LEHON DEPUIS LOIIIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE
Dieu le consolait par sa grâce et par le don des miracles. On raconte que tirant un jour de l'eau au puits du monastère, la chaîne de fer se rompit et le seau tomba jusqu'au fond ; le père descendit l'autre bout de la chaîne dans l'eau, et les deux bouts se rejoignirent tout-à-coup, en sorte qu'il put retirer du puits sans difficulté, le seau d'eau ainsi miraculeusement repêché. On dit encore qu'étant entré à l'égUse, une nuit, pour y faire ses prières, le diable lui apparut, et pour l'empêcher de Hre dans son livre, souffla en ricanant, la lumière de sa lanterne Dans sa dernière maladie, alors que l'on n'attendait plus que son dernier soupir, il commença subitement à tressaillir et à faire des signes de ses deux mains, qu'il ne pouvait remuer auparavant. Il était comme en extase, et son visage exprimait une joie extraordinaire. Le lendemain, il se confessa au Père Dom Félix Pasquier et lui révéla que le Père Noël Mars lui était apparu et était demeuré près de lui, pendant une demi-heure. Il vécut encore dix-huit jours, et quand on voulait lui parler de cette apparition, il se frappait la poitrine en disant : ce Je ne suis qu'un pécheur, indigne des faveurs de Dieu ». Au catalogue des religieux de la Société de Bretagne, il est dit de lui : (( Domnus Johannes Guyen, vir mirœ simplicitatis et humilitatis, claruit miraculis et revelationihus, cujus mors Juit pretiosa ante Dominum » .
(1) Récit véritable...
(2) Dom Martène...
La renommée de sainteté des Pérès de Lehon, vola jusqu'à leur ancienne abbaye de Marmoutier. Sébastien de Galigaï, florentin de naissance et aumônier de la reine Marie de Médicis, qui en était abbé, résolut d'appeler dans son monastère, les Pérès de la Société de Bretagne, pour y faire revivre l'esprit de saint Benoit. Il en était grand besoin : les religieux s'absentaient de l'office divin, sortaient du monastère sans permission, se revêtaient d'habits mondains, allaient à la chasse et prenaient des leçons d'armes, plusieurs d'entre eux ne craignaient même pas de dire qu'ils ne connaissaient pas la règle de saint Benoit. Un concordat fut conclu avec les Pères de Lehon, dont le principal article fut que les offices et les bénéfices claustraux seraient réunis à la mense conventuelle, à mesure qu'ils viendraient à vaquer par la mort de ceux qui en étaient titulaires ; il fut également convenu que les pères de la Réforme auraient seuls le droit de recevoir des novices. Douze religieux de Lehon se rendirent très joyeusement à son appel, en l'année 1615. Mais l'abbé avait compté sans ses moines. Opposés à la réforme, ils refusèrent de s'unir aux nouveaux venus et les empêchèrent même de s'établir dans l'abbaye ; bien plus, pour faire pièce à leur abbé, ils cherchèrent partout des enfants, et donnèrent malgré lui, l'habit à neuf d'entre eux. Les Pères de la Réforme ainsi rebutés, allèrent s'installer provisoirement à Rougemont, ancien logis des abbés de Marmoutier, et se virent réduits à célébrer l'office divin, dans l'étroite chapelle de cette habitation. Leur patience ne put désarmer la colère des moines
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de Marmoutier. Un jour que la petite communauté de Rougemont était sortie faire sa promenade hebdomadaire, les anciens religieux, profitant de leur absence, firent irruption dans la maison, en chassèrent le Frère convers qui y était resté seul et en défendirent par la force, l'entrée aux Pères, à leur retour de la campagne. Devant cette opiniâtreté, l'abbé renonça à son projet de réforme et les Pères de la Société s'en retournèrent au prieuré de Lehon
La même année 1615, un essai d'union avec les Pères Anglais du couvent de Saint-Malo, ne fut pas plus heureux. Le Père Dom Gabriel de Sainte-Marie^ depuis archevêque de Reims, en avait écrit au Prieur de Lehon. Mais les moines de Saint-Malo, aimant un peu trop le confortable, en bons Anglais qu'ils étaient, ne purent s'accommoder des austérités qu'on voulut leur imposer, de sorte que la réforme ne put aussi s'implanter chez eux.
