CHAPELLE DES BAS-FOINS
Nous finirons cette revue des EgHses et des Chapelles élevées sur le territoire de Lehon, par l'histoire de la splendide chapelle construite par les Religieux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, dans leur Asile des Sacrés-Cœurs.
Qui ne connaît la vie mouvementée et saintement héroïque de
(i) Archives municipales de Lehon,
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Jean Cîudad, honoré par l'Eglise sous le nom de saint Jean-de-Dieu ? Né en Portugal, le 8 Mars 1495, il quitte dés l'âge de huit ans la maison paternelle ; puis après avoir été successivement berger et soldat, il revient en Espagne où il se dévoue à tous les misérables, fonde l'Ordre des Frères Hospitaliers de la Charité, et meurt à Grenade, le 8 Mars 1550.
Installés en France par Marie de Médicis, les Frères de la Charité possédaient dans notre pays trente-six étabhssements, a la fin du XVIIF siècle. La Révolution dispersa les religieux et s'empara de leurs biens. Mais en 1823, quelques frères partis de diverses communautés, allèrent soUiciter à Rome le rétablissement canonique en France de l'Institut des Religieux de la Charité ; Pie VII sur le point de mourir, fit droit à leur requête, le 20 Août. Aujourd'hui les Frères de la Charité possèdent en France des maisons à Paris, à Lyon, à Marseille, à Lille et à Lehon. Les Frères s'y dévouent au soin des malades et des ahénés.
Les Frères de Saint-Jean-de-Dieu furent appelés dans le diocèse de Saint-Brieuc par M^^ Grouin de la Romagère, vers la fin de 1829. Ils vinrent tout d'abord s'étabHr à Saint-Aubin-des-Bois. Saint-Aubin était une ancienne abbaye de l'Ordre de Citeaux, fondée en II 37 par Geofîroi Botterel. L'abbaye ne contenait plus que cinq moines lorsqu'éclata la Révolution ; ils s'occupaient encore, comme l'avaient fait leurs pères, d'exploitation rurale et menaient
(i) Voici les noms des religieux bernardins qui composaient la communauté de Saint-Aubin, en 1790 :
au milieu de leurs travaux agricoles la vie paisible de bons et pieux rentiers. Sollicités le 12 Octobre 1790, de rentrer dans le monde, ils refusèrent de quitter l'abbaye. Ils restèrent ainsi presque oubliés dans leur solitude, pendant cinq ans. Mais, le 3 Mars 1796, des gardes nationaux de Lamballe arrivèrent à 7 heures du soir à Saint- Aubin, enfoncèrent les portes, firent irruption dans le monastère et massacrèrent sans pitié les malheureux bernardins Un seul reHgieux, le Père Goermans, procureur de l'abbaye, échappa au massacre en se précipitant par une fenêtre ; il eut la chance d'être arrêté dans sa chute par les branches d'un espalier au milieu duquel il se tint blotti jusqu'après le départ des assassins. Ceux-ci dévastèrent l'église, déchirèrent les ornements sacerdotaux et emportèrent tous les vases sacrés. Le P. Goermans revint peu après habiter l'abbaye abandonnée, et fidèle à son vœu, voulut mourir au miheu de ces murs ensanglantés et tombant en ruines. Le gouvernement céda plus tard, les bâtiments au bureau de bienfaisance de Jugon, qui en garda la jouissance durant quelques années ; puis enfin, le roi Charles X abandonna en 1825 l'abbaye, à M^^ l'évêque de Saint- Brieuc, à la condition d'y installer une maison de retraite pour les prêtres âgés et infirmes, et d'y fonder un hospice pour y soigner les aHénès du département des Côtes-du-Nord.
Charles Damar, 46 ans, père profès en 1764 ; Philippe Goermans, 46 ans, père profès en 1767 ; André Michel Martin, 46 ans. père profès en 1768 ; Auguste Pascal, 44 ans, père profès en 1768 ; Amable Philippe Fontaine, 49 ans, père profès en 1769. (Archives des Côtes-du-Nord, Série L.) (i) Ane. év. de Bret.
