épousseter , éponger , laver , entretenir ? Ce serait l'affaire de quelques minutes tous les quinze jours, tous les mois.

Les vitrages sont ce qui, de prime abord, attire l'attention, et c'est pourquoi j'ai commencé par là. Triais la même incurie se remarque ail-

leurs. De la poussière partout, sur les bancs, sur les accoudoirs des bancs, sur la chaire, sur le confessionnal. Des toiles d'araignées à la voûte, aux chapiteaux des colonnes, aux rétables des autels latéraux, aux tableaux du Chemin de Croix. Le regard s'offusque et l'âme s'attriste de cet oubli des soins les plus élémentaires. Il serait facile encore une fois de ne pas y manquer.

Vous n'avez pas un beau Chemin de Croix. Vos quatorze stations sont marquées par de simples images pauvrement encadrées. Mais pourquoi les cadres ne sont-ils pas bien fixés et d'aplomb? Les uns se relèvent, les autres s'abaissent. C'est une dissymétrie choquante pour l'œil.

Vous n'avez pas sur vos autels des chandeliers de prix. Mais pourquoi les souches sont- elles à moitié salies et noircies? Pourquoi ne se tiennentelles pas d'aplomb , elles non plus ? Elles se touchent de trop près vers le haut, ou elles s'écartent démesurément.

Vous n'avez pas un confessionnal bien construit ni ouvragé avec art. Mais pourquoi les images devant lesquelles la pénitente ou le pénitent s'agenouille sont-elles défraîchies, usées, lacérées , toutes autres qu'il ne faudrait pour inspirer un sentiment de piété et de foi ? Pourquoi le petit escabeau est -il cassé? Pourquoi le treillis de la grille est-il endommagé?

Vous n'avez pas une chaire digne des fonctions de maître de la doctrine que vous y exercez. Elle

est pauvre comme tout le reste de votre mobilier. Mais pourquoi les marches qui y conduisent en sont-elles mal assujetties, presque branlantes, ébréchées par intervalles, couvertes de plâtras et de boue ? Pourquoi, dans la chaire même , des chiffons de papier, des pages de livres de prières ou de cantiques, des taches de cierge à profusion? Pourquoi, en dehors, jamais un coup de brosse avec un peu de cire, qui suffirait à faire reluire le bois, ou tout au moins à lui donner un air de chose soignée et entretenue, au lieu de paraître abandonné à la vétusté et à la moisissure ?

Vous n'avez pas assez de bancs pour vos fidèles. Vous êtes obligés de faire avec des chaises volantes l'appoint des places. Pourquoi ces chaises, le lendemain du jour où elles ont servi et en attendant qu'elles servent encore, sont -elles empilées pêle-mêle au fond de la nef, comme un amas désordonné d'ustensiles dont on se débarrasse, au lieu d'être alignées et superposées convenablement?

Vous n'avez pas de fonts baptismaux élégants. Mais pourquoi ne sont- ils pas entourés de la balustrade réglementaire? Pourquoi ces grandes taches rousses ou verdâtres, suivant qu'ils sont de pierre ou de métal? Pourquoi, à l'intérieur, les ampoules des saintes huiles, au lieu d'être blanches et brillantes, sont- elles noirâtres? Et les linges ? Salis , fripés , roulés comme des chiffons.

Votre sacristie ? Il faut bien en dire un mot. Elle est étroite , insuffisante ; ce n'est pas votre faute. Le meuble où vous enfermez vos ornements, de valeur plus que médiocre, laisse beaucoup à désirer ; cela n'est point à votre charge. Mais que d'autres choses le sont qu'avec un peu plus de surveillance vous pourriez aisément corriger ! Pourquoi dans les placards, les aubes, les surplis, les cordons, les étoles, souvent les amicts, sont-ils entassés, enfouis, plutôt que rangés avec ordre ? Vous mettez infiniment plus de soins dans votre presbytère à suspendre en bon lieu vos vêtements , vos soutanes , vos manteaux. Pourquoi les vases sacrés, calices, ciboires, ostensoirs, — nous en reparlerons tout à l'heure, — au lieu d'être enfermés dans leur boîte, dans leur écrin, fût-il de carton vulgaire, restent-ils exposés, en quelque coin de l'armoire, soit à la poussière , soit à l'humidité ? Pourquoi la petite fontaine du lavabo est-elle si mal conditionnée, presque sordide ? Pourquoi la serviette suspendue à côté, à force d'être malpropre, provoquet-elle la répugnance des moins délicats? Pourquoi, dans cet angle ou cet autre, ces balais, ces brosses, cette cruche à l'eau, dont l'usage trop intermittent ne rend aucun service et dont la place , en tout cas , serait ailleurs ? Pourquoi ce reste de provision de charbon dans une caisse noire quand l'hiver est fini depuis longtemps, ces tabourets boiteux, cette chaise désempaillée, ces débris de cierges, ces exemplaires du jour-

nal la Croix, tombés au travers de ce cumul de choses inqualifiables ?

