‹ Le prieuré conventuel de Chamalières-sur-Loire [microform] ordre de Saint-Benoit, observance de Cluny, dépendant de l'Abbaye du Monastier-Saint-ChaffreChapitre 81 sur 132 · Origines du chef-lieu et des villages · texte numérisé non relu

Origines du chef-lieu et des villages

Vers 1082, Adhémar de Monteil, évêque du Puy, donne au prieuré de Ghamalières toutes les églises comprises dans un rayon de cinq lieues, par conséquent sans doute celle de Saint- Georges-l'Agricol (200). Ceux qui la détenaient ne tardèrent pas, pour obéir à l'illustre prélat, de la céder au couvent bénédictin.

Un érudit, M. l'abbé H. Fraisse, décédé curé-doyen de Moriistrol-sur-Loire et chanoine honoraire, qui relate ce fait, nous semble avoir admirablement interprété, sur ce point, le texte du Cartulaire, qu'il a eu le premier la gloire de publier.

« L'église dédiée en l'honneur des saints martyrs Yital et Agricol, dit-il, ainsi qu'une grande partie du territoire et des villages environnants, semblent avoir appartenu, dès les premiers temps de la féodalité, à la famille de Beaumont. Deux membres de cette famille fort puissante, Arbert et Rostaing, chanoines du Puy, avaient donné, vers io4o, à saint Robert, le désert et la petite église d'où sortil; la grande abbaye de la Chaise-Dieu. Un des neveux de ces deux bienfaiteurs, héritier de leur tilre de chanoine et aussi de leur générosité, devint, par suite d'un héritage de sa famille, sans doute, le maître ou le suzerain de l'église de Saint-Georges-l' Agricol, A une épo-

que que le Cartulaire de Saint-Gilles (1) ne précise pas, mais qui ne dut pas précéder de beaucoup l'épiscopat d'Adhémar, Roirave de Beaiimont, da consentement de ses frères les chanoines, avec la permission de Vévêque da Pay et da siège apostolique C^), avait longtemps possédé cette église ; puis il l'avait donnée à celle dont il élait chanoine (c'est-à-dire à l'église Cathédrale), et il avait fait cette donation pour le remède de son âme et avec l'assentiment de ses frères et de tous ses parents, auxquels appartenait ce bien ecclésiastique. Après la mort de Roirave (qui semble être arrivée un peu avant 1096), les chanoines du Piiy, mus de piété et par un zèle charitable, donnèrent cette église de Saint-Georges-l'Agricol au couvent de Chamalières, ne retenant pour eux qu'une rente annuelle de vingt sous qu'ils percevaient auparavant (sans doute avant la donation que leur en avait faite Roirave, le premier usufruitier). L'excommunication au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit fut portée et écrite au bas de l'acte, contre tous ceux qui attaqueraient ce dont il avait été convenu. Et les témoins furent Adhémar, évêque ; Charles, abbé ; Ithier, Durand, Guillaume, Jérémie,Astorg, chanoines, Jaren ton étant alors prieur de Chamalières. Fait en 1098, indict. VI, Concurr, IV, épacte XV.

(( Il n'est pas facile de faire concorder la présence de l'évêqùe Adhémar avec la date de 1098. Dans le courant et même le milieu de cette année, Adhémar mourait à Antioche ; peut-être conviendrait-il de lire 1088 (3). On ne sait pas bien, non plus, le vrai sens de certains mots que nous avons soulignés dans l'acle, savoir que Roirave avait longtemps possédé l'église de Saint-Georges-l'Agricol, du consentement de ses frères les chanoines, et avec la permission de l'évêqùe du Puy et de l'apostolique ; en latin : Sanctœ Ecclesise Aniciensis canonicls, et ejusdem urbis episcopo et eiiam apostolico, laudantibus. Le mot apostolico ào\\.-\\ être attribué à l'évêqùe du Puy

(i) Semaine religieuse du Pwj , III, p. 271.

