LE SOMMEIL DE MANUELE
Pour savoir, il y avait un moyen : interroger Manuele Giudicelli. Le prince Fulvio répara vivement le désordre de sa toilette, et se dirigea d'un pas rapide vers la partie du palais où l'on avait abrité le pauvre vieillard blessé par la « béquille » de Johann. Manuele avait été couché dans une salle basse, dont la fenêtre ombragée donnait sur le bosquet. Coriolani l'avait tout particulièrement recommandé à ses serviteurs. Il fut surpris de ne voir personne sous le vestibule.
Au moment où Fulvio le traversait, une tête de jeune fille, éblouissante de charme et de beauté, souleva la draperie fermée de la portière. Fulvio reconnut du premier coup d'œil sa \'ision de la nuit précédente; la jeune fille de la maison des Folquieri. Elle mit un doigt sur sa jolie bouche, et comme si elle eût parlé à un ami :
— Chut ! fit-elle, il dort !
Fulvio s'arrêtait à la regarder.
— Je vous reconnais bien, lui-dit elle tout bas ; c'est vous qui avez laissé la bourse, vous êtes le prince.
— M'avez-vous donc déjà vu, chère enfant?
— Sa voix aussi ! murmura- t-elle; la voix de mon frère Julien !
Cette parole, énigmatique pour tout autre, entrait si bien dans le courant d'idées qui emplissait la cervelle de Fulvio, qu'il lui prit la main pour l'attirer vers lui en disant avec une émotion soudaine ;
— ^ Vous trouvez que je ressemble à votre frère Julien?
— Vous êtes plus beau que lui répartit la jeune fille qui baissa les yeux.
— Vous fais-je peur? demanda encore le prince.
— Non, répondit-eUe les yeux toujours baissés; vous avez été notre 3on ange.
Elle releva son œil clair où brillait un sourire.
— C'est en rêve que je vous ai vu, dit-elle; si vous ne ressembliez pas :ant à mon frère chéri je n'aurais pas su vous reconnaître.
Fulvio mit sa figure au grand jour.
— Regardez-moi bien, dit- il, cette ressemblance...
— Oh ! comme cela, de si près, interrompit Céleste, on ne voit plus ! Le valet chargé de veiller Manuele entrait en ce moment.
— Altesse, dit-il, je vous cherchais. Le docteur Doni n'a pu revenir. [1 est à Salerne, mais il a envoyé un de ses élèves et amis...
— Qui s'appelle? demanda Fulvio.
— Cet imbécile de Petruzzi n'a pas su me dire cela, Altesse,
— El qu'a fait ce docteur auprès du malade.
— Ce que font tous les docteurs. Il a palpé, regardé, grondé, cligné de l'œil, hoché la tête...
— N'a- 1- il point donné de médicaments?
— Si fait, et un bon, car le bonhomme dort comme un bienheureux depuis ce temps-là.
— • Ce médicament était sans doute dans une fiole? — • Oui, Altesse, dans une fiole.
— Et la fiole doit être sur la table de nuit?
— Pour cela, non, Altesse. La fiole est dans la poche du docteur. Ce savant médecin a tout bonnement fait ouvrir la bouche au blessé, et lui a mis dessus deux ou trois gouttes de son cordial. Il en a versé aussi quelques gouttes sur la blessure qu'il avait débandée.
Une inquiétude sembla entrer dans l'esprit du prince. Et ce sentiment se refléta aussitôt comme en un miroir sur le gracieux visage de la jeune fille.
— Quelle mine avait le blessé? interrogea Fulvio après un silence.
— Altesse, répondit le valet, le médecin a lui-même tourné le blessé la tête dans la rueUe en lui disant : « Dormez ! » et il a ajouté : « Ayez soin de ne le point éveiller avant mon retour, ce serait dangereux, peut-être mortel ! »
— Mortel? répéta Céleste effrayée.
Fulvio montra du doigt la porte au valet qui sortit. Dès que le valet fut parti. Céleste, confiante se rapprocha du prince.