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Les Frères s'installèrent de leur mieux. Toutefois le nouveau séjour était loin d'offrir toutes les conditions que réclamait leur œuvre : Saint-Aubin était éloigné de tout centre, les chemins qui y conduisaient étaient impraticables, par suite les communications très difficiles ; de plus, le voisinage de la forêt procurait aux bons religieux et à leurs hôtes, la visite peu agréable et trop fréquente des sangliers et des loups. Saint-Aubin fut donc reconnu inhabitable.
Les Frères cherchèrent de tous côtés dans le diocèse, un autre lieu plus commode. Après avoir visité plusieurs monastères abandonnés, ils vinrent du côté de Dinan. Les ruines de l'abbaye de Lehon attirèrent un instant leur attention; mais ils reconnurent bientôt que les dépendances du vieux prieuré de Saint-Magloire étaient trop étroites pour leur œuvre, et que la proximité de la rivière de Rance serait un continuel danger pour leurs malades. Ils jetèrent alors les yeux sur la vallée voisine et la métairie des T^as- Foins, dont le site plein de variété charmante et de vues pittoresques, dont les belles plantations, les eaux vives et abondantes et les riches carrières de granit réunissaient toutes les conditions de salubrité et de ressources matérielles nécessaires pour y fonder un hospice. M^^' l'Evêque de Saint-Brieuc manifesta d'abord quelque répugnance à voir les Frères quitter Saint-Aubin ; mais il reconnut bien vite luimême, après avoir visité le terrain désiré, que l'installation aux "Bas- Foins serait plus avantageuse à l'œuvre. Certaines circonstances ren-
(i) La Forêt de la Hunaudaye.
daient cet achat difficile. La petite communauté de Saint-Aubin se mit en prières ; elle fit une neuvaine fervente au Sacré-Cœur de Jésus, pour lui recommander le succès de cette fondation. Le divin Cœur écouta favorablement la demande des enfants de saint Jeande-Dieu, et le 29 Juin 1835, pendant l'Octave de la féte du Sacré- Cœur, fut signée l'acquisition de la métairie des Bas-Foins et de ses dépendances ^'K
Les religieux commencèrent par bâtir dans le nouvel enclos, une chapelle dédiée à Notre-Dame-des-Sept-DouIenrs. La communauté l'appela et l'appelle encore aujourd'hui du nom gracieux de Notre-Damedes-Champs. La chapelle fut bénite au mois de Juillet 1836, par M^^' l'Evéque de Saint-Brieuc, assisté de M. l'abbé Sorgniard son Vicaire Général, de M. l'abbé Dutertre, vicaire à Saint-Malo de Dinan et de M. l'abbé May, recteur de Lehon. Le même jour. Sa Grandeur bénit la cloche de la chapelle, dont fut parrain M. Hubert Fontaine, marquis de M'Hervé et marraine Madame Veuve Pierre Lesage. Le 21 Décembre de la même année eut Heu la pose de la première pierre de l'étabUssement. Enfin, moins de deux ans après, à la fin d'octobre 1838, le nouveau local pouvait abriter tant bien que mal les habitants de Saint-Aubin. Le départ de Saint-Aubin fut une joie universelle pour les religieux, aussi bien que pour les pensionnaires, qui prirent tous gaiement, les uns à pied, les autres en voiture, le chemin de Lehon.
(i) Registres de la communauté.
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La population de l'Asile s'accrut rapidement, aussi la chapelle primitive, inaugurée en 1836, devint-elle bientôt insuffisante; d'ailleurs sa situation un peu écartée de la maison, l'avait rendue très incommode. Le besoin impérieux d'une chapelle aux vastes proportions se faisait donc sentir ; mais d'un autre côté aussi, les ressources ne permettant pas de songer à la construction d'une chapelle définitive, Ms^ l'évêque de Saint-Brieuc autorisa l'érection d'une chapelle provisoire, dans une des ailes de la maison. Toutefois cette installation, quoique moins défectueuse que la précédente, laissait encore beaucoup à désirer. C'est alors que fut entreprise la construction de l'église actuelle dont la première pierre fut posée solennellement au mois de Mai 1856, par M. Brajeul, curé-doyen de Saint- Sauveur de Dinan. Les travaux de construction durèrent dix ans. La nouvelle chapelle fut bénite le jour de la fête du Sacré - Cœur, en 1866, et Mg^ David, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, vint enfin donner les honneurs d'une consécration solennelle à ce joyau de granit, le 15 Octobre 1873.
