VIII. ~ Les couvents de Saint-Joseph et du ïiers-Ordre
DU Carmel
Notre modeste paroisse a possédé sans interruption depuis le xvii^ siècle deux établissements de religieuses, celui des Sœurs de Saint- Joseph et celui des Sœurs du Carmel. L'un et l'autre ont rivalisé de zèle pendant deux cents ans pour former d'excellentes mères de famille et fournir à maintes congrégations les meilleurs sujets. Ils méritent une bonne place dans cette étude.
i) Couvent de Saint-Joseph
La Congrégation des sœurs de Saint-Joseph fut instituée par le R. P. Médaille, de la Compagnie de Jésus, a pour l'instruction des jeunes filles, l'éducation des orphelines, la visite des hôpitaux et des malades, ainsi que des familles pauvres. » Elle fut approuvée, dès son origine, par deux évêques du Puy, Henri de Maupas du Tour (10 mars i65o) et Armand de Béthune (28 septembre i665). Des lettres patentes
de Louis XIV, datées du mois de janvier 1674 et enregistrées au parlement de Toulouse, le 7 avril de la même année, en confirmèrent l'établissement dans tout le diocèse. La nouvelle congrégation se propagea rapidement dans un pays où les vocations religieuses sont innombrables, surtout parmi les femmes.
Un couvent de cet ordre existait déjà à Saint-Georgesl'Agricol en 1686. Les premières religieuses s'étaient installées dans les bâtiments d'un ancien hôpital fondé, au milieu du xiv" siècle, par Pierre Mitte, seigneur de Mons, pour les pèlerins de Notre-Dame du Puy, et occupé à la fin du xvi° siècle, d'après un terrier de la famille de Vinols de la Chomette, près Craponne, du 28 février 1579, P^^ ^®^ membres d'une u confrérie )) dont nous ignorons et le nom et le but.
Le i4 février 1686, Marie Philippon, fille à feu Antoine, dit Chaumat, de Broulhac, u considérant les bons et agréables services qu'elle a reçus des sœurs Clauda Nicolas, Magdeleine Ranchoup, Clauda Rochette, et autres, leur donne par donation entre vifs tous et chacuns ses biens meubles et immeubles en quoy que consistent et puissent consister, excepté la somme de quinze livres qu'elle se réserve, à la condition que les dites sœurs seront obligées de la nourrir, habiller et entretenir selon sa qualité, tant en santé qu'en maladie... Si ladite donatrice n'a pas disposé à sa mort de la susdite somme de quinze livres, elle reviendra à la communauté... Fait et récité audit lieu de Saint-Georges, en la présence de Messire Pierre Dupoux, prebtre et curé... (U. ))
L'année suivante, les religieuses de Saint-Joseph au nombre de sept règlent définitivement leur association et se donnent mutuellement leurs biens. Gest là l'acte de fondation de notre couvent de Saint-Joseph ; nous le transcrivons ici presque dans son entier, pensant qu'il intéressera la plupart de nos lecteurs :
(1) Archives dép. de la Haute-Loire, B. 32.