— C'est vous qui avez sauvé notre père Manuele, seigneur, n'est-ce pas? dit-elle.
Fulvio la conduisit jusqu'au sofa où il l'assit.
— Enfant, lui dit-il en pressant sa petite main blanche et douce contre son cœur, si tu avais un frère comme moi, l'aimerais-tu ?
Céleste ne parut point étonnée de cette question. Et pourtant cette question était bien étrange, adressée par le puissant prince Fulvio Coriolani à la pauvre orphehne de la maison des Folquieri.
— Je m'attends à tout, murmura- 1- elle ; savez- vous ce qu'on dit. Altesse, là-bas dans la ville de Catane, en Sicile?
Fulvio la contemplait, souriant et attendri. Le son de sa voix, la poésie de sa parole, tout en elle l'attirait et l'enchantait.
— Non, répUqua-t-il comme on fait aux enfants, je ne sais pas. Céleste. Que dit-on dans la ville de Catane?
— On dit que Dieu protège tout à coup ceux qu'il a tirés d'un grand danger...
— Et le danger était grand, dont Dieu t'a préservée, petite fille !
■ — Dieu et vous, Altesse. Si grand, que je frémis chaque fois que j'y pense. Je suis pâle, n'est-ce pas? ..
— Tu es pâle. Céleste, tu l'aimes bien, ton Julien?
— Quand on n'est que deux. Altesse...
Elle rougit, et son regard eut une gaîté. Fulvio se pencha pour baiser
son front comme eût fait un père, mais l'enfant, trop grande, trouvait le père trop jeune. Céleste se recula et cessa de sourire. Son minois prit une expression de douce et ferme dignité.
— Je ne me fâche pas, murmura-t-elle, mais j'ai seize ans. Altesse, et je m'attends à tout. Dieu est bon, notre vie va changer. Vous n'êtes pas mon frère, je ne crois pas cela; ce serait trop de bonheur...
— Vrai I interrompit Fulvio, cela te rendait heureuse? Tu m'aimerais donc Céleste?
— Je vous aime déjà sans cela, répondit-elle; mais si vous n'êtes pas mon frère, du moins je suis bien sûr que vous connaissez notre père et notre mère.
Comme Fulvio ne répondait pas assez vite à son gré, elle se rapprocha de lui et s'empara de nouveau de sa main.
— Dites ! fit-eUe avec sa petite moue. Fulvio répartit enfin d'un accent attristé :
— Votre père est un saint dans le ciel...
La paupière de Céleste, mouillée par une larme, se baissa, mais elle dit :
— Et notre mère?
— Oh ! fît le prince qui sembla sourire à quelque chère vision, comme tu vas l'aimer, enfant, ta belle, ta douce mère !
Les larmes qui étaient au bord des paupières de Céleste inondèrent tout à coup sa joue.
— Ma mère ! répéta-t-elle par deux fois, ma mère !
Elle ne dit que cela. Son minois, naguère si espiègle, exprimait une grave et profonde extase.
Pour 1? seconde fois Fulvio oubliait l'heure et son entrevue avec AngéHa. C'était une grande et calme péripétie qui venait d'avoir heu dans son existence. Il était parti naguère, non pas même du doute, mais de l'incréduhté la plus complète. Son idée comme nous avons appelé la voix qui avait parlé au fond de son cœur, n'avait éveUlé en lui que de dédaigneuses objections.
Aucun événement ne s'était produit pour modifier les croyances de Fulvio. Depuis ce moment où il avait dit :« C'est impossible !» rien n'était venu , combattre son incréduhté ; la révolution s'était accomphe si naturellement et si doucement, qu'il ne s'en rendait pas compte. Peut-être eût-il été capable de dire encore : « C'est impossible !... »
Mais cette chose impossible était imphcitement acceptée. Il en faisait désormais l'élément de sa vie. Il avait une mère, une sœur, un frère ! Son âme, trop pleine, avait peine à contenir son allégresse.
Il regardait Céleste qui pleurait n'ayant plus de paroles; la joie de la jeune fiUe s'ajoutait à sa joie. Et n'y avait-il pas en tout ceci la main de la Providence I
Après un moment, Céleste demanda :
— Avez- vous dit tout cela à Julien?
