CHAPITRE XIV
Le couvent des Bénédictines. — Origines de l'Oindre. — Règle et costume. — Personnel, de 1031 à 1200.
L y avait à Ghamalières, à cent mètres à l'est de la grande église et du monastère d'hommes, un couvent de religieuses bénédictines.
Là tradition le place dans la basse-cour qui se trouve au-dessous de la nouvelle route nationale, entre l'hôtel Valentin et la petite maison Gayton. Il en reste peut-être le portail et quelques pans de murs que l'on a utilisés dans la construction des maisons Malosse et Coupier. Abandonnant tout de suite les hypothèses, nous allons donner sur les bénédictines en général et sur le couvent de Ghamalières en particulier quelques notions historiques puisées aux meilleures sources.
Quelques historiens, Yepès entre autres, soutiennent que le premier monastère de Bénédictines fut fondé à Piombarole, non loin du Mont-Gassin, en 532, par sainte Scolaslique, sœur de saint Benoît, du vivant de son illustre frère. D'autres, avec Mabillon, prétendent que ce ne fut qu'après la mort du grand patriarche que plusieurs monastères de filles voulurent suivre sa règle.
Le plus ancien couvent de religieuses qui, en France» ait adopté la règle de saint Benoît, est celui de Sainte-Groix de Poiliers, que sainte Radegonde, femme de Ghildebert P'", roi de France, fit bâtir en 544 ; mais il est certain que la règle de saint Gésaire y fut d'abord observée, probablement jusque vers le milieu du vii° siècle.
Nous n'avons pas ici à revenir sur la règle de saint Benoît, dont nous avons donné en tête de l'histoire du prieuré un
résumé bien suffisant. Un mot seulement du costume des bénédictines. Elles portaient généralement une robe noire,^un scapulaire de même couleur et, par dessous la robe, une tunique qui n'était pas teinte. Au chœur et dans les cérémonies, elles avaient un grand habit de serge noire, nommé froc ou cucuUe. En tout temps, elles portaient sur la tête un voile semblable à celui de la plupart de nos religieuses modernes (1). Nos lecteurs ne verront assurément pas sans intérêt la gravure ci-jointe (Fig. 4)» reproduction fidèle d'une antique peinture du chœur de l'église, qui leur permettra de se faire line idée de riiabilleroent de nos religieuses bénédictines.
A quelle époque remontait la fondation du couvent? Avaitil précédé le monastère d'hommes, comme l'affirment plusieurs historiens vellaves? Nous réservons toute réponse à ces deux questions ; nous nous contentons d'enregistrer, d'après le Cartulaire et une autre source, trois ou quatre faits hors de conteste.
Sous le règne de Henri I*"*, roi de France, et probablement sous le priorat de Dalmace II à Chamalières, entre ro3i et io48, Aialmodis, épouse de Gérald, chanoine laïque de Chalencon, quitte le monde et demande à finir ses jours comme religieuse au couvent des Bénédictines (202).
Au temps du prieur Ebrard, entre 1082 et 1096, son frère Austorge avait une fille, nommée Blismodis qui, mariée à Ugolin d'Espaly, devint percluse. Son mari se hâta de la répudier. Dans ces circonstances, Austorge, père de la pauvre infirme délaissée, et Pierre Beraud, son frère, supplient le prieur et les religieux de Chamalières de la recevoir comme religieuse dans leur couvent de bénédictines. Ils s'engagent, en retour, à donner à Dieu et à saint Gilles, c'est-à-dire au prieuré tout le mas de Sarralier sans aucune retenue. Le prieur compatissant, qui dirigeait les religieuses, n'hésite pas à faire admettre dans leur couvent la jeune femme rejelée par le monde dur et égoïste (28).
(1) P. HÉLYOT, Dictionnaire des Ordres religieux, édit. Migne, au mot Bénédictines.
RELIGIEUSE BENEDICTINE
D'après une fresque du chœur de l'église.' Relevé de V\i. Léon Giron. — Tholograpbie de'JK. Vaieilîe, au Pîiy.
Au siècle suivant, sous le priorat de Sylvius de Fay, vers ii45» Guigon Brun et son épouse Uneldis à qui Dieu n'avait pas donné d'enfant, prennent l'un et l'autre l'habit monastique dans les couvents de Ghamalières. Ils cèdent, à cette occasion, au prieuré un mas sis à Voirac, paroisse de Saint-Julien-d'Ance, dont le revenu s'élève à un setier de seigle, un d'avoine et vingt sous, et un autre mas au Genestoux, paroisse de Saillant, dont le revenu est de deux sous, douze deniers pour un agneau, neuf deniers en mai et neuf autres à Noël (234)-
Le Cartalaire nous montre en-core deux demoiselles, sœurs de Pierre et de Guillaume, et filles dé Géraud de Saint-Paulien, reçues à leur tour comme religieuses dans les rangs des Bénédictines de Ghamalières, entre 1179 et 1200. Leurs frères leur constituent en dot moniale le quart du village de Leyret et cinq métans de seigle à prendre sur le lieu de Ghambeyron, paroisse de Saint-Maurice-de-Roche (i35).
Le Cartulaire de ChamaîlèreÈ rela-te (i52) un fait de nature à faire supposer que le couvent des Bénédictines de ce lieu n'existait déjà plus à la fin du xii' siècle. Lorsque Francon, abbé de Saint-Ghaffre, rattacha au prieuré de Saint-Gilles la maison de Gonfolent, entre 11 84 et 1190, le prieur Pierre IV de Servissac s'engagea eh retour, à la place de l'abbé, à faire recevoir dans un couvent la fille unique du boulanger de Saint- Ghaffre, qui venait de mourir. Au lieu de l'admettre au couvent des religieuses de Glianialières, comme ses prédécesseurs avaient fait pour d'autres, il la confia aux religieuses de Bellecombe, près Yssingeaux, et s'engagea à leur servir pour son entretien une rente annuelle de trois setiers de blé et deux sous, à prélever sur Adiac, . paroisse de Beaulieu. Il semble qu'il l'aurait fait entrer au couvent de Ghamalières, s'il avait encore existé.
Ges quelques notions sur les Bénédictines seront loin de satisfaire la légitime curiosité de nos lecteurs. Ils nous pardonneront s'ils se rappellent que leur couvent n'existait certainement déjà plus au commencement du xvi' siècle, puisqu'il ne figure pas dans le Fouillé de i5i6.