LEHON DEPUIS L ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE IO
exposée à l'autel de Notre-Dame dans l'église paroissiale de Saint- Hilaire d'Orléans. A Lelion surtout, le tombeau du Pére Mars était l'objet de la vénération des fidèles qui y venaient par milliers, et où Dieu se plaisait à manifester par de fréquents miracles, la sainteté du bienheureux défunt.
Témoins de ces prodiges, les religieux de la Société de Bretagne présentèrent, le 4 Avril 1625, à Monseigneur Guillaume le Gouverneur, évêque de Saint-Malo, une requête pour le supplier de faire des informations sur la sainteté de la vie du Pére Mars et sur les miracles qui s'opéraient par son intercession. L'évéque s'empressa de se rendre à leur désir. Sur le refus du Sénéchal de Dinan, il chargea, le 12 Mai, de procéder à cette information, le recteur de Saint-Sauveur de Dinan, par la lettre suivante : « Monsieur de (c S. Sauveur. Sur la requête que m'a faite le R. P. Prieur de Lehon, (c de la difficulté que font M. le Sénéchal et M. Becheu, de travailler (( aux informations qu'ils désirent faire touchant le B. P. Mars, je (c trouve bon qu'y entendiez, prenant un ajoint capable, et y appor- (( tant la discussion requise en fait si grand et important. Au surplus (( je n'entends qu'en particuHer, chacun ne puisse faire ses dévotions (C à Lehon, comme ils ont accoutumé. » En Novembre de la même année, Dom Bernard Pichon, Prieur de Lehon, fit le voyage d'Orléans et y recueillit devant notaires, des attestations juridiques de personnes qui avaient connu le Pére Mars dans son enfance.
(i) Dom Lobineau : La Vie des SS. de Bret.
lOé LE PRIEURÉ ROYAL DE SAINT-MAGLOIRE DE LEHON
Le roi Louis XIII lui-même, s'intéressa à cette affaire. Il en écrivit à son ambassadeur à Rome et lui recommanda avec instances, de faire introduire la cause de canonisation du Pére Noël Mars. Le pape Urbain VIII consentit qu'il fût procédé à sa béatification et à sa canonisation, par les voies ordinaires. Le Pére Guillotin se rendit à Rome, étudia la procédure à employer et rapporta en Bretagne d'amples mémoires sur ce sujet. Mais on s'occupa tellement de l'union avec la Congrégation de Saint-Maur, qu'on oublia peu à peu ce qui regardait le Pére Mars ; la cause de canonisation se trouva ainsi délaissée. Toutefois Dom Hugues Ménard donne au Pére Mars, le surnom de Bienhctireux, dans son 3\{artyroIoge bénédictin ; le Pére Symphorien Guyon de l'oratoire, dans son histoire des Evéques d'Orléans, et Monseigneur André du Saussay, dans son Martyrologe de France, le regardent aussi comme un Saint. Nous avons également vu que Messire Guillaume le Gouverneur, évéque de Saint-Malo, prélat recommandable par ses vertus, donnait aussi le titre de Bienheureux au Pére Mars et ne désapprouvait pas la confiance que l'on avait en son intercession. Le peuple aimait à le désigner sous le nom du Bon Père Mars.
Que sont devenues les reliques du vénérable réformateur des bénédictins de la Congrégation de Bretagne ? Dom Lobineau raconte à ce sujet, l'histoire assez étonnante que voici : Dix-huit mois après la mort du Pére, un frère convers, sans en parler à personne, eut la
(i) Voir la Note XVII, à la fin du vol.
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curiosité indiscrète d'ouvrir sa tombe, pour voir en quel état se trouvait le corps du détunt. Il était persuadé que les corps des saints ne subissent point la pourriture du tombeau. Son attente ne fut pas
trompée. II trouva le corps du Père, sans aucune corruption et n'exhalant aucune mauvaise odeur. Vite, il s'empresse d'annoncer cette merveille aux autres religieux ; la communauté se réunit à l'église, et tous peuvent constater de leurs yeux, que le corps est parfaitement conservé et que la robe monacale qui enveloppe le défunt est également intacte. Le Père Minot, capucin du couvent de Dinan, écrivait au frère du Père Mars, le i^^' Juin 161 5, qu'on pliait
avec autant de facilité les membres du mort, après dix-huit mois de sépulture, qu'on aurait plié ceux d'un homme vivant. Cette conservation du corps était d'autant plus surprenante, que les religieux trouvèrent entièrement consommé au bout de trois mois, le corps d'un autre religieux enterré auprès du Père Mars, dans un endroit cependant beaucoup moins humide.