La chapelle s'élève majestueusement au centre des vastes bâtiments de l'asile, avec lesquels elle forme un harmonieux ensemble. Ce bijou d'architecture construit dans le style ogival du XIIP siècle, est entièrement bâti à l'extérieur et à l'intérieur en beau granit extrait des carrières mêmes de l'asile. Des ouvriersdu pays, habiles et patients, ont su polir cette pierre rebelle, la fouiller délicatement avec une véritable intelligence du trait, et Torner avec une élégante et prodigieuse variété.
Elle est précédée d'un porche d'aspect grandiose, adossé au pignon de la nef et divisé en trois travées d'inégales dimensions. Aux angles de ce pignon ont été adroitement ménagées deux tourelles octogonales, contenant les escahers et terminées par un gracieux beffroi fleuronné, d'où les cloches envoient chaque jour, leurs joyeuses volées, le long des capricieux contours du vallon.
Entrons par la porte principale située au fond du porche. L'effet général est saisissant. La chapelle forme une croix grecque. Sa longueur, du pignon de la net au chevet, est de 36 mètres; sa largeur d'un pignon à l'autre du transept, de 33 mètres, et sa hauteur sous voûte dépasse 17 mètres. Au centre se dresse le maître-autel, ingénieuse disposition qui permet à tous les assistants de suivre avec intérêt les cérémonies religieuses.
Sans nous arrêter à une description minutieuse et technique,
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bornons-nous à signaler les plus remarquables parmi les merveilles architecturales répandues à profusion dans l'édifice
Un soubassement plein, uni dans le transept, mais orné d'arca- 'tures dans la nef et le sanctuaire, supporte les vingt-neuf fenêtres et la superbe galerie qui régne autour de la chapelle et lui donne un air de grande cathédrale. Les trois pignons sont complètement ajourés. Sur celui de la nef est dessinée une rose admirable de 8 métrés 60 de diamètre, composée d'un oculus central et de deux séries de compartiments tréflés et rayonnés. Ce travail est magistral ; sa valèur artistique est encore accrue par la richesse des vitraux qui remplissent les trente-six rayons partant du centre, et qui représentent les principaux mystères de la vie de Notre-Seigneur. Les deux pignons du transept sont ornés chacun d'une fenêtre aux vastes dimensions, divisée en quatre compartiments au moyen de trois meneaux intermédiaires, avec tympan ajouré et enrichi de trois roses à six lobes. Ces fenêtres sont décorées de beaux vitraux représentant des saints ou retraçant des traits miraculeux empruntés à la légende de saint Jean-de-Dieu. Sur les verrières de l'abside, l'artiste a peint les Bienheureux spécialement honorés dans l'Ordre des Frères Hospitaliers, et les images des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie auxquels l'asile est consacré.
Quand la lumière du soleil vient les éclairer, ces vitraux avec
(i) Nous devons ces renseignements précis à la bienveillance de M. Hawke, le savant architecte de la Chapelle.
leurs brillantes couleurs, leurs nuances savamment combinées, leurs teintes variées et si pures, produisent un effet merveilleux et éblouissant. Çà a été vraiment une ingénieuse pensée, d'exposer ainsi aux regards de ces infortunés dont l'âme est si tristement endolorie, ces sujets religieux remplis de paix et de douceur; en charmant les yeux, ils inspirent à ces cœurs souffrants, de pieuses pensées, et leur apportent comme un chaud rayon d'espérance et de divine consolation.
Cette chapelle avec sa magnifique architecture et ses proportions grandioses, se prête admirablement aux cérémonies du culte. Aux fêtes solennelles surtout, le spectacle est émouvant... Et — telle est l'influence salutaire de la religion ! — la pompe des offices divins, l'autel splendidement illuminé, le chant grave des moines, les suaves harmonies de l'orgue pénétrent comme un remède céleste, le cœur des pauvres malades et les remplissent d'une douce gaieté et d'un calme bienfaisant.
C'est dans ce sanctuaire silencieux, aux pieds du Maître auquel ils ont consacré leur vie, que les religieux Hospitaliers de Saint-Jeande-Dieu, dévoués jusqu'à l'abnégation et au sacrifice le plus complet d'eux-mêmes, vont puiser chaque jour, dans la prière, la force et la paix. Car Dieu seul peut inspirer et soutenir de pareils dévouements, comme lui seul aussi saura les récompenser un jour.