— Je n'ai pas vu Juhen, répondit le Prince.
Elle ne fut pas inquiète tout de suite. La surprise vint avant la frayeur.
— Qu'ont-ils donc fait de lui? murmura-t-elle. et comment se fait-il que je ne l'aie point trouvé auprès de notre père Manuele?
Ïl6 LE PRINCE CORIOLANI
La figure du prince exprima un degré plus vif d'attention.
— Vous espériez donc trouver votre frère auprès de Manuele? demandat-il.
Ce fut au tour de Céleste de le regarder ; elle était étonnée.
— Mais, dit-elle, et sa voix tremblait déjà, puisqu'on est venu le chercher avant moi !
— De la part de qui?
— Ne le savez- vous point, puisqu'on est venu me chercher ensuite de la même part?
Le prince réfléchissait. Céleste l'entendit qui pensait tout haut :
— J'ai promis à cette mère de lui rendre ses deux enfants !
— Est-ce que ce n'est pas vous? s'écria- t-elle épouvantée; et si ce n'est pas vous, qui peut avoir tendu ce piège à Julien?
— Nous ne savons pas encore si c'est un piège, répUqua Fuhdo, rappelant à lui son calme pour ne pas l'effrayer davantage. Vous connaissez- vous des ennemis?
— Je vous aurais répondu hier : « Non, nous ne pouvons pas avoir d'ennemis. Mais vous avez prononcé tout à l'heure des paroles si étranges, que je ne sais plus que penser. Si tout ceci n'est point un songe, Juhen et moi, nous devons avoir des ennemis.
Fulvio fit un signe de tête comme pour approuver cette conclusion. Céleste dit :
— Vous savez que nous avons des ennemis? Et tout de suite après :
— Vous savez quels sont nos ennemis?
Elle se leva frémissante, parce qu'une idée soudaine lui serrait le cœur.
— Au nom de Dieu ! que craignez-vous pour mon frère Julien? s'écriat-elle.
Le prince agita une sonnette dont le cordon pendait derrière lui.
— A quelle heure est-on venu chercher votre frère? demanda- 1- il.
— Dès le matin.
Un valet parut à la porte.
— Qu'on m'envoie à l'instant même Cucuzone ! ordonna le prince. Et quand le valet fut parti :
— Pouvez- vous, ajouta-t-il en s'adressant à Céleste, me faire la description de l'homme qui est venu chez vous?
— Grand et beau, repartit la jeune fille, l'air froid, le visage fatigué et pâli...
— Avait- il un accent?
— L'accent sicilien, m'a-t-il paru.
La sonnette retentit une seconde fois et plus fort. Un autre valet vint au seuil. Malgré ces bruits qui se faisaient si près du blessé Manuele, aucun signe ne semblait annoncer son réveil.
— Ruggieri ! je veux Ruggieri sur le champ ! commanda Fulvio. Il s'était retourné vers Céleste.
— Dites-moi, reprit-il, si vous avez remarqué en cet homme quelque chose de particuher.
— Rien, répartit la jeune fille, qui interrogeait laborieusement sa mémoire, sinon que ses paroles, comme les vôtres, seigneur semblaient annoncer quelque grand et brusque changement dans notre existence. Mais, je vous en supplie, expliquez- moi quelles sont vos craintes...
Sur un mouvement d'impatience qui échappa à Fulvio, elle ajouta les larmes aux yeux :
— Seigneur ! je n'ai que lui à aimer ! Le prince attendri lui baisa la main.
— Céleste, dit-il, je suis assez fort pour protéger votre frère. Ne craignez rien. Mais pour combattre comme il faut, j'ai besoin de savoir. Ne me cachez aucun détail...
— Je cherche... dit la jeune fille presque éperdue.
— A-t-il prononcé un autre nom que celui de votre père Manuele?
— Non.
— Vous en êtes sûre?
Céleste pressa son front à deux mains, puis elle répondit :
— J'en suis sûre.
