‹ Le prince CoriolaniChapitre 22 sur 29 · LES DEUX PÊCHEURS · texte numérisé non relu

LES DEUX PÊCHEURS

Ceux qui virent ces événements prétendent que Naples fut pendant une nuit à la merci complète des tiers- carbonari (règle du Silence). Il eût suffi de la volonté d'un seul homme pour faire une révolution. La volonté manqua, nous l'avons dit. La roi de la nuit dédaignait la victoire.

Ferdinand de Bourbon, les princes, les princesses, passèrent douze heures d'angoisse au château. Ordre d'armer avait été envoyé à une frégate de l'État, en cas de malheur. La princesse de Salerne, femme du cadet de Bourbon, tomba en disgrâce pour avoir prononcé les paroles rapportées au précédent chapitre Elle avait dit : « Si Coriolani voulait... » Elle passa deux ans d'exil à Capri.

Le lendemain, Johann Spurzheim prit le portefeuille de ministre d'État et la présidence du conseil. Trois régiments partirent dans la direction de la montagne pour réduire les révoltés. Le docteur Pietro Falcone les accompagnait avec une commission du roi. Malatesta, Sampieri, Colonna, Vespuccio, Marescalchi, Gravina, Pitti, Ziani, suivirent l'expédition en qualité de volontaires.

C'était le sixième jour après l'incendie de Castello-Vecchio. Le soleil se couchait dans ces beaux horizons de l'Italie du sud que nous avons décrits plusieurs fois, au commencement de ce récit. La mer n'avait point de vagues, mais elle moutonnait sourdement, grise d'écume, et de temps en temps la nature semblait pousser une confuse et grande clameur. Cela venait de l'air ou de la terre ; on ne savait pas.

L'atmosphère était lourde, les aspects semblaient se rapprocher, comme si la voûte céleste, abaissée au zénith, rétrécie au cercle horizontal, eût pressé violemment les perspectives. De la pointe sud de la baie de Santa- Eufemia, on devinait la Sicile dans un nuage qui paraissait tout proche, tandis que les îles d'Éole, accusées et fermes, tachaient nettement la mer de bronze.

Il pouvait être sept heures du soir. Chose rare en ce lieu, deux petits navires de guerre croisaient dans le golfe. Tous deux portaient le pavillon napoUtain. L'un était une goëlette-brick, l'autre, une felouque. Les felouques ont deux mâts; l'arbore di mestro et V arbore di irinchetto. Les plus grandes portent douze canons en batterie et seize coronades légères sur le pont. Le brick-goëlette et la felouque, échangeaient souvent des signaux.

non seulement entre eux, mais encore avec des postes militaires, établis de distance en distance sur la côte. Quelque bateaux pêcheurs allaient et venaient au large.

Un de ces bateaux, plus fort que les autres, se tenait à trois lieues de la côte, et courait des bordées, de manière à surveiller tour à tour tous les points du rivage. Son équipage ne se composait que de deux hommes : Un jeune mousse à la figure éveillée, un matelot au corps herculéen, au front bas, couvert par une forêt de cheveux noirs. Celui-ci avait à la bouche une vaste pipe d'écume. Le mousse avait une taille frêle et fine. Ses grands yeux noirs, surmontés de sourcils fiers, tracés hardiment, interrogeaient la côte avec inquiétude.

— A notre filet ! dit le matelot, ce damné lieutenant qui est là-bas nous lorgne comme s'il savait qu'il y a ici une joUe dame.

On distinguait, en effet, sur le pont de la felouque, un ofi&cier dont la lunette était braquée vers le large Le matelot passa sur son front sa main rude, et la retira baignée de sueur.

— Signora, reprit-il en regardant l'horizon du coin de l'oeil, ce n'est pas aujourd'hui la mer de tous les jours. Il y a des démons dans l'air. Que disait-on du volcan à votre départ de Naples.

— Le Vésuve fume, répondit le mousse; avant- hier, il a éclairé, hier il a commencé à jeter des flammes ; mais la lave n'a pas encore débordé.

— La lave débordera; avant qu'une semaine soit passée, le Vésuve débouchera son goulot ou crèvera son flanc. Quelle heure donnez- vous, signora?