Ne quittons pas cette hospitalière demeure, sans admirer la régularité parfaite qui préside à tous les services de cette importante administration ; visitons les vastes salles, les infirmeries spacieuses.
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les immenses dortoirs, les jardins fertiles, les belles plantations, l'enclos paisible où les oiseaux du ciel égaient de leurs chants joyeux la solitude des bosquets ; pénétrons même jusque dans l'abondante et curieuse basse-cour ; montons jusqu'au moulin à vent situé sur les Buttes-Nids, et grimpons-en l'escalier intérieur. Quelle vue splendide ! Devant nous s'étend à perte du regard une interminable forêt de pommiers et de chênes, d'où se détachent les hauteurs de Bécherel et de Hédé, les clochers blancs ou bleus de nombreuses paroisses, la cathédrale de Dol, et par dessus tout cela, au loin, dans l'azur du ciel et sous le reflet scintillant de la mer, le Mont Saint-Michel et les côtes de Normandie. Ne sortons pas enfin, sans remercier Dieu qui est tout charité, d'avoir placé prés de nous, ces religieux dévoués qui sont la Providence visible des pauvres et des oeuvres du pays. Fasse le Ciel qu'ils soient longtemps, qu'ils restent toujours ici, malgré les sombres horizons de l'avenir, les successeurs bénis des moines de l'ancien Prieuré royal de Saint-M^agloire de Lehon !
Notes &
Pièces Justificatives
Textes relatifs à la fondation de Lehon
DE ^DIFICATIONE ECCLESI^ SANCTI MAGLORII APUD LEHONIUM
23. — Postquam igitur sanctissimi viri Maglorii sacratissimum corpus, céleste donum humana specie, de Sargia insula ad Lehonense monasterium, domino ducente, delatum est, multitudo populi undique secus conglobata, audita fama sancti viri et amenitate loci, cum multis muneribus ad prefatum locuni fluitare cepit. Erat enim prefatus locus cunctis videntibus quasi paradisus, situs in latere montis, super ripam fl uminis, in planicie telluris, inter vineas fertiles, inter herbas bene olentes, inter piniferas et pomiferas arbores honorifice constitutus. Ergo, mirabile dictu, refugium de monte, pisces de flumine, copiam vini et frumenti de tellure, de herbis odoriferis pocula delectabilia, de arboribus poma suavia usui fratrum divino nutu ministrabat. Quid plura ? Fratres ibi monastice viventes, pro virtute sancti Maglorii nichilo indigentes, uno tantum infortunio laborabant, eo quod templum idoneum saxeo opère constructum non haberent, in quo devotissime divino cultui insistèrent et tanti viri membra honorifice collocarent. Ergo, inito consilio, animo consternati, pari voto cleri et populi, illam parvam ecclesiolam que ibi erat vili scemate factam dccreverunt solo coequare, et meliorem majoremque lapidibus politis et lignis electissimis pro illa restituere.
24. — Que res cum omnibus placuisset, elegerunt artifices hujus operis peritos, qui singula loca monasterio adjacentia sagaci investigatione perlustrantes, quadratos lapides ferro politos huic operi aptos inquirere et monasterio deferri precepissent. Cumque diu perquirerent et taies lapides invenire non possent, artifices qui id negotii receperant ad monasterium rediere tristes. Cumque lugubri voce hoc fratribus retulissent, quibusdam, qui majores erant natu, in memoria occurrit de quadam mirabili maceria, que, in modum fani antiquissimi ineflfabili lapidum junctura in ioco eminentiori constructa, propter vanam hominum superstitionem, adhuc incolumis stabat et intacta. Cumque ad videndam maceriam presules et fratres necnon et artifices convenissent, quidam cultum ibi deorum, alii regalem aulam vel thalamum fuisse, in quo filia régis potentissimi, qui illam construxit quando erat jam nubilis, nobilissimo proco antiquitus juncta fuerat, referebant. Postes qui maceriam sustentabant marmorei erant quidam candidi coloris intertincti guttulis purpureis, alii vero purpurei coloris respersi maculis albis, ut varietas colorum intuentium corda insatiabili visu delectaret. Lapides vero quadrilateri, qui in commissura columpnarum et macerie desuper pendentes erant inserti, taies erant quales artifices summo desiderio requirebant. Quid plura ? Talis erat fabrica ut illam vel humano opère posse construi, vel humano ingenio posse dissolvi incredibile esset.