Que de menus détails, direz- vous, messieurs et chers confrères, et dans tout cela que d'invraisemblances ! Menus détails... J'en tombe d'accord avec vous ; aussi bien ne cherché -je rien autre aujourd'hui, dans l'enquête à laquelle je me livre. Invraisemblances ? non.

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

Je vous concède volontiers que tous les traits de mon tableau, je ne les ai pas empruntés à une même source, ni constatés dans un contrôle unique. Mais je vous affirme que je n'en invente aucun. Ce que je dis, je l'ai vu ici ou là, une fois ou l'autre. Je n'ai pas assez d'imagination pour créer un récit fictif. Je me souviens, et je raconte. Rien de plus.

Usant de la même méthode d'observation, utilisant de la même manière mes réminiscences personnelles, j'arrive maintenant à ce qui, dans votre église, prime tout le reste, à ce qui concerne la sainte Eucharistie et la célébration de la messe. Pour mettre le plus d'ordre possible dans ce qu'il me faudra dire et pour essayer de ne rien oublier, je parlerai d'abord de la décence et de la convenance des choses du culte, et ensuite de la tenue du prêtre lui-même à l'autel.

Les choses du culte... La lampe du sanctuaire,

commençons par là. Vous veillerez, messieurs, à ce qu'elle soit scrupuleusement entretenue. Ce témoin inanimé de votre foi envers le mystère et le miracle de la présence réelle doit être, de votre part, l'objet d'une attention religieuse et en quelque sorte amoureuse. Rien n'est plus triste, quand on entre dans une église, que de voir la lampe éteinte ou ne donnant qu'une lueur charbonneuse et vague. On a d'excellents procédés aujourd'hui pour se tenir tout à fait en règle avec cette prescription de première importance, des mèches longues qui durent toute une semaine , au lieu d'exiger d'être renouvelées toutes les vingt- quatre heures. On est deux fois inexcusable si , par négligence , on ne fait pas ce qu'il est nécessaire de faire. Veillez de même à ce que la coupe de verre où brûle et tremble la petite flamme soit toujours très propre pour être transparente. Souvent, faute de cette précaution élémentaire, elle reste crasseuse, tapissée au dedans d'une sorte d'enduit opaque, chargée au dehors de poussière gluante , si bien que le rayon lumineux, emprisonné, ne s'épanouit plus. Après la lampe, l'autel; et, sur l'autel, le tabernacle. Que votre autel soit de marbre ou de bois, peu importe. L'important c'est qu'il soit d'une propreté exquise. Sous aucun prétexte d'économie , vous ne tolérerez pas qu'il en manque. Les degrés en seront intacts et non point détériorés par un accident ou par le temps. Les reliefs qui en décorent le devant ou les

côtés ne deviendront pas des nids à poussière, pas plus que le gradin supérieur où sont placés les chandeliers. Les chandeliers, à leur tour, fréquemment essuyés, fussent-ils du plus humble modèle et du plus pauvre métal, reluiront comme s'ils étaient d'argent ou de cuivre. Vous ne souffrirez à aucun prix qu'un placard servant de débarras soit ménagé par derrière, sous le tabernacle. Il ne convient absolument pas que, pour la commodité du sacristain, il y ait dans la proximité immédiate de l'hostie consacrée, séparés d'elle par une mince cloison, des objets vulgaires de tout genre, des bougeoirs, des allumettes, des morceaux de cire, des torchons. Quant au tabernacle, le Saint des saints, vous serez jaloux de lui garder une sorte de luxe de blancheur. Le corporal sur lequel le ciboire repose ne dégénérera pas en linge banal, en chiffon roulé et pénible à voir. L'étoffe de soie qui doit revêtir les parois intérieures de ce paradis de la terre sera toujours immaculée.

Les vases sacrés , le calice , le ciboire , la patène, la custode, exigent aussi les plus grands soins. Pas n'est besoin qu'ils soient riches , pourvu qu'ils soient convenables. Les règles liturgiques veulent qu'ils ne perdent pas leur dorure en dedans. Il faut se tenir rigoureusement aux règles. Un prêtre soucieux de faire honneur à sa foi, quelle que soit la modestie de ses ressources, trouvera bien le moyen de n'y pas contrevenh\

Même insistance pour les linges qui servent à

la célébration des saints mystères : le corporal, la pale, le purificatoire. Le corporal doit être lavé régulièrement. Il est irrévérencieux de le garder plusieurs mois de suite, sans le soumettre à cette élémentaire réparation. Ne vous est-il pas quelquefois arrivé, messieurs, quand vous disiez la messe hors de chez vous, en déployant le suaire du corps du Christ, d'être surpris et incommodés jusqu'à la répugnance de le voir plaqué de certaines taches jaunâtres et saupoudré vers les plis de certains grains noirs, dont la provenance n'était que trop facile à deviner ? M. le curé est un grand priseur. Pendant qu'il célèbre, il lui advient d'évacuer tantôt de la poussière de tabac, tantôt... comment dire? des mucosités plus ou moins subtiles. Tout cela tombe et s'amasse là même où se consacre l'hostie , si bien que des parcelles eucharistiques peuvent se trouver mêlées à ces innomables détritus.

