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CHAPELLE SÉPULCRALE DES BEAUMANOIR

Au sud du chœur de l'éghse abbatiale s'ouvre une porte ogivale qui donne entrée dans la chapelle sépulcrale des Beaumanoir. Cette chapelle tout entière du XIV^^ siècle est du style le plus élégant et le plus pur. Les arceaux de la voûte, aujourd'hui détruite, étaient d'une délicatesse remarquable. La fenêtre du chevet, subdivisée en trois lancettes, offre la même disposition d'ogives que certaines fenêtres de Beauport. A droite de cette fenêtre on voit une crédence ogivale très gracieuse. Les chapiteaux qui surmontent les pihers de cette chapelle sont bien conservés ; les uns représentent des feuilles et des

(i) Cette chapelle appartient à la commune de Lehon, depuis 1848, par suite d'un échange de terrain dans le cimetière, avec les héritiers *** « contre le droit de conserver à perpétuité les tombeaux de ses père et mère, dans le cimetière de la commune. » (Arch. mun. de Lehon).

fleurs, un autre, trois têtes de chevaliers, finement sculptées. La base de Tun des meneaux de la fenêtre reproduit un moine lisant son bréviaire ; cette originale sculpture fait l'admiration des visiteurs et a été plus d'une fois l'objet de la convoitise des amateurs

Cette chapelle était le caveau funèbre de la famille de Beaumanoir. Une tradition constante digne du plus grand respect, enregistrée par de nombreux auteurs, atteste que le maréchal de Beaumanoir, l'illustre héros du Combat des Trente y fut inhumé en 1365. Le nom du héros donne à cette chapelle un cachet de mystérieuse grandeur et de religieux souvenir. En entrant dans ce petit sanctuaire, on sent revivre les siècles, l'âme est saisie d'une impression profonde et la vieille bataille de Mi- Voie s'offre à la pensée, toute fraîche encore ; on entend comme le cliquetis des armes, et la fiére parole : « Beauumnoir, bois ton sang » retentissant à travers les âges, vous transporte pour ainsi dire au milieu même des combattants. Si le chevalier breton a été réellement inhumé dans cette chapelle, nous

(i) Nous nous permettrons de dire à ce sujet, aux visiteurs: « respect aux ruines! » et de raconter l'anecdote suivante : Deux jeunes anglais sortaient, il y a quatre ans, de visiter l'abbaye. L'un d'eux portait triomphalement sur son épaule, au bout d'une canne, un vieux sabot usé, troué, sale et crasseux au possible. En apercevant ce trophée : « Vous avez fait là. Monsieur, lui dis-je, une belle trouvaille ! — Ao, Mossieu, bien vieux cela ! — C'est probablement, ajoutai-je en riant, un des sabots de la duchesse Anne. — De la

duchesse Anne ! Mossieu... oh ! alors j'emporterai à Londres ! » Et il l'emporta Voilà comment fois ou

autre, on montrera dans quelque musée d'Angleterre, un sabot de la duchesse Anne, trouvé en :888, au prieuré de Lehon.

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ignorons absolument ce qu'est devenue la pierre tumulaire qui recouvrait son tombeau.

Auprès du glorieux vainqueur des Anglais, reposait son fils, Jean de Beaumanoir assassiné en 1385, par l'un de ses métayers nommé Rolland Moysant, à l'instigation de Pierre de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye, Une ancienne chronique de 1410 raconte ainsi cette lamentable trahison qui donna lieu à un duel judiciaire fameux dans les annales bretonnes :

(c Cy ensuit la doulente histoire de Messire Jehan de Beaumanoir qui alla de vie à trépassement en l'an 1385. Plaise à Dieu que ait son ame en sainteté. Or sachiez que icelui Jehan fû fils au sire de Beaumanoir maréchal de Bretaigne, chevalier de grande vaillance, hardi comme Hon, et qui fû nommé le bon. Icellui maréchal, feri Anglais au chêne Mi-Voie, entre Plemel et Jossehn, moult belle était sa membrée ; illec Tinteniac le preux, Montauban le hardi mirent Anglais en un moncel, le larron Brembro y fût couchié par terre aval le pré verdoyant dont sang coulait au ruisselet sanglant.