(( Soict notoire que aujourd'huy, vingtiesme jour du mois de febvrier advani; midy, l'an mil six cens quatre-vingt sept, par devant le notaire royal et tesmoins, personnellement establies Glauda Nicolas, Marie Philippon, Marguerite Ranchoup, Glauda Rochette, Marie Rochette, Glauda Ghevalier et Marie Chouvet, fdhes habitantes en leur maison au lieu de Saint-Georges-La gricol, lesquelles ayant vescu ensemble puis longtemps dans Testât de dévotion, et voulant toutes sept vivre à l'advenir soubz le vocable de Saint-Joseph, et pour plus comodément y pouvoir subsister... ont fait les pactes que s'ensuivent, scavoir est qu'elles s'associent toutes sept en tous leur biens présents et advenir, en quoy qu'ils puissent consister, voulant que lad. societté soit à jamais irrévocable et qu'elles succèdent les unes aux biens des 'autres et que la dernière vivante succède entièrement aux biens des six pré mourantes, laquelle néanmoins ne pourra disposer de la pourtion des décédées ny de la sienne, attendu que d'un commun consantement elles veulent que tous leurs biens quy se trouveront lors du décedz de la dernière vivante soient destinés et demeurent propres auxd. autres fdhes quy voudront habiter dans leur maison en y vivant soubz led. vocable de Saint-Joseph et que leurs biens demeurent perpétuellement asubjetiz à cette condition quy est d'estre jouis et possédés par d'autres fdhes vivant soubz led. vocable de Saint-Joseph, voulant et entendant que, au cas lesd. biens desd. associées viendront sans estre jouis et possédés par d'autres fîlhes, comme sus est dict, vivant soubz led. vocable, autre vocable et soubz Testât de dévotion, que pendant led. temps et jusques à ce que d'autres d. fdhes y viendront, que le marguillier de Tesglize parrochielle dudit Saint-Georges soit insufructuaire desd. biens à la charge d'en disposer sy tost qu'il arrivera d'autres filhes qui voudront vivre soubz led. vocable, à la charge aussy par le marguilhier d'employer les fruictz en réparations de Tesglize ou œuvres pies, seront tenues les fdhes qui viendront après lesd. establies de prier Dieu pour leurs âmes, voulant, soubz les susdites conditions, que lad. societté soit à jamais irrévocable, et, en tant que de besoin, que
les présentes aycnt le mestne effet qu'une donation entre vifz et à jamais irrévocable, passée entre majeurs comme sont les parties, peut valoir, bien cntandant qu'en cas de maladie lesd. establies se serviront les unes les autres et mesme au cas que les présentes requieront insignuation lesd. parties pour y requérir et consanlir et contrevenir, au besoin elles ont fait et constitué leurs procureurs les porteurs des présentes auxquels elles donnent tout le pouvoir au cas requis, car ainsin l'ont lesd. parties voleu, promis et juré tenir, soubz lesd. conditions et obligation de leurs biens à toutes courtz... Fait audit lieu de Saint-Georges en présence de M" Hilaire Barjon, advocat en parlement, Messire Pierre Dupoux, prebtr« et curé dudit lieu de Saint-George, et Barthélémy Sapientis, clerc de Graponne, soubzignés avec lesd. Clauda Nicolas, Clauda et Marie Rochette, et lesd. Philippon, Ranchoup, Chevalier et Ghouvet ont déclairé ne scavoir signer, de ce enquises, et signées Nicolas, Rochette, Marie Rochette, Dupoux, curé de Saint- Georges-Lagricol, Barjon et Sapienlis, et moy notaire royal du nombre réduit soubzsigné recepvant et stipulant, Aurier, notaire royal (1) »..
Nous allons voir les religieuses de Saint-Joseph, bénies de Dieu et des hommes, remplir fidèlement leur noble mission de sacrifice et de dévouement jusqu à nos jours. La modeste dot qu'elles apporteront à la communauté, la maigre rétribution qu'elles recevront de la marguillerie ou de la fabrique pour le soin de l'église et de la sacristie, les quelques sous dont leurs élèves ou les orphelines recueillies par elles payeront leurs leçons ou leurs pensions seront loin de suffire à leur entretien. Aussi les bonnes sœurs consacreront-elles, comme les autres femmes de la paroisse, tous leurs instants disponibles à la fabrication de la denlelle, qui sera la principale source de leurs revenus.
Nous ne voulons ni ne pouvons faire l'histoire complète du couvent de Saint-Joseph ; nous nous bornerons à enregistrer quelques faits, tels que nous les ont conservés nos dépôts
(1) Archives dàp. de la llaule-toire, B. 31,
d'archives, qui nous révéleront son existence et les noms de quelques-uns de ses membres pendant les deux cents ans qu'il a subsisté.
Le 3o novembre 1694, fête de saint André, apôtre, Benoît Roche, cultivateur à la Branchade, lègue par testament à sa fille Françoise « religieuse dans l'assemblée des filles, vivant sous le vocable de saint Joseph, à Saint-Georges-l'Agricol, la somme de six cents livres, dix setîers de seigle, une vache, quatre brebis, un mouton et deux habits (1). »
Le 4 août 1760, Catherine Jouve, fille d'Antoine Jouve, ménager, et de Catherine Roche, de la Branchade, « associée sous le vocable de saint Joseph, dans la communauté des filles associées dudit lieu et paroisse de Saint-Georgesl'Agricol », est émancipée par son père, « ppur qu'elle puisse disposer librement et à son gré. . . de toute façon et meilleure forme qu'il lui plaira », de tous les biens qu'elle a ou pourra avoir (2). »
Le 20 décembre 1770, Anne Maistre, fille à feu Pierre, de' Saint- Victor-sur-Arlanc, en service chez les sœurs de Saint- Joseph, à Saint-Georges-l'Agricol, donne quatre-vingts livres pour messes aux prêtres, quarante livres pour acheter du blé aux pauvres, quatorze livres à la marguillerie et fabriqué pour réparations à l'église, six livres pour la chapelle du Saint- Rosaire, quarante livres pour la chapelle de Saint-Joseph, enfin elle constitue pour son héritière principale et universelle Agathe Pontvianne, « sa bonne amie, fille dévote » , religieuse de Saint- Joseph, à condition qu'elle disposera de ses biens en œuvres pies.