Le mousse tira de son gousset une riche et mignonne montre de femme, qui marquait sept heures et un quart. Les regards du matelot s'assombrirent.

— Rien encore ! murmura- t-il.

Il changea d'amure et serra le vent, mettant le cap sur Stromboli. La barque fila rapidement au large. Après quelques minutes Ruggieri braqua successivement sa longue-vue sur deux points du rivage : l'un en dedans du cap Vatican, l'autre beaucoup plus au nord presque dans la direction du Pizzo. Il était désormais soucieux. Le mousse s'était a^sis à l'arrière de la barque et rêvait. Tout à coup Ruggieri frappa dans ses mains et poussa un grand cri. Le mousse, éveillé en sursaut, releva la tête. Il y avait une larme dans ses yeux.

Voyez ! signora, voyez ! dit Ruggieri, qui redressa son torse vigoureux et enfla sa poitrine.

A gauche des hauteurs du Pizzo, dans la campagne, une épaisse colonne de fumée s'élevait; une flamme rouge en teinta bientôt la base. La signora, déguisée en mousse, laissa échapper un soupir.

— Le sort en est jeté ! murmura- 1- elle.

— Le signal est au Col-de-Nari, dit le matelot; le diable s'en mêle ce soir... Mais nous n'avons pas peur du diable !

En un clin d'œil, la barque vira de bord et se prit à lutter contre le vent qui mettait la voile jusque dans l'écume. Une demi-beure après, elle dansait au ressac devant une côte rocheuse, à un demi-mille au delà du Pizzo

150 LE PRINCE CORIOLANl

C'était le rendez- vous fixé. A droite et à gauche, deux petites pointes de rochers s'avançaient dans la mer, faisant de ce Ueu une anse microscopique dont les contre bandiers utilisaient souvent leur abri.

Ruggieri essaya de mouiller son ancre entre les deux roches, mais les dents du grappin ne purent mordre ce fond de galet par le temps qu'il faisait. Ruggieri amena sa voile et tâcha de se soutenir avec les avirons. Une ligne d'écume plus éclatante annonça le fond de l'anse. Ruggieri héla. Ce cri d'espèce particulière, que nous avons plusieurs fois entendu à Naples, lui répondit aussitôt et deux formes se détachèrent sur une sorte d'esplanade rocheuse, à sept ou huit pieds au-dessus de la barque, qui ne pouvait guère s'avancer à plus de deux longueurs d'aviron, sous peine d'être brisée en mille pièces. Sous l'esplanade, c'était une rampe à pic.

— Faisons vite ! dit une voix impérieuse sur le rocher. Fia.mma est-elle abord?

— Me voici, répondit le mousse.

— Bonjour, Ruggieri ! dit-on en même temps là- haut.

— Bonjour, Cucuzone ! repartit d'en bas le matelot. As- tu la corde?

— Toujours.

— Mets une pierre au bout, car ce vent- là repousserait un câble ! et prends garde de nous assommer.

On voyait, sur cette galerie circulaire qui régnait au fond de l'anse, une silhouette fière et haute, sous le pli d'un manteau qui fouettait bruyamment au vent. Une autre forme humaine s'agitait au-dessous. C'était Cucuzone, occupé à nouer le bout de sa corde autour d'un quartier de rocher. Un éclair qui déchira la nue, précédant un coup de tonnerre lointain, mit tout à coup en lumière cette hautaine silhouette de l'homme immobile. Nous eussions pu reconnaître le visage triste, mais calme, de ce beau prince Fulvio Coriolani, la folie de la cour de Naples.

UNE IDEE DE RUGGIERl

Cucuzone, ayant serré sa corde autour d'une roche, prit son temps, et la lança de manière que la pierre tombât à l'eau tout près de l'avant, à la portée de la main de Ruggieri. Une première tentative manqua par la faute de la rafale; à la seconde. Ruggieri saisit la corde et tomba, du coup, la la poitrine contre le plat-bord. Latarque faillit chavirer, et s'emplit d'eau à demi.