Elle s'établit du moins avec un plein succès, à l'abbaye de Landévenec. M. Briant, archidiacre de Quimper et abbé de ce monastère, désirait depuis longtemps y introduire la réforme. Dans ce but, il avait fait venir quelques Pères de Saint-Germain-des-Prés ; mais ceux-ci désirant s'unir à la Congrégation de Lorraine, la fusion ne put avoir Heu. Les religieux de Landévenec estimèrent que la maison-mère était trop éloignée, et persuadèrent à leur abbé de demander des Pères de la Société de Bretagne. M. Briant accéda à leur désir ; il envoya donc à Lehon, un agent spécial avec le Père
(r) Récit véritable... — Hist. de Mar. passim.
Il6 LE PRIEURÉ ROYAL DE SAINT-MAGLOIRE DE LEHON
Adrien Barizel, prieur de Landévenec, pour négocier cette affaire. Leur mission réussit à merveille ; ils eurent même la bonne fortune d'emmener comme prieur, le R. P. Stample, l'une des gloires de Lehon, le compatriote et le confident du P. Noël Mars de mémoire à jamais bénie. Le nouvel essaim prit possession de la ruche bénédictine de Landévenec, au mois de Septembre de la même année 1616
Moins de deux ans après, en Avril 161 8, l'abbaye de la Chaume, près de Machecoul, s'adressa à Lehon, comme à une source féconde, pour y puiser à son tour, une nouvelle vie religieuse. Cette maison avait alors pour abbé, le cardinal de Retz, et pour prieur, le Père Jean Charbonneau. Ce religieux, d'abord valet de chambre de Monsieur de Gondi, prédécesseur du cardinal, avait toute la confiance de son maître qui lui avait confié en ce temps-là, l'administration des biens temporels de l'abbaye. Homme de foi et de piété, il avait su tirer parti de sa présence au milieu des religieux, pour s'instruire, et il avait fini par se faire religieux lui-même. M. de Gondi, témoin des grandes qualités de son ancien homme d'affaires, et sûr de son dévouement, lui confia également la direction spirituelle de l'abbaye dont il l'avait fait élire prieur, en 1608. Ce fut d'un commun accord qu'ils introduisirent la réforme à la Chaume. Les religieux bien disposés, l'acceptèrent et elle y prospéra
(1) Récit véritable..
(2) Récit véritable..,
LEHON DEPUIS l'oRIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE
Le 3 Juin 16 18, les Pères de la Société tinrent leur chapitre général à Lehon, berceau toujours aimé de la jeune famille religieuse. On y décida d'envoyer aux Universités et aux collèges du dehors, les jeunes religieux les plus capables, pour y suivre des cours complets et prendre des grades en philosophie, en théologie et en droit canon. En vertu de ce règlement, on en envoya, la même année, deux à Paris, deux à Quimper et cinq à Rennes, et peu après six cà la Flèche. Quelques années ensuite, on installa à Lehon un cours de philosophie, pour les jeunes religieux de la Société
Une nouvelle fondation semblait encore se préparer; cette fois il s'agissait de pénétrer au cœur même de l'ordre bénédictin, en introduisant la réforme dans l'antique abbaye de Saint-Convoion. Monseigneur Artus d'Espinay, évêque de Marseille, abbé de Redon, écrivit à Lehon des lettres fort pressantes, souscrites par ses religieux, pour demander des Pères de la Société. Les Pères Meneust et Charbonneau, qui se rendaient au chapitre général de la Réole, reçurent ordre de passer par Redon et d'y traiter avec les religieux, des conditions de leur réunion à la Société. Un concordat fut conclu le 17 août 161 8. On y ajouta, d'un commun accord, le 5 octobre suivant, quelques articles dont l'acceptation fut signée par tous les religieux de Redon, sauf deux. Le Grand-Prieur se démit volontairement de son office, en faveur des Pères de la réforme, et
(i) Hist. de Mar.