(c Jehan de Beaumanoir dont je raccorde l'histoire, que cil qui fû pené en croix, veuille prendre en pitié, comme son pére fû apprins és armes assaiUi maints chastels en Normandie, en Poitou et en Espaigne, compagnon ou Guaclin, sa nièce Typhaine épousa, en son vivant fû seigneur de la Hunaudaye, Merdrignac, Bois de la

(i) Odorici : T^echerches sur Dinan et ses environs. — Catalogue du Musée de Dinan.

Motte et autre fiefs. Moult effroi fû à Dinan, quand avint que le mardrisseur Rolland tolli à Beaumanoir la vie en le ferant de deux cops de hache sur son chef. Icelui Rolland Moysant qui gagnié de villenie fû, étoit métayer ou sire de Beaumanoir, mais poussé fû à telle mahce par Pierre Tournemine qui moult tenoit en haine Beaumanoir et juré avoit que jamais n'eus faict paix o lui. Or oyez que pour mieulx accomplir sa voulenté et accroître sa malice. Tournemine avait vesté en déguisement un Geoffroi Robin pour baillier assistance à Rolland, disant faussement que cil Robin venait en message de la part de Robert Beaumanoir pour demander conseil à Jehan son frère, si lui Robert devoit pourchasser en achast la terre d'Evran de une dame qui la tenoit en vénal ; et encore le déloyal Tournemine avoir fait telle tricherie en entençon que la mort de Jehan de Beaumanoir fû jugée être venue de la mahce de Robert. Adonc Jehan tard et nuitament amblait sous la feuillée, quand traîtreusement fû atteint de cops de hache à la tête par Rolland et Robin qui postés illec étoient. Or sachiez que Messire Jehan point n'avoit d'armure à son chef, ne heaulme, ne baccinet, et si H mardrisseur l'occirent en icelieu. Mouh poyne et doléances furent au chastel de Beaumanoir quand la novelle y avint. Tôt fû connu ès hameaux et à Dinan que le sire de Beaumanoir mardri avait été et chacun contoit sa glose à sa guise et mauvais disoient que Messire Jehan qui mouh preux étoit, mouh aussi étoit serviteur de icelle Venus dont tant est narré ou gentil roman de la Rose où l'art de

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l'amour est enclos et qui fû parachevé l'an 1284 par Jehan de Meung dit Clopinel.

(c Et uns disoient que le sire de Beaumanoir veyant la belle Rosés Lys assise en son vergier, d'amour pour elle fû éprins et disoient encore malicieusement et méchans que la fille ou métayer Rolland bailloit roses de son vergier au sire Jehan, quelles roses icelui Jehan de sa main dextre placoit à senestre sur son cœur : mais li bons li notables rien ne croyoient de telle histoire quand elle avint en la cité de Dinan, et que répandue fû emmy K notables et bourgeois.

(c Or donc sachiez quant tel récit arriva à Robert frère du deffunt, grant deuil porta à son manoir et cil jura que vengeroit telle félonie. Portant ordonna grant et bel accoutrement de deuil à honorer de son frère déffunt, et son corps porté fû en la chapelle des Beaumanoir, en l'abbaye de Lehon proche la cité de Dinan ; et illec fit venir habile statuaire pour illec ouvrer la statue du mort. Adonc par loi de chevalerie voulist que ses pieds posés fussent sur un lion, car hardi comme lion fû, complet fû donc son armure sinon son chef adorné d'un Hnceul, car icellui chef frappé avoit été par mar-

drisseur et non du bras d'un guerrier. Si voulist encore que le bras dextre de Jehan placé fû sur sa poitrine et sa main sur son cœur, en souvenance de sa piteuse aventure : car moult chagrin avoit été en trespassant que ce cœur n'eut pas été percé pour son gentil duc à qui foi avait juré, mais H méchans disoient que c'étoit en souvenance de sa mie... »