(3) Maintenons la date 1098 : on pouvait très naturellement ignorer la mort effective de l'évêqùe Adhémar,

qui, dans les temps anciens jusq;u'au xii* siècle, se faisait appeler apostolique? ou bien le rédacteur aurait-il oublié le mot Legato, auquel se rapporterait l'adjeclif aposLolico? Ce qui indiquerait que Roirave de Beaumont, pour continuer de posséder l'église de Saint-Georges-l'Agricol, comme son palrimo'me, avait eu besoin du consentement des chanoines, d'une dispense de l'évêque qui gouvernait alors, et même de la dispense du légat apostolique, par exemple Hugues de Die, au temps d'Etienne Brise-Fer. »

Le pape Adrien IV, par bulle du 17 avril ii55, accorda ou plutôt confirma solennellement à Béraud, abbé du Monastier, la possession de plus de deux cent trente églises, entre autres de celle de Saint-Georges-l'Agricol, ainsi que le droit d'y nom- . mer des titulaires (1).

Le !"■ septembre 11 63, en la fête de saint Gilles, sous le règne de Louis VII le Jeune, et sous l'épiscopat de Pierre IV de Solignac, évêque du Puy, Pierre de Beaumont, par la miséricorde de Dieu, prieur de Cliamalières, donna à la réfectorerie de son monastère tout ce qu'il possédait au-delà de la Loire, en particulier les dîmes de Saint-Agricol et les rentes qu'il percevait aux villages de Piassac, de Fraisse, de ïheux et du goleyrol (n" 77).

Le 3 marsdel'ande l'Incarnation 117/4, eut lieu un accommodement au sujet des dîmes de Saint-Agricol que, environ trente ans auparavant, Sylvius de Fay, prieur^de Ghamalières, avait achetées d'un chevalier de Roche, nommé Guinelle (Guindus).

Celte vente avait été attaquée par les héritiers de Guinelle, ses quatre neveux Eustorge, Zacharie, Guillaume et Pierre le Noir, sous prétexte qu'elle avait été faite sans leur conseil. 11 fut convenu, sur l'avis de Régnier de Roche, et de Guigon, son" frère, que Ponce, prieur actuel, recevrait l'un des frères, Eustorge, à Ghamalières ; qu'il le nourrirait et le vêtirait jusqu'à sa mort, A cette condition, les frères abandonnèrent les dîmes et jurèrent sur le texte des saints Evangiles de ne plus revendiquer aucun droit sur notre paroisse (n° 94).

(1) Gallia Christiania, II, col. 767.

Le Cartalaire nous permet d'ajouter aux faits intéressants que l'on vient de lire le nom de quelques habitants de Saint-. Georges, à cette époque lointaine, et le tableau des redevances qu'ils payaient au couvent de Saint-Gilles.

G. A iraust : un setier de seigle, une hémine d'avoine, cinq sous et une géline, tous les deux ans ; Peire Ros : trois méteincs de seigle ; S. Nicolas : trois méteincs de seigle ; P, Vertaures : une hémine ; W. {Guillaume) Nicolas : une hémine de seigle, un cartal d'avoine et deux sous ; Bertalmeus {Bar^ thélemy : quelques sous (n" 334)-

Le pape Alexandre IIÏ, en accordant certains privilèges à l'abbaye du Monastier-Saiot-Chaffre par bulle du i*' avril 1 1 79, plaçait sous la dépendance immédiate ou médiate de ce couvent bénédictin, entre beaucoup d'autres, l'église de Saint- Georges -l'Agricol, ecclesiam Sancti Agricolœ, et lui recon naissait explicitement le droit d'y nommer des titulaires (l).

Voilà tout ce que nous savons sur le chef-lieu de la paroisse de Saint-Georges-l'Agricol avant le xiii' siècle. C'est relativement beaucoup, étant donné son peu d'importance. Nous avons recueilli aussi quelques renseignements sur la plupart de ses villages, que nous allons faire connaître en suivant l'ordre chronologique ou d'ancienneté.