Le purificatoire et l'amict se changent habituellement chaque semaine ; nous n'en parlerons pas.

L'aube et les ornements réclament aussi qu'on s'en occupe avec conscience. M. le curé est d'une taille avantageuse. 11 est ennuyeux de le voir monter à l'autel vêtu d'une aube qui lui vient à mi-jambes , ennuyeux de constater qu'elle est usée, effilochée, rapiécée. Même remarque pour la chasuble. Si vous ne pouvez pas vous procurer, à vos deniers, un vestiaire suffisant,

ayez recours, chers messieurs, à FOEuvre des tabernacles fondée dans tous les diocèses. Peutêtre vous fera-t-on attendre, parce que les demandes sont très multipliées; mais on finira bien par vous accorder au moins l'indispensable.

Le missel doit être en bon état. C'est une pitié que ce livre des livres, journellement employé à la prière par excellence, tombe en pièces et se soutienne à peine sur le pupitre. Bon nombre de pages sont déchirées. La déchirure va en s'agrandissant de plus en plus. Il manque quelquefois une partie du texte. Les signets sont usés, raccornis, ne suffisent plus à marquer les diverses oraisons qu'il faut réciter. Et les cartons d'autel î sont-ils assez souvent pitoyables! maculés de cire, jaunis de vétusté, presque illisibles. Cher confrère , vous êtes pauvre. Je le sais. Avouez cependant qu'avec quelques privations , au cours d'une ou deux années , vous viendriez à bout de ne pas vous priver de ce que les plus impérieuses convenances réclament et imposent.

Je m'aperçois que je n'ai rien dit des burettes. J'en veux dire un mot. C'est bien là que le problème de la dépense se simplifie. L'acquisition de burettes de cristal n'a rien d'onéreux. Mais il faut en avoir soin, les laver fréquemment à l'eau chaude; autrement elles finissent par se couvrir au dedans et en dehors d'une couche gélatineuse qui les rend indignes du rôle même secondaire auquel elles sont appliquées dans le

service divin. Nous n^ souifririons certainement pas sur notre table, pour nos repas, des verres souillés et épaissis de crasse comme le sont parfois ces ustensiles du saint sacrifice.

Voilà pour les choses du culte , venons à la tenue du prêtre lui-même à l'autel.

Par une association toute naturelle des idées, je demande d'abord que rien dans ses vêtements ni sur sa personne ne soit ostensiblement négligé. Le degré d'abandon et de sans-gêne où se laissent aller certains confrères est inimaginable. Ils ne voudraient assurément pas se présenter chez leurs paroissiens, surtout dans les familles plus marquantes, comme ils se présentent à l'autel. Ils ont les cheveux en désordre, — je vois les chauves sourire,... heureux les chauves! — ils ont la tonsure effacée, la barbe longue, les mains médiocrement lavées, les ongles mal coupés et ornés d'un bourrelet du plus beau noir. C'est dans cet accoutrement qu'ils vont toucher la sainte hostie et donner la communion aux fidèles. Ils ne daignent pas comprendre qu'il y a là une irrévérence envers l'Eucharistie doublée d'un manque de respect envers le prochain. Jésus- Christ, sous le voile du Sacrement, ne se plaint pas, ou du moins sa plainte est muette. Les fidèles ont le droit de formuler leurs reproches, et ils ne se gênent pas pour le faire. De quelque esprit de foi que soient animés cette religieuse, cette dame ou cette jeune fille bien élevée, ce jeune homme rentré chez ses parents pendant

les vacances, il leur déplaît, quand ils communient, d'entrevoir la malpropreté des mains et des doigts de leur pasteur. Le reste est à l'avenant : la chaussure est souillée de boue après les courses de la veille ; elle est éculée et déformée ; les extrémités de la soutane sont déchiquetées et frangées ; les bas ont des jours...

Est-ce donc, messieurs et chers confrères, qu'en produisant ces remarques et ces griefs je prétendrais réclamer la recherche, la toilette, les soins minutieux et apprêtés? Dieu m'en préserve ! Je ne sais rien de plus désagréable qu'un prêtre, à l'autel, se permettant des allures et des préoccupations mondaines. Excès pour excès, je crois que je préférerais encore l'oubli du décorum nécessaire à la coquetterie.