Le meurtrier Moysant eut la main droite coupée et la téte tranchée, à Dinan, sur la Place du Champ. Robert de Beaumanoir furieux de l'assassinat de son frère obtint du duc de Bretagne la permission de se battre en duel avec Tournemine. Le combat eut lieu le 20 Décembre 1386, sur la Place du Bouffay à Nantes; Beaumanoir vainqueur du traître y vengea glorieusement la mort de son frère

(i) Voici le récit de ce duel célèbre, tel que le raconte Dom Lobineau ; c'est une page curieuse de notre histoire de Bretagne, qui trouve du reste naturellement sa place ici : « Robert Sire de Beaumanoir touché doublement, et de la perte de son frère, et de ce que par une calomnie effroïable on vouloit lui imputer sa mort, accusa Tournemine devant le Duc, dans les formes usitées en ce tems-là, demandant qu'il lui fust permis de se battre en champ clos avec Tournemine pour l'en convaincre. Tournemine par de faux fuïans et de mauvaises chicanes, traîna l'affaire en longueur le plus qu'il put. Enfin après que le Duc eut entendu les parties plusieurs fois en diverses séances du Parlement, à Rennes et à Vannes, Beaumanoir réitéra pour la dernière fois son accusation à Vannes, le lundi après la St-Michel, et jetta son gage en présence du Duc. Pierre Tournemine après avoir demandé qu'il lui fust permis, selon l'usage, de faire le combat par lui-même ou par autrui, répondit à Robert de Beaumanoir qu'il avoit menti, et jetta aussi son gage. Le Duc leur permit le combat, et leur marqua le lo de Novembre suivant pour faire à Nantes le choix d'armes et de personnes.

« Ce jour venu, Tournemine donna sa cedule d'élite d'armes en deux rôlles de parchemin cousus ensemble. Beaumanoir en eut copie, et fit quelque difficulté snr ce qu'il n'y estoit point parlé de lance ni d'éperons, et sur ce qu'en de certains articles Tournemine disoit, qu'il en auroit ce qu'il jugeroit à propos. Le Duc, après avoir reçù les difficultez de Beaumanoir, marqua aux deux Champions le mardi avant Noël pour le jour du combat, et pour le lieu, leur indiqua le Bouffai de Nantes, leur ordonnant de se rendre deux jours auparavant dans cette ville, afin que l'on pust corriger ou expliquer ce que le sire de Beaumanoir avoit trouvé à redire à la cedule de Tournemine ; après quoi il fit couper des baguettes, de la mesure qu'il vouloit que fussent les dagues et les épées,, et les donna à garder à Pierre de Lesnerac.

« Il est assez difficile de deviner pourquoi Tournemine dans le choix d'armes qu'il avoit fait, n'avoit point mis de lance ni d'éperons, non plus que de bouclier, quoi qu'il eust tout spécifié dans un détail

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Comme il est raconté ci-dessus, le corps de la victime de cet horrible meurtre tut inhumé à Lehon, dans la chapelle particulière de la famille de Beaumanoir. Aussitôt après, selon sa pieuse promesse, Robert fit sculpter sur le tombeau de son frère, une belle pierre tumulaire. Qiiand le travail de l'artiste fut terminé, les religieux convoquèrent à l'inauguration du tombeau, le clergé de Dinan et des environs ; le peuple et les seigneurs du pays vinrent aussi en grand nombre à la cérémonie funèbre rendre leurs derniers devoirs à l'infortuné chevalier. La description faite dans la vieille chronique, de la pierre tombale qui recouvrait la dépouille mortelle de Jean de

ennuieux, depuis la chemise de l'homme jusqu'aux aiguillettes du cheval, une bouteille, du vin, un pain, et tme tasse d'argent.