I. Fraisse, Fracsinus, Fraxlnus, Fraise. — En 102 1, un nommé Girbert, désirant les biens célestes en échange des biens terrestres, donna au lieu très saint de Ghamalières, pour le salut de son âme et de celle de ses parents, une manse avec ses dépendances, au village appelé Fraisse (n° 2^0).

Vers 1040-1047, Arbert de Beaumont, abbé, devenu moine de la Chaise-Dieu, fit don au couvent de Saint-Gilles des rentes qu'il percevait au même lieu (n° 246).

Le i""" septembre ii63, Pierre de Beaumont, prieur de Chamalières, céda à la réfectorerie de son couvent les cens qui lui revenaient de ses propriétés sises au même endroit (n»77).

(1) Ulysse Chevalier, Cartuîqire du Monastier, pages 178 et 179/

Les mànses de Fraisse rapportaient au monastère, savoir : en mai, deux moutons, deux agneaux et douze deniers ; à la moisson, un setier d'avoine; à la vendange, douze deniers pour le charroi du vin ; à Noël, trente-deux deniers et trois hémines d'avoine. . ;

Le village comptait, en ce temps-là, trois familles qui payaient encore au couvent les redevances suivantes : Joannety. un cariai de seigle, un cartal d'avoine, trois sous et une géline; Pons^ unehémine de seigle, un cartal d'avoine, deux, sous et une géline ; Pierre Faïencs, trois cartons d'avoine et. quatre sous (n° 334^. .

, 2. BoNNEFONT, ùi Boiiafonte, ad Bonam Fontem. — L'an de. l'Incarnation, 102 1, sous le règne de Robert-le-Pieux, Guil^; laume Barolla, voulant obtenir la miséricorde du Christ et le salut éternel, donna au monastère de Saint-Gilles une maUse avec ses dépendances, des prés, des champs et un petit bois,, situés au terroir de Bonnefont (n° aSg).

Ce village se composait alors de deux maisons au moins : B. de Bonne/ont donnait annuellement au monastère quatre setiers de seigle, un pour la dîme et huit sous ; Durand de- Bon/ie/bni fournissait un setier de blé et douze deniers,plus un cartal de seigle pour la dîme, bonne mesure (n°335).

3. La Branchade, ad Embranzas, aus Eshranchaz. — Au temps de Jarenton, prieur de Chamalicres, c'est-à-dii*e vers logô-iogS, Rodave de Beaumont donna à ce lieu très saint, pour son âme et celle de ses parents, une. manse avec toutes: ses dépendances, sise à la Branchade. Cette manse rapportait, tous les deux ans au monastère : une bonne hémine d'avoine, une autre de seigle, douze deniers pour un porc, un pain, une géline, six deniers pour un agneau et un. mouton (n° 254).

Il y avait encore à la Branchade un demi-mas qui rendait : en mai, un demi-mouton et un demi-agneau; à Noël, une hémine et un demi-quart de blé et d'avoine, douze deniers, une demi-géline et un demi-pain (n° 324).

4. L'Estrade, Lestrada, Strata. — Au xi" siècle, un nommé ïrafalgar, donne à Pieu et au bienheureux Gilles un^ch^mp

situé à l'Estrade, que le Cartulaire de Chamalihres place dans

la paroisse de Saint-Pierre-Duchamp (n° aiA).

Il y avait alors à l'Estrade une terre avec des prés, des mansions avec des jardins. Chaque mansion avec son jardin payait trois deniers et la terre un quart de blé (n" 33o).

5. Le Soleyrol, ad Solos, in Soils. — Vers iioo-ii3o, Ranulphe de Beaumont, chevalier, donna pour le salut de son âme au monastère de Ghamalières, une rente annuelle de quatre sous, trois setiers et une hémine de seigle à prendre sur le territoire du Soleyrol, paroisse de Saint-Pal-en-Ghalencon. Les témoins furent G. Peitavis, Odilon de Seneuil, Bertrand de Chalencon et Guillaume du Fieu (n° 209).