Un jour, dans une église où je m'étais arrêté, en passant, pour dire la messe, je fus très surpris de voir M. l'abbé, élégant et correct ultra quam satis est, célébrer après moi le saint sacrifice avec des pantoufles brodées , arabesques d'or sur un fond vert sombre. Je ne pus m'empêcher, à la sacristie, de lui demander si dans le diocèse ce genre de luxe n'était pas interdit comme partout ailleurs? Il était jeune, j'étais un vétéran ; j'avais le droit de prendre vis-à-vis de lui cette liberté. Je n'oublierai jamais de quel air candide il me répondit :

« Oh ! oui, je le sais, je suis en contravention avec les règlements ; mais je vous assure que

ce n'est point par vanité; j'ai pris aujourd'hui cette chaussure parce que..., — il hésitait à finir sa phrase et baissait les yeux avec mystère, — parce que..., parce que ce sont les mains de la reconnaissance qui me l'ont brodée... »

Touchante explication, n'est-il pas vrai, messieurs? Vous souriez, je vous comprends. Nous sommes d'accord. Mon cher jeune Eliacin, soyez sensible aux témoignages de reconnaissance dont on A^ous honore, — entre nous, soyez -le discrètement, ad sobrietatem . — en tout cas, de grâce, pas de cette façon, ni à ce moment, ni dans ce lieu.

Il y a beaucoup à dire ensuite sur le maintien, sur la dignité et la bienséance du maintien. Quelques confrères ont des mouvements précipités et brusques. On les dirait poussés par un ressort mécanique. Ils viennent de la sacristie à l'autel au pas de charge. Ils ne gravissent pas les marches, ils les escaladent. Quand ils se rendent pour les différentes exigences liturgiques ad cornu altaris ou qu'ils regagnent leur place in medio altaris, ils le font avec raideur. Aux génuflexions, ils tombent et se redressent tout d'une pièce. Ils se retournent vers le peuple, pour le Dominus vobiscum , avec tant de vivacité, qu'on a presque peur. D'autres pèchent par l'excès contraire. Ils sont mous, ils semblent se tramer, ils s'appuient un peu partout comme des infirmes , ils ne ploient le genou et ne se relèvent que languissamment. Il leur faut un temps infini

pour échanger avec les fidèles le simple mot que je viens de dire ou VOrate , fratres.

Prenez garde aussi, messieurs, au détail des cérémonies de la liturgie, aux signes de croix dessinés sur la patène ou sur le calice. On glisse aisément à l'habitude de les travestir en toutes sortes de figures géométriques qui n'ont plus rien de commun avec les pieux mouvements demandés.

Sous prétexte d'inspecter avec l'œil du Maître ce qui se passe dans l'église, ne vous permettez jamais, du haut de l'autel où vous célébrez, d'examiner l'assistance. Il est choquant de voir que, pendant les rapides instants où il est en face de son public, M. le curé scrute du regard toute la nef. Cette curiosité n'est pas de mise en ce moment. Elle Test encore moins lorsqu'il va donner la communion et que, tenant entre ses doigts la sainte hostie , il prononce les touchantes paroles : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi.

Vous éviterez soigneusement de donner des ordres brusques, au milieu de la célébration de la messe, au sacristain pour tel ou tel point de son service mal rempli ; d'interpeller à haute voix les chantres qui hésitent ou se trompent, d'admonester sur le ton de l'irritation les enfants de chœur qui se dissipent. Quelques desiderata chez les uns ou chez les autres de ceux qui vous entourent sont moins regrettables que votre intervention bruyante et gênante. Vous ferez vos

observations à qui de droit après coup , l'office une fois terminé ; à l'autel il vaut mieux vous en abstenir.

J'ai devant les yeux, comme si elle datait d'hier, la petite scène suivante. M. le curé, fatigué, — et à juste titre, — de l'étourderie de ses servants de messe, s'était légèrement tourné vers eux trois ou quatre fois pour leur imposer silence. Jusque-là, rien à reprendre. Tout d'un coup, lassé de la persistance de leur mauvaise tenue et du bruit qu'ils faisaient, il descend comme une flèche ; il se jette sur l'un d'eux, le soufflette, lui tire les oreilles...

« Tiens, mauvais garnement, dit -il, ne con-

sentiras-tu pas à te taire ! »

Après quoi il remonte, et, se frappant la poitrine lentement, on l'entend répéter trois fois d'une voix onctueuse : Domine non sum dignus. Domine non sum dignus^ Domine non sum dignus. L'enfant ne riait pas, mais les assistants avaient fort envie de rire.