— Ah ! s' écria- 1- elle tout à coup, je me souviens ! Quand Julien lui a dit qu'il n'avait pas de vêtements pour le suivre, l'homme a répondu : « Souvenez- vous bien de cette circonstance; elle tuera votre ennemi ! »
— Votre ennemi, répéta le prince; vous m'avez donc caché quelque chose? Vous avez un ennemi !
— Pas moi, répliqua Céleste en rougissant et en souriant malgré sa peine; c'est Julien qui a un ennemi.
— Et vous ne voulez pas dire son nom. Céleste?
— C'est le secret de Julien... et tout cela est si confus dans mon cerveau que je n'y vois plus. Un autre que vous est venu cette nuit dans notre maison. Ce n'est point vous, n'est-ce pas qui avez pris la soutanelle de mon frère Julien?
— J'interroge. Céleste, répartit Fulvio avec un peu de sévérité dans la voix, mais je ne réponds point.
— Non, non! poursuivit-elle; qu'eussiez- vous fait de ce pauvre vêtement, vous qui semblez si riche? Mais c'est bien vous qui avez brûlé votre main au réchaud...
La main droite de Fulvio restait gantée.
— Et d'ailleurs acheva Céleste, la bourse...
— Avez- vous parlé de tout cela au personnage en question? demanda le prince, dont les sourcils étaient froncés.
— Nous en parlions tous deux, Julien et moi, quand il est entré. Je ne sais s'il écoutait à la porte, mais il a dit à Julien d'emporter la bourse avec lui et de se bien souvenir de la brûlure.
Fulvio avait la tête penchée sur sa poitrine.
— Etiez- vous seuls, questionna-t-ilencore,quand vous vous êtes éveillés?
— Tout seuls.
— Combien y avait-il dans la bourse?
— Une once d'or simple.
Il8 LE PRINCE CORIOLANI
Le prince fit un geste d'étonnement. A cet instant par la fenêtre ouverte donnant sur le jardin, une masse sombre fit irruption dans la chambre. Céleste poussa un cri de frayeur Cette masse sombre était un homme, un babouin plutôt, car il était tombé d'aplomb sur ses mains, à l'aide desquelles il marchait, agitant les jambes en l'air comme s'il eût voulu saluer poliment la compagnie» Ayant fait quelques pas dans cette position peu usitée, l'homme tourna sur lui-même, le corps arrondi tout à coup en boule, et finit par se tenir immobile, le corps entier supporté par une de ses mains, qui empoignait la pomme d'une chaise.
La porte s'ouvrit, et un autre personnage fit son entrée, celui-là sur ses deux jambes courtes et un peu bancales, marchant comme les marins en arc-boutant ses genoux. Il avait son bonnet sous le bras et fourrait son pouce incombustible dans le fourneau de sa pipe pour l'éteindre.
— A bas, Cucuzone ! dit le prince sévèrement. L'homme-babouin retomba aussitôt sur ses pieds et se tint droit devant
lui dans la position du soldat sans armes.
— C'est tout de même étonnant, dit le marin Ruggieri en mettant sa chère pipe dans sa poche, qu'un homme de cet âge-là ne puisse pas tenir en repos ! Ça n'empêche pas que c'est un joli garçon dans l'occasion mais pour la tenue...
Cucuzone fit un geste bouffon et répondit :
— Tout le monde ne peut pas avoir des tournures d'ambassadeur comme le cousin Ruggieri.
— La paix ! dit le prince. Qui a été ce matin surveiller Johann?
— Moi, répondit le marin.
— Quoi de nouveau ?
— On fait l'enterrement de la bossue.
— Barbe de Monteleone est morte ! murmura le prince avec surprise.
— Cette nuit, pendant qu'on dansait au palais Doria.
— Après?
— Le Pietro Falcone est venu faire son rapport.
— Après?
— Johann Spurzheim a envoyé chez lui saisir deux boîtes d'or, toutes deux au chiffre de la défunte.
— Qu'y avait-il dans ces boîtes?
— Comme qui dirait des dragées.