Le i""^ septembre 11 63, Pierre de Beaumont, prieur de Ghamalières, donna à la réfectorerie de soni couvent les rentes qu'il percevait au même lieu (n" 77).

6. PîASsic, Piasac, Piasagum, Piaciagiim. — En ii/ja, une dame nommée Gaine, épouse de Géraud de Boiols, fille de Bertrand Arsac et sœur d'Adhémar le Roux, donna, pour sa sépulture et le salut de son âme, au monastère de Saint-Gilles, une manse située au village de Piassac. Or, comme quelque temps après, Géraud et Pierre, fils de ladite Gaine, tourmentaient le couvent à cause de ce don, le prieur leur donna trente sous, et ils le laissèrent jouir paisiblement de la manse (n<'237).

Vers la même époque, un nommé Astier, donna une autre manse pour le repos de son âme et le salut de ses parents (n"'238).

Piassac se composait alors de trois manses au moins. La première rapportait au monastère : en rhai, douze deniers; à Noël, dix-huit deniers, un setier d'avoine et un cartal de blé. La seconde devait fournir : en mai, un agneau ; à Noël, un setier d'avoine. La troisième rendait : en mai, deux agneaux et huit deniers ; à la moisson, deux setiers d'avoine et un cartal de blé; à Noël, huit deniers (n° 323).

Enfin le i"" septembre nQ^, Pierre de Beaumont, prieur de Ghamalières, donna à son couvent tout ce qu'il possédait à Piassac (n° 77),

7- Tranghebourse, a Trencaborsa, ad Trencam Borsam. — En l'an de l'Incarnalion irGo, Arbert le Roux, de Roche, donna à Dieu et au monastère de Saint Gilles à perpétuité trois seliers de seigle et dix sous à prendre à Tranchebourse, paroisse des Saints-Agricol-et-Vital, au mandement de Graponne (n° 78).

A la fin du xii^ siècle, une dame de Ventressac, paroisse de Chamalières, nommée Guillelmine, donna au même couvent, pour la rédemption de son âme, un setier de blé à prendre annuellement au terroir de Trancliebourse. Ce don fut approuvé ^%t ses deux fils, Ponce o.t Hugon (n" i4i).

Il y a à Tranchebourse, dit ailleurs le Carliilaire, deux mas et deux mansions avec des jardins. Un de ces mas rend en mai, un mouton, un agneau et douze deniers ; à la moisson, trois setiers de blé, un d'avoine ; à Noël, douze deniers. L'autre rapporte : en mai, un mouton et un agneau ; à la moisson, un setier d'avoine ; à Noël, douze deniers. Quant aux mansions avec leurs jardins, elles fournissent, chacune, trois deniers, de l'avoine et une géline (n''322).

Le lieu de Tranchcbourie, qui n'existe plus, se trouvait sur la voie romaine dite la Bolène, à son point d'intersection avec la route départementale n" 9, de Craponne à Yssingeaux. Ce terroir est actuellement dénommé « La Malouteyre » par le cadastre. ^

Il y avait là au moyen-âge une maladrerie ou léproserie installée peut-être dans les mansions romaines dont nouS' venons de parler.

8. Theux, Astodlis, Astogios, Aiodios, Atiiis. — Le i"" septembre ii63, Pierre de Beaumont, prieur de Chamalières, constitua la réfectorerie de son monastère et lui donna, au-delà delà Loire, tout ce qu'il possédait, entre autres lieux, au village de ïheux (n" 77).

Au temps d'Armand, prieur de Chamalières, entre iioo et 1 1 3o, une femrne nommée Unie, donna à ce monastère trois parcelles de terre pour le salut de son âme {n° 242).

Les principaux habitants de ïheux étaient alors Gerradus de Manz, les MoiarelU, Bruneas et Gaillaume. Le. village don-

tiait au monastère,: en mai, trois agneaux et dix-huit deniers > à la moisson, quatre ou cinq hémines d'avoine, deux hémines de seigle et une géline (n"" 323 et 335).

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