— Heureusement, dit le matelot, qu'elles sont bonnes toutes deux, la poitrine et la chaloupe !

Il prit la gaffe et piqua le roc au moment où la barque allait donner contre l'une des parois de la crique. Le danger passé, il détacha la pierre et noua sohdement la corde au pied du mât. Cucuzone avait fixé l'autre bouta une corne du roc. Ruggieri rama N-igoureusement pour tendre le câble.

Cucuzone s'engagea le premier sur ce pont vacilant que chaque rafale balançait avec furie. Ce fut un jeu pour le saltareUo, mais le passage de Fulvio fut moins aisé. Il resta suspendu une longue minute entre le ciel et la mer. Le vent secouait la corde qui tremblait comme un fil.

Mais Fulvio était jeune, leste, adroit et sans peur. Il mit le pied sur la barque.

Fiamma lui tendit ses mains en pleurant. A ce moment, les aboiements d'un chien se firent entendre dans les roches. . — A plat ventre, tout le monde ! s'écria Ruggieri.

D' une main il terrassa brutalement Fiamma; de l'autre, il saisit le prince Fulvio et l'entraîna dans sa propre chute. 11 était temps. Les roches s'éclairèrent, renvoyant d'écho en écho le fracas roulant d'un feu de file. Une grêle de balles passa au-dessus de la barque. Ruggieri et Cucuzone s'emparèrent des avirons; à la seconde décharge, les miliciens étaient hors de portée et tiraient au hasard.

— Borde la voile, mamtenant, dit le saltarello, et reposons-nous. Joignant l'exemple au précepte, il se coucha tout de son long au fond de

la barque, et commença à ronfler comme un juste. Fulvio et Fiamma étaient assis l'un près de l'autre, à l'arrière.

— Merci, sœur chérie, disait le prince : quels dangers tu as bravés pour me servir !

— Fulvio, répondit simplement la zingara, si cHq t'avait aimé, j'aurais été heureuse de contempler votre bonheur.

Fulvio laissa tomber sa tête entre ses mains.

— C'est Julien de Monteleone qu'elle va épouser, n'est-ce pas? demanda-t-il.

Sa voix était timide comme celle d'un enfant Fiamma ne répondit que par un signe de tête afiSrmatif II y eut entre eux un long silence.

— L' aime- 1- il? demanda tout à coup Fulvio.

— Qui donc? fit la zingara éveillée de sa rêverie.

— Mon frère Julien, répéta le prince, aime-t-il dona Angélia Doria?

— Oui, dit-elle, c'est un pur et noble enfant.

— Alors, prononça Fulvio de ce ton du juge qui rend un arrêt, je veux qu'ils soient heureux !

Il se tut; la barque, penchée, courait dans la nuit. On apercevait les côtes comme une muraille lointaine et sombre.

— • Maître, demanda Ruggieri qui avait repris le gouvernail, où faut- il aller maintenant. ?

— Je ne sais encore, répondit Fulvio.

Puis s'adressant à la zingara, il ajouta ;

— Parle !

— Que veux-tu savoir? demanda- t-elle; ton cœur va saigner,

— Mon cœur est mort, répartit le prince, dont la voix était sourde et découragée. Parle I J'ai fait vingt lieues, à travers cent périls, pour avoir les nouvelles que tu m'apportes. J'ai abandonné mes frères victorieux, j'ai déserté mon poste de bataille. Les hommes m'appellent brigand, les brigands m'appelleront traître. Parle, te dis-je, parle !

— J'ai vu Angélia, dit tout bas Fiamma. Fulvio se rapprocha et dit :

— Si l'on m'eût salué ce jour-là du nom de comte de Monteleone, Angélia m'aurait-elle trahi?

• — Dieu le sait.

La nuit cachait l'expression de dédain qui était sur le beau visage de Fiamma. Fulvio serra sa poitrine à deux mains.

— Cet air qui nous entoure est de plomb, dit- il; j'étouffe !

Quand le vent cessait de souffler, c'était en effet un calme brûlant et si étrange, que la gorge oppressée semblait se rétrécir. On entendait alors des bruits inouïs du côté des rivages. La terre, invisible, avait de grands gémissements. Fulvio demanda :

•^--■.Où l'as-tu vue?