Après cette découverte, la foule des pèlerins accourut plus nombreuse encore au saint tombeau. Les religieux craignant qu'il ne se trouvât dans cette foule, quelque ravisseur qui leur enlevât ce précieux dépôt, comme leurs pères avaient jadis dérobé le corps de Saint Magloire, se résolurent à brûler le corps dans la chaux vive. Ils recueillirent ensuite avec soin, les ossements qui avaient résisté à l'action de la chaux, ils les placèrent dans une châsse de plomb donnée à cet effet, par Monsieur de Châteauneuf, le pieux ami du Père, et les remirent sous la même tombe qui avait recouvert précédemment le corps entier.
Les ossements et la châsse de plomb sont-ils encore actuellement dans l'EgKse ? Il n'est guère probable. Si en effet, à l'époque de l'abandon du prieuré par les religieux, en 1767, les restes du Père Mars ne furent pas transportés à Marmoutier, il y a tout lieu de penser que la Révolution aura ouvert le tombeau, et jeté çà et là sans respect, les ossements, pour s'emparer de la châsse de plomb. Car il est difficile d'ajouter foi au récit, qu'il y a de longues années
(i) Dom Lobineau : La Vie des SS. de Bret.
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déjà, on vint dérober secrètement, pendant la nuit, et emporter dans deux barils, des ossements humains déterrés dans l'antique chapelle. Puissent les fouilles, au moment du dallage de l'église, amener la découverte des reliques vénérées du Pére ! Ce serait un véritable trésor pour Lehon.
La mort du bon Pére Mars fut pour les religieux de Lehon une perte sensible ; ils perdaient en lui un guide sûr et éclairé, un supérieur dévoué de cœur et d'âme à la réforme. Il faisait lire tous les jours, la sainte régie au chapitre, et pour en rendre la lecture utile, il faisait dessus des observations, qu'il mettait par écrit, pour en développer le sens, et en recommander la pratique. La retraite et le silence étaient ce qu'il recommandait le plus. De son côté il ne parlait précisément que dans les occasions d'une nécessité absolue, et se dérobait souvent, même à ses confrères, par de longues retraites où il n'avait commerce qu'avec Dieu. Cet esprit de solitude et de régularité ne le rendait point dur à ses religieux ; il les aimait avec toute la tendresse qu'une mére a pour ses enfants, et pour peu d'attachement sincère qu'il leur vît à leur devoir, il n'y avait rien de raisonnable qu'il ne fût toujours disposé à leur accorder ; il souffrait quand il les voyait souffrir, et il n'a jamais craint de s'exposer lui-même, quand il s'agissait de les soulager et de les consoler. Cette mort fut donc un rude coup pour la jeune communauté. Toutefois, dans cette douloureuse circonstance, les enfants du saint réformateur ne se désespérèrent point ; mais confiants dans la Pro-
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vidence, au milieu même de leur affliction, ils poursuivirent courageusement leur sainte entreprise. Le Père Isaïe Jaunay, supérieur général de la Congrégation de France, resta leur ami fidèle. Dévoué à la réforme dont il n'avait cependant pas pris l'habit, son grand bonheur était de venir à Lehon, visiter ses chers enfants et de vivre parmi eux le plus longtemps qu'il lui était possible. Lorsqu'il était avec eux, il ne croyait pas abaisser sa dignité de général, d'exercer les plus humbles emplois et de les servir lui-même au réfectoire. Il exprime combien son absence de Lehon lui était sensible, dans une lettre qu'il écrivait au Père Noël Mars, le 30 Août 1604 : ce... Il faut (( attendre la volonté de notre bon Dieu ; je suis bien exténué par (( un si gros fardeau d'affaires, joint les traverses qu'on me fait de (( tous côtés ; et le plus grand de mes regrets est que je ne puis (c être sitôt à vous comme je l'avais délibéré ; néanmoins je ban- (( deray toutes mes forces pour que je vous puisse voir dans un (( mois, et vous méneray quelque bon frère tel qu'il vous le faudra (( là, avec un serviteur que j'ai retenu. Cependant, conservez-vous (( et achevez toujours les affaires de notre rétormation ; accom- (( modez les cellules pour notre retraite, le mieux que vous pource rez. )) Il avait lui-même renouvelé ses vœux entre les mains du Père Stample, le 10 Août 1603. Après la mort du Père Noël Mars, son affection pour les religieux de Lehon augmenta pour
(1) Quel était cet habit ?... Les gens du pays désignent encore aujourd'hui les religieux de Lehon, sous le nom de moines rouges. Avaient-ils un camail rouge au Chœur ?...