Il8 LE PRIEURÉ ROYAL DE SAINT-MAGLOIRE DE LEHON
l'on procéda aussitôt à l'élection de son successeur. Le Pére Jean Charbonneau fut élu prieur, à l'unanimité et il prit immédiatement possession de Redon, ainsi que les huit religieux qu'il avait amenés avec lui de Lehon
Il faut bien croire que les moines de Redon n'avaient pas été sincères en demandant la réforme, et qu'ils la subissaient à contre cœur, car au bout de quelques semaines seulement, ils se révoltèrent contre les pieux réformateurs et se livrèrent contre eux aux plus odieuses persécutions. Trois moines, Rado, Verdeau et Claude de Bruc se distinguèrent par leur hostilité et se mirent à la tête de la révolte. Claude de Bruc, homme ambitieux au suprême degré, se montra le pire de tous. Leur haine devint si violente, qu'ils passèrent des injures aux menaces et aux coups, et rien ne pouvant vaincre la constance des disciples du Père Mars, ils les empoisonnèrent tous les huit, ainsi que leur prieur, en 1620. On ne peut hélas ! douter de ce tragique événement, dont l'auteur qui le raconte dit avoir vu de ses yeux, à l'abbaye de Redon, l'original des procès verbaux Le P. Jean Charbonneau fut inhumé dans l'église de Redon, devant la chapelle de Notre-Dame-du-Puits. Les neuf martyrs prièrent pour leurs bourreaux en paradis, et obtinrent leur conversion ; on n'en peut douter, car le Père Noël Mars, neveu du saint réformateur, qui écrit vingt-sept ans après ces morts violentes.
(1) Récit véritalle... — Hist. de Mar.
(2) Récit véritable...
LEHON DEPUIS l'oRIGINE DE LA SOCIETE DE BRETAGNE
dit qu'il n'y a pas dans toute la province, de monastère plus régulier et plus édifiant que celui de Redon.
Les œuvres de Dieu, on le voit, sont toujours fondées sur le sacrifice, et la souffrance ne cessera jamais d'en être la meilleure fécondation. La jeune Société continua d'en faire l'expérience. Le Pére Jaunay était mort, le 23 octobre 161 9, plein d'œuvres et de mérites ; sa mort avait enlevé à la Société de Bretagne un puissant appui. Frère Claude de Bruc qui s'était fait élire, par ses intrigues. Provincial de Touraine, en profita pour persécuter à l'aise la jeune Société. En vam le chapitre général, réuni à Lehon, le 26 septembre 161 8, avait nommé le Père François Stample, Supérieur visiteur de tous les réformés, avec les mêmes pouvoirs que le général et les provinciaux de l'Ordre. Frère de Bruc prétendit réunir sous son autorité, la Société nouvelle. Pour en finir d'un coup, avec ces tyranniques chicanes et bien mettre au net leur situation, les Pères de la Société de Bretagne se décidèrent de demander au Pape, l'érection de leur Société, en nouvelle congrégation, semblable à celle du Mont- Cassin et de Lorraine. Mais l'èvêque de Marseille, leur protecteur, étant mort dans ce même temps, la requête signée de tous les reHgieux et qui devait être présentée au Pape Paul V, resta sans effet. Frère de Bruc recommença de plus bel, à molester les pères ; ceuxci s'adressèrent au Parlement de Bretagne qui rendit cinq arrêts en leur faveur, et les mit sous la protection du roi et de la cour. Le Provincial de Touraine ne se tint pas pour battu et continua ses
vexations. Les pères, qui voulaient à tout prix la paix, renouvelèrent leur résolution de demander à Rome l'érection de leur Société en Congrégation. Deux religieux partirent pour Rome, au commencement de 1622, pour postuler des bulles; mais en passant par Paris, ils reçurent conseil du Père Ange Nallet, religieux des Blancs- Manteaux, de s'allier à la Congrégation de Saint-Maur, récemment établie en France, et dont la réputation ne laissait rien à désirer. Ils firent part de cette pensée, à leurs supérieurs qui furent aussi de cet avis et qui leur écrivirent de ne pas continuer leur voyage. Sans perdre de temps, ils demandèrent à la Congrégation gallicane et au roi, la permission de s'unir à la Congrégation de Saint-Maur ; ces permissions leur furent accordées. Ils s'empressèrent aussitôt d'instruire de leur dessein, les religieux de Saint-Maur et députèrent à leur chapitre général qui se tenait à Corbie, les Pères Stample et Guynard, pour traiter la question. Les Pères de Saint-Maur nommèrent les Pères Dom Colombeau Renier et Dom André Bétoulant pour visiter les monastères de la Société de Bretagne, et remirent à deux ans de là, la solution de l'affaire que l'on déciderait au chapitre général qui devait se tenir à Jumièges
Furieux de voir ses plans menacés. Frère de Bruc redoubla de colère et de haine contre les réformés. Dans cette extrémité, les Pères de Lehon eurent recours au cardinal de la Rochefoucault, chargé par le Pape et par le Roi, de la réforme des religieux de
(i) Récit véritable... — Hist. de Mar.
