‹ Le Prince de ByzanceChapitre 61 sur 124 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

TONIO (seul).

Le Prieur s'en va soucieux ! Serait-ce par ma faute ? Il m'a dit d'être vrai et sincère toujours... Je m'aime ici.

UNE VOIX (au dehors), chanté.

Je suis le passant d'amour.

Je cherche une âme.

Où soit écrit en traits de flamme Ce mot « toujours ».

TONIO

Le mot « toujours » s'écrierait de lui-même, au cœur du moinillon, si paraissait l'appelé, l'attendu qui jamais ne répond, ni ne vient. . . Quand serai-je exaucé ?

{Il va s'agenouiller au prie-Dieu devant la statue de saint George).

Beau chevalier, qui avez pris mon âme. quand viendrez-vous? 0 mon frère céleste, qui devez m'apparaître et m'emporter, parmi mille aventures, vous tardez bien ? Tandis que mon cœur vous appelle, que faites-vous ? A Montsalvat, adorez-vous le Graal, ou chassant le dragon et la vouivre, cherchez-vous le chemin perdu de l'Hespéride ?

Au lendemain d'une victoire sur le démon ou le païen, ne sentirez-vous pas le besoin du doux page, qui déboucle l'armure et porte votre casque ! — Etre votre ombre et

comme vous suivre* voilà tout mon désir Je suis dans ma faiblesse, aussi joli que vous, beau chevalier qui avez pris mon âme.

Quand viendrez-vous ? Si, malgré mon appel incessant vous ne deviez jamais venir? Désespéré mais fidèle à mon rêve, moi je vous attendrais : et quand môme et toujours, vous pardonnant : car, vous m'avez appris la douceur de souffrir. C'est en vous regardant, c'est en vous appelant que mon cœur vagissant et fermé, a parlé, s'est ouvert éveillé et grandi. Oh ! comme il bat pour vous ! il se lève) Un soir qu'il faisait sombre, je crus votre regard sévère et j'ai pleuré.

Ces larmes, les premières d'une telle amertume m'ont dilaté pourtant et rendu orgueilleux. Vivre, c'est donc souffrir ; grandir, c'est donc pleurer : car je me suis senti meilleur et mieux purifié qu'après l'absolution. Dieu m'a fait joli et joyeux et vous m'avez fait triste, beau chevalier

qui avez pris mon âme (rude coup de heurtoir à la porte du couvent).

C'est lui !.. . Pauvre rêveur ! ... Ce frappement a fait écho en moi; je l'ai cru un répons à ma prière. Ce n'est qu'un pèlerin ou quelque mendiant.

(Exit tristement).

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