STROPHE II
Les vierges armées de Colchide, les tribus du Marais Méotis, ceux des confins du Monde et ces héros,
honneur de l'Arabie, derrière leurs remparts altiers frémissent ; furieux, ils agitent leurs lances acérées.
kl'ODE
J'ai vu, avant toi, un autre Dieu chargé de fers,
l'infatigable Atlas, qui sans être brisé par l'écrasant fardeau,
soutient le pôle, en gémissant.
Les flots protestent en leur clameur !
avec rage, ils déferlent ; l'abime aussi se désespère t
Les sombres profondeurs de l'Hadès regorgent d'horreur
et la source des fleuves sanglote;
c'est le grand deuil pour le supplice d'Atlas !
gO THÉÂTRE DE LA ROSB f CROIX
PROMÉTHÉE
N'attribuez pas mon silence à quelque fol orgueil.
Mon cœur cesse son battement, dans la stupeur de la défaite.
Etre cloué à ce rocher de honte,
quand les Dieux d'aujourd'hui me doivent leur couronne!
Leur avènement fut mon œuvre, dois-je le rappeler?
Eh! vous le savez tous.
Ah! laissez-moi plutôt parler des hommes,
de ces puérils instinctifs
devenus des intelligences, de raisonnables volontés,
Mon souvenir est exempt de reproches :
il plaît à mon amour d'énumérer les dons que je leur fis.
— Avant moi, ils regardaient sans voir,
entendaient sans comprendre.
Semblables aux fantômes des songes,
ils vivaient depuis des siècles, inconscients,
et sans notion aucune.
Ils ne savaient pas même s'abriter sous un toit de charpente
entre des murs de briques au soleil durcies.
Ils seterrraient comme la mince fourmi
au fond des cavernes obscures ; ne distinguant pas même les saisons,
ils assistaient stupides à la tombée des neiges,
au renouveau des fleurs, à l'été qui précède l'automne plein de fruits.
Je vins, j'enseignai à ces brutes l'exact lever des astres
et leur coucher moins régulier.
J'inventai la science des nombres, savoir suprême,
j'imaginai les lettres et l'art de les grouper.
Ils me durent aussi la Mémoire, mère des Muses.
Le premier, jJaccouplai des bêtes au joug ;
l'homme fut dispensé des travaux les plus rudes.
Je domptai le cheval et l'attelai au char, symbole d'opulence ;
je construisis ces chariots marins aux ailes de lin blanc
et qui fendent les ondes.
l.\ PROMÊTHÉIDE SI
Voilà les prodiges que j'accomplis pour l'homme, et je suis impuissant, sans ressource à mes maux.
LE CHOEUR
Tu subis une sentence inique; elle enténèbre ton génie. Et mauvais médecin pour toi-même te voilà incapable de ton propre salut!
PROMÉTHÉE
Ecoutez encore, quelles sciences et quels arts j'inventai.
Ici, paraît ma pure gloire.
Autrefois, quand survenait la maladie,
il n'existait aucun soulagement ;
ni onguent, ni élixir, ni baume: tout malade mourait.
J'enseignai le remède, les mixtures qui rendent la santé.
Qui donc, si ce n'est moi, institua les arts divinatoires ?
et le premier, je discernai parmi les songes, ceux qui prophétisaient.
J'assignai un sens aux présages, jusque là inintelligibles.
Au voyageur perdu dans les chemins, j'appris à s'orienter.
Le vol des oiseaux griffus, je sus l'interpréter,
disant leur caractère, faste ou néfaste.
Qui donc apprit aux hommes à creuser les mines
pour arracher au sol les richesses cachées,
le fer, l'argent et l'or.
J'ai révélé le monde souterrain. — Que sert d'en u mère r?
L'inventeur de tous les arts humains, c'est Prométhée.
LE CHŒUR
Tu as trop fait pour les mortels : songe à toi-même, rassemble, ton génie, brise tes chaînes, et tu seras l'égal de Zeus.
THEATRE D K I.A. ROSE f CHOIX
PROMÉTHÉE
Tel n'est point l'avenir : l'inévitable Moire en décide autrement ; mes tortures augmenteront sans cesse et mon malheur ira croissant, jusqu'au jour de la délivrance.
Devant TAnanké, l'art demeure impuissant.
LE CORYPHÉE (Jui tient la barre de l'Ânanké ? qui la gouverne ?
PROMÉTHÉE
La triple Moire et les inoublieuses, les Erinnves.
LE CORYPHÉE
Quoi, Zeus leur est soumis?
PROMÉTHÉE Zeus n'est qu'un vassal de l'Ananké!
LE CORYPHÉE
Son avenir, c'est l'éternel empire !
PROMÉTHÉE
Respecte ce mystère : garde-toi d'insister
LE CORYPHÉE Ce secret doit être terrible.
PROMÉTHÉE
Oui, terrible en effet ; il sera révélé, à son heure.
en le taisant, j'assure ma délivrance.
Si je parlais ; ces fers deviendraient éternels.
LA PHOMÊTflÉlDÉ
LE CIIOTCUK