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France. Le cardinal écouta favorablement leurs plaintes. Il fit comparaître l'incorrigible Claude de Bruc, pour rendre compte de sa conduite, et le condamna. Cette sentence fut confirmée, le 9 Mai 1623, par arrêt du Conseil Privé, et défense fut faite aux généraux et aux provinciaux, de prétendre désormais, à aucune juridiction sur les Réformés.
L'an 1624 étant arrivé, les Pérès de la Société n'oublièrent point le rendez-vous promis à Jumiéges. Réunis en assemblée générale à Lehon, le 22 Août, ils députèrent deux des leurs pour les représenter au Chapitre des religieux de Saint-Maur. Les deux pères furent reçus avec honneur et cordialité, mais on leur déclara que l'union projetée était impossible.
Les pauvres Pères de la Société ne perdirent pas courage. Décidés à se maintenir dans la réforme, ils en écrivirent au roi. Louis XIII, plein de sympathie pour l'antique prieuré royal de Lehon, leur octroya en Septembre 1625, des lettres patentes par lesquelles il approuvait dans son royaume, la Société de Bretagne, la dé-
clarait indépendante et lui donnait le Cardinal de Richelieu pour protecteur.
Malgré ces difficultés, la Société de Bretagne prenait de l'accroissement, et la vie parfaite de ses religieux faisait l'admiration de tous. Les évéques de France l'avaient en si haute estime, qu'ayant déclaré en assemblée générale du clergé, tenue à Paris en 1625, que toutes les congrégations seraient désormais soumises à la juridiction épiscopale, ils ne firent d'exception que pour Sainte-Geneviève, Chaise- Benoit, Saint-Maur et les monastères réformés de Bretagne. Dans ce même temps. Monsieur de la Cour, abbé de Saint-Melaine de Rennes, présenta une requête au Nonce Apostolique, pour mettre les Pères de la Réforme dans son abbaye. Un concordat fut signé le 10 Mai 1625 ; il n'eut pas de suite, car les Pères de Saint-Melaine, peu désireux de la réforme sévère des religieux de Bretagne, se donnèrent à la Congrégation de Saint-Maur. L'évêque de Rennes, Mg^ Cornuher en fut très affligé ; aussi, pour se dédommager, il appela les Pères de Lehon dans son abbaye de Saint-Méen. Le R. Père "Bernard Pichon prieur de Lehon, l'un des premiers compa-
(i) 1(ècit véritable... — Hist. de Mar. — Les Lettres patentes du roi autorisant la formation de la Société de Bretagne furent données à Fontainebleau, en Septembre 1625. Sa Majesté permet aux monastères de Redon, Lehon, le Tronchet, Landévenec, la Chaume et Lanténac « desjà unis, de vivre à l'advenir en parti- « cuUière congrégation soubz le nom de la Congrégation de Bretagne, de laquelle sera protecteur nostre très « cher et féal cousin le cardinal de Richelieu, en attendant une entière réformation de tout l'Ordre de Saint- « Benoist, leur octroyant à cette fin pouvoir d'assembler chappitres généraulz etc. et d'agréger d'autres « monastères à ladite Congrégation.... »
(Archives Nationales V 5. 1230. Régistre original d'enrégistrement du Grand Conseil ; fol. 96 V°.
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gnons du Père Noël Mars, fut même nommé prieur de Saint-Méen, le 12 Novembre 1626. Mais l'arrangement définitif n'ayant pu s'établir, le Père ne prit point possession de Saint-Méen et rentra à Lehon. Ces pourparlers qui avaient traîné en longueur, furent cause que la Société de Bretagne ne put s'établir à Pontlevoy que lui offrait le Cardinal de Richelieu, et qu'elle refusa aussi Saint-Jacut où l'appelait M. de Francheville qui en était abbé. Les religieux de Saint-Jacut étaient alors dans une situation très fausse ; ils s'étaient retirés de la Congrégation Gallicane, et le pape n'ayant pas approuvé leur Société, ils se trouvaient isolés de toute famille religieuse et ne recevaient plus de novices.
