ACTE DEUXIÈME
LA PRINCESSE
Je n'en sais, ma foi, plus rien.
DE HORN
A un bal chez les d'Amboise. Je venais de séjourner un assez long temps en Portugal; j'avais alors peu de relations dans la haute société parisienne...
LA PRINCESSE
Vous vous êtes rattrapé depuis.
DE HORN
Grâce à vous. Je regardais danser, quand j'entends derrière moi deux voix qui disaient ceci : « Un Juif, ce M. deHorn? — Un bon Juif. — Ce n'est pas la Légion d'honneur, son ruban? — Non, c'est le Christ. — Toujours, alors! » dit une troisième personne, et on rit. Moi aussi. Je me retourne pour voir l'auteur du mot; je me renseigne, et j'apprends que c'est le prince d'Aurec.
Je suis désolée. Quelle impertinence I
DE HORN
Je les aime assez quand elles sont spirituelles. Celle-là l'était. Dans les cinq minutes je me lis présenter, votre mari fut charmant...
LA PRINCESSE
11 me semble que c'était le cas 1
DE HORN
... Et voilà, princesse, le point de départ de nos relations.
LA PRINCESSE
J'en aurais préféré un autre. Vous n'en avez pas trop voulu au prince?
DE HORN
Pas du tout. Et puis, pour réussir en ce bas monde, la première des qualités c'est d'ignorer la rancune.
LA PRINCESSE
Mais, jusqu'à présent, je ne vois pas bien dans tout cela en quoi nous avons pu vous être utiles, ou même agréables ?
DE HORN
Attendez. J'allais y venir. Vous m'avez reçu. Moi qui ne suis ni de votre rang, ni de votre race, franchement, ouvertement vous m'avez traité en égal, en familier...
LA PRINCESSE
Tous les hommes sont frères, monsieur.
Dans l'Évangile, pas dans un salon ! Je ne plaisante pas, vous avez montré là un réel courage, en dépit des préjugés invétérés de votre monde, à m'accueillir et à m'adopter comme vous l'avez fait ; vous m'avez ouvert — sinon toutes grandes, du moins assez pour que j'entre —des portes qui, sans vous, me seraient toujours restées fermées...
LA PRINCESSE
Et ce ne soni pas les dernières. Je sais vos rêves de club.
DE HORN
Vous me comble/!... Oui, je peux dire que, socialement, vous m'avez consolidé, surélevé. Avant de vous connaître, je n'étais qu'un homme de banque ordinaire, comme il y en a