‹ Le Prieure royal de Saint-Magloire de LehonChapitre 8 sur 44 · LEHON DEPUIS LORIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

LEHON DEPUIS LORIGINE DE LA SOCIÉTÉ DE BRETAGNE

à la restauration du monastère. Il releva le cloître, orna l'église, restaura une partie des bâtiments conventuels, surtout le dortoir, et refit le mur qui borde la rivière de Rance dont les inondations avaient fort endommagé à cette époque, les dépendances du prieuré. Dans la crainte de voir le monastère tomber après sa mort, en des mains inhabiles ou dissipatrices, il pria le pape d'accepter sa démission et fit nommer de son vivant, pour lui succéder en 1674, son neveu Gabriel-Joseph d'Estrades clerc de Paris, fils du maréchal d'Estrades, sur lequel il croyait pouvoir compter comme sur luimême. Pour lui, il se retira à Saint-Melaine de Rennes où il mourut saintement, le 13 Juin 1685. Il fut enterré au milieu du chœur des religieux, et l'on plaça sur son tombeau cette élogieuse parole : « Merifis quàni a nui s gravior occuhuit... il est mort chargé de plus de mérites que d'années. )) Gabriel d'Estrades fut le digne successeur de son oncle ; comme lui, il se rendit recommandable par sa science et sa grande piété ^'>\

Le dernier prieur commendataire dont l'histoire fasse mention, est Loids de Bourhon-Condé, prince de Clermont. Après la triste réunion, comme nous le dirons plus loin, de la mense prieurale de Lehon à celle de Marmoutier, il fit valoir avec énergie ses droits sur le prieuré, et défendit aux officiers de la poHce de Dinan d'opérer

(r) Voir la Note XXII, à la fin du vol.

(2) Ce pieux évêque appela à Condom, en 1655, les religieux de Saint-Jean-de-Dieu. Il leur fit don de la chapelle miraculeuse de Notre-Dame-de-Pitié et du bénéfice qui en dépendait, pour y établir un hospice.

(3) Manuscrit latin, 12679. (Bibl. Nat.)

aucune saisie chez les débitants de Lehon, opposant à ces prétentions sa qualité de haut-justicier de la paroisse. Le monastère en effet n'avait jamais abandonné ses privilèges et ses droits ; le prieur était bien réellement le seigneur temporel de Lehon dont il exerçait toujours les fonctions par l'intermédiaire de sénéchaux, de baillis, d'alloués, de procureurs fiscaux, de Keutenants, de sergents et de notaires qu'il instituait lui-même.

Ces officiers veillaient au bon ordre extérieur : nous les voyons faire plusieurs fois défense de jouer du hautbois et d'autres instruments dans le voisinage de l'éghse et du couvent, et d'y mener des danses, défendre aussi de déposer des immondices vis-à-vis la porte principale du monastère. Il exerçaient également la justice : en 1679 Gilette Bagot avait été condamnée à l'amende et à une restitution, sur la plainte de Maître Gilles Ruellan, sieur des Fontaines; en 1579 ils condamnent Georges Barbé et Nicolas Furet (( boisilleurs », à enlever les bois qui encombrent le chemin conduisant au moulin ; vers le même temps ils font comparaître devant eux le sieur Laurens, dit du Chalonge, prévenu du meurtre de Jean Chastel, sieur de la Lande. On mentionne même plusieurs sentences de mort et plusieurs exécutions capitales pour meurtres et autres crimes commis dans la juridiction du monastère. C'est ainsi qu'eut lieu en Novembre 1756, l'exécution de Pierre Qiientin qui avait assassiné plusieurs personnes. Précédemment, en 1601, avait eu lieu celle de François Racine, de Corseul. Ce misérable avait assassiné Thomas Huguet, sieur de

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Chanteloup et Guillemette Saiget, sa servante. Le Sénéchal de Lehon le condamna à être conduit téte nue et la corde au cou devant la porte du monastère et à être pendu au gibet du prieuré, prés le village de la Grande-Haie. Cette condamnation avait été confirmée par le Parlement de Bretagne, le 17 Août de cette même année. Le Prieur avait en outre (c droit de sceaux, confection d'inventaires de biens de mineurs, création de tutelle et curatelle, bans, bannies et appropriements de contracts et tous autres exercices de juridiction haute, moyenne et basse ».