« Les Champions venus à l'assignation eurent quelque dispute sur les armes, mais enfin il fut jugé par le Duc qu'ils pourroient avoir des éperons ou des touches pour manier leurs chevaux ; qu'il appartenoit au Duc, comme souverain, de donner la mesure des épées et des dagues, que celles des combatans lui seroient apportées pour voir si elles estoient de longueur ; qu'il n'y aurait point de lance, puisque le choix appartenait de droit au défendeur, et que Tournemine n'en avoit point voulu ; et quant à ce que Tournemine avoit dit dans quelques articles, qu'il prendroit de telle ou telle chose ce que bon lui sembleroit, de quoi . Beaumanoir se plaignoit ; que Beaumanoir en useroit aussi de mesme. Cela fut réglé la veille du combat, le 19 Décembre.

« Tournemine se plaignit de son costé que le champ accordé par le Duc estoit trop court et trop estroit. A quoi le Duc répondit que Tournemine n'avoit rien à dire là-dessus et que c'estoit au Souverain de donner le champ tel que bon lui sembloit.

a Le lendemain le Duc parut au Bouffai, accompagné de plusieurs Barons et gens de son Conseil. Beaumanoir se présenta le premier, à cheval et armé, un peu avant midi, et entra dans le champ. Il demanda que l'on appellast Tournemine, ce qui fut fait par un Hérault, qui cria à la porte de la lice : « Monsieur Pierre Tournemine venei à vostre journée contre SvConsieur Robert Sire de ^eatunanoir » .Tournemine se laissa appeller de la sorte trois fois, puis entra à cheval et armé. Les deux Champions descendirent ensuite de cheval, s'assirent dans leurs chaises, et le Mareschal de Bretagne mesura leurs épées et leurs dagues, sur la mesure que le Duc leur avoit donnée le soir précédent. Après quoi l'on en vint aux Sermens. Il y avait dans le champ un lieu préparé où l'on avoit mis les Reliques et le Messel. Beaumanoir s'approcha le premier de ce lieu, et le Président de Bretagne lui dit : « Monsieur de Beaumanoir, vous jurei à Dieu et aux Saints Evangiles, que en vostre harnais, ne environ, vous n'avei, ni aurei, sort, charai, ni mal engin, ne autrement ne entende^ faire de vostre preuve contre ^Monsieur Tierre Tournemine, sinon par vostre bon droit, à rostre corps, et le harnois de la choaisie et élite d'entre vous d'eux. » Beaumanoir dit : « Ainsi le jure x,, et s'en retourna à sa chaise. Tournemine fit le mesme. Ensuite Beaumanoir prenant Tournemine par la main nuë, s'approcha de nouveau des Evangiles et des Reliques avec lui. Le Président dit au premier : « Monsieur Robert de Beaumanoir vous jurei à Dieu et aux Saints Evangiles que vous ave:^ bon droit envers Monsieur Pierre Tournemine qui ci est, en cas de quoi

Beaumanoir est d'une exactitude parfaite. La statue du défunt est fortement sculptée en relief. Beaumanoir y est représenté couché, revêtu de son armure. De sa main gauche, il serre le pommeau de son épée, aujourd'hui brisée, et sa main droite repose sur sa poitrine. Deux anges soutiennent le coussin qui supporte la tête ; un lion est couché à ses pieds Le blason du bouclier a été mutilé. Beaumanoir n'a ni casque en tête, ni gantelets aux mains, parce qu'il n'a pas été tué à la guerre, mais proditoirement ; il porte la barbe comme (( preux chevaher et gens de bel air ».