Le i5 septembre 1778, Catherine Jouve, fille de défunt Antoine et de vivante Catherine Roche, de la Branchade, donne ses biens à Anne Ribeyron, une des filles associées sous le vocable de saint Joseph (3).
Le 12 septembre 1780, Catherine Jouve, supérieure des
(1) Archives dép. de la Haute-Loire, B, 32.
(2) Minutes de Gallet, notaire royal de Graponne.
(3) Minutes de Garde des Faucber9i notaire royal de Graponne.
religieuses « sous le vocable de saint Joseph, agissant au nom de sa communauté, reconnaît tenir en emphy téose perpétuelle de dame Elisabeth Ghavanon, veuve et héritière de sieur Pierre-Alexis Porrat, seigneur de Lolme, et de M. Antoine Gallet, avocat en parlement, habitant de Craponne, coseigneur, la première pour deux tiers et la seconde pour l'autre tiers, un pré appelé Lous Pradets, contenant quatre cartonnées, qui confine d'orient la terre de la demoiselle Garrud- Duplessis, de raidi le pré de messire Benoît Barjon, chanoine de Saint-Paulien, d'occident le chemin de Craponne à Chalencon, et de bise le pré de Mathieu Brunel, au cens annuel et perpétuel de trois deniers argent, demi-coupe froment et demi-coupe avoine, mesure de Craponne.
Le i6 décembre 1788, Benoîte Chouvelon, des Pastiaux, travaillant à la dentelle chez les sœurs de Saint-Joseph, donne par testament à Agathe Pontvianne, sœur de Saint-Joseph, son intime amie, ses meubles, habits, garderobe^ argent monnaie, à la charge par celle-ci de satisfaire à ses honneurs funèbres. Au nombre des témoins figurent MM. Julien Besset. curé, et Augustin-Régis Rome, vicaire (^).
Le i/j février 1786, Charlotte Bardon reconnaît devoir à Catherine Jouve, supérieure des religieuses de Saint-Joseph, quatre-vingt-dix-neuf livres pour fournitures d'aliments qui lui Ont été faites pendant les vingt-huit ans qu'elle est restée dans ce couvent.
Sous la grande Révolution française, les religieuses de Saint-Joseph ne furent pas exemptes des tracasseries mesquines que les tyranneaux de village jorodiguaient à tous les honnêtes gens. Les premières qu'elles eurent à subir leur vinrent de ce que, après la prise de possession de l'église paroissiale par le curé-intrus, elles avaient permis aux pasteurs légitimes de célébrer le saint sacrifice dans leur petite chapelle. La municipalité révolutionnaire les honora, à ce sujet, de deux visites à domicile, la première, le 2 octobre 1791, pour fermer leur chapelle, et la seconde, le i8 mars 1792 ^ accompa-
' (i) Minutes de Garde des Faucher», notaire royal à Craponne^
f/née cette fois des gardes nationales pour opérer chez elles des perquisitions à l'effet d'y découvrir « les ennemis du bien public )) et leur enlever de vive force leur petite cloche qui servait à appeler à des réunions soi-disant prohibées, les habitants de la paroisse.
Lors de la première visite, deux sœurs, courageuses entre toutes, Agathe Pontvianne, dite sœur Saint-Jean, et N. Delaigue, en religion sœur Saint-Alexis, protestèrent plus fort que les autres, au nom de la justice, contre la violation de leur domicile et se permirent contre les agents de la Révolution quelques apostrophes bien méritées; leur fière attitude leur valut l'honneur de voir leurs noms figurer au procès-verbal que nous avons reproduit ci-dessus in-extenso.