Nous avons dit que le roi Louis XIII avait approuvé la Société de Bretagne, en 1625 ; mais à cette approbation il fallait la sanction de Rome. Pour obtenir l'érection de leur Société en Congrégation, les Pères de Bretagne écrivirent une requête à Sa Sainteté, signée d'eux tous, et députèrent à Rome Dom Estienne Guillotin et Dom Odilon Symonneau, pour traiter cette grave affaire. Les deux envoyés s'étaient munis d'une lettre de recommandation du roi de France, à son ambassadeur et d'une attestation authentique de leur vie édifiante, signée par tous les évêques de Bretagne, par tous les supérieurs de la ville de Rennes et par quatre des plus fameux docteurs de l'Université de Paris. Le pape accueillit les deux religieux bretons avec bonté, et confia l'examen de l'affaire, à la Congrégation des Réguliers. On loua leur
intention, mais on ne put faire droit à leur demande ; on leur répondit avec sagesse, qu'il ne convenait pas de multiplier ainsi les Congrégations et on les engagea à s'unir à la Congrégation de Saint- Maur. Les députés consentirent à cette proposition qui mettait fin à tout embarras. De son côté, le Souverain Pontife daigna par un Bref, en date du 8 Novembre 1627, notifier cet arrangement au Cardinal de Bérulle et à son Nonce Apostolique en France, les chargeant d'en surveiller l'exécution. Dans cette lettre le Pape rend un témoignage précieux de la sainte vie des religieux de Lehon et de leur amour de la stricte observance : ce... in régula et constitutiomnn hiijiismodi observantiam vitœque sanctimoniam adeo profecerint.... ))
Pour se conformer à cet ordre, les Pérès de la Société de Bretagne donnèrent procuration au R. P. Bernard Piclion, prieur de Redon et à Dom Estienne Guillotin, pour traiter des conditions de cette union ; les Pérès de Saint-Maur déléguèrent également à cet effet le R. P. Tesnier, prieur de Jumiéges et le Pére Dom Ange Nallet, prieur des Blancs-Manteaux. Les quatre délégués se réunirent à Paris au Couvent des Pères Carmes, où ils convinrent d'un arrangement dont les articles furent signés au collège de Cluny, le 1 7 Juillet 1628. Les principales clauses furent celles-ci : les monastères de Lehon, Redon, Le Tronchet, Landévenec et la Chaume deve-
(1) Voir la Note XYIIf, à la fin du voL
(2) Récit véritable...
LEHON DEPUIS l'oRIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE
naient la propriété des Pérès de Saint-Maur ; Lanténac était réservé pour la résidence des Pérès qui ne pourraient pas suivre la régie, et auxquels on donna pour supérieur Dom Aubin de Saint-Per ; les Pérès de la Société de Bretagne se démettraient tous de leurs charges et feraient une année de probation. Toutes ces conditions approuvées du Cardinal de Bérulle et du Nonce Apostolique, furent ratifiées au Chapitre Général de la Congrégation de Saint-Maur, le 28 Septembre 1628. Le R. P. Dom Thomas Baudry fut élu prieur de Redon et visiteur de la Province de Bretagne. Le nouveau supérieur s'empressa de prendre possession de Redon, dés le 16 Octobre. 11 vint ensuite visiter le prieuré de Lehon à la tête duquel il plaça Dom Benoit Laurans, à la place de TJom Giks Denis qui s'était démis de sa charge, selon la convention acceptée ; il fit une très belle exhortation aux religieux, sur l'utilité de l'union des deux Congrégations, et se rendit de là au Tronchet. Le Pére Dom François Stample, Supérieur Général de la Société, s'était également empressé de résigner sa charge. Il ne craignit point de se trop rabaisser, après avoir commandé pendant tant d'années, de se soumettre à tous les exercicos du noviciat. C'était sans doute un beau spectacle de voir un saint vieillard avec des enfants^, et devenu enfant avec eux. Le Ciel couronna ses mérites en l'abbaye de la Trinité de Vendôme, où il mourut en 1630.
(1) Récit véritable...
(2) Hist, de Mar. — %écit véritable.
Ainsi finit la Société de Bretagne, fondée par le Rév. Pére Noël Mars à Lehon, en 1604. Elle vécut peu de temps, il est vrai ; assez cependant pour emporter dans sa tombe, une gloire justement méritée de sainteté et de mâle vigueur monastique, et laissant à Lehon un parfum de ferveur et de pureté dont la suave odeur ne cessa d'embaumer le prieuré de Saint Magloire, jusqu'aux derniers jours de son existence.