vous l'avei appelle, selon les mots du gage de la bataille jugée entre vous, et que aujourd'hui le en prouverez ». Il répondit que ainsi le juroit. Le Président dit aussi tost à Tournemine : « Et vous Monsieur Pierre Tournemîne, jurei à Dieu et aux Saints Evangiles que vous ave^ bon droit en vostre défense envers Monsieur '^bert de Beaumanoir, qui ci est, de ce que vous a appellé, selon les mots de la bataille jugée entre vous. » Tournemine jura que cela estoit ainsi. Les sermens faits, ils montèrent tous deux à cheval. Les Héraults publièrent que tout le monde sortist du champ, excepté les deux combatans, et ceux qui le dévoient garder, et que nul ne fust si hardi, à peine de confise ation de corps et de biens, de parier ni de faire aucun signe. Beaumanoir estoit tenu par deux Chevaliers du Conseil du Duc, et Tournemine par deux autres. Le Mareschal cria par trois fois dans le champ . a Faites vos devoirs », et par trois fois : « Laisse~-lcs aller. » Après quoi Beaumanoir courut attaquer Tournemine, qu'il pressa si rydement à cheval et à pied, qu'il lui fit dire qu'il se rendoit ; après quoi il fut jugé par le Duc que Beaumanoir avait fait sa preuve, puisque Tournemine estoit vaincu^ et le Duc adjugea au premier les dépens et les dédommagemens de tous les frais qu'il avait faits à la poursuite de cette aftaire. Cependant Tournemine n'avoua point le fait dont il estoit accusé ; il fut emporté comme mort hors du champ, et mis en l'arrest du Duc, après que Beaumanoir et ses amis eurent obtenu qu'il ne seroit, ni traîné, ni pendu. Par où il paroist que c'estoit la coustume en Bretagne, aussi bien qu'en France, que celui qui estant accusé d'un crime capital, estoit vaincu dans le combat singulier, s'il estoit encore en vie, estoit livré au bourreau pour estre pendu, et s'il estoit mort, son corps estoit traîné honteusement aux fourches patibulaires. » {Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau).

(i) L'histoire merveilleuse d'un lion enterré aux pieds de Beaumanoir, racontée dans le manuscrit latin de la Bib. Nat. est certainement une erreur ; le lion sculpté au bas du tombeau a dû donner lieu à cette invention : «.... Et ad latus unius, minor tumba in quâ celata est effigies leonis, quem ad perpetuum grati- « tudinis monumentum cum domino suo terrœ mandatum traditio refert, et quod lugens ejus obitum, « ibidem mœrore confectus obierit. Tantœ autem humanitatis causa fuit, si licet sic loqui de bestia minus ce humana. Quod ipse ko aliquando decertans cum immani dracone, et ab eo pene victus, superveniens casu a gêner osissimus oques de Beaumanoir, stans pro leone contra draconem, hune interfecit. In cujus beneficii « gratitudinem liberatorem suum secutus est leo et mandatis ejus obedivit, donec vixit ; in tantum autem, « ut ei supervivere renuens, cui vitam debebat, ad latus domini sui venerandœ antiquitatis judicio meruit « sepeliri. »

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Prés de Jean de Beaumanoir gisait sa noble Dame, Typhaine du Guesclin, nièce du grand connétable. Son image est sculptée en relief sur une large tombe décorée de six écussons aux armes de Beaumanoir, d'axjir à six biUettes d'argent. Elle porte une armure de bataille, recouverte d'une longue cotte d'armes boutonnée par devant ; à ses pieds une aigle éployée — blason des du Guesclin — tient dans son bec

un septième écusson à biUettes. Pour rappeler le sexe de la femme de Beaumanoir qui pourrait être prise pour un guerrier, le sculpteur lui a ceint la taille d'une guirlande de fleurs à laquelle est suspendue une épée. Sa tête repose sur un coussin et les cheveux divisés en deux grosses boucles retombent de chaque côté du visage, jusque sur les épaules.

Cette chapelle renfermait encore les tombeaux de deux seigneurs de Rennes tués à la guerre. Ils sont revêtus, par dessus leur armure, d'une soubreveste boutonnée retombant un peu au-dessus du genou. Une large

ceinture soutient leur épée ; leurs mains sont jointes sur la poitrine et leurs pieds reposent sur un lion. La sculpture en demi-relief de ces deux chevaliers est d'un dessin tellement identique, qu'il y a tout lieu de penser que ces deux personnages étaient frères.