Un mot encore, un mot seulement des prières liturgiques de la sainte messe et de la manière de les réciter. Nous avons presque tous sur ce point quelques reproches à nous adresser, et pendant la retraite nous devons nous examiner très attentivement. Notre principal défaut, et le plus commun, c'est d'en venir peu à peu, sans nous en apercevoir, par suite de l'accoutumance, à prononcer mal les paroles que l'Eglise met sur nos lèvres. Nous les savons par cœur, nous

nous fions à notre mémoire, nous ne remarquons pas que nous en altérons l'intégrité. A tels et tels endroits de l'offrande de l'hostie et du calice, du lavabo, du canon, des oraisons avant la communion, la récitation que nous devons faire à voix basse, faute d'être nettement articulée, reste défectueuse. L'habitude mauvaise, prise à notre insu, devient tyrannique. Il y a des mots que nous omettons, d'autres que nous mutilons, d'autres que nous brouillons. C'est pourquoi nous ferions bien de nous servir toujours des cartons placés sous nos yeux tout exprès pour nous prémunir contre ces regrettables négligences. Je me permets de vous demander de vérifier, chacun pour votre compte, messieurs et chers confrères, le bien-fondé de mon observation , et de prendre les résolutions opportunes. Qu'il soit entendu que vous réformerez énergiquement tout ce que vous reconnaîtrez, après enquête consciencieuse, n'être pas digne de votre piété et de votre foi.

Je ne fais qu'appeler votre attention sur la précipitation fâcheuse ou la lenteur exagérée de votre manière de prononcer, sur les fantaisies de vocalise auxquelles, par dévotion sans doute, peut-être vous vous livrez. La dévotion n'a rien à voir avec certaines singularités déplacées.

Tel prêtre lit le missel d'une voix si haute, qu'il remplit l'église, lui tout seul. Tel autre débite le Confiteor sur un ton tragique. Tel autre donne au Domine non sum dignus un

accent de pathétique larmoyant. Soyons plus simples, nous n'en serons pas moins pieux. Quant à la juste mesure du temps que doit durer la célébration du saint sacrifice, je n'ai point à vous apprendre qu'elle est fixée par tous les auteurs entre une demi -heure et vingt minutes. Il convient de ne pas dépasser la première limite. Il est absolument nécessaire de ne pas rester en deçà de la seconde.

A côté de l'église, le presbytère. Près de la maison de Dieu, la maison du prêtre. Ce simple rapprochement suffît, messieurs et chers confrères, à marquer le caractère général de décence, de dignité, j'allais dire de sainteté, qui doit envelopper votre demeure. La plupart du temps, à la campagne surtout, la cure est modeste. Ce n'est point un inconvénient, tant s'en faut. Une habitation trop bien aménagée, confortable et coquette pour vous, tandis que vos paroissiens n'ont guère que de pauvres réduits, vous exposerait à passer à leurs yeux pour un heureux de ce monde, de qui l'existence est douce, et qui, prêchant aux autres le renoncement et le

détachement, n'est point fâché d'en être exempt pour son compte. Ne désirez rien de plus qu'un logis salubre pourvu du nécessaire.

Puisque cette question de l'installation s'olTre d'elle-même la première, insistons-y un peu.

Il ne vous appartient pas de modifier la distribution ni la variété des appartements de l'immeuble que vous occupez. Vous vous y établissez dans les conditions où vous le trouvez quand vous en prenez possession, un peu plus commodes et agréables à la ville, le plus souvent médiocres dans les paroisses rurales; c'est l'ordinaire. Mais ce qui vous appartient, c'est d'en bannir tout ce qui pourrait simuler le luxe des demeures mondaines.

Or, à la ville, le presbytère prend fréquemment des airs somptueux. La salle à manger et le salon sont richement meublés. On y voit des tentures , des tapis , des rideaux de prix , des glaces montantes , des tableaux , des bronzes , que sais-je? La chambre de M. le curé est surchargée d'objets précieux, celle de M. ou de MM. les vicaires de même. Je vous entends. Vous me dites que vous n'avez pas acheté de vos deniers toutes ces belles choses, qu'on vous les a données en cadeaux à l'occasion d'un mariage, d'une première communion, d'un service rendu d'un genre ou d'un autre. Vous ne pouvez cependant pas vous en déposséder. Vous n'avez pas fait vœu de pauvreté. Que voulezvous que je réponde? Ce que vous dites, rigou-

reusement parlant, est vrai; malgré quoi, je le regrette pour vous. Avouez que lorsqu'un homme sérieux vient chez vous se confesser, — je suppose qu'il en vient quelquefois, — cette abondance et ce confort doivent le gêner. Et si d'aventure, en d'autres occurrences, il lui est arrivé de s'adresser à quelque religieux , rédemptoriste, jésuite, dominicain, à quelque directeur de grand séminaire, tous prêtres de qui la cellule pauvre n'avait point d'autre ornement qu'une table de travail de sapin, qu'un prie-Dieu de bois nu et un crucifix à la muraille blanche, avouez qu'il peut être, qu'il doit être tenté de trouver beaucoup plus évangélique et plus sacerdotal que l'autre l'aspect de l'une des deux demeures , et que la meilleure impression ce n'est pas la vôtre qui l'inspire. A tout le moins, si vous êtes condamnés à un peu de luxe, bannissez-en résolument les superfluités exagérées et puériles. Qu'il n'y ait chez vous aucun de ces ouvrages d'art presque féminins, aucun de ces bibelots, aucune de ces garnitures de cheminées ou de meubles dont s'encombrent à plaisir les millionnaires.

