‹ Le Prieure royal de Saint-Magloire de LehonChapitre 18 sur 44 · MIRACLES OPÉRÉS PAR SAINT MAGLOIRE A LEHON AU RETOUR DE L'ILE DE SERK · texte numérisé non relu

MIRACLES OPÉRÉS PAR SAINT MAGLOIRE A LEHON AU RETOUR DE L'ILE DE SERK

A. GUÉRISON DE l'iNFIRME DE TOURS

Ce miracle prouve que le monastère de Lelion et le saint dont cette maison avait su s'approprier la dépouille, conquirent promptement une grande renommée non seulement en Bretagne, mais dans tout l'ouest de la Gaule-, puisque des habitants de Tours venaient, peu de temps après la translation, demander la guérison de leurs infirmités à saint Magloire en son sanctuaire de Lehon. Nous en donnons le récit d'après la traduction en vers français de Gefroi des Nés.

Un habitant du pays de Tours avait un fils tellement infirme de naissance Qiie piez et cuisses, par derrière.

Au dos ensemble joinz li furent,

et que jamais il n'avait pu marcher. Le père du malheureux résolut de demander au Ciel la guérison de son fils. Il porta d'abord l'infirme au tombeau de saint Martin, puis à saint Hilaire de Poitiers et à maint autre sanctuaire ; mais n'ayant pas été exaucé, il revint h l'église de saint Martin. Il dépose l'infortuné devant l'autel du saint, et lui même s'endort. Pendant son sommeil, saint Martin lui apparaît et lui dit :

« Hé hé ! fol home,

Pourcoi m'apeles ne me cries ?

Pourcoi m'excites ne me pries Pour donner à ton fil santé, QjLÙ céenz gist en orienté ?

Prens ton chemin droit en Bretaigne Et va t'en, ne d'aler te faignes Jusqu'à tant qu'à l'église viegnes De saint Magloire proprement.

A son réveil, le père s'empresse de raconter sa vision à l'évéque et au clergé de Tours qui l'engagent à obéir à saint Martin. Il se fait accompagner de quelques parents pour lui aider à porter l'infirme, et sans connaître le chemin, ils se mettent en route pour Lehon où ils arrivent après un voyage tout providentiel. L'abbé et les religieux de saint Magloire accueillent avec bonté les dévots pèlerins, et leur permettent de déposer dans l'église du monastère, le pauvre

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

malade, devant la châsse du saint. C'était le mardi des Rogations. Après le chant des litanies et des oraisons, l'abbé célèbre la messe ; voilà que tout-à-coup, au moment même de la consécration,.

Les piez, les jambes ensement

Du malade angoisseusement

Si fort à trembler commencièrent

Que toutes genz s'en merveillèrent.

Et pou à pou cuisses ensamble

L'une de l'autre se dessamble.

Les cuisses qui çà en arrière

Jointes au dos furent derrière

Pou à pou si se départirent

Que tous ceus qui là furent virent,

Qui delà furent et deçà,

Que li malades se dreça...

Qu'en haut crioit : « Hé, saint Magloire,

Aiez, sire, de moi mémoire !

Secourz moi, sire Jhesu Crist !... »

Ainsi miraculeusement raccommodé, le jeune homme se lève et se met aussitôt à marcher, à la grande joie de ses parents et des moines. Sa guérison fut si complète, que dès le lendemain il put suivre à pied, la troisième procession des Rogations. Les religieux, après l'avoir gardé trois ans au monastère, lui conseillèrent de retourner dans son pays. Il fit le voyage de Lehon à Tours, à pied. A son arrivée, le clergé et le peuple de Tours allèrent à sa rencontre ; on sonna les cloches et on chanta le Te TDeiim dans l'église de saint Martin, en reconnaissance de cette éclatante guérison.

B. RÉSURRECTION d'uN SERVITEUR DU MONASTERE

Le chapitre X des miracles de saint Magloire, nous représente une famille de colons établis sur les terres du monastère de Lehon (ex accolis ecclesiœ ipsiiis confessoris) ; le père se nomme Tanetloguen, la mère Habrethlogiien, le fils Doithloguen. Tanet veut dire enflammé ; doith ou doeth signifie sage ; logiien a le sens de joyeux. Le fils Doithloguen fut, dès l'âge de neuf ans offert à l'église de saint Magloire, en qualité de supplex ou suppliant, par ses parents qui en même temps déposèrent sur l'autel, des cierges et quelques menus dons. Doithloguen fut voué ainsi pour toute sa vie au service du monastère ; le jour, il gardait la porte de l'église ; la nuit, il devait faire un service de surveillance autour des bâtiments de l'abbaye {circa officinalia monachorum diversoria).

A vingt ans il eut une grave maladie, on le crut mort, on l'ensevelit, on présenta son

corps devant le tombeau de saint Magloire (ante heati viri sepuJchriuu). Au moment où on allait l'inhumer, ceux qui portaient le cercueil sur leurs épaules {qui ipsum âeferelmnt himieris), le sentant osciller et flotter en quelque sorte (fluctuari), s'effrayèrent et le déposèrent sur le sol. La bière ne devait pas être couverte, car la foule des assistants put voir, stupéfiiite, le mort se débarrasser des trois enveloppes dont on l'avait enclos pour le mettre en terre, et que notre texte appelle cilicium, Uiiteiun, sudariiun. Il déchira (dissolvil) les deux premières, écarta (i-emovit) la troisième qui couvrait sa tête, et sauta hors du cercueil frais et dispos, pour la plus grande gloire du saint, à qui la pauvre mère de Doitliloguen, échevelée, affolée, avait demandé avec des larmes de feu et des élans de désespoir, la vie de son fils (i).

Ce miracle offre, on le voit, de curieux renseignements sur certains points des pratiques funéraires bretonnes, au IX^-' siècle, et des usages du monastère de Lehon,

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