DE L'ÉGLISE DE CHAMALIÈRES
Dessin de M. E, Noiroi.
formant de chaque côté quatre petites croix au moyôil d'enfoncements carrés ménagés dans l'épaisseur du bois. Enfin, une dernière plate-bande termine la partie subsistante ; elle est très fruste, mais on peut pourtant distinguer sur un des côtés, un cavalier ayant devant lui soit un animal à cinq têtes, soit cinq serpents entrelacés qui semblent vouloir l'empêcher de passer. Le sujet de l'autre est à peu près semblable, mais il est encore plus mal conservé. Le tout est garni de clous disposés sans régularité.
4. Ancien tombeau da xiii° siècle (fîg. i3). — On remarque à la suite de l'ancienne porte, contre le mur du collatéral sud, des fragments assez considérables d'un ancien tombeau. M Ce sont, dans le bas, deux arcatures trilobées de profil torique et côtoyées d'un galon perlé ; au-dessus, le défunt, un évêque mitre, les bras croisés sur la poitrine, est soutenu par deux personnages. Il repose sur^un lit peu élevé orné d'une série d'arcatures en plein cintre dans lesquelles sont sculptées, de deux en deux, des quatrefeuilles ou des arcades de dimensions moindres; des moines, dont un abbé tenant une crosse, sont agenouillés devant lui; un autre lui présente une tête qui paraît être un reliquaire ; enfin plus haut, dans une gloire ovale, l'âme du défunt, représentée comme toujours sous la forme d'un enfant nu, est reçue par un saint tenant une crosse. Le travail des sculptures exécuté en bas-relief paraît accuser la fin du xii° siècle. Les fonds étaient peints en bleu et le costume du défunt en rouge brun. »
Après avoir si bien décrit ces fragments de tombeau, M. Thiollier ajoute : On manque de renseignements historiques pouvant indiquer le personnage dont il s'agit. Pour nous, nous serions porté à croire que ce monument a été élevé en l'honneur d'un des trois évêques du Puy issus de la noble famille de Chalencon. En effet, les fragments dont nous nous occupons, proviennent de la chapelle de Chalencon, détruite après la Révolution, dans la première moitié du xix" siècle. Ce n'est le tombeau ni de Bertrand de Chalencon, évêque du Puy, de ii98 à i2i3: il fut enterré à Bellecombe près Yssingeaux; ni de Guillaume de Chalencon, qui occupa le siège épiscopal de
HrlS à Ui^iS : il fat enterré, selon son désir, dans l'église des Cordellers ou Frères Mineurs du Pay (i); mais très probablement d'Etienne de Chalencon, élevé à l'épiscopat en i220, mort en 1231. Ce qui nous porte à le croire, c'est d'abord la provenance du monument qui se trouvait jadis dans la chapelle de Chalencon ; c'est ensuite son caractère architectural qui accuse le commencement du xm" siècle ; c'est le fait indéniable que, à cette époque, les religieux de Chamalières célébraient par un repas l'anniversaire de la mort de l'évêque Etienne de Chalencon (2) ; c'est enfin le témoignage du Nécrologe de Chamalières : « Le k des ides de février, mourut l'évêque Etienne de Chalencon ; il légua au monastère une j'ente de vingt-quatre quartes de seigle, un setier d'avoine, quinze sous Podiens et deux gélines, que doit fournir Armand de Gorces (3h3).
5. EciiEA ou vases acoustiques. — Dans le pourtour de la conque de l'abside, on voit les orifices d'une trentaine à'echea ou vases sonores destinés à renforcer et à adoucir la voix. Ils sont rangés sur trois lignes en nombres inégaux. Ces appareils sont en poterie grossière. Ils ont deux formes différentes : les uns sont terminés en forme de cône ; les autres ont un fond plat. Les plus grands mesurent trente-cinq centimètres de profondeur, les plus petits n'en ont que dix. Loin d'avoir été dissimulés, ils semblent, au contraire, avoir été utilisés comme motifs de décoration par l'architecte du monument (3).
6. Fresques (fig. i5). — « Il ne reste, dit M. Léon Giron (4), que deux lambeaux de fresques sur deux piliers du chœur. L'une de ces deux fresques, très détériorée, « représentait le Jésus docteur de l'iconographie tenant, de la main
(1^ Gallia Christ., II, col. 245, instrutn. xxxm.
(2) Voir ci-dessus, p. 86.