Dans le salon d'un jeune prêtre, ai-je entendu raconter par un vétéran de l'apostolat, sur un guéridon chargé de livres superbes, se trouvait un magnifique album relié en cuir de Russie avec agrafes d'argent bruni. En attendant que celui à qui je rendais visite se présentât, je me crus permis d'ouvrir l'album. A la première

page, le portrait d'une jeune fille. Bien, me dis-je, c'est la sœur de M. l'abbé. A la deuxième page, autre portrait de jeune fille. M. l'abbé, pensé-je, a sans doute deux sœurs. A la troisième page, encore un portrait de jeune fdle. Ce sera probablement, continué~je de penser, sa cousine. A la quatrième, à la cinquième et jusqu'au bout, rien que des portraits de jeunes filles. Trente-six cousines! cela faisait beaucoup. Je ne pus décidément pas me tenir à mon interprétation optimiste et croire que toute cette galerie fût composée d'images familiales. Elle ne l'était pas, en effet. J'eus le mot de l'énigme. Ce fut M. l'abbé lui-même qui me le donna. Il était directeur d'une congrégation d'enfants de Marie. Il avait trouvé bon de demander à chacune d'elles sa photographie, et de collectionner cet agréable trésor. Ne laissez pas de collections de ce genre, messieurs et chers confrères, à la portée de ceux qui viennent vous voir. Ou plutôt, n'en faites pas. Ce sera beaucoup mieux.

Les habitudes de luxe, à la campagne, sont infiniment plus rares. Aussi bien ne manqueraient-elles pas d'être encore plus déplacées qu'à la ville et de provoquer plus de fâcheux étonnement. Il ne faut pas que le paysan ou l'ouvrier, quand il va chez son curé, se sente gêné comme s'il entrait au château.

A prendre le rebours de ces excès, disons quelque chose de la négligence accusée , quelquefois extrême, où certains prêtres, sous

couleur de simplicité, paraissent se complaire. Leur chambre n'est pas un appartement propre et convenable, c'est un vrai capJiarnaum , un dépôt de bric-à-brac, un entassement et une confusion de cent objets divers. Des livres, des cahiers, des tableaux, des ustensiles de toilette, des reliquaires , des statuettes de saints et de saintes, des boîtes de dragées de mariage ou de baptême, des bouteilles d'encre, des outils de jardinage, etc. etc.; tout cela, au lieu d'être en place, se trouve accumulé pêle-mêle sur le bureau de travail, sur la commode, sur les chaises, quelquefois tout simplement à terre. Ce désordre n'est pas de bon augure. En sortant du presbytère, ce n'est pas une impression édifiante qu'on emporte, mais je ne sais quel malaise et quelle inquiétude, comme si on avait la preuve que M. le curé, manquant à ce point de tenue dans son intérieur, doit manquer aussi de quelques-unes des qualités pastorales les plus nécessaires.

Assez sur ce sujet. Parlons maintenant de la résidence.

Un prêtre désigné par l'autorité épiscopale pour exercer le saint ministère dans une paroisse doit se faire une obligation stricte d'y résider. Le concile de Trente se montre à cet égard très impérieux. Benoît XIV, qui commente quelques-uns de ses décrets, en souligne la légitime vigueur. Rien ne se conçoit et ne s'explique mieux. Le curé n'est curé que parce qu'il reçoit

la charge de veiller aux intérêts religieux du groupe de population à la tête duquel il est préposé. Or ces intérêts sont de tous les jours et, pour ainsi dire, de toutes les heures. Un accident peut survenir. Un malade peut se trouver tout d'un coup en danger. Un réfractaire des devoirs chrétiens, sous une inspiration de la grâce, peut, au moment suprême, demander les sacrements. Si M. le curé n'est pas là, si c'est par sa faute, sans de graves motifs et sans avoir obtenu l'autorisation préalable qu'il n'est pas là; si la victime d'une catastrophe ou d'un dénouement plus brusque de la maladie meurt privée de tout secours spirituel, quelle ne sera pas la responsabilité du pasteur! à quels regrets, à quels remords ne se condamnera- 1- il pas, peutêtre pour sa vie entière !

L'hypothèse de ces cas extrêmes n'est pas la seule qui impose l'obligation de la résidence. On peut avoir affaire à M. le curé en beaucoup d'autres conjonctures. « On viendra vous demander un conseil, vous annoncer une naissance, un mariage, un décès, s'entendre avec vous pour fixer le jour et l'heure de la cérémonie que nécessite cet événement de famille, réclamer votre ministère au saint tribunal de la pénitence. Si vous n'êtes pas prêts à répondre à ces appels des âmes, que d'occasions vous perdez de faire le bien, d'entretenir avec vos paroissiens ces relations cordiales qui vous les affectionneraient et contribueraient si puissam-

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ment à affermir votre autorité de pasteur et de père.