(2) Dom Martène.
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ainsi dire encore, il les consola avec tendresse dans leur affliction et promit de les défendre et de les favoriser en tout ce qu'il pourrait.
Les religieux nommèrent, pour succéder au Pére Mars, dans la charge de prieur, le Pére Stample. Ils ne pouvaient mieux choisir. Aucun autre en effet ne possédait davantage l'esprit de la réforme et n'avait pénétré plus avant dans les pensées intimes du Pére Mars dont il était le confesseur. Le nouveau prieur était un véritable religieux, humble, simple, plein d'amour et de charité envers ses frères et surtout grand observateur de la régularité.
Sous l'impulsion de la grâce et la sage direction de ses supérieurs, la petite communauté de Lehon, pleine d'une sève toute divine, grandissait rapidement ; sa réputation de sainteté s'étendait non seulement en Bretagne, mais au-delà. Plusieurs monastères bénédictins, désireux d'introduire chez eux une réforme si bien commencée, venaient déjà lui demander des religieux retrempés dans la ferveur de l'esprit monastique. Les novices affluaient au prieuré de Saint Magloire. Dans une seule année, on compte jusqu'à seize jeunes gens qui vinrent y demander l'habit de la religion. Ce n'était cependant pas certes, l'amour du bien-être ou des richesses qui les attirait. Les bons pères étaient pauvres, si pauvres même, que pour subvenir à leurs besoins, ils étaient contraints de travailler, depuis tierce jusqu'à la grand'messe, et depuis le dîner, jusqu'aux vêpres. Leur nourriture laissait beaucoup à désirer ; ils n'avaient même pas le moyen d'avoir ni vin ni cidre, et ils en étaient réduits à ne boire
que (c de la ptisane faite de houblon. » Mais l'amour de la perfection religieuse et la volonté de poursuivre leur sainte réforme, les faisait endurer patiemment toutes ces privations.
Parmi les novices de marque qui vinrent en ce temps-là, prendre l'habit de la réforme au prieuré de Saint Magloire, il convient de citer le Pére Jean Guyen et son neveu Frère Julien le Roy. Jean Guyen était un prêtre sécuher de Redon, d'une grande piété, très humble et très obéissant. Le Pére provincial de Tourainé l'avait prié d'aller à Lantenac, occuper cette abbaye privée de religieux depuis quarante-cinq ans. Heureux d'être utile, il s'y rendit avec son neveu en 1605, et sans être religieux, ils s'efforcèrent d'y vivre selon la règle de Saint Benoit, dont le Père Jaunay leur avait confié un exemplaire, lors de leur départ. Pendant cinq ans, ils y vécurent en vrais bénédictins, et Dieu les récompensa de leur fidélité, par la vocation religieuse. En 1610, l'oncle et le neveu vinrent faire leur noviciat à Lehon ; Lantenac passa ainsi tout naturellement entre les mains des pères de la réforme qui en prirent possession la même année. Le Pére Julien le Roy devint plus tard prieur de Lantenac. Quant au Père Guyen, il occupa durant plusieurs années, de 1614 à 161 7, la charge de prieur de Lehon ; il fut ensuite prieur au Tronchet, de 1618 à 1620. Il avait été de 161 5 à 161 7, vicairegénéral de l'ordre; il mourut à la Chaume en 1621. A l'exemple de plusieurs saints, il fut souvent tourmenté par le démon. Mais
(i) Récit véritable...