25. — Inito tamen consilio, consensu episcoporum et fratrum qui aderant ad hoc spectaculum, artifices et multi operatores, assumptis ferramentis, sursum ascenderunt maceriam, tesseras certatim summo conamine incidere ceperunt. Cumque tanti viri summis viribus per triduum incassum laborassent et nichil utile fecissent, unus artifex ceteris dixit : « O socii, satis videtis quia nostra membra stulto labore fatigamus, et hoc negotium, ut video, ultra vires sumpsimus. Isti lapides tenacissimo bitumiae conjuncti separari a se nequeunt, licet minutatim sine utilitate incidi possint. Nonne videtis quicquid per triduum incidistis in modum farine ad terram cecidisse ? » Ad hane vocem omnes qui aderant, facta desperacione, concussi pavore, redire domum sine uUo profectu decreverunt, quia lapides quibus delectabantur a junctura macerie cui semel inheserant, quasi quodam sacramento constricti, nec moveri poterant, nec avelli.
26. — Tune supradictus artifex, ductus amore sancti Maglorii, coram episcopis et monachis pene lacrimans fertur dixisse : « Q.uid prodest nobis diu lapides ad structuram templi idoneos quesisse, quesitos invenisse, et vacuos post laborem ad monasterium redire ? Tolerabilius utcumque nobis fuerat taies lapides non videre, quam, postquam vidimus, utilitatem aliquam inde ad monasterium non déferre. » Hiis dictis, ostendit eis unum postem mire magnitudinis, ceteris altiorem, super quem tocius fabrice maximum pondus incumbebat, et dixit : « Si quis ausus fuisset hune postem incidere (sed .videtis sine periculo hoc fieri non posse), tota moles macerie desuper pendentis sine mora rueret ad terram. » Cumque tante audacie nuUus consentiret (erat enim res valde periculosa, et certum erat, inciso lapide, maceriam ad terram cadere et incidentes minutatim confringere), flebiliter dixit :
27. — « Ut video, nullus vestrûm promptus est hoc periculum sponte subire. Cur memorie non occurrit quod unigenitus Dei FiUus, cum apud Patrem esset immortalis, impassi-
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
bilis, ductus Curitate pro nobis morti sponte se obtulit ? Et nos igitur, per illius exempla gradientes, cur timemus pro utilitate sanctorum cum Christo regnantium subire periculum, quos scimus veniam peccamiiium nobis posse suis precibus obtinere ? Idcirco, sanctum Maglorium unanimes invocate et vitam beatam post hujus evi labilem cursum mihi promittite, et ego, pro vestri utilitate mori non dubitans, fretus in nomine sancti Maglorii, postem incidam et maceriam solo tenus prosternam. » Ad hanc vocem cuncti qui aderant, obortis ubique lacrimis, uno animo qupd postulabat promiserunt. At ille, accepto ferramento, lacrimantibus cunctis, postem incidere cepit.
28. — Inciso autem poste cum summo conamine et magno sudore, tota congeries lapidum pendens desuper cum magno sonitu ad terram cecidit, et prefatum artificem, cunctis lugentibus, citissime prostravit. Quo prostrato, cuncti qui aderant, dolentes voce flebili, summa cum lestinacione lapides quibus opprimebatur amovere ceperunt, ut vel particulas minutas cadaveris possent extrahere et in monasterio lugubriter sepelire. Cumque in eo esset ut jam extrahi posset, ille, quasi a lectulo elevans, alloqutus est eos dicens : « O fratres, nolite ultra modum vexari. Ego enim, ex quo cecidi, manum sancti Maglorii inter me et lapides super meum verticem vidi, et ideo nuilum pondus, nullam sustinui lesionem. » Qlio dicto, susceptus illorum manibus, per pedes exiliens et incolumis, pro sui ereptione gratias agens, gaudentibus cunctis, ad monasterium remeavit, prestante Domino Jhesu Christo, cujus laus permanet in secula sempiterna. Amen.
(Ex vita S. Maglorii, ms. 1032 de la Bibl. de l'Arsenal, f. 58).