— Dans sa prison, répondit Fiamma.

— Dans sa prison ! se récria le prince, qui tressaillit comme un lion blessé; ai- je bien entendu?

Il se tourna vers Ruggieri, et reprit tout haut :

— A Naples, ami ! Nous allons à Naples.

Dans les ténèbres, on put entendre un sanglot soulever la poitrine de la zingara.

Les deux navires de guerre étaient désormais entre la barque et cette crique rocheuse où s'était opéré l'embarquement.

— Parle! dit encore Fulvio, je veux toUt savoir 1 Parle-moi de mon

frère Julien que j'aime, de ma sœur Céleste, vers qui mon cœur s'élance, de ma mère, pauvre martyre. Parle-moi de Lorédan, mon ennemi loyal. Tu m'entends, je le veux I

Fiamma se recueillit un instant ; puis elle dit :

— Angélia était à la villa Floridiana, Céleste vous attendait dans votre palais. Elle s'évanouit en voyant le cadavre du vieux Manuele, assassiné par ce misérable Pietro Falcone.

— Celui-là, interrompit Fulvio, que Dieu lui fasse paix, j'aurais voulu l'épargner.

— Pendant que la fusillade grondait autour du Castel- Vecchio en flammes, reprit la zingara, Johann nommé premier ministre par le roi, n'était pas à son poste; il poursuivait son œuvre. Ai-je besoin de vous dire qu'il trahissait depuis longtemps ? Vous savez sans doute pourquoi il trahissait, et quelle ambition implacable s'était emparée de ce moribond...

— Je sais tout, dit Fulvio.

— Et que comptez- vous faire à ce Johann, seigneur?

— Notre loi veut sa mort. Parle, Fiamma, et ne t'arrête plus !

— Johann s'empressait de jouer ses dernières cartes, achevant le gain de sa partie. Maria des Amalfi, la pauvre douce femme, déjà replongée dans cette nuit de l'esprit où la science du docteur Daniel avait porté la lumière, était conduite à l'hôtel de la Piazza del Mercato. On l'installait dans les propres appartements de Barbe Monteleone. Le cercueil de Barbe venait à peine de prendre le chemin du cimetière, que les ouvriers attachaient déjà les draperies de velours à l'alcôve de la nouvelle épouse...

— Que dis- tu? s'écria le prince qui n'avait pas deviné cet excès d'audace.

— Je dis ce qui est, répartit la jeune fille; Johann favori du roi, a obtenu du roi l'autorisation d'épouser Maria des Amalfi, qui est redevenue folle.

— Mais il su£&t de dire au roi...

— Que David Heimer était non seulement maître du Silence, mais chef des Carbonari du rite allemand? le roi le sait. Le roi croit que ce fidèle serviteur s'est introduit dans ces associations pour les perdre. Le roi est désoimais l'esclave de cet homme, qui le mène à l'abîme.

Fulvio murmura comme en se parlant à lui-même :

— Le docteur Daniel m'a dit : « La folie a la mémoire de la folie. » Si Maria des Amalfi a perdu de nouveau la raison, elle reconnaîtra son bourreau !

— Eh bien, n'est-ce pas un dévoûment angélique que d'épouser une pauvre femme qui, dans sa folie, vous prend pour un scélérat et pour un monstre? Le roi sait tout, et le roi a dit : « Ce Spurzheim est un saint, le mariage se fera ! »

Fulvio frémissait de tous ses membres.

• — Mais c'est horrible, ce^a ! grinça-t-il entre ses dents serrées.

— C'est horrible, répéta la zingara; et ce n'est pas tout; David Heimer, ce démon, ne pouvait s'arrêter en chemin. Il a le terrible génie du mal.

— Qu'y a-t-il encore? demanda le prince aVec abattement.

— Il y a d'abord cette conséquence : Johann, en épousant la comtesse qui, dans ses rares moments de lucidité, lui témoigne une reconnaissance sans bornes, prend le titre de comte de Monteleone, et devient le tuteur naturel des deux enfants...