Deux ans plus tard, le aS ventôse an II (i3 mars 179/1), trois religieuses de notre couvent de Saint-Georges sont recluses dans le couvent de Saint-Joseph, de Graponne, transformé en prison. Ge sont : Benoîte Duchamp, âgée de 6l\ ans; Anna Ribeyron, âgée de 56 ans, et Antoinette Glavel, âgée de 48 ans (1).
Celle-ci, dit M. l'abbé Payrard, sœur aînée du martyr Antoine Glavel, vicaire de Graponne, décapité au Puy le 19 juin 1794, mourut dans la communauté, à Saint-Georges, à l'âge de plus de quatre-vingts ans et après soixante ans passés en religion, sainte fille dont les exemples vivent encore iV.
Avant la fin de la Révolution, les vaillantes sœurs de Saint- Joseph avaient repris dans notre paroisse leur œuvre toute de sacrifice et d'abnégation; elles se dévouaient de nouveau à l'éducation des jeunes filles. Une lettre de la municipalité de Graponne à l'administration centrale du département de la Haute-Loire, datée du 26 messidor an VI (i4 juillet 1798), fait en somme leur éloge, tout en déplorant leur attachement à la religion et à l'ancien régime, u Les sœurs de Saint-Joseph, y lisons-nous, font l'école, leurs mœurs sont bonnes ; il y a même parmi elles des talents et une certaine éducation, mais
(1) Archives dép. de la Haute*>Loire, f. de Graponne.
(2) Semainô religieuse du Puy, III, p, 655, note,
leurs principes tendent au fanatisme et préjudicient à la chose publique; elles ont une grande influence sur l'esprit public; c'est pourquoi elles sont dangereuses et il serait à propos de les supprimer, s'il était possible de se procurer des institutrices probes, vertueuses et douées de talents, dont le civisme fût à toute épreuve, »
Nos religieuses de Saint-Joseph, se préoccupèrent toujours, tout en instruisant leurs élèves, de leur apprendre la couture et la fabrication de la dentelle, qui a pendant longtemps chassé la misère et la gêne des foyers pauvres de nos montagnes. Elles formèrent d'autant plus facilement d'habiles dentellières, qu'elles connaissaient mieux elles-mêmes tous les secrets de cet art délicat :
Supérieures. — Glauda Nicolas, i4 février 1686; Vitale Aubert, i*'' octobre 1768; Catherine Jouve, du. 12 octobre 1780 au 16 octobre 1786.
Religieuses. — 1687 : Madeleine Ranchoup, Clauda Rochette, Marie Philippon, Glauda Chevalier, Marie Chouvet et Glauda Nicolas.
1694 : Françoise Roche, de la Branchade.
1760- 1786 : Catherine Jouve, de la Branchade.
1 768-1 794 : Benoîte Duchamp.
1769- 1791 : Agathe Pontvianne, de Boubas, paroisse de Solignac-sous-Roche.
1778- 1794 : Anne Ribeyron.
1779 : Louise Mantrand.
1794 : Antoinette Glavel.
2) Couvent du Tiers-Ordre du Carmel.
La fondation du couvent du Tiers-Ordre du Carmel remonte, sans contredit, aux premières années du xvm" siècle, sinon à une époque antérieure. Nous n'avons pu découvrir ni l'acte authentique par lequel les premières religieuses se constituèrent en communauté, ni les approbations épiscopale et royale de cette pieuse congrégation.
Mais nous donnons comme absolument certains les quelques faits qui vont suivre,
En 1750, le couvent est placé sous la direction des Carmes, du Puy. Voici, à l'appui de noire assertion, deux documents tirés des papiers de la communauté.