<r II arrive parfois qu'un curé est pour ses paroissiens un étranger, un inconnu, un homme qu'ils voient passer dans la rue ou aperçoivent le dimanche à l'église , mais avec lequel ils n'ont aucun de ces rapports qui pourtant devraient être ceux du père avec sa famille, et souvent la cause de cette regrettable scission c'est le manque de fidélité à la loi de la résidence. Peutêtre, au début, les paroissiens ont -ils cherché à voir leur pasteur. Plusieurs fois ils sont venus au presbytère : il n'y était pas. Ils se sont découragés. Ils ne se rencontrent plus avec lui que dans des circonstances rares, insuffisantes à conserver et à développer dans une paroisse cet esprit de famille nécessaire pour que le bien s'y fasse d'une façon sérieuse et durable'. »

Ajoutons à ceux que nous venons de mentionner un autre motif d'observer la résidence : l'édification qui en résulte très certainement pour les paroissiens, dût -elle ne se traduire par aucune amélioration immédiate de leur conduite chrétienne ; et, si c'est trop de parler d'édification, disons du moins : l'occasion évitée d'une sorte de scandale on ne peut plus prompt à se répandre et fâcheux.

1 Mar Lelong, Le bon Pasteur. Nous ne faisons presque, dans cette partie de notre entretien, qu'analyser la deuxième et la troisième conférence du substantiel ouvrage de l'évéque de Nevers.

« A notre époque, où la foi est moins vive, où les âmes s'élèvent plus difficilement vers les régions du surnaturel, le prêtre est souvent pour le peuple la personnification de la religion ; on la juge uniquement d'après lui. Si les paroissiens voient leur curé quitter chaque semaine, presque chaque jour le presbytère, faire des voyages, assister à des dîners, à des réunions de plaisir, quelle idée voulez-vous qu'ils se fassent du dévouement sacerdotal? Eux qui travaillent du matin au soir, qui sont attachés à leur tâche quotidienne sans distraction et sans répit, ne trouvent -ils pas dans une telle conduite la confirmation de ce préjugé, répandu à dessein par nos ennemis, que les prêtres font un métier après tout facile et agréable? Leur curé ne leur apparaît plus avec cette auréole d'une vie de renoncement et de sacrifice qui attire l'admiration et devient une préparation évangélique : c'est un homme comme les autres, plus heureux que les autres, dont on envie le sort, mais dont on n'est guère disposé à suivre les austères avis, et dont on dit en le suspectant et en le jalousant : Eh quoi ! le travail qui s'impose à tous les hommes n'est donc pas fait pour lui? In labore hominum non sunt\ j>

Précisons maintenant ce qu'il faut entendre par l'observation consciencieuse de la résidence.

Ne manque pas à la résidence, cela va de soi,

* Psalm. Lxxa, 5. Ma*" Lelong. opère citalo.

le prêtre qui, même chaque jour, sort de son presbytère pour visiter ses paroissiens. Il est partout chez lui dans sa paroisse. Ce serait un abus, — et quelques-uns y tombent, — de s'enfermer à la cure sous prétexte de ne provoquer aucun reproche. Rien n'est plus désirable de la part du curé que l'habitude de voir toutes ses familles. N'en voir que quelques-unes, c'est le tort. Les voir toutes, c'est le zèle légitime et qui défie toute censure.

Ne manque pas à la résidence non plus le prêtre qui de temps à autre , tous les quinze jours, par exemple, même chaque semaine, se rend chez ses confrères. On sait où il est. En cas de nécessité pressante, on viendra le chercher. Si les absences se multiplient outre mesure, si elles deviennent presque quotidiennes, s'il est visible que M. le curé s'ennuie chez lui et qu'il cherche, en les faisant se succéder le plus possible les unes aux autres, à tuer le temps, il n'y a plus moyen de les expliquer favorablement et donc de les approuver.

Toutefois la résidence proprement dite ne cesse d'exister que lorsque l'absence se prolonge plus d'une semaine et englobe le dimanche.

Une nécessité ou l'autre peut exiger cette absence prolongée. Que M. le curé s'en ouvre à ses supérieurs, juges des motifs allégués; qu'il demande l'autorisation voulue; on ne la lui refusera pas. Qu'il garantisse en outre, par des moyens sûrs, le service religieux et le soin

de la paroisse, tout sera bien. C'est en présupposant cette soumission à l'autorité et ces précautions consciencieuses, qu'au sujet de la prédication nous avons parlé de l'apostolat à exercer par MM. les ecclésiastiques d'un canton ou d'un arrondissement, les uns chez les autres. Entre ce que nous avons dit précédemment et ce que nous disons aujourd'hui, il n'y a pas contradiction.