Nous possédons plusieurs aveux faits à la juridiction du prieuré. Pour donner une idée de ces sortes d'actes, nous publions en entier ^^^^ l'aveu de Jean Duponcel en 1743 pour sa terre de la Guérinais en Trévron. Citons encore l'aveu fait en 1672 par Pierre Rolland et sa femme pour la terre du Toiit-Tillet : ce Devant nous nottaires royaux à Dinan, ont comparu en leurs personnes noble homme Pierre Rolland, sieur des Croix et Damoiselle Janne Agan sa compagne de lui deubmant authorisée, ladite Agan, fille du défunt noble

(1) Le sceau de la Court de Lehon dont nous donnons le fac-similé à la fin de ce chapitre, se trouve au bas d'un contrat daté de 1629, conservé au Pont-Pillet chez M. et M™'^ Baudry.

(2) Voir la Note XXII, à la fin du vol.

(3) Voir la note XXIX, à la fin du vol.

(4) a Qi-iant à l'expression de noble homme, elle était plus relevée que celle d'écuyer, dans les douzième et « treizième siècles ; on l'appliquait alors aux Rohan et aux Montmorency. Mais aux dix-septième et dix- « huitième siècles, le mot noble homme ne voulait guère dire (surtout dans les villes où il n'y avait pas ordi- « nairement ou du moins où il n'y avait que fort peu de fiefs) qu'un homme honorable, bien posé et jouissant a de ses revenus. Il avait à peu près la même signification qu'eut un peu plus tard le mot Monsieur, qui a ce déjà grandement dégénéré ou perdu de sa valeur. « {Mémorial des familles Bullourde du Boishalbran et Joseph Le Sage par un de leurs descendants M. Le Sage-Bullourde, avocat et ancien maire de Dinau, page 77. Imprimerie Bazouge 1886).

homme Jan Agan et démissionnaire de Damoiselle Bertranne Hamon encore vivante qui héritière fut de Damoiselle Janne Hamon Dame du Pont-Pillet, sa sœur, lesquels sont confessants estre subjecs traittables et justisiables d'Illustrissime et Révérendissime père en Dieu Messire Jan d'Estrades encien evesque de Condon, abbé commandataire de l'abaye de St-Mellaine de Rennes et prieur du prieuré de Lehon, conseiller du roi en ses conseils d'estat et privé, et Seigneur temporel et spirituel en laditte paroisse, et de lui tenir prochement soubs sa juridiction de Lehon ses herittages qui en suivent.... » Et cet autre en 1749, de Michelle Goupy, veuve de Jean Forest ce laquelle a reconnu et reconnoit qu'elle est sujette et vassale trétible et justiciable des Révérents pères Prieur et religieux du Prieuré royal de Lehon, et d'eux tenir à cause de leur seigneurie audit prieuré de Lehon, les héritages ci-après, scavoir le Heu et maison de la Branchcric... » Nous avons lu deux autres aveux rendus au prieuré pour cette même terre de la Brancherie, l'un en 1672, l'autre en 1767. Le sieur Jean Forest de la Brancherie, fils du précèdent, relevait également de l'abbaye de Beaulieu pour des terres qu'il possédait dans le baillage de la ville de Dinan, comme le prouve l'aveu qu'il rend en 1785 à Messire Louis-Marie de Pontual, docteur en théologie, vicaire général de Vannes, seigneur abbé commendataire de l'abbaye royale de BeauKeu. La maison des Salles et ses

(1) Cet acte nous a été communiqué par M. et M™'^ Aubrée de la Coulébart.