Fulvio murmura :
— Barbe est morte empoisonnée I Après ?
— C'est tout.
— Tu n'as point su qu'il ait envoyé quelqu'un à la maison des Folquieri ?
— S'il plaît à Votre Altesse, interrompit ici Cucuzone, c'est moi qui vais répondre à ceci. J'ai donné ce matin une petite représentation à la garnison du Castel-Vecrhio. Je voulais voir un peu ce qui se passait de ce côté-là.
— Et qu'as-tu vu? demanda le prince.
Cucuzone se rapprocha de lui d'un brusque mouvement et répondit tout
bas :
— J'ai vu le cachot ou vous serez ce soir, maître !
Et sans lui laisser le temps de répondre, il ajouta tout haut ;
— S'il plaît à Votre Altesse, j'ai vu des torches éteintes tout le long de la balustrade de la maison des Folquieri. Et j'ai glissé un regard dans certaine chambrette, où j'ai vu une bien jolie demoiselle... quiadroità tous mes respects, puisque la voici maintenant en votre illustre compagnie !
Il riait sous cape, ce Cucuzone. Ruggieri, bien campé sur sa large base, gardait un imperturbable sérieux.
— Tu n'as rien vu autre chose? fit le prince,
— J'ai vu aussi le jeune homme. Voilà du temps que nous nous connaissons. Altesse, vous et moi, eh bien, si j'avais rencontré, U y a quatre ou cinq ans, cet enfant-là ou son pareil là-bas, vers Potenza, je sais bien de quel nom je l'aurais appelé...
— Que veux-tu dire?
— Mais poursuivit paisiblement le saltarello, il y a comme cela des drôles de ressemblances. Enfin, pour ne pas vous faire languir, j'ai vu encore l'homme...
— Quel homme?
— L'homme envoyé par notre digne am.i de la piazza del Mercato.
— Par Johann [ s'écria Fulvio.
— Et par où avez- vous vu toutes ces choses, l'ami? demanda Céleste.
— Excellence, lui répondit Cucuzone, je m'étais pendu par les pieds au toit de votre lucarne, et ma tête descendait jusqu'aux carreaux. J'ai remarqué une chose, on ne guette jamais les carreaux supérieurs, sous prétexte que les oiseaux seuls y peuvent mettre l'œil; c'est un tort.
Il salua profondément la jeune fille et résista au désir qu'il avait de marcher un peu au plafond.
— Et cet envoyé de Johann, l'as-tu reconnu? interrogea le prince.
— Parfaitement, Altesse.
— Qui est cet envoyé?
— Votre meilleur ennemi.
Fulvio frappa du pied avec impatience.
. — L'homme de Palerme, ajouta Cucuzone, le médecin...
— Si le maître avait voulu, grommela Ruggieri, celui-là ne nous gênerait guère...
Il caressa son poignard sous le revers de sa veste de matelot. Cucuzone reprit en se dandinant avec grâce :
— Il n'y a pas de temps à perdre ! je me charge de lui, pour peu que le maître...
— La paix ! interrompit celui-ci; je vous défends de toucher un cheveu de sa tête !
Le marin et le saltarello restèrent aussitôt silencieux. Fulvio se leva.
— Ce n'est pas moi qui vous ordonne cela, enfants, reprit- il en changeant de ton et en parlant de manière à n'être point entendu de Céleste : c'est la règle : le docteur Pietro Falcone a l'anneau du Silence.
— Où l'a- 1- il volé? ne put s'empêcher de dire Cucuzone. Le regard de Fulvio le fit muet.
— Le jeune homme de la maison des Folquieri, continua le prince, doit être à cette heure chez Johann Spurzheim. Il faut que l'un de vous fasse le guet au dehors et que l'autre s'introduise dans la maison n'importe comment.
— C'est mon affaire ! s'écria le saltarello; la masure a des cheminées.
— S'il arrivait malheur à ce jeune homme, acheva Fulvio en élevant la voix et en regardant Céleste qui lui souriait les larmes aux yeux, vous m'en répondriez tous deux sur votre vie.