Tout ceci bien expliqué, reste à indiquer le secret de rendre la résidence facile en la rendant agréable et douce; car c'est bien parce que le prêtre la trouve dure , austère , insupportable , qu'il y manque.

Messieurs et chers confrères, fût -il avéré que ce secret n'existe pas, puisqu'il y va du devoir, encore faudrait-il obéir. On ne transige pas avec le devoir sous prétexte qu'il est coûteux. Le soldat par profession garde la consigne , le prêtre aussi. Mais tenez pour certain qu'une vie pastorale, vraiment pastorale, porte avec soi les ressources capables de faire accepter la résidence résolument et allègrement. Si votre journée se partage entre les exercices de piété devenus un besoin d'âme au lieu d'être une corvée , entre les occupations intellectuelles dont nous avons parlé dans l'entretien sur le travail, entre la préparation consciencieuse de la prédication et des catéchismes, entre le soin vigilant des malades et la visite évangélique des familles, entre la fondation et le développement de cer-

taines œuvres, je vous affirme, sans crainte de me tromper, qu'elle ne vous paraîtra point trop longue ni trop lourde. C'est de chercher la solution du problème, en dehors des conditions où il se pose, qui rend tout difficile et engendre le découragement.

Voulez-vous me permettre, — je n'en ai rien dit jusque-là, l'occasion ne s'en étant pas présentée, — de vous suggérer une façon de plus d'adoucir beaucoup pour vous , pour un certain nombre d'entre vous du moins , la sévérité de la résidence? Consentez à prendre un ou deux ou trois élèves parmi les enfants intelligents et pieux du catéchisme, à qui plairait la perspective de faire leurs études pour aller au petit séminaire et devenir prêtres. Quel est le curé qui, dans le nombre des premiers communiants, presque chaque année, ne discerne pas un élu de Dieu, un de ces êtres naturellement et surnaturellement bons , purs , recueillis , fervents , au front desquels brille le rayon anticipé d'une vocation sainte? Qu'il ne s'en tienne pas avec lui à une impression d'un jour. Qu'il mûrisse, dans la réflexion et la prière, l'espérance qui a commencé de naître. Qu'il interroge l'enfant et obtienne de savoir exactement ce qu'il pense et ressent lui-même. Qu'il s'ouvre à la famille du projet dont il a l'idée. Et si, tout bien examiné, ce sont des facilités au lieu d'obstacles, des probabilités de succès au lieu de vraisemblances d'échec, qu'il entreprenne la tâche éminemment

sacerdotale dont la Providence semble l'investir.

(( Rien de plus conforme aux traditions et aux désirs de la sainte Église que cette transformation de la maison curiale en une sorte d'école préparatoire au petit séminaire. Il ne saurait y avoir, pour le sacerdoce, de meilleur moyen de recrutement que le choix prudent et éclairé fait par un curé parmi les enfants de sa paroisse. Plus que personne, il a grâces d'état pour discerner, dans cette grande famille dont il est le père, les élus du sacerdoce, et, malgré le malheur des temps, il est peu de paroisses au sein desquelles Dieu ne se plaise à susciter quelqu'un de ces privilégiés, en donnant au pasteur la mission de découvrir et de favoriser sa vocation naissante.

(( Un évêque ne peut que bénir avec une particulière affection ces prêtres intelligents et zélés qui, non contents de se dépenser au service des âmes, travaillent à se préparer des successeurs et à perpétuer du même coup leurs travaux et leurs mérites. Là surtout où le saint ministère laisse au curé des loisirs, il ne saurait mieux les utiliser qu'en préparant ces jeunes lévites, espérance de l'avenir.

« C'est un travail méritoire et sanctifiant qui, dès ici- bas, porte avec lui sa récompense. Un prêtre y trouve de nombreux avantages. Il n'est plus seul. L'isolement , si pénible pour certaines natures, est supprimé, grâce èi ces enfants qui vont et viennent, et communiquent à la maison

quelque chose de l'animation et de la joie de leur âge. Il n'est pas davantage exposé à la tentation de l'oisiveté, qui engendre tant de maux. Il ne peut faire travailler ses élèves sans travailler lui - même , sans se renouveler dans l'habitude et l'amour de l'étude. Mais surtout la présence auprès de lui de ces âmes innocentes et saintes qu'il doit édifier en tout et partout lui devient une sauvegarde et un stimulant continuel. Elle l'oblige à se surveiller pour pratiquer les vertus sacerdotales et donner à ces bienaimés du Christ l'exemple d'une vie pieuse et irréprochable ^ j>

C'est à Mgr Lelong, messieurs et chers confrères, que j'emprunte encore ces exhortations et ces conseils. Je ne pouvais couvrir d'une meilleure autorité mes vues personnelles et mes propres désirs.

1 Le bon Pasteur, troisième conférence.

LA LOI DE 1850 SUR LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT

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