Pendant ces années de fondations et de luttes, dont nous venons de raconter les principaux événements, le prieuré de Lehon avait été administré par divers prieurs claustraux que nous avons déjà mentionnés : Les Pérès 'H.oël Mars 1604- 1608 ; Hélye Truchon 1609 ; François St ample 1610-1613 ; Jean Guy en 1614-1617 ; François Sfample (2°) 161 8-1 620 ; François Hardy 1621 ; Antoine Giiynard 1622- 162 3 ; François Hardy (i"") 1624 ; "Bernard Tiehon 162 5-1 626 ; Giles Denis 1627. De leur côté les prieurs commendataires avaient continué d'y exercer leurs droits et d'y percevoir leurs revenus. Nous avons vu comment Charles Bruslart prit le parti de la réforme et soutint de son autorité et de son influence, les pieux desseins du Père Noël Mars. Il céda, tout en conservant son titre d'ahbé de Lehon, la commende du prieuré, en 1622, à son neveu, Florimond Bruslart, pour s'adonner entièrement à la diplomatie. Il fut en effet chargé de plusieurs missions importantes. Il fut d'abord ambassadeur à Venise; puis Richelieu l'envoya, en 1630, à la diète de Ratisbonne, en compagnie du Père Joseph du Tremblay, ce fameux
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capucin qui était le confident du Cardinal. C'est avec Bruslart que Tempereur Ferdinand signa le traité de Ratisbonne, le 1 3 Octobre. Ce traité ne remplissait pas toutes les intentions de Richelieu qui fut sur le point de désavouer les négociateurs. Cependant il se contenta de renvoyer Bruslart k Vienne, pour obtenir de l'empereur la révision du traité : Cette nouvelle campagne diplomatique de notre abbé ne réussit pas ; Il ne parait pas toutefois que Richelieu lui ait tenu rigueur de son insuccès. Il mourut doyen des conseillers d'Etat, le 25 Juin 1649.
Florimond ne garda Lehon, que deux ans. Il se retira à Rome, après avoir légué le prieuré, en 1624, à Charles Bruslart, jeune, deuxième du nom, chanoine de Paris et conseiller intime du roi. Ce commendataire racheta et rendit au prieuré les biens qui en avaient été aliénés à la fin du XVP siècle. Il conclut, le 6 Juin 1653 un concordat avec les religieux, dont voici les principales clauses : les revenus à ferme étaient mis en trois lots ; le prieur commendataire en touchait deux, mais avec les charges de la totalité des revenus qui se montait alors à douze mille livres ; le prieur et le chapitre devaient élire conjointement les officiers ; les aumônes devaient être faites à la porte du monastère, et les religieux étaient libres de racheter et de conserver en propre, les biens précédemment aliénés par les commendataires. Du monastère lui-même, on faisait deux parts : le prieur commendataire se réservait les infirmeries, les
(i) Voir la Note XXI, à la fin du vol.
salles haute et basse appelées de Beaumanoir, le jardin de la pépinière et le colombier ; les religieux gardaient en propre le cloître, le dortoir, l'église, le réfectoire, la cuisine, les chambres des hôtes, le jardin du verger, le grand jardin et les écuries. Les deux cours restaient communes. Le patronage de la cure de Lehon demeurait aux religieux. Le prieuré comptait alors vingt-cinq moines. Charles Bruslart laissa par testament six cents livres aux religieux, pour être employées à la décoration de l'éghse. Il répara le dortoir en 1628, et rebâtit, en 1622, le portail intérieur du cloître. Il mourut prieur en 1668.
Son successeur fut Arilnir dcLyonnc que gratifia du prieuré de Lehon, son frère Jules, abbé du Grand Monastère. Arthur de Lyonne abandonna la commende en 1671 et la remit entre les mains de Jean d'Estrades, abbé de Saint-Melaine de Rennes, ancien évêque de Condom. Ce choix fut un bonheur pour Lehon. Le vénérable prélat était en effet d'une piété remarquable et d'une générosité sans bornes. Il soutint de ses conseils et de ses exemples l'esprit monastique parmi les religieux, et vendit ses propres biens pour en employer le prix
(i) Archives d'Ille-et-Vilaine.