— Lui ! s'écria Fulvio dont les poings se serraient ; lui ! l'impur scélérat ! le tuteur de mon frère et de ma sœur !

— Ce n'est pas tout encore, dit Fiamma. Le titre de comte de Monteleone n'est bon pour Johann que s'il apporte avec soi l'immense fortune de cette puissante maison. Or, entre cette fortune et Johann, quatre existences se dressent comme un infranchissable obstacle.

— Quatre assassiiaats ! murmura Fulvio.

— D'abord, Julien et sa sœur Céleste puis Angélia et son frère, le comte Lorédan... mais que parlez- vous de quatre assassinats? Il est au moins une de ces quatre personnes qui peut devenir pour Johann la poule aux œufs d'or. Doria a hérité de Monteleone, Monteleone ne peut-il pas hériter de Doria?

— Que veux-tu dire?

— Voilà ce que je veux dire : il faut que Julien meure; il faut qu'Angélia disparaisse ; il faut que le comte Lorédan soit supprimé, mais il faut que Céleste vive; Céleste, l'unique et suprême héritière des deux plus opulentes famiUes de l'Italie !

EUe arrêta Fulvio qui voulait parler.

— Laissez, reprit-eUe, j'ai fini! Johann Spurzheim a voulu que cette besogne fût son chef-d'œuvre. On ne s'attaque pas impunément à des princes comme Lorédan ou Julien, mais deux jeunes gens irrités qui s'extenninent dans un duel furieux sans témoins, sans merci, que dites- vous de cela, Fulvio?

— ExpUque-toi.

— A l'heure où le Castel-Vecchio brûlait, Angéha Doria fut enlevée à la villa Floridiana, et Céleste Monteleone fut enlevée au palais Coriolani.

— Par lui? par Johann?

— Et par qui donc? Seulement, grâce à une intrigue habilement ménagée, le ravisseur d' Angélia s'appelle, pour Lorédan, Julien de Monteleone; et, pour Julien de Monteleone, le ravisseur de Céleste a nom Lorédan Doria.

— Et ils se sont battus à mort?

— Johann Spurzheim les tient prisonniers. La cour croit qu'il veille sur leurs jours, mais demain...

— Assez ! dit Fulvio, j'ai compris... tu es ma seule amie ! Puis, se tournant vers Ruggieri :

— Au point du jour, il faut que nous soyons en vue de Naples! Et avant la réponse du matelot :

— Où cet homme garde- 1- il Angélia et Céleste?

— A la villa de Barbe Monteleone, entre Castellamare et Résina.

— Tu as entendu, Ruggieri, dit Fulvio, c'est là que nous débarquerons ! Le matelot tendit sa joue à la rafale.

— C'est Impossible, maître, répondit-il.

— Comment ! quand j'ordonne...

— Maître, le vent n'obéit qu'à Dieu I

Fulvio frappa du pied. Ruggieri continua paisiblement :

— Avec le temps qu'il fait et la barque où nous sommes, il faut plus de vingt-quatre heures pour gagner le golfe de Naples.

— Par terre, murmura Fiamma, avec de bons chevaux...

• — Nous trouverions au heu de relais de poste, des gendarmes tout le long de la route. Laisse parler Ruggieri, il a son idée : N'est-ce pas, Ruggieri que tu ne nous as pas tout dit ?

— On ne dit jamais tout, repartit le marin aux larges épaules ; je suppose que le bon Dieu, en place de cette coquille de noix qui est sous nos pieds» 'nous envoie une bonne felouque capable de courir dans le vent... une felouque comme celle qui croise là-bas...

— En ce cas-là, combien te faudrait-il de temps pour doubler le cap Campanella ?

— Douz^e heures.

— Tu préférerais la felouque au brick-goëlette?

— Parbleu ! quand ça ne chavire pas, ça file, vent debout, comme un cheval de course... mais, à dire vrai, maître, nous n'avons pas à choisir.

Le prince leva les yeux vers le golfe.

— Si fait, répUqua-t-il froidement : voici le brick à droite, la felouque à gauche : ton choix est bon. Cargue la voile et paille tes avirons, nous allons prendre passage à bord de la felouque !

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