A. — (( Nous soussignés, certifions à qui il appartient de droit que Françoise Bernard, ditte sœur de la Nativité, de la paroisse de Saint-Georges, a fait profession entre nos mains dans notre église, ce 21 septembre 1750. Enfoydequoy nous nous sonnmes signés : « Frère Angélique, carme, directeur du Tiers-Ordre du Mont-Garmel, au Pay, les mesmes jours et an que dessus; Frère Maxime, sacristain. »
B. — « Nous, soussigné, certifions que la sœur de la Nativité, habitant dans la maison du Tiers-Ordre du Garmel établi à Saint-Georges-l'Agricol, a fait sa profession au Puy, il y a environ vingt-neuf ans. Ses vœux ont été reçus par les supérieurs des Carmes, comme il conste par les anciens registres du Tiers-Ordre. En foy de quoy, au Puy, ce i4 novembre 1776, Frère Laporte, sacristain. »
Les Carmes du Puy conservèrent jusqu'en 1780, et probablement jusqu'à la Révolution française, la direction des religieuses Carmélites de Sainl-Georges-l'Agricol. En effet, le i3 novembre 1776, Marie Marconnet, de Trioleyre, paroisse dé Saint-Julieri-d'Ance, en religion sœur Saint-Laurent, et Marie Gaudin, du bourg, en religion sœur Marie-Thérèse, reçurent l'habit des mains de M. Besset, curé de Saint-Georges-l'Agricol ; mais elles firent profession deux ans plus tard, au Puy, le i4 novembre 1778, en présence des Révérends Pères Carmes Laurent Laporte et Fulgence Nicolas.
Le vénérable M. Besset avait délivré, le 6 novembre 1776, à nos deux religieuses, un certificat où il constate que, « appartenant à d'honnêtes familles, elles ont vécu dans le monde avec sagesse et édification, des mœurs pures et irréprochables, ayant soigneusement évité ce qui aurait pu ternir la gloire de leur sexe, ranimant leur foi et leur religion par de pieux sentiments, des lectures, l'assiduité à entendre la parole divine, la fréquentation des sacrements et autres exercices de la plus tendre dévotion, qui, avec l'inspiration ou la vocation du ciel, les ont déterminées à renoncer au siècle pour un jamais, afin
de devenir les épouses ou les servantes de Jésus-Christ dans le temps et pour l'éternité. C'est d'un tel zèle et ferveur, ajoutet-il, que nous avons été témoin, même avant la cérémonie de leur prise d'habit... Nous ne pouvons ignorer qu'à tant de marques de verlus, ces deux aspirantes à la profession ont ajouté l'esprit de persévérance, d'humilité, d'obéissance, de charité, si nécessaire dans les Communautés. »
Les Carmélites de Saint-Georges ne prononçaient pas encore le vœu de pauvreté, comme le prouve la formule de profession suivante, datee.de 1776 : « Au nom du Seigneur, Amen. Moi, sœur N., dite dans le monde..., fais ma profession, promets obéissance et chasteté à Dieu tout puissant, à la bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, au révérendissime père général de l'ordre de la même bienheureuse Vierge Marie du Mont- Carmel et à ses successeurs, selon la^ègle du Tiers-Ordre jusqu'à la mort. Ainsi soit-il. »
Le 16 novembre 1778, M. Besset présida la cérémonie de vêture de Marie -Anne Bonneval, du Suc, qui fit profession, après deux ans de noviciat, le 2 mai 1780, au couvent des Carmes du Puy, en présence de frère Fulgence Nicolas, alors prieur, de Laurent Laporte, assistant, et de sœur Claire, supérieure des sœurs du Tiers-Ordre du Puy.
Le i*' mai 1782, frère Fulgence Nicolas, prieur, se trouvant à Saint-Georges, confirme sœur Marie de la Nativité, dite Françoise Bernard, comme supérieure, et Marie Marconnet, sœur Saint-Laurent, " comme sous-prieure et maîtresse des novices.
Le i3 juillet 1786, Françoise Bernard, supérieure, donne par testament à Anne-Marie Gaudin, sœur du même ordre, deux maisons qu'elle habite à Saint-Georges, plus un petit jardin attenant, « confinant une des maisons, d'orient et midi les rues et places publiques, de nuit la maison de Michel Mealier, et de bise le chenevier de Mathieu Faye ; l'autre maison confinant d'orient et midi la basse-cour et le jardin de Mathieu Brunel, de nuit la rue publique et de bise la maison de Guillaume Diard, et enfin le susdit jardin confine d'orient la maison de Jacques Duny, de midi la maison dudit
Brunel, de nuit la maison dudit Diard et de bise le cliemin de Graponne à Roche ». La testatrice déclare ne savoir signer.
Pendant la Révolution, les religieuses Carmélites furent, comme les religieuses de Saint-Joseph, inquiétées plus d'une fois par la municipalité, notamment le i8 mars 1792. Ce jourlà, le maire, son adjoint et le procureur de la commune, escortés des quelques gardes nationaux, se rendirent au couvent pour y opérer des perquisitions. Comme ils auraient dû s'y attendre, ils n'y trouvèrent aucun (t des ennemis du bien public », qu'ils y étaient allés chercher.
A la fin de la tourmente révolutionnaire, nos bonnes sœurs faisaient la classe, tout comme les religieuses de Saint-Joseph. La municipalité de Craponne, dans son rapport à l'administration centrale concernant les écoles du canton, leur décerne Hes mêmes éloges.
Un mot sur la règle que suivent ces saintes filles. Elle est assez sévère. Elles jeûnent pendant le carême et l'Avent, trois jours de chaque semaine durant le reste de l'année, excepté au temps pascal. Leur régime est des plus simples et des plus frugals ; je ne sais si les plus pauvres habitants delà paroisse consentiraient à échanger leur ordinaire-contre celui des bonnes religieuses.
Les Carmélites de Saint-Georges ont généralement consacré les moments libres que leur laissent les exercices de piété et la récitation en commun du petit office de la Sainte Vierge au soin de quelques orphelines, à la visite des pauvres et des malades et à l'éducation des jeunes filles. Si elles n'ont pas formé des femmes savantes, elles ont du moins donné à la paroisse de solides chrétiennes, d'excellentes mères de famille.
Terminons cette étude par un mot sur la première supérieure connue du couvent du Carmel. Marguerite ïrioleyre, en religion sœur de la Croix, née en 1761, au village de Trioleyre, paroisse de Saint-Julien-d'Ance, fit profession le 24 août 1785. Elle gouverna le couvent du 25 avril 18 18 au 3 mai 182/j, date de sa mort. M. Truchet, curé de Saint-
Georges, dressa son acle de décès dans les registres de la communauté en le faisant suivre de ces mots : « Généralement regrettée de ses sœurs ; on a été assez content de son administration. »
IX. — Eglise paroissiale. — Clocher. — Cloches. — Chapellenies ou vigairies. — Chapelles indépendantes DE l'église paroissiale.
« L'église romane, assez remaniée, dit M. Noël ThioUier (l), se composait vraisemblablement d'une nef voûtée en berceau. La voûte d'arêles actuelle a dû être refaite au xvii" siècle, quand on a bâti', sur la façade, un joli clocher -porche qui porte la
date de i654.
u La travée qui précède l'abside est voûtée d'une coupole sur pendentifs, de même rayon que ces derniers. Celte cou^ pôle, construite en simple blocage, pourrait ne dater que du xvii° siècle, époque où l'on fit de grands remaniements à l'église.
« C'est l'unique exemple de coupole de ce genre que nous ayons rencontré en Velay. Les pendentifs sont soutenus, du côté de la nef, par un arc de grosses dimensions.
u L'abside s'ouvre sur cette travée par un arc en plein cintre surhaussé et légèrement outrepassé. Elle est circulaire sur ses deux faces, ornée à l'intérieur de trois grandes arcatures à cintre surbaissé, reposant sur des côlonnettes trapues, terminées par de grossiers chapiteaux. Un épais badigeon empêche de distinguer les détails ; les côlonnettes sont elles-mêmes placées sur un socle élevé de i m. 4o au-dessus du sol.
« L'abside est épaulée extérieurement par deux contreforts rectangulaires lerminés par un glacis. Elle est éclairée au sud par une fenêtre en plein cintre, probablement agrandie après coup.
« Plusieurs fragments de sculptures, ayant appartenu à des
(1) L'Architecture religieuse à l'époque romane dans l'ancien diooèse du Puy, pages 47 et 40,
monuments antérieurs, sont encastrés dans le mur de l'abside. Les uns sont gallo-romains; d'autres, et ce sont les plus curieux, représentent des animaux dans le genre de ceux de Saint-Restitut, à Ainay et à l'Ile-Barbe. Seulement, ici, la sculpture, très plate, est exécutée sur de la lave du pays.
« Les chapelles, ajoutées à diverses époques, et dont plusieurs portent les armes des seigneurs de Mons, ont été ouvertes récemment, de façon à former des bas-côtés. Les stalles et la chaire, datées de 1761 , sont d'une assez bonne exécution. »
M. l'abbé Payrard (1) a décrit les fragments de pierres sculptées encastrées dans les murs de l'église de Saint- Georges :
((1° Bas-relief sur lequel se voient plusieurs personnages dont le principal est une femme assise sur un fauteuil et semblant congédier un groupe qui se tient dans l' arrière-plan. Qui nous dira ce que représente ce tableau sculpté dans le granit ? Ce débris d'un ancien édifice fat tiré des murs de l'église lors de la réparation de la nef latérale sud, du temps du curé Badiou. Déposé dans la cour du presbytère, il eut à subir pendant plusieurs années les outrages du temps et des hommes. C'est là que le regretté Hector Falcon le découvrit et le fit reproduire par le moulage pour le classer dans les collections archéologiques du musée départemental. Cette vénérable pierre est enchâssée aujourd'hui dans un mur de la nouvelle sacristie et se trouve placée en même temps à la portée des regards des amateurs et à l'abri des injures des passants.
(( 2° Une pièce notable d'un rétable, magnifique pierre taillée sur laquelle est sculptée en saillie une couronne formée de feuilles, de fleurs et de fruits. Ce morceau, arlistement ouvragé, accuse le grand siècle de Rome. Il est regrettable que cette couronne ne nous ait pas été conservée en entier. On la voit dans les murs de l'église, presque au niveau du sol, près de l'entrée de l'ancien cimetière.
(1) Echo du Velay, mardi 3 juillet 1888.
« 3" La figure d'un labyrinthe très visiblement dessiné et gravé sur une pierre qui a été employée dans la maçonnerie du chœur de l'église et qu'on voit de la cour du presbytère.
« 4° Différents fragments de pierres engagés dans les murs de l'église et portant des trous de louve, des traces de triglyphes, de stries, de rinceaux, etc.
Tous ces fragments de pierres sculptées proviennent sans doute de quelque antique monument romain détruit par le temps, peut-être des mansions de Tranchebourse, ou de celles de l'Estrade que le Cartiilaire de Chamalières mentionne formellement. Les mansions étaient des édifices construits sur les voies romaines, pour le logement des soldats en route, c'est là aussi que les courriers changeaient de chevaux (l).
Au cours des réparations faites à l'église de Saint-Georges, vers la fin de l'année 1900, on a trouvé dans le mur absidal, près de l'ancienne porte de la sacristie, maintenant murée, des monnaies du Puy, de Lyon, de Charles P'", comte d'Anjou et de Provence, fils de Louis VIII et frère de Saint-Louis (1220- 1285). Ne pourrait-on pas, d'après ces monnaies bien conservées, faire remonter au xiii" siècle la construction de toute la partie romane de notre église? Nous ne croyons pas trop téméraire de l'affirmer. Les amateurs trouveront quelquesunes de ces monnaies au musée archéologique de Chamalières, dont dépendait l'église de Saint-Georges, et où nous les avons déposées.
Les cloches. — L'une des cloches qui se balançaient dans le clocher avant la Révolution a disparu ; elle fut donnée, le 16 juin 1793, par la municipalité révolutionnaire de Saint- Georges à celle de Craponne pour la fonte des canons. Restée jusqu'à la fin de la! tourmente dans les entrepôts du Puy, elle fut vendue alors par le département et acquise par le propriétaire du château de Paulin, près Monistrol- sur-Loire. Achetée, il y a peu d'années, par M. Pradon, curé de Saint-Pal-de-Mons,
(1) Encyclop., Aktiquités, t, IV,
elle se trouve maintenant au clocher de cette, paroisse. Elle porte l'inscription suivante :
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM W. MARIE JE M'APPELLE. MESSIRE PIERRE DE JALLETS, PRIEUR- CURÉ. NOBLE DOMINIQUE DE VAGHEROL, PARRAIN.
DAME MARIE-FRANÇOISE DAUTIER DE PIESSAG, MAR- RAINE. BENOIT PLAFORET ET PIERRE CHEVALIER, MARGUILLIERS, 1748.
Le parrain, noble Dominique Torrilhon, était seigneur de Vacherolles, paroisse de Saint-Julien-d'Ance ; la marraine, Marie-Françoise Daulier de Saint-Sauveur, était veuve de Claude Aurier, seigneur de Piassac, paroisse de Saint-Georgesl'Agricol.
Sur l'autre cloche, qui est restée au clocher, on lit :