Une cinquième pierre tombale extraite de la Chapelle des Beaumanoir représente un guerrier avec l'armure de fer, la cotte d'armes,

l'épée de combat. Deux levrettes sont couchées à ses pieds. L'écusson porte une croix et une étoile en brisure au franc canton. On lit ces mots gravés autour de la pierre : (c Ci-gist : Raoulin Polio : de : Redon : père : du : Prieur de : céans : qui : trespassa : le : XVIII jour : de : Novembre : l'an : mil : IIII et : XVI : Dieu : lui : pardont : amen. » Le frère de RaouHn reposait sous un monument semblable.

L'Eglise abbatiale contenait aussi de nombreuses tombes. Outre celle du P. Noël Mars située auprès de la balustrade de l'autel de la Vierge, on y voyait encore six tombeaux de chevaliers, disposés trois par trois, de chaque côté de l'autel. D'autres s'étendaient le long de la nef ; les uns renfermaient les restes de

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prieurs, les autres ceux de nobles Dames, bienfaitrices du monastère. On remarquait surtout dans la nef, du côté de l'Evangile, celle d'un pieux bourgeois de Dinan nommé Piel qui, par dévotion pour saint Benoit s'était fait enterrer revêtu de l'habit religieux.

Ce saint homme avait fondé au monastère, à perpétuité, pour lui et pour les siens, une messe à dire

la veille de toutes les fêtes d'obligation

Dans l'un des deux enfeux ménagés dans le mur sud de la nef, on voit encore — mais mutilée — la pierre tumulaire d'une châtelaine du XIV^ siècle. A côté, dans la niche voisine, reposait la dépouille mortelle d un prieur inhumé vers la même époque. Cette pierre sépulcrale est gravée en demi-relief ; la tête de marbre en a été arrachée. Souvent alors, pour indiquer sur les tombeaux un personnage de haute distinction, la tête, quelquefois même les mains et les pieds de la statue en pierre, étaient en plomb, en albâtre ou en marbre.

(i) BiW. Nat. Man. Lat. N° 12679.

La Révolution n'a pas su respecter même ces tombes glorieuses et saintes. Elles furent ouvertes avec une « sacrilège cupidité », et fouillées au mépris de la plus vulgaire vénération due aux morts, par le citoyen en 1795. Un dessin à la plume fait d'après nature, par un témoin oculaire, et appendu aujourd'hui dans l'élégant salon de Madame la Marquise de B...., en est la plus irrécusable des preuves. L'acquéreur, accompagné du chien légendaire, dirige lui-même la sinistre besogne des ouvriers. Au-dessous du croquis, l'auteur du

dessin a lui-même écrit ces mots : « Dévastation révolutionnaire des tombeaux des anciens preux dans l'abbaye de Lehon (1795), par le sieur ^"^■^! » due contenaient ces tombes? des objets précieux? des bijoux? des bracelets? des épées? des armures ? des médailles ? qui le dira ? On dut y trouver du moins, des cercueils de plomb et des ossements. Les cercueils furent arrachés et les ossements jetés aux quatre vents du ciel. Il est donc facile de comprendre pourquoi,.

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lorsqu'en 1829 M. Sévoy sous-préfet de Dinan, fit dans un très louable dessein, ouvrir ces tombeaux, on n'y trouva plus rien. La plupart des pierres tumulaires qui recouvraient ces nobles sépultures, avaient été brisées ; six seulement, abandonnées à la pâture inoffensive des lichens et des mousses, avaient échappé à la destruction. Ces dernières furent transportées, en Mai 1843 au Musée de Dinan où elles sont désignées sous les Numéros 2, 4, 6, 7, 8 et 9. Ces dalles funèbres reprendront-elles, un jour, leur place séculaire dans le sanctuaire restauré de Lehon ? A cette question, la ville de Dinan ne refusera pas, nous l'espérons, de faire une gracieuse réponse.

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