(3) Noël Thiollier, VEylise de Chamalières, p. 8, note. — A Vachez, Des Echea ou vases acoustiques dans les théâtres antiques et les églises du moyen âge, p. 27.
(4) Annales de la Société agricole et scientifique du Puy, VIII, pages 69 et 70.
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gauche, le volumen antique roulé, et bénissant de la droite comme pour féconder la divine parole )). L'autre est une Vierge-Mère entre deux anges adorateurs, couronnée et nimbée. D'un geste elle montre son enfant, assis sur ses genoux, et qui bénit, à la manière latine, des trois doigts, en souvenir de la Trinité, et porte dans la main gauche le globe du monde. A droite et à gauche du groupe, les deux anges adorateurs ailés tiennent deux encensoirs romans. »
Des relevés de ces peintures exécutés par M. Ypperman, un des habiles artistes attachés à la commission des Monuments historiques, ont l'honneur de figurer au musée du ïrocadéro, à Paris {1\ D'autres relevés de ces mômes peintures exécutées par M. Léon Giron se voient au musée du Puj.
A la question que les chercheurs peuvent se poser : Pourquoi, dans une église dédiée à saint Gilles, le peintre décorateur a-t-il représenté, dans deux fresques, Jésus docteur et Jésus adoré par les anges, en un mot Jésus Sauveur ? Nous répondons avec saint Jean iV qu'à Notre-Seigneur sont dus tout honneur, toute gloire..., et avec le Cartulaire de Chamalières (3), que le couvent et l'église de ce lieu furent bâtis « en l'honneur de Jésus, Sauveur du monde, de la Sainte Vierge, de saint Théofrède et de saint Gilles, cenobio constructo in honore Salvatoris mundi et ipsius geniiricis Virginis Marie, sanctique Theotfredi martiris necnon beatiEgidii confessoris. »
7. Un moine et une religieuse bénédictine. — Dans les chapelles absidales se trouvent deux socles rectangulaires peutêtre exhaussés après coup ; à chacun des angles on a taillé dans le bloc des colonnettes ou des pilastres cannelés. Ces socles sur leur plus grande largeur mesurent o m. 44 ; ils sont aussi décorés de peintures encore assez bien conservées et représentent sur un fond rouge antique un moine et une religieuse, peut-être saint Benoît et sainte Scholastique (fig. i et 4).
(1) Noël Thiollier, Mémorial de la Loire, n° du 19 novembre 1899,
(2) Apocalypse, IV, 11.
(c Le saint, dit M. Léon Giron (1), dans son froc verdâtre à capuce, coiffé d'une sorte de bonnet, parle et appuie sa parole d'un doigt levé... La sainte, vêtue d'une robe bleuvert, sous un manteau rouge-jaune, serre à deux mains sa crosse d'abbesse )) .
8. Petits piLASTES CANNELÉS. — On en voit plusieurs, çà et là dans l'église, surmontés de chapiteaux sculptés avec délicatesse. Peut-être proviennent-ils de l'ancien clocher, peut-être aussi étaient-ce des supports d'anciens autels. Ils mesurent tous cm. 80 de hauteur.
g. Porte (2) ou En/eu (fîg. 16). — Le long de la façade septentrionale, on remarque un enfeu, reposant sur des colonneltes avec chapiteaux, dont l'un est orné d'entrelacs. Au-dessus de l'archivolte qui le surmonte, on voit d'an côté un lion dévorant qui se jette sur un mondain qui fait la culbute, image du damné qui est la proie du démon, de l'autre côté encore un autre lion guettant Une brebis portée sur les épaules du Bon Pasteur qui la lui arrache, image de l'âme fidèle sauvée par Notre-Seigneur.
To. Cloître. — Dans le mur occidental des bâtiments claustraux servant aujourd'hui de couvent aux religieuses de Saint- Joseph, on remarque quelques arcades, avec des chapiteaux sur la face intérieure, ayant appartenu à un cloître ; elles sont englobées dans la maçonnerie des murs, et ne présentent plus d'intérêt.
II. Inscription de la vieille cloche. — Des quatre cloôhes qui se balançaient dans le clocher de Ghamalières avant la Révolution et la dispersion des derniers religieux, il n'en reste qu'une en sol dièse ; elle pèse 420 kilos et porte l'inscription suivante :
(1) Ouvrage cité, p, 70. — Voir ci-dessus, pages 3 et 160.
(2) M. Achille Normand prétend que ce que l'on appelle enfeu n'était qu'une simple porte, voir ci dessus, p. 45,
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