(2) Cet acte nous a été communiqué par M. Charles Amiot, de la Marotais.

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dépendances relevaient par exception, directement du roi ; la preuve nous en est donnée par l'aveu fait en 1788 par « vénérable et discret prestre Messire François Marc Gallée, sieur recteur de la paroisse de Saint-Samson qui reconnaît (c relever prochement et noblement du roy notre Sire et Souverain Seigneur, à devoir de foy, hommage et obéissance. »

Relevons, en terminant ces souvenirs effleurés de la juridiction du prieuré, les noms de quelques-uns des derniers officiers. Thomas Thiou était sergent général de la juridiction du prieuré royal de Lehon, en 1629 ; en 1697 sénéchal se nommait J. Caharel ; en 1754 Louis-Claude Duhamel, avocat à la Cour, était sénéchal, et Christophe Eriac, sergent ; en 1761 l'alloué s'appelait noble maître Pierre-François Duchalonge, avocat en parlement. Même après le départ du Pére de Langle et de ses confrères en 1767, le monastère conserva jusqu'à la Révolution française, sa juridiction, et la court de Lehon continua de rendre des arrêts. La place de sénéchal fut occupée de 1769 à 1778 par Laurent Macé, avocat en parlement qui signait de plus : (c seul juge de la dite juridiction. )) La même année, François-Marie Lohier était procureur fiscal et la charge de sergent était rempHe par Hyacinthe Collas. En 1784 le sieur du Gage remplissait les fonctions d'alloué, et le sergent, nommé Jean-Baptiste Gouillaud, exécutait une sentence contre Jacques Latour et sa femme Guillemette Foutel, à la requête de maître Thomas-Joseph-Pierre

(i) Cet acte nous a été communiqué par MM. Duponcel frères, de la Brancherie.

Duchalonge, sieur de la Salmonais, notaire et procureur en la sénéchaussée royale de Dinan. De 1780 à 1785, le sénéchal fut noble maître Jean-Julien-Guillaume Coupart. En 1790 on lit encore au bas d'un acte, le nom de Raoul Letord, avocat à la Cour et alloué de la juridiction du prieuré royal de Lehon. Les actes nombreux que nous avons parcourus sont ordinairement signés par les notaires royaux de la Cour de Dinan qui deviennent pour la circonstance — et ils en prennent souvent le titre — les notaires particuHers de la juridiction du prieuré ; quelques-uns, comme François Diveu en 1696, ajoutent à leur titre de notaire royal celui lV apostolique.

LEHON DEPUIS LA SUPPRESSION DE LA MENSE PRIEURALE, JUSQU'A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Lehon depuis la suppression de la IVIense Prieurale, jusqu'à la Révolution Française

SUPPRESSION DE DOUZE PRIEURÉS BÉNÉDICTINS, PAR LE ROI. PROCÉDURES AU SUJET DE LA SUPPRESSION DE LA MENSE PRIEURALE DE LEHON. — ENaUÊTE A CE SUJET.

COMPARUTION ET DÉPOSITION DES TÉMOINS. — LE P. CORNEAU. L'ÉVÊQUE DE SAINT-MALO SUPPRIME LA MENSE PRIEURALE DE LEHON. ARRÊT DU ROI. — DÉPART DES RELIGIEUX DE LEHON. ^MARMOUTIER RÉCLAME LA MENSE CONVENTUELLE DE LEHON.

BREVET DU ROI. — PROCÈS CANONIQUE. — ENQUÊTE. TÉMOINS. — GRAVE DIFFICULTÉ AU SUJET DE LA NOMINATION AUX CURES. L'ÉVÉQUE DE SAINT-MALO SUPPRIME LA MENSE CONVENTUELLE DE LEHON. RIMONEAU RÉGISSEUR DU